Bruit routier : mesures et actions
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Bruit des sirènes
Focus - Actualisation : octobre 2025
Les sirènes des véhicules prioritaires arrivent en 3ème position des nuisances sonores qui dérangent le plus les Bruxellois. Un arrêté régional de 2023 réglemente désormais leur niveau maximal, avec une norme plus stricte pour la période nocturne.
Le bruit des sirènes gêne
Le bruit des sirènes est la 3ème source de bruit qui dérange le plus les Bruxellois derrière le bruit lié au trafic routier et aérien, selon l’enquête sur la perception du bruit de 2017.
Il est également le motif de 5 plaintes déposées lors de l’enquête publique du plan bruit Quiet.brussels : 2 concernaient un quartier du Pentagone (Notre-Dame aux neiges au nord-est et les Marolles au sud) et 3 des axes routiers (Boulevard Leopold II, avenue de la Couronne et avenue Marcel Thiry). Par ailleurs, un collectif citoyen « Stop Sirènes » et Inter-Environnement Bruxelles ont activement œuvré pour légiférer sur les sirènes au niveau bruxellois.
Quels sont les principaux griefs contre les sirènes ?
- Leur usage intempestif: Les conditions d'utilisation de la sirène des véhicules d’urgence sont définies à l'article 37 du code de la route. Mais de nombreux Bruxellois jugent son emploi abusif.
- Leur concentration: La Région bruxelloise rassemble en effet de nombreuses infrastructures et fonctions pour lesquelles l’emploi de sirènes est fréquent : hôpitaux, casernes de pompiers, commissariats, Palais de Justice, prisons, transport de personnel diplomatique, convoi de fonds, etc.
- Leur son tonitruant.
Plus de 2000 véhicules d’urgence
Plus de 2000 véhicules équipés de sirènes (hors secteur privé) sillonnent ainsi le réseau routier bruxellois. S’ils privilégient les grands axes pour circuler, la forte densité de trafic :
- les incite à activer leur sirène pour se faufiler entre les files de voiture
- et les contraint à emprunter les voiries secondaires.
La fréquence plus élevée de sirènes du SIAMU dans le Pentagone et à l’ouest du Canal est sans doute liée à des conditions de circulation plus difficiles dans ces quartiers
Source : Bruxelles Environnement, 2024 sur base des données du SIAMU de l’année 2019 pour leurs véhicules d’urgence (près de 150)
Le saviez-vous ?
Selon le code de la route, les véhicules prioritaires ne peuvent utiliser leur avertisseur sonore spécial, c’est-à-dire leur sirène, que s’ils accomplissent une mission urgente. Et ils doivent allumer leurs feux bleus clignotants en mission urgente. De plus, le Code de la Route fixe la liste des véhicules pouvant être équipés de sirènes.
Objectivation des niveaux sonores
Des mesures ont été réalisées rue de la Régence pendant 24h, entre les 3 et 4 décembre 2021. Cette rue du centre-ville relie le Palais de Justice à la Place Royale. Les sirènes ont été identifiées en filtrant les niveaux acoustiques LAeq,1s supérieurs à 85 dB(A) et par l’écoute des fichiers audios. La répartition des niveaux maximum LAmax est donnée ci-dessous par tranche de 5 dB(A).
22 sirènes ont été identifiées sur 24h :
- 17 pendant la journée (entre 7h et 22h), dont 3 supérieures à 100 dB(A) ;
- 5 pendant la nuit (entre 22h et 7h), sachant que les niveaux relevés sont très élevés : toutes excèdent 90 dB(A) et 4 sur 5 frôlent ou dépassent même 100 dB(A).
Répartition des niveaux LAmax générés par les sirènes Rue de la Régence
Source : Bruxelles Environnement, 2024, mesures réalisées en continu Rue de la Régence du 3 décembre 2021 11h au 4 décembre 2021 11h, sirènes filtrées pour des niveaux supérieurs à 85 dB(A)
Lire le texte de transcription
Le nombre de sirènes qui ont été identifiées lors des mesures réalisées en continu pendant 24h Rue de la Régence est, par classe de niveau sonore LAmax :
- pour les niveaux compris entre 85 et 90 dB(A) : 5 pendant la journée
- pour les niveaux compris entre 90 et 95 dB(A) : 4 pendant la journée et 1 pendant la nuit
- pour les niveaux compris entre 95 et 100 dB(A) : 5 pendant la journée et 1 pendant la nuit
- pour les niveaux compris entre 100 et 105 dB(A) : 1 pendant la journée et 3 pendant la nuit
- pour les niveaux compris entre 105 et 110 dB(A) : 2 pendant la journée
Sachant que les normes en vigueur à partir de 2025 sont de maximum 100 dB(A) en journée (7h-22h) et 90 dB(A) la nuit (22h-7h), 3 sirènes excèderaient les normes en journée et 5 la nuit.
Une autre compagne de mesure avait été faite en septembre 2010, au parc de la porte de Hal, situé entre les boulevards fréquentés du Midi et de Waterloo et à proximité de l’hôpital Saint-Pierre. La période de mesure avait duré presque 3 jours (71h30).
Le passage des sirènes émergeait très distinctement du bruit ambiant lié au trafic général. L’analyse des LAmax avait mis en évidence des résultats similaires à ceux de la rue de la Régence :
- 72 sirènes sur les 3 jours de mesure, soit 24 sirènes en moyenne par jour.
- Près de 9 sirènes sur 10 dépassaient 85 dB(A), soit 21 sirènes en moyenne par jour au-delà de ce seuil ;
- Près d’1 sur 3 était au-delà de 100 dB(A), fort heureusement uniquement en journée.
- 5 sirènes seulement avait été détectées entre 22h et 7h, soit un peu plus d’1 par nuit et toutes fonctionnaient à des niveaux inférieurs à 90 dB(A).
L’analyse des indices acoustiques globaux avait par ailleurs révélé qu’en journée, la contribution sonore des sirènes s’élevait à 5,3 dB(A), ce qui est considérable.
Répartition des niveaux LAmax générés par les sirènes près du parc de la porte de Hal
Source : Bruxelles Environnement, 2011, mesures réalisées en continu à proximité du parc de la porte de Hal pendant près de 3 jours, du 7 septembre 2010 15h au 10 septembre 2010 14h30
Lire le texte de transcription
Le nombre de sirènes qui ont été identifiées lors des mesures réalisées en continu pendant près de 3 jours (71h30) à proximité du parc de la porte de Hal est, par classe de niveau sonore LAmax :
- pour les niveaux compris entre 75 et 80 dB(A) : 2 pendant la journée
- pour les niveaux compris entre 80 et 85 dB(A) : 4 pendant la journée et 2 pendant la nuit
- pour les niveaux compris entre 85 et 90 dB(A) : 12 pendant la journée et 3 pendant la nuit
- pour les niveaux compris entre 90 et 95 dB(A) : 11 pendant la journée
- pour les niveaux compris entre 95 et 100 dB(A) : 18 pendant la journée
- pour les niveaux compris entre 100 et 105 dB(A) : 19 pendant la journée
- pour les niveaux compris entre 105 et 110 dB(A) : 1 pendant la journée
Sachant que les normes en vigueur à partir de 2025 sont de maximum 100 dB(A) en journée (7h-22h) et 90 dB(A) la nuit (22h-7h), 3 sirènes excèderaient les normes en journée et 5 la nuit.
Des mesures de sirènes de 4 types de véhicules du SIAMU (pompiers) effectuées en 2011 par Bruxelles Environnement avaient par ailleurs révélé :
- Que chaque véhicule produisait une « mélodie » différente, à des niveaux sonores variables ;
- Que les niveaux les plus élevés étaient systématiquement observés à l’avant du véhicule ;
- Et qu’ils dépassaient généralement 100 dB(A) à 5 mètres de distance.
A quoi correspondent les indices LAeq,1s et LAmax ?
Le LAeq,1s est le niveau de pression acoustique continu mesuré avec la pondération fréquentielle A et énergétiquement équivalent à un bruit fluctuant mesuré pendant le même intervalle de temps d'1 seconde. Le maximum mesuré correspond au LAmax (voir la fiche documentée n°2).
Des normes maximales, jour et nuit
Sur base de ces ressentis, mesures et de l’impact de sons élevés sur la santé, le plan bruit Quiet.brussels avait prévu de réduire le niveau sonore des sirènes, techniquement appelées « avertisseurs sonores spéciaux ». Et le Gouvernement bruxellois s’était engagé en 2020 à légiférer sur le sujet. Après un important travail de consultation avec le Gouvernement fédéral et les secteurs concernés, c’est chose faite depuis l’approbation d’un arrêté régional fin 2023.
Législation
L’arrêté du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale relatif à la lutte contre le bruit des avertisseurs sonores spéciaux a été adopté le 23 novembre 2023.
Le niveau sonore maximum des sirènes des véhicules d’urgence, mesuré à 7 mètres, ne peut plus dépasser :
- 100 dB(A) en journée de 7h à 22h ;
- 90 dB(A) la nuit entre 22h et 7h.
Ces obligations s’appliquent aux véhicules d'urgence immatriculés et situés sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale, et qui sont :
- immatriculés pour la première fois après le 1er janvier 2025 ;
- immatriculés avant le 1er janvier 2025, s’ils ont eu une intervention sur l'avertisseur sonore spécial depuis cette date.
L’arrêté uniformise également les « mélodies » des sirènes en fixant la gamme de fréquences autorisée (350 Hz - 560 Hz) et l’alternance des 2 tons (durée égale, cycle de 25 à 30 par minute). De plus, la tranche horaire de 6h-7h est intégrée à la nuit.
Bon à savoir
Il existe 2 technologies de sirènes : les sirènes électroniques, dont les caractéristiques (puissance acoustique et fréquences) sont ajustables et les sirènes pneumatiques, non réglables. Ces dernières équipent encore certains véhicules de pompiers et seront interdites après fin 2027.
Comment ont été choisis ces maximums ?
Deux grandes lignes directrices ont piloté le choix des seuils fixés dans l’arrêté :
- Un enjeu de santé : réduire l’exposition sonore des personnes alentours pour diminuer la gêne occasionnée et les troubles du sommeil ;
- Un enjeu de sécurité : que le véhicule prioritaire reste audible dans la circulation et émerge du bruit de fond urbain, notamment pour les usagers de la route au volant de leur véhicule.
Bruxelles Environnement a ainsi testé lors d’une étude technique en 2018 :
- L’émergence du son de la sirène dans le véhicule de réception, selon la distance de ce dernier par rapport au véhicule prioritaire ;
- L’isolement acoustique de 13 véhicules, portes et fenêtres fermés, moteur allumé. L’isolement acoustique représente la différence entre le niveau mesuré d’une source de bruit à l’extérieur et celui mesuré à l’intérieur de l’habitacle.
- Différentes fréquences d’émission, afin de sélectionner celle pour laquelle le niveau nécessaire de la sirène est le plus bas.
Les normes maximales choisies répondent ainsi à :
- un critère d’émergence minimum de 10 décibels, c’est-à-dire qu’un conducteur entende approximativement la sirène au moins deux fois plus fort que le bruit résiduel dans son véhicule ;
- pour un véhicule prioritaire roulant à 50 km/h ou à 70 km/h (correspondant respectivement à une distance de détection minimale de 60,1 m et 93,3 m).
Ces normes ne tiennent pas compte de la réduction généralisée des vitesses à 30 km/h avec la mise en œuvre de la Ville 30 depuis janvier 2021. Or, la baisse du bruit routier améliore l’émergence du son de la sirène.
La problématique de la perception des sirènes de véhicules prioritaires
Source : Bruxelles Environnement, rapport technique, 2020
Lire le texte de transcription
La problématique de la perception des sirènes de véhicules prioritaires dépend d’une série de paramètres à 4 niveaux :
- au niveau de la source sonore : besoins du conducteur dans le trafic, vitesse de la source, caractéristiques temporelles, contenu fréquentiel, niveaux sonores et directivité ;
- à la propagation du son : distance, absorption atmosphérique, type de sol, hauteurs des sources et récepteurs
- à l’immission ou réception du son : isolation du véhicule, bruits résiduels (extérieurs et intérieurs)
- au niveau de la perception : sensibilité du conducteur, émergence.
Comment fonctionne une sirène ?
Une sirène est caractérisée par un niveau de puissance acoustique Lw, basculant avec un certain rythme d’une fréquence à l’autre. Elle peut également présenter une directivité. Le choix de la puissance sonore ainsi que des fréquences influe sur la propagation sur la distance, la transmission au travers des habitacles des autres véhicules et de la sensibilité de l’oreille.
Un doublement de distance à une sirène se traduit par une diminution du niveau de pression acoustique de 6 dB. Un niveau de 106 dB(A) à 3,5 mètres équivaut à un niveau de 100 dB(A) à 7 mètres. Ce niveau de 100 dB(A) pourrait être toléré par un piéton durant 1,88 minutes alors que le passage d’une sirène dure 15 secondes en moyenne.
À télécharger
Fiche(s) documentée(s)
- 1. Perception des nuisances acoustiques en Région de Bruxelles-Capitale (.pdf)
- 2. Notions acoustiques et indices de gêne (.pdf)
- 3. Impact du bruit sur la gêne, la qualité de vie et la santé (.pdf)
- 37. Les valeurs acoustiques utilisées en Région de Bruxelles-Capitale (.pdf)
- 41. Cadre légal en matière de bruit et de vibrations (.pdf)
Autres publications de Bruxelles Environnement
- Détermination de normes de bruit pour les avertisseurs sonores spéciaux des véhicules prioritaires en Région de Bruxelles-Capitale – Etude relative aux valeurs d’émission et à la propagation en milieu urbain, octobre 2020. Rapport technique. 22 pp. (.pdf)
- Evaluation des niveaux de bruit générés par le trafic routier et les sirènes à proximité du Parc de la Porte de Hal, septembre 2010. Rapport technique. 10 pp. (.pdf)
Étude(s) et rapport(s)
- MARKET ANALYSIS & SYNTHESIS (M.A.S.), juin 2017. « Enquête de la perception du bruit préalable à la rédaction du nouveau plan bruit auprès des habitants de la Région de Bruxelles-Capitale », étude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement, 111 pp. Diffusion restreinte
Plan(s) et programme(s)
Ville 30 : quel impact sur le bruit ?
Focus - Actualisation : mai 2022
La vitesse est un facteur influençant la production de bruit. Mesure phare du plan régional de mobilité Good Move soutenue par le plan QUIET.BRUSSELS, la limitation à 30 km/h est devenue la règle dans presque toutes les rues de la Région bruxelloise depuis le 1er janvier 2021. Un an après, un bilan s’impose. Cette mesure a-t-elle eu un impact positif sur notre environnement sonore ? Quels en sont les effets pour les Bruxellois ?
Pourquoi abaisser la vitesse réglementaire à 30 km/h ?
Plébiscitée par les citoyens avant l’adoption du plan de mobilité, la réduction de la vitesse à 30 km/h, outre son impact positif sur la sécurité routière, permet aussi de diminuer le bruit routier, premier motif de nuisances sonores en Région bruxelloise. Retrouver une ambiance sonore agréable est tout bénéfice pour le cadre de vie
La limitation à 30 km/h permet également de développer la mobilité active (ex : marche, vélo), qui est un autre objectif phare de la mobilité régionale. A cette vitesse, on considère qu’un cycliste peut rouler à côté d’une voiture sur la chaussée, sans que des aménagements structurels soient nécessaires à sa sécurité.
Bon à savoir
Le bruit routier est issu de la combinaison du bruit du moteur et du bruit de roulement (contact pneu-chaussée). En-dessous de 30 km/h, c’est le bruit du moteur qui prédomine pour les véhicules légers. Ce seuil se situe plutôt autour de 50 km/h pour les poids lourds.
Un an après, les résultats sont-ils au rendez-vous ?
Oui ! Les premiers résultats sont encourageants :
- La vitesse moyenne a chuté partout, y compris sur les axes qui étaient déjà en zone 30 et sur ceux limités à 50 km/h. Et ce, sans que le temps de trajet n’augmente de manière significative (Bruxelles Mobilité, décembre 2021).
Les niveaux sonores ont bel et bien diminué : de 1,5 à 4,8 dB(A) en fonction du jour, du moment de la journée, du lieu, du type de trafic et du revêtement de sol, selon des mesures comparatives réalisées par Bruxelles Environnement en 3 sites (voir ci-dessous pour les détails). Sachant qu’une baisse de 3 dB(A) est équivalente à diviser la source sonore par 2. - Et cette diminution se répercute de manière sensible sur l’exposition de la population (voir ci-dessous) : de l’ordre de 10% à 20% de personnes en moins sont exposées à des niveaux sonores excédant les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé.
- Et la sécurité routière s’est améliorée : le nombre de décès sur place a diminué de moitié par rapport à 2020 et celui des blessés graves de près de 20% (Bruxelles Mobilité, décembre 2021).
Les niveaux sonores ont diminué sur les 3 sites étudiés
Des mesures acoustiques ont été réalisées aux abords de 3 grands axes, avant et après l’instauration de la Ville 30 :
Différence de niveaux de bruit ambiant avant & après instauration de la Ville 30 en 3 sites
Source : Bruxelles Environnement, 2022
- Premier constat : Les niveaux sonores ont diminué sur les 3 sites, même sur celui où la vitesse réglementaire est restée identique, et pour toutes les périodes.
- Deuxième constat : Ces baisses sont plus ou moins marquées selon les sites et le moment de la journée. La chaussée de Wavre est la voirie pour laquelle le passage à 30 km/h a eu globalement le plus d’impact sur le bruit ambiant avec une diminution en soirée proche de 3 dB(A) et surtout la nuit, de près de 5 dB(A) ! Certains jours et à certains moments de la journée, le niveau acoustique équivalent chutait même de près de 6 à 7 dB(A). Pour ce site, il est important de préciser que les résultats sont légèrement influencés par les jours de week-end plus « calmes ». En revanche, la crise sanitaire n’a joué qu’un rôle mineur car les mesures de 2021 ont eu lieu en dehors de tout confinement.
- Troisième constat : Ce n’est pas le site, où la limite de vitesse est demeurée à 50 km/h, qui preste les moins bons résultats : la nuit, l’affaiblissement est même significativement plus important Avenue Charles Quint qu’Avenue du Port (-3 versus -1,5 dB(A)). La vitesse des véhicules n’est effectivement qu’un des facteurs parmi d’autres dans la genèse du bruit routier. Le type de trafic composé d’une part plus importante de poids lourds et la nature du revêtement (pavés) joueraient ici un rôle non négligeable dans la production de bruit au niveau de l’avenue du Port.
Comment évalue-t-on ensuite l’impact sur l’exposition de la population ?
L’évolution de la population exposée avant et après l’instauration de la Ville 30 est évaluée sur la base de modélisations acoustiques. La situation de référence avant la Ville 30 (à savoir celle de 2016 ) est comparée avec un modèle où la vitesse a été fixée arbitrairement à 30 km/h. Dans le cas présent, l’exercice a été réalisé pour la chaussée de Wavre, la seule des trois voiries étudiées ci-avant qui est passée de 50 à 30 km/h et qui est bordée par des immeubles où résident des habitants.
Carte différentielle des niveaux sonores avant et après instauration de la Ville 30 - Chaussée de Wavre (indicateur Lden)
Source : Bruxelles Environnement, extrait du rapport « Impact acoustique de la Ville 30 », 2021

Sur ces cartes et pour chaque indicateur, on visualise les tronçons de voiries dont l’exposition sonore au bruit routier en façade a été réduite (niveaux de bleu) ou au contraire augmentée (niveaux de jaune à rouge). Pour les tronçons colorés en blanc, il n’est pas possible de conclure : les différences de niveaux sonores obtenues tombent dans la marge d’incertitude des modèles (+/- 2 dB(A)).
Les modèles de simulation permettent de déduire, dans chaque cas de figure, les niveaux de bruit auxquels sont soumis les riverains habitant en bordure de ces axes et de comptabiliser le nombre de riverains exposés par tranche de niveaux acoustiques de 5 dB(A). Précisons que ces modèles modélisent le bruit extérieur en façade de bâtiment et ne tiennent donc pas compte de l’isolation acoustique des bâtiments.
La Ville 30 réduit le nombre de Bruxellois exposés au bruit routier
A l’instar du quartier de la chaussée de Wavre (cf. graphique ci-dessous), il est permis de supposer que l’exposition de la population sur 24h connait une évolution très favorable :
- La Ville 30 diminue le nombre de Bruxellois potentiellement exposés au bruit routier, notamment à des niveaux sonores élevés : un glissement s’opère depuis les niveaux sonores extrêmes vers les niveaux les moins bruyants. Le nombre de personnes exposées à des niveaux supérieurs à 65 dB(A) et surtout à 70 dB(A) diminue ainsi fortement. Dans le même temps, celui des niveaux inférieurs à 50 dB(A) augmente significativement.
- La Ville 30 diminue également le nombre de personnes exposées au-delà du seuil de 55 dB(A) recommandé par l’OMS pour l’exposition sur 24h. Pour la chaussée de Wavre, cela représente près de 500 personnes qui ne sont plus soumises à de tels niveaux sonores, soit 1 personne sur 10.
Evolution de l’exposition de la population avant et après Ville 30 - Chaussée de Wavre (indicateur Lden)
Source : Bruxelles Environnement, 2022
La nuit, l’impact est également manifeste, ce qui est bénéfique au sommeil des riverains :
- La Ville 30 diminue le nombre de Bruxellois potentiellement exposés au bruit routier pendant la période nocturne, notamment à des niveaux sonores élevés : un glissement s’opère depuis les niveaux sonores supérieurs à 55 dB(A) vers le niveau le moins bruyant (<45 dB(A)).
- La Ville 30 diminue également le nombre de personnes exposées au-delà du seuil de 45 dB(A) recommandé par l’OMS pendant la période nocturne. L’effet est même plus important la nuit que sur l’ensemble de la journée : près de 800 personnes de plus bénéficient d’une ambiance nocturne en-dessous de ce seuil, soit un peu plus d’1 personne sur 10.
Evolution de l’exposition de la population avant et après Ville 30 - Chaussée de Wavre (5.900 riverains), par rapport aux seuils recommandés par l’OMS (indicateurs Lden et Ln)
Source : Bruxelles Environnement, 2022
En conclusion : Des résultats encourageants
Sur la base de premiers constats ponctuels qui devraient encore être confirmés à grande échelle, il semble évident que la Ville 30 a un effet positif sur l’ambiance sonore de la Région bruxelloise et sur l’exposition de la population à des niveaux élevés. Cela accrédite la thèse selon laquelle la diminution de vitesse est une mesure rapide, efficace et sans doute moins contraignante qu’une réduction du volume de trafic (qui doit être divisé de moitié pour atteindre les mêmes résultats).
Des aménagements routiers, tels que des dévoiements et des reprofilages de voiries, peuvent encore être mis en place afin d’aider les automobilistes à respecter la vitesse de 30 km/h. De même, adopter une conduite souple sans accélération ni freinage brusque y contribue et est en outre bénéfique pour tout le monde : conducteurs, passagers, riverains, piétons et cyclistes.
Néanmoins, à volume de trafic restant égal, le bruit routier demeure une source de nuisance sonore pour une grande partie de la population. Les mesures qui visent à diminuer l’usage de la voiture individuelle et des transports motorisés en général, restent donc indispensables pour lutter contre le bruit routier en ville.
A télécharger
Fiche(s) documentée(s)
- 1. Perception des nuisances acoustiques en Région de Bruxelles-Capitale (.pdf)
- 2. Notions acoustiques et indices de gêne (.pdf)
- 3. Impact du bruit sur la gêne, la qualité de vie et la santé (.pdf)
- 8. Cadastre du bruit du trafic routier en Région de Bruxelles-Capitale (.pdf)
- 9. Exposition de la population bruxelloise au bruit du trafic routier (.pdf)
- 37. Les valeurs acoustiques et vibratoires utilisées en Région de Bruxelles-Capitale (.pdf)
- 41. Cadre légal en matière de bruit (.pdf)
- 49. Objectifs et méthodologie des cadastres de bruit en Région de Bruxelles-Capitale (.pdf)
Autres publications de Bruxelles Environnement
Etude(s) et rapport(s)
- Bruxelles Mobilité, 24 décembre 2021. Communiqué de presse « Ville 30 – 1 an après, le bilan »
- ASM Acoustics & Stratec, 2018. « Rapport sur la cartographie du bruit du trafic routier en Région de Bruxelles-Capitale – Année 2016 ». Etude pour le compte de Bruxelles Environnement. 165 pp. Diffusion restreinte.
Plan(s) et programme(s)
Pollution sonore de chaque véhicule
Focus - Actualisation : juin 2026
La pollution sonore émise par près de 25.000 véhicules pris individuellement a pu être mesurée en conditions réelles de circulation lors de 2 campagnes pilotes menées en 2020 et 2023. Comment ? En exploitant la technologie du remote sensing pour la première et celle des radars sonores pour la seconde. Quels en sont les principaux enseignements ? Premièrement, que la vitesse est le principal facteur influençant les émissions sonores d’un véhicule au-delà de 30 km/h. Deuxièmement, que les niveaux sonores au-delà de 90 dB(A) sont principalement dus à des sirènes. Troisièmement, que les motos et les camions sont plus bruyants que d’autres catégories de véhicules.
Pollution sonore du trafic routier vs de chaque véhicule
Généralement, le bruit routier est considéré comme un bruit continu, émanant d’un flux de véhicules circulant sur le réseau routier bruxellois. Le réseau de sonomètres déployé en Région bruxelloise relève ainsi les niveaux de bruit de l’ensemble des véhicules passant à proximité mais ne permet pas d’évaluer ceux propres à chaque véhicule. C’est selon ce principe également que les émissions du trafic routier sont modélisées à l’échelle régionale et que l’exposition de la population bruxelloise au bruit routier est déterminée (voir nos indicateurs sur la modélisation du bruit routier et sur l’exposition de la population au bruit des transports ).
L’identification acoustique de chaque passage de véhicule est parfois réalisée lors de campagnes de mesures ponctuelles (par ex. pour le suivi de certaines plaintes) mais elle nécessite un codage manuel chronophage et elle ne fournit que des informations très parcellaires sur les caractéristiques des véhicules. Jusqu’à il y a peu, il n’était donc pas possible d’évaluer le bruit émis individuellement par chaque véhicule circulant sur le réseau bruxellois.
Le saviez-vous ?
L’émission sonore théorique d’un véhicule figure sur sa carte grise mais il s’agit du niveau sonore à l’arrêt.
Deux technologies inédites pour mesurer le bruit routier
C’est chose faite depuis 2020 grâce à 2 technologies inédites qui ont permis de corréler les mesures de bruit aux caractéristiques de chaque véhicule : le remote sensing puis les radars sonores.
- Une première campagne acoustique a été réalisée par Bruxelles Environnement en 2020, en parallèle d’une autre campagne, qui exploitait la technologie du remote sensing (télédétection) pour évaluer l’efficacité de la Low Emission Zone (LEZ) bruxelloise sur la qualité de l’air. Outre l’analyse des émissions dans l’air, cette technologie identifiait les véhicules grâce à la lecture de leur plaque d’immatriculation et relevait, pour chacun, la vitesse et le taux d’accélération (Source : projet international « The Real Urban Emissions (TRUE) initiative », vidéo de 2022). Les mesures acoustiques ont été synchronisées manuellement avec les mesures de vitesse et d’accélération issues du remote sensing ainsi qu’avec les caractéristiques du véhicule. Au total, l’étude acoustique a porté sur près de 9.000 passages de véhicules validés, répartis sur 2 sites de mesures. Les résultats sont exprimés en LAmax (niveau maximum des LAeq,100 ms codés pour ce passage).
- Une seconde campagne acoustique a été menée par Bruxelles Environnement en 2023 à l’aide de deux prototypes de radars sonores. Pour chaque véhicule détecté, ces radars acoustiques mesuraient la vitesse maximale, relevaient la plaque d’immatriculation, prenaient une photo et effectuaient un court enregistrement sonore. Le traitement des données était beaucoup plus rapide qu’avec le remote sensing puisque les mesures acoustiques étaient automatiquement liées aux autres données. En revanche, l’accélération des véhicules n’était pas fournie. Au total, l’étude acoustique a porté sur environ 16.300 passages de véhicules validés : 3.900 pour le radar Hydre et 12.400 pour le radar dBFlash. Les résultats sont exprimés en LAFmax (niveau maximum au passage, avec la pondération temporelle Fast (125 ms) et la pondération fréquentielle A).
Lire le texte de transcription
Ce tableau reprend des informations pour chacune des 4 séries de données sur : la campagne et le site de mesure, le nombre et la durée des mesures ainsi que les médianes des vitesses et des accélérations relevées.
- La série 1 de la campagne de remote sensing de 2020 était située Rue des Deux Gares à Anderlecht. 3858 passages de véhicules y ont été validés, sur 1 jour de mesures. La vitesse médiane des véhicules de cette série était de 37 km/h et l’accélération de 0,6 m/s2.
- La série 2 de la campagne de remote sensing de 2020 était située Boulevard Industriel à Anderlecht. 5185 passages de véhicules y ont été validés, sur 2 jours de mesures. La vitesse médiane des véhicules de cette série était de 33 km/h et l’accélération de 1,0 m/s2.
- La série du radar Hydre tirée de la campagne des radars sonores de 2023 était située Chaussée de Mons à Anderlecht. Le seuil de détection du radar était de 68 ou de 76 dB(A). 3909 passages de véhicules y ont été validés, sur 38 jours de mesures. La vitesse médiane des véhicules de cette série était de 36 km/h.
- La série du radar dBFlash tirée de la campagne des radars sonores de 2023 était située Avenue Louis Bertrand à Schaerbeek. Le seuil de détection du radar était de 55 dB(A). 12370 passages de véhicules y ont été validés, sur 40 jours de mesures. La vitesse médiane des véhicules de cette série était de 25 km/h.
La vitesse maximale autorisée était de 30 km/h aux 4 sites de mesures.
Concrètement, ces campagnes inédites tentaient de répondre aux questions suivantes :
- Comment la vitesse et l’accélération influencent-elles le bruit d’un véhicule ?
- Quels sont les paramètres principaux influençant l’émission sonore d’un véhicule ?
- Quels sont les véhicules les plus bruyants ? Les moins bruyants ?
- Quelle est la pertinence/l’efficacité de mesures telles que l’abaissement de la vitesse réglementaire à 30 km/h pour lutter contre le bruit en ville ?
Attention
Les prototypes de radars sonores expérimentés par Bruxelles Environnement en 2023 à des fins scientifiques ont été détournés de leur utilisation première, à savoir cibler les véhicules les plus bruyants. En effet, afin d’enregistrer un plus grand nombre de véhicules, leur seuil de détection a été abaissé à 68 dB(A) ou 76 dB(A) pour le modèle Hydre, ce qui reste élevé, et à 55 dB(A) pour le modèle dBFlash. Soit un écart jusqu’à 13 dB(A) entre les 2 radars testés. Résultat : Il y a eu 3 fois plus de véhicules détectés avec le radar le plus sensible (dBFlash). Notons aussi que cette différence peut jouer un rôle lorsqu’on compare les jeux de données, d’autant plus pour le radar Hydre où le seuil est variable.
La vitesse, facteur clé du bruit routier au-delà de 30 km/h
L’analyse des niveaux acoustiques LAmax et de leur corrélation avec la vitesse et l’accélération des véhicules lors de l’étude « remote sensing » a révélé que :
- La série 1 se caractérise par des vitesses globalement plus élevées (≈ 37 km/h pour la médiane vs 33 km/h pour la série 2). Le niveau acoustique maximum LAmax est supérieur pour cette série (avec une médiane de 75,3 dB(A) vs 72,6 dB(A) pour la série 2) et il est nettement corrélé avec la vitesse des véhicules. Cette dépendance à la vitesse est la signature d’un bruit de roulement, prépondérant dans le bruit mesuré pour cette série.
- La série 2 s’illustre par des accélérations plus importantes (1 m/s2 vs 0,6 m/s2 pour la série 1). Et le niveau LAmax est corrélé à l’accélération des véhicules. Ce lien avec l’accélération signifie que c’est le bruit du moteur qui prédomine pour cette 2de série.
En conclusion, la vitesse est le principal facteur influençant le niveau sonore d’un véhicule en ville au-delà de 30 km/h. Le bruit routier résulte alors principalement du bruit de roulement (contact pneu-chaussée). En abaissant la vitesse sous ce seuil, le bruit du moteur devient prépondérant. Abaisser la vitesse réglementaire, par exemple à 30 km/h, est donc pertinent pour diminuer le bruit routier (voir le focus sur l’impact de la Ville 30 sur le bruit).
Le niveau sonore maximal de la série 1 est statistiquement supérieur à celui de la série 2
Source : Bruxelles Environnement, rapport d’étude sur l’évaluation de l’émission sonore des véhicules motorisés pris individuellement et circulant en RBC, 2021. Distribution en pourcents des niveaux sonores maximaux (LAmax) des passages de véhicules par classe de 2 dB(A) pour les 2 séries de mesures
Lire le texte de transcription
Le graphique montre que la distribution des niveaux sonores maximaux pour la série 1, caractérisée par des vitesses plus grandes, est décalée vers des niveaux sonores LAmax plus élevés par rapport à la série 1.
- Pour un LAmax de 70 dB(A), le pourcentage de véhicules avec était de 4% pour la série 1 contre 8% pour la série 2 ;
- Pour un LAmax de 72 dB(A), il était de 9% pour la série 1 contre 30% pour la série 2 ;
- Pour un LAmax de 74 dB(A), il était de 18% pour la série 1 contre 35% pour la série 2 ;
- Pour un LAmax de 76 dB(A), il était de 29% pour la série 1 contre 17% pour la série 2 ;
- Pour un LAmax de 78 dB(A), il était de 22% pour la série 1 contre 5% pour la série 2 ;
- Pour un LAmax de 80 dB(A), il était de 10% pour la série 1 contre 2% pour la série 2.
Pour les autres valeurs de LAmax, les pourcentages étaient inférieurs à 5%.
Véhicules très bruyants
Certains véhicules généraient un niveau sonore supérieur ou égal à 90 dB(A). Heureusement, ils étaient peu nombreux (125 avec le radar Hydre et 28 avec le dBFlash, soit respectivement 3,2% et 0,2% de l’échantillon, et 6 pour le remote sensing). Pourtant, la vitesse n’était que rarement à l’origine de ces niveaux sonores très élevés : la plupart des véhicules roulaient à moins de 60 km/h.
L’analyse audio et vidéo des passages flashés par les radars sonores a révélé que :
- Ces niveaux extrêmes étaient dus dans près de 80% des cas à des sirènes de véhicules d’urgence. Et au-delà de 100 dB(A), ils étaient même exclusivement dus à celles-ci. Signalons que depuis janvier 2025, le niveau sonore des sirènes (mesuré à 7 mètres) ne doit plus dépasser 100 dB en journée et 90 dB(A) la nuit (voir le focus sur le bruit des sirènes ).
- Les 20% de cas restants étaient liés à des motos, des klaxons et moins fréquemment, à des voitures, des camions ou des problèmes mécaniques.
Les sirènes prédominent largement dans les enregistrements sonores supérieurs à 90 dB(A)
Source : Bruxelles Environnement, rapport d’étude sur l’expérimentation de deux radars sonores, 2024
Lire le texte de transcription
Un graphique du niveau sonore maximal de chaque véhicule en fonction de la vitesse est représenté pour chacun des 2 radars sonores. Le nuage de points est en grisé pour les niveaux sonores inférieurs à 90 dB(A). Au-delà de ce seuil, les mesures sont catégorisées en fonction de l’origine du bruit :
- Pour le radar dBFlash, les niveaux sonores maximaux des 28 points sont très majoritairement dus aux sirènes, avec des niveaux sonores maximaux allant jusqu’à 110 dB(A) et des vitesses généralement comprises entre 30 et 60 dB(A). 5 autres points sont dus à des klaxons et 1 point est attribué à un problème mécanique mais leurs niveaux sonores maximaux n’excèdent pas 95 dB(A).
- Pour le radar Hydre, les niveaux sonores maximaux des 125 points sont aussi très majoritairement dus aux sirènes, avec des niveaux sonores maximaux allant jusqu’à 110 dB(A). Les vitesses sont principalement comprises entre 20 et 80 dB(A). Les autres points n’excèdent pas 100 dB(A). Une quinzaine d’entre eux correspondent à des motos. Les autres cas de figures sont attribués par ordre décroissant à des voitures (6 points), des camions (3 points) et des klaxons (2 points).
Quelles sont les catégories de véhicules les plus bruyantes ?
Les niveaux acoustiques LAmax de chaque catégorie de véhicule ont été étudiés pour les 4 séries de données pour déterminer leur influence sur le bruit émis. L’analyse a été faite :
- sur l’ensemble des véhicules mesurés (graphique du haut)
- et sur une sous-partie de l’échantillon, ne reprenant que les véhicules particulièrement bruyants (graphique du bas), c’est-à-dire ceux qui émettaient un niveau sonore de 10 dB(A) supérieur à la médiane de la série. A noter que ceux-ci représentent une fraction réduite des échantillons : moins de 1% pour chacune des 2 séries de l’étude remote sensing, 4% pour le radar Hydre et 2% pour le radar dBFlash.
Les motos et les poids lourds pèsent davantage dans les véhicules particulièrement bruyants que dans l’ensemble des véhicules
Source : Bruxelles Environnement, répartition (%) des catégories de véhicules sur l’ensemble des véhicules identifiés & sur les véhicules particulièrement bruyants pour les 4 séries de mesures (remote sensing, 2021 & radars sonores, 2023)
Les motos et les poids lourds représentent une part proportionnellement plus importante dans les véhicules bruyants que dans l’ensemble des véhicules, pour les 4 séries considérées.
- Les motos représentent respectivement 25% et 38% des véhicules bruyants dans les séries 1 et 2 de l’étude remote sensing, alors que leur part est minime dans le total des véhicules mesurés (1% seulement). Cette contribution est moindre dans les campagnes avec les radars sonores : 13% avec le radar Hydre et 6% avec le radar dBFlash. Mais elle reste supérieure à leur part dans le trafic total : respectivement 5% et moins de 1%.
- Les camions légers (entre 3,5 tonnes et 12 tonnes) mais surtout les gros camions et semi-remorques (supérieurs à 12 tonnes) représentent de 1 à 2 véhicules bruyants sur 10 selon les sets de données, alors que leur part dans le trafic total est minime (sauf pour le radar Hydre où les camions et semi-remorques constituent 9% du trafic). Ces résultats sont toutefois à interpréter avec prudence compte tenu de la faible taille des échantillons pour ces 2 types de véhicules.
- Dans une moindre mesure, les bus & cars semblent également peser plus lourd dans les véhicules bruyants que dans le total de la flotte, à l’instar de la série 2 du remote sensing où ils passent de 8% à 1%. Mais comme pour les camions, l’échantillon est faiblement représentatif sur le plan statistique.
A l’inverse :
- Les voitures particulières, qui dominent très largement dans le trafic total (entre 67% et 82%), voient leur contribution fortement baisser lorsqu’on se focalise sur les véhicules les plus bruyants (allant de 64% jusqu’à seulement 31% selon les sets de données).
- De même, les utilitaires et camionnettes (≤ 3,5 tonnes) sont davantage représentés dans le trafic total que dans les véhicules particulièrement bruyants.
En termes d’émissions sonores (sur base des médianes) et par rapport à une voiture particulière :
- Une moto émet environ 3 à 5 dB de plus. Autrement dit, elle génère autant de bruit que 2 à 3 voitures.
- Un camion (> 3,5 tonnes ou > 12 tonnes) émet de 7 à 8 dB de plus. Soit autant que 5 à 6 voitures. Le radar Hydre fait cependant exception, avec une différence de seulement 3 dB : les résultats sont en effet influencés par les seuils de détection élevés et variables de ce radar ainsi que par des émissions sonores proportionnellement plus élevées pour les voitures particulières que pour les autres catégories de véhicules à cet endroit, comparé au radar dBFlash.
- Un van, mini-bus, bus ou car émet de 3 à 4 dB de plus. Là aussi, le radar Hydre se distingue par une valeur beaucoup plus basse (<1 dB).
- Un utilitaire ou une camionnette a des émissions équivalentes.
Ces valeurs chiffrées doivent cependant être relativisées par rapport à la vitesse des véhicules, qui influe sur les émissions sonores. Les motos roulent en effet plus vite que les poids lourds.
Bon à savoir
Des contrôles routiers du bruit des motos et des scooters sont organisés depuis 2024 par Bruxelles Mobilité en collaboration avec la police. Les véhicules arrêtés sont testés avec un sonomètreInstrument destiné à mesurer les niveaux d'intensité sonore., en faisant varier le régime moteur. Si les niveaux de bruit dépassent les normes autorisées (conformément à l’arrêté royal de 1974 sur les conditions techniques auxquelles doivent répondre les cyclomoteurs et les motocyclettes), les motos sont envoyées passer un contrôle technique complet. En cas de contrôle réussi, les conducteurs sont dispensés des frais de contrôle ; dans le cas contraire, ils doivent s’en acquitter.
Pendant les 3 premières actions en mars et avril 2024, 17% des motos contrôlées en voirie étaient en infraction et toutes sauf une ont échoué au contrôle technique (Bruxelles Mobilité, 2024). En 2025, 8 autres opérations ont eu lieu, avec 35% de motos en infraction (Bruxelles Mobilité, 2026).
Ces contrôles routiers offrent l’avantage de remédier à certaines nuisances sonores des deux-roues (ex : véhicules trafiqués), tout en sensibilisant les conducteurs.
Mais les nuisances sonores des motos sont également liées au style de conduite. Le projet européen LENS (L-vehicles Emissions and Noise mitigation Solutions, 2022-2025) a ainsi mis en évidence, en situation réelle de conduite, 4 types de comportements bruyants particulièrement problématiques :
- quand le moteur monte en régime permanent, véhicule à l’arrêt, avec une courte accélération suivie d’un relâchement de l’accélérateur ;
- une accélération depuis l’arrêt, avec un changement de vitesse tardif ;
- une accélération maximale depuis l’arrêt ;
- les détonations dans l’échappement, qui surviennent souvent lors de changements multiples de rapports ou en mode manuel. C’est le seul comportement pris en compte dans la réglementation.
Le type de motorisation influencerait peu le bruit émis
En ce qui concerne le type de moteur, les deux études acoustiques ont mis en évidence que les véhicules diesel étaient légèrement plus bruyants que les véhicules à essence (autour de 1 dB). Ce constat est corroboré sur un très grand nombre de véhicules. Toutefois, la différence est très difficilement perceptible pour un être humain.
Curieusement, les véhicules hybrides et surtout électriques n’apparaissent pas significativement plus silencieux que les véhicules à moteur thermique (diesel ou essence). La différence est de maximum 2 dB(A) pour les véhicules électriques par exemple. Elle n’est donc pas a priori perceptible pour l’oreille humaine.
- Les véhicules hybrides pouvant fonctionner en mode thermique, leurs niveaux sonores pourraient se rapprocher de ceux des moteurs thermiques classiques.
- Dans le cas des véhicules électriques, ces résultats surprennent. Ils pourraient entre autres s’expliquer par une part relativement plus importante de véhicules « sportifs », plus puissants et plus lourds. Les voitures électriques flashées par les radars dBFlash et Hydre avaient en effet une masse à vide plus élevée que les voitures diesel (environ +400 kg pour la médiane) et certainement, que les essences (environ +700 à 800 kg). De plus, les véhicules électriques flashés par le radar Hydre, toutes catégories confondues, roulaient à des vitesses supérieures : une hypothèse est qu’ils atteignent plus rapidement leur vitesse de pointe grâce à un couple plus important.
Ces constats sont toutefois à interpréter avec prudence vu le faible nombre de représentants de ces deux motorisations. Pour les électriques par exemple, les radars dBFlash et Hydre n’ont flashé que 119 et 26 véhicules respectivement, soit moins de 1% de chaque échantillon.
Facteurs sans impact notable sur le bruit émis
Dans l’étude remote sensing, les niveaux sonores tendent à augmenter avec la puissance des véhicules et leur masse à vide. Dans celle avec les radars acoustiques, aucune corrélation n’a pu être mise en évidence, sauf en ce qui concerne une hausse des niveaux sonores minimum pour les véhicules très lourds (> 5 tonnes). Mais là encore, les échantillons ne sont pas représentatifs de toutes les catégories de puissance ni de poids que pour analyser cette tendance en détail.
Selon les deux études acoustiques, ni la norme Euro, ni l’année de mise en circulation n’ont d’influence sur le bruit émis.
Quelles perspectives pour la mesure du bruit routier ?
Tout d’abord, la faiblesse statistique des échantillons de ces études n’a pas permis de conclure sur l’influence d’une série de paramètres. En particulier, une étude complémentaire centrée sur les véhicules électriques parait indispensable, d’autant que ceux-ci sont en forte croissance (ils représentaient 8% des voitures en circulation fin 2025 contre seulement 4% fin 2023, selon les données des caméras LEZ).
Mais surtout, les résultats de ces campagnes montrent tout l’intérêt d’analyser plus finement le bruit routier, de ne plus considérer uniquement celui-ci comme produit par un flot de véhicules mais aussi comme le résultat d’une somme de véhicules individuels, ayant chacun leurs caractéristiques propres (Bruxelles Environnement, 2022).
La reproduction de ces études à grande échelle ou de manière pérenne est cependant difficilement envisageable. D’une part, le traitement de données issues du remote sensing est chronophage. D’autre part, les radars acoustiques sont conçus pour cibler les véhicules (très) bruyants et non pour évaluer les émissions sonores de tous les véhicules passant à proximité. En outre, leur installation est soumise à de multiples contraintes, surtout en milieu urbain (poteaux pouvant supporter ces appareils lourds et encombrants, vue dégagée, sans source de bruit derrière…). Enfin, aucun radar acoustique n’est encore homologué mi-2026.
À télécharger
Fiche(s) documentée(s)
- 2. Notions acoustiques et indices de gêne (.pdf)
- 3. Impact du bruit sur la gêne, la qualité de vie et la santé (.pdf)
- 8. Cadastre du bruit du trafic routier en Région de Bruxelles-Capitale (.pdf)
- 9. Exposition de la population bruxelloise au bruit du trafic routier (.pdf)
Autres publications de Bruxelles Environnement
- Expérimentation de deux radars sonores en Région de Bruxelles-Capitale, février 2024. 31 pp. (.pdf)
- Evaluation de l’émission sonore des véhicules motorisés pris individuellement et circulant en Région de Bruxelles-Capitale, décembre 2021. 22 pp. (.pdf)
- Résumé de l’étude - Evaluation de l’émission sonore des véhicules motorisés pris individuellement et circulant en Région de Bruxelles-Capitale, janvier 2022. 2 pp. (.pdf)
Etude(s) et rapport(s)
- BRUXELLES MOBILITE, 2024. « Note sur la mise en place du contrôle du bruit des motos ». 4 pp. Diffusion restreinte
- ICCT (International Council on Clean Transportation), novembre 2021. “Evaluation of real-world vehicle emissions in Brussels”. Etude menée dans le cadre de la campagne TRUE (The Real Urban Emissions). 44 pp. (pdf) (en anglais)
Plan(s) et programme(s)
Liens utiles
Bilan des journées «en ville, sans ma voiture !» en matière de bruit
Pour aller plus loin
- Ce sujet est traité dans le chapitre Mobilité et Environnement