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Focus : production et gestion des boues et sédiments

Les boues, résultant de l’épuration des eaux usées ("boues urbaines résiduaires"), et les sédiments, issus du curage des eaux de surface (canal, cours d’eau, étangs) et du réseau d’égouttage, constituent un flux de matière quantitativement important dont les coûts de gestion et de traitement, fonction notamment de leur degré de contamination, s’avèrent souvent élevés. Ces boues et sédiments, gérés par une grande diversité d’acteurs, suivent différentes filières de gestion et de traitement en fonction de leur origine et de leur composition physico-chimique (contenu plus ou moins minéral ou organique, degré de pollution…). Le plus souvent, les considérations économiques prévalent sur les critères environnementaux lors du choix de ces filières.

La généralisation de l’épuration des eaux résiduaires urbaines, imposée par une directive européenne adoptée en 1991, a entraîné une nouvelle problématique : celle du traitement des boues produites. Ce traitement fait l’objet de nombreuses réflexions au niveau européen car les différentes filières envisageables (valorisation agricole, valorisation comme matériau de construction, co-incinération combinant valorisation énergétique et de matière, etc.) présentent des avantages et des inconvénients. La classification de ces filières en fonction de leurs impacts environnementaux s’avère en pratique relativement complexe et sujette à controverses.

La prévention - en terme de diminution des quantités de boues et sédiments produits mais surtout de réduction de leur contamination - constitue donc la première mesure à prendre. Cette mesure est rencontrée par de nombreuses actions mises en oeuvre dans le cadre de l’application du plan régional de gestion de l’eau (voir ci-dessous).

Production de boues et sédiments en RBC : estimation indicative des quantités produites, filières de gestion et gestionnaires
Source : Département Déchets (Bruxelles Environnement) sur base de données et informations de BE, Port de Bruxelles, Société bruxelloise de gestion des eaux (SBGE), Vivaqua et Bruxelles-Propreté (2011)

Production de boues et sédiments en RBC : estimation indicative des quantités produites, filières de gestion et gestionnaires

En Région bruxelloise, les boues proviennent principalement des deux stations régionales d’épuration des eaux ("boues primaires" produites par décantation après dégrillage, déssablage et déshuilage et "boues secondaires" issues de la dégradation de la charge organique par des microorganismes) et, dans une moindre mesure, de fosses septiques et de stations d’épuration industrielles ( cf focus : Epuration des eaux usées). Les STEPs régionales sont pourvues d’équipements de traitement des boues in situ, en activité ou non.

Au niveau de la STEP Nord, la filière de gestion des boues repose sur les étapes suivantes : prédéshydratation (par gravité et centrifugation), hydrolyse thermique (chauffage à haute température et haute pression permettant la destruction des micro-organismes), digestion anaérobie (fermentation) avec récupération du méthane produit (10% de l’électricité consommée) et "oxydation par voie humide" (OVH) permettant une dégradation de toute la matière organique restante en résidus minéraux inertes ("technosables"). Les technosables (2 198 tonnes produits en 2010) sont utilisés pour le remblaiement des centres d’enfouissement technique mais des recherches et essais visant à mieux valoriser ces résidus (fabrication de "bioplastiques") sont en cours. Actuellement, une partie des boues est traitée à l’extérieur de la station, principalement en filière d’incinération voire de co-incinération (en cimenterie). Deux fosses supplémentaires sont installées et pourraient accueillir les boues de fosses septiques ainsi que les boues de balayage des rues et curage des avaloirs, à concurrence, respectivement, de 2 000 et 16 000 tonnes annuelles. Des discussions sont en cours entre la SBGE et Aquiris afin de déterminer les aspects pratiques d’acceptation de ces flux supplémentaires.

La STEP Sud est équipée d'un incinérateur pour les boues mais, depuis septembre 2009, celui-ci n'est plus en activité car il ne dispose pas de dispositif de traitement des oxydes d'azote issus de la combustion. Actuellement, les boues sont envoyées en Allemagne pour y être incinérées. Une autre filière mise en place antérieurement était la co-incinération en cimenterie. Un projet de remise à niveau de la station visant à améliorer ses performances est en cours d’élaboration et intègre une réflexion relative à la gestion des boues, notamment afin de réduire son impact environnemental.

En ce qui concerne les sédiments, le gisement le plus important provient du dragage du Canal, indispensable pour permettre le transport fluvial. La quantité draguée annuellement varie légèrement selon les années notamment en fonction d’impératifs budgétaires. Depuis 2008, environ 52 000 tonnes - correspondant à un volume de 37 200 m3 soit la quantité théoriquement sédimentée chaque année - sont draguées chaque année. Outre des motivations économiques, la filière de traitement de ces sédiments dépend de leur degré de contamination. Jusqu’en 2007, une partie des boues de dragage du Canal était encore classifiée comme non dangereuse et pouvait dès lors être valorisée sous forme de remblais. Depuis lors, les teneurs en hydrocarbures présentes dans les sédiments dragués imposent un pré-traitement de dépollution avant leur valorisation voire une évacuation en Centre d’Enfouissement Technique spécifique ce qui a des répercussions économiques non négligeables. C’est dans ce contexte que le Port de Bruxelles cherche depuis plusieurs années une solution de gestion économiquement et environnementalement acceptable.

Le curage des cours d’eau et étangs publics, assurés par les communes ou Bruxelles Environnement, répond à des impératifs écologiques (maintien des hauteurs d’eau, dépollution, lutte contre l’eutrophisation) mais également hydrologiques (prévention des inondations …). Actuellement, la charge en polluants (nutriments, hydrocarbures…) accumulée historiquement dans les boues de curage impose des traitements spécifiques et coûteux. Suite notamment aux efforts réalisés par la Région en terme de raccordement au réseau d’égouttage et d’épuration, la qualité des eaux de surface tend progressivement à s’améliorer (cf Indicateur Qualité physico-chimique des eaux de surface). Cette amélioration de la qualité des eaux devrait se renforcer grâce à (la poursuite de) la mise en œuvre de nombreuses mesures préconisées par le plan de gestion de l’eau (entre autres, meilleure séparation des eaux claires et des eaux résiduaires, réduction des rejets polluants, restauration des capacités naturelles d’autoépuration des cours et plans d’eau, restauration de l’autocurage, création de pièges à sédiments contrôlés). Dans le futur, ceci devrait se traduire par une réduction du degré de contamination des boues et sédiments voire, plus accessoirement, par une réduction des quantités produites ce qui permettra d’en réduire les coûts d’enlèvements et de traitement.

Sources

  • Schaar C., 2010. "Production et gestion des boues et sédiments en Région de Bruxelles-Capitale", document interne de travail de Bruxelles Environnement, 15 pages.
  • Bruxelles Environnement, 2011, "Rapport sur les incidences environnementales du projet de programme de mesures accompagnant le plan de gestion de l’eau de la Région de Bruxelles-Capitale", 352 pages (p.130-144, p.295-296).
  • Bruxelles Environnement, 2010, "Quatrième plan déchets pour la Région de Bruxelles-Capitale - Plan de prévention et de gestion des déchets - Mai 2010"
Date de mise à jour: 06/10/2016