Musique amplifiée : un enjeu de santé publique
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Focus - Actualisation : juin 2026
Les amateurs de musique amplifiée écoutent de la musique partout, longtemps, et souvent à volume élevé. Ils sont près d’1 sur 2 à fréquenter régulièrement des établissements Horeca où est diffusé du son amplifié et près d’1 sur 5 sont des habitués des sorties culturelles et festives. Or de 4 à 5 personnes sur 10 ont déjà été gênées ou ont déjà ressenti des douleurs auditives suite à une exposition prolongée. L’exposition des jeunes en particulier est inquiétante : ils sortent davantage, aiment écouter la musique à plein volume, mais n’ont pas toujours conscience des risques pour leur santé.
Deux sondages sur les habitudes et le ressenti du public
Deux enquêtes sur la perception du son amplifié ont été réalisées auprès de personnes fréquentant régulièrement des lieux où de la musique amplifiée était diffusée :
- L’une en 2017, l’année de l’adoption de l’arrêté régional réglementant le son amplifié (voir encadré ci-dessous), auprès de 414 personnes. L’enquête a été menée dans des festivals, des évènements en plein air, des salles de concert, des cafés et des discothèques.
- L’autre en 2022, auprès de 986 citoyens. Cette enquête a été élargie à d’autres lieux, avec notamment des cafés dansants / cafés spectacles, des salles de fêtes, des cinémas, des snacks, des restaurants, etc.
Toutes deux visaient entre autres à évaluer les effets sur la santé liés à l’écoute de musique amplifiée ainsi que la sensibilisation du public à cette question. La première enquête tentait aussi de caractériser les comportements d’écoute dans la vie quotidienne tandis que la deuxième s’intéressait à la perception des ambiances sonores dans les lieux visités.
Bon à savoir
Par « son amplifié » est entendu tout son (musique, voix, etc.) dont la puissance est amplifiée par un dispositif électronique. Il est omniprésent dans le secteur de la musique, des loisirs, de la restauration et autres lieux de sortie mais aussi dans la vie quotidienne (chaines Hi-Fi, home-cinéma, casques audio…).
Législation
L’arrêté régional sur le son amplifié du 26 janvier 2017, entré en vigueur depuis février 2018, vise à protéger le public contre les dommages auditifs que peut causer le son amplifié. Concrètement, les établissements ouverts au public (établissements Horeca, discothèques, salles de spectacle, commerces, etc.) doivent prendre des mesures s’ils diffusent du son amplifié au-delà de certains niveaux sonores.
L’arrêté définit 3 seuils de niveaux sonores , qui se fondent notamment sur des recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) :
-
85 dB(A) : la norme générale sans conditions particulières.
C’est le niveau maximal de son amplifié électroniquement que les établissements ouverts au public peuvent diffuser sans conditions particulières, mesuré sur une période de 15 minutes consécutives. -
95 dB(A) : une exception avec conditions particulières d’information.
Au-delà d’un maximum de 95 dB(A), mesuré sur une période de 15 minutes consécutives, les exploitants doivent informer le public du niveau sonore diffusé et l’afficher en temps réel. Si ce seuil est franchi après minuit, ils doivent aussi enregistrer les niveaux sonores diffusés et conserver l’historique de ces enregistrements. -
100 dB(A) : une exception avec conditions particulières d’information, de protection et de suivi.
Si le niveau sonore atteint un maximum de 100 dB(A), mesuré sur une période de 60 mn consécutives, les exploitants doivent mettre en œuvre les 3 mesures d’informations liées au seuil précédent et adopter des mesures additionnelles : mettre à disposition du public des bouchons d’oreille et une zone de repos auditif, désigner une personne de référence chargée de veiller au respect des conditions.
A noter que les basses fréquences, de plus en plus courantes dans la musique actuelle et nuisibles pour le voisinage, sont également prises en compte grâce à une pondération adaptée à la sensibilité de l’oreille humaine à celles-ci. Elles sont exprimées en dB(C).
Pour plus d’informations, consultez notre page web dédiée à cette réglementation sur le son amplifié ainsi que notre guide pour les organisateurs d’évènements et gestionnaires d’établissements.
Quelles sont les pratiques d’écoute de musique amplifiée ?
Les enquêtes ont mis en évidence l’exposition très importante du public interrogé au son amplifié et en particulier, celle des jeunes. Rappelons que le public correspond ici à des personnes fréquentant des lieux de sortie, des amateurs de musique : il n’est donc pas représentatif de l’ensemble de la population.
Selon l’enquête de 2017 :
- 96% des répondants écoutent de la musique chez eux, dont 87% tous les jours, et ce durant plus d’une heure.
- Plus de la moitié des répondants (52%) déclare aimer écouter de la musique à volume élevé.
- Ce chiffre est encore plus important chez les jeunes âgés de 16 à 24 ans : plus de 70%.
Selon l’enquête de 2022 :
- Les lieux diffusant de la musique amplifiée les plus fréquentés sont les lieux de restauration : restaurants, cafés et snacks. Près d’1 personne interrogée sur 2 y va plusieurs fois par mois.
- Viennent ensuite des lieux culturels et festifs : cinémas en tête, suivis par les différents types de salles et devant les discothèques. Environ 20% des sondés s’y rendent plusieurs fois par mois.
- Sans surprise, l’âge est un critère déterminant sur la fréquence et la variété des lieux de sortie : les 18-34 ans sortent plus souvent et dans davantage de lieux que les 35-54 ans et certainement que les plus de 55 ans.
Comment évaluent-ils les ambiances sonores des lieux de sortie ?
Une grande majorité des sondés (entre 66% et 76% selon les lieux, d’après l’enquête de 2022) trouvait que le volume sonore dans les établissements fréquentés en général était convenable. Et ils étaient dans l’ensemble assez satisfaits de la qualité du son diffusé (entre 47% et 64%), surtout dans les salles de concert (66%) et de cinéma (77%).
En revanche, le volume sonore était perçu comme :
- Trop élevé par 63% des personnes interrogées dans les discothèques et par 54%, dans les cafés dansants et cafés spectacles ;
- Parfois insupportable par une petite majorité des sondés (de 52% à 59%) dans les lieux destinés en premier lieu à la diffusion de musique, à savoir les festivals, les concerts, les discothèques, les salles pour une soirée dansante ou un évènement familial mais aussi dans les cafés dansants et les cafés spectacles.
- Empêchant parfois les gens de communiquer et les obligeant à crier pour se faire entendre, selon plus de 60% des personnes interrogées, dans tous les lieux cités ci-dessus, discothèques en tête (67%).
- Si élevé que 57% des sondés ont déjà quitté un lieu pour cette raison selon l’enquête de 2022. C’est 2 fois plus que lors de la précédente enquête en 2017 (29%). Les lieux les plus souvent concernés étaient des lieux de restauration. Une des hypothèses qui pourrait expliquer l’écart entre les 2 sondages est la plus grande représentativité des lieux de restauration dans l’enquête de 2022 : les gens quittent en effet plus facilement des cafés et des bars que des spectacles ou des concerts pour lesquels ils ont souvent payé l’entrée, s’ils sont dérangés par le bruit.
Les personnes de 55 ans et plus sont nettement plus enclines à juger les niveaux sonores des lieux qu’ils fréquentent comme plus élevés comparé aux autres tranches d’âges, selon l’enquête de 2022.
Des jeunes adultes moins conscients de l’impact du bruit sur leur santé
Une écrasante majorité du public est consciente qu’écouter de la musique à volume élevé a des effets négatifs sur la santé : 86% lors de l’enquête de 2017, 76% en 2022. Pour les gestionnaires d’établissements diffusant de la musique amplifiée, ce taux grimpe même à 95% (enquête réalisée auprès d’une centaine de gestionnaires d’établissements, 2022).
Cette prise de conscience augmente avec l’âge. Autrement dit, les jeunes sont moins sensibilisés que leurs ainés :
- D’après l’enquête de 2017, un cinquième des 16-34 ans (21%) ignorent qu’écouter de la musique à des niveaux élevés a des répercussions sur la santé, contre près de la moitié des plus de 55 ans (46%). Un tiers des 16-19 ans se disent par ailleurs non informés sur les risques encourus.
- Dans l’enquête de 2022, un quart des 18-34 ans (26%) n’en avaient pas conscience, alors qu’ils n’étaient que 19% dans ce cas chez les plus de 55 ans.
Quels effets sur la santé ?
Les résultats relatifs aux effets sur la santé sont inquiétants :
- De 4 à 5 personnes sur 10 (39% en 2017 et 53% en 2022) ont déjà été gênés ou ont ressenti des douleurs auditives suite à une exposition au son amplifié lors d’un événement ou après avoir fréquenté un établissement.
- En 2017, les jeunes étaient moins concernés que leurs aînés : 33% pour la tranche des 16-34 ans, contre 50% pour celles des 35-54 ans et 46% pour les plus de 55 ans.
- En 2022 au contraire, plus les sondés étaient jeunes, plus ils étaient touchés. Ils étaient ainsi 62% parmi les 18-34 ans, alors que ces pourcentages s’élevaient à 54% chez les 35-54 ans et 37% chez les plus de 55 ans.
- Ces divergences entre les 2 sondages pourraient s’expliquer par des différences entre les échantillons d’enquête : 2 fois plus de personnes ont été interrogées en 2022, et surtout, la représentativité des tranches d’âge était très différente (beaucoup moins de jeunes adultes et beaucoup plus de personnes de plus de 55 ans en 2022). La gamme de lieux était aussi plus étendue, ce qui implique des profils de personnes aussi plus variés.
- Les symptômes les plus fréquents sont les sifflements, les bourdonnements, les acouphènes puis les maux de tête.
- Lors du sondage de 2022, les plus de 55 ans citaient aussi souvent des difficultés de concentration et une réduction générale du bien être.
La proportion de sondés ayant subi des effets négatifs du bruit sur leur santé varie de 1 à 2 personnes sur 3, selon la tranche d’âge
Source : Enquêtes relatives à la musique amplifiée auprès du grand public, 2017 (N = 414 répondants dont 250 âgés de 16 à 34 ans, 129 âgés de 35 à 54 ans et 35 âgés de 55 ans et plus) & 2022 (N = 986 répondants dont 329 âgés de 18 à 34 ans, 413 âgés de 35 à 54 ans et 244 âgés de 55 ans et plus)
Les principaux effets ressentis sont des troubles de l’audition : sifflements, bourdonnements et acouphènes
Source : Enquêtes relatives à la musique amplifiée auprès du grand public, 2017 & 2022. Pourcentage sur les répondants ayant déjà été gênés ou ayant ressenti des douleurs auditives suite à la diffusion de musique amplifiée
L’exposition des jeunes est relayée dans d’autres études et constitue un sujet de préoccupation à l’échelle mondiale. Ainsi, selon l’OMS, « plus d’un milliard de personnes âgées de 12 à 35 ans risquent de de souffrir de déficience auditive du fait d’une exposition prolongée et excessive à de la musique forte et à d’autres sons récréatifs » (« L’OMS publie une nouvelle norme pour faire face à la menace croissante que représente la déficience auditive », actualité du 2 mars 2022). Selon une analyse basée sur plus de 30 études publiées entre 2000 et 2021, près d'un jeune sur deux (48%) est exposé à des niveaux sonores dangereux dans les lieux de divertissement et près d’un sur cinq (24%) utilisent des dispositifs d'écoute personnels à des niveaux susceptibles d'altérer l'audition (BMJ Global Health, 2022).
Bon à savoir
Retrouvez tous les effets spécifiques du son amplifié sur notre santé ainsi que les facteurs de risque dans notre page web dédiée et dans la fiche documentée n°3.
Quelles perspectives ?
En 2022, 5 ans après l’entrée en vigueur de l’arrêté sur le son amplifié, l’ambiance sonore dans les lieux concernés aurait peu ou pas évolué selon les participants au sondage : ils attribuaient une note de 5,4 sur 10 à l’amélioration des niveaux sonores.
Dans l’ensemble, le public juge la législation sur le son amplifié nécessaire pour protéger la santé publique et est rassuré que les niveaux diffusés soient contrôlés. Pourtant, il ne se sent pas vraiment concerné. Une centaine de gestionnaires d’établissement interviewés en 2022 indiquaient par ailleurs que 28% de leurs clients ne comprenaient pas pourquoi les volumes sonores devaient être limités. La sensibilisation doit donc se poursuivre.
Les éléments informant la clientèle des niveaux sonores diffusés (afficheurs de niveaux sonores, pictogrammes, affiches Happy Ears, etc.) sont remarqués par moins d’1 personne sur 2. Et leur signification n’est pas bien comprise. La communication autour de ces éléments mériterait d’être renforcée, y compris auprès des exploitants.
À télécharger
Fiche(s) documentée(s)
- 1. Perception des nuisances acoustiques en Région de Bruxelles-Capitale (.pdf)
- 3. Impact du bruit sur la gêne, la qualité de vie et la santé (.pdf)
- 19. Son amplifié (.pdf)
- 37. Les valeurs acoustiques utilisées en Région de Bruxelles-Capitale (.pdf)
- 41. Cadre légal en matière de bruit et de vibrations (.pdf)
Autres publications de Bruxelles Environnement
Etude(s) et rapport(s)
- AQ-RATE, novembre 2022. « Enquête son amplifié - Volet grand public ». Etude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement. 82 pp. Diffusion restreinte.
- AQ-RATE, janvier 2023. « Enquête son amplifié - Volet gestionnaires ». Etude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement. 109 pp. Diffusion restreinte.
- MARKET ANALYSIS & SYNTHESIS (MAS), septembre 2017. « Enquête de la perception du bruit lié à la musique amplifiée auprès des visiteurs des espaces publics dans la Région de Bruxelles-Capitale », Rapport final. Etude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement. 55 pp. Diffusion restreinte.
- DILLARD LK, ARUNDA MO, LOPEZ-PEREZ L, et al., novembre 2022. « Prevalence and global estimates of unsafe listening practices in adolescents and young adults: a systematic review and meta- analysis” (.html). BMJ Global Health 2022;7:e010501.