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Eaux de surface : qualité, biologie et émissions de polluants

La qualité des cours d’eau bruxellois évolue favorablement mais ne répond pas encore à toutes les normes. Quels sont les polluants majeurs de la Senne, du Canal et de la Woluwe ? D’où viennent-ils ? Et quels sont les obstacles majeurs à l’atteinte du bon état ?
  • Eau
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  • État des lieux de l'environnement
le 30 septembre 2026

Sur le même sujet

Documentation et outils

  • Émissions de polluants
  • Émissions de gaz à effet de serre
  • Eaux souterraines : qualité, quantité et modélisation

Gestion environnementale

  • Air et stations service
  • Comment évolue la qualité de l'air
  • Redonner vie à la Woluwe : la renaissance bleue du site de la Royale Belge

Réglementation et inspection

  • La gestion et la protection des cours d’eau non navigables et des étangs bruxellois
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  • Liste des substances ne pouvant pas être déversées en eaux de surface

Politique régionale

  • Une stratégie bas carbone 2030 & 2050 pour Bruxelles Environnement
  • « Remote sensing » ou télédétection, un outil de mesure des émissions des véhicules en conditions réelles
  • La stratégie Good Soil : protéger et améliorer les sols bruxellois

Sommaire

  • Qualité physico-chimique des eaux de surface
  • Qualité chimique des eaux de surface
  • Qualité biologique des principaux cours d'eau et étangs
  • Etat hydromorphologique des cours d’eau bruxellois
  • Emissions de polluants vers les eaux de surface

Qualité physico-chimique des eaux de surface

Indicateur - Actualisation : août 2022

Une bonne qualité physico-chimique de l’eau est la condition préalable et essentielle à la survie et au développement de la vie aquatique. L’évolution positive observée depuis le début des années 2000 se poursuit, mais à un rythme moins soutenu. Si le Canal possède dans l’ensemble une bonne qualité physico-chimique, ni la Senne, ni la Woluwe - soumise à des critères de qualité plus stricts – ne peuvent se targuer d’atteindre une qualité suffisante. Et les perspectives ne sont pas roses : les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) bruxelloises semblent disposer d’une faible résilience vis-à-vis du réchauffement climatique.

Qu’est-ce que la qualité physico-chimique ?

La physico-chimie de l’eau caractérise la qualité d’eau vis-à-vis de paramètres physiques (tels que la température, le pH, la conductivité) et de certains paramètres chimiques (tels que l’oxygène, l’azote, le phosphore, etc.) qui sont essentiels au développement et à la survie des organismes vivant dans le milieu aquatique. Elle participe à la qualité biologique du cours d’eau et reflète donc indirectement son état ou son potentiel écologique (voir « Qualité biologique des principaux cours d’eau et étangs » ).
La qualité physico-chimique du Canal, de la Woluwe et de la Senne est évaluée ici au moyen d’une sélection de 9 paramètres, parmi ceux retenus dans le Plan de Gestion de l’Eau :

  • la température, 
  • l’acidité (le pH), 
  • la conductivité, 
  • la teneur en oxygène dissous : indispensable à la vie aquatique, il favorise également la dégradation des polluants biodégradables permettant l’autoépuration,
  • la charge organique (la demande biologique en oxygène (DBO) - indice de pollution par la matière organique biodégradable dont la dégradation consomme de l’oxygène dissous, la demande chimique en oxygène (DCO)),
  • la turbidité : les matières en suspension (MES),
  • et les nutriments (azote total et phosphore total). 

La Woluwe étant située en zone Natura 2000, des objectifs plus stricts sont d’application.

De nouveaux objectifs de qualité

Des normes de qualité de base ont été adoptées pour la qualité physico-chimique de l’eau en 2011 puis révisées une première fois en 2015. Mais elles sont jugées peu représentatives et souvent insuffisantes compte tenu du contexte urbanisé de la Région (Bruxelles Environnement, 2019). 
De nouveaux objectifs sont donc proposés depuis 2019, pour le 3ème plan de gestion de l’eau. Ils ont été harmonisés dans la mesure du possible vis-à-vis des normes des deux autres Régions (voir fiche méthodologique  et la fiche documentée n°4 ). Cinq classes de qualité (très bonne, bonne, moyenne, médiocre et mauvaise) ont également été fixées pour chaque paramètre. L’objectif de qualité correspond à la limite inférieure de la classe de la « bonne » qualité. 
Cette fiche se concentre spécifiquement sur les trois masses d’eau de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.)  définies en Région bruxelloise (Canal, Woluwe et Senne), à l’amont et à l’aval du territoire. Notons toutefois que le réseau de surveillance a été étendu depuis 2014 à des points de mesure intermédiaires ainsi qu’à d’autres cours d’eau.

Le Canal : une qualité satisfaisante et qui s’améliore

Dans l’ensemble, la qualité physico-chimique de l’eau du Canal est bonne et en nette amélioration depuis le début des années 2000. Ces tendances positives concernent de nombreux paramètres : l’oxygène dissous, la DCO, les matières en suspension, ou encore les nutriments. Conséquence directe : de moins en moins de dépassements des objectifs cibles sont constatés. 

Seul l’azote total ne respecte toujours pas l’objectif de qualité, même si les concentrations diminuent indéniablement depuis 2012 et s’en rapprochent. 

L’autre paramètre à surveiller est l’oxygène dissous. Il a connu une évolution spectaculaire, notamment à la sortie de la Région où les teneurs au début des années 2000 étaient très faibles. Des fluctuations importantes y sont cependant encore observées et entrainent des concentrations insuffisantes à certains moments voire des dépassements de l’objectif de qualité, comme en 2019. En revanche, à l’entrée de la Région, la valeur cible est respectée depuis 2011. 

Malheureusement, le Canal pâtit également des épisodes de surverses du réseau d’égouts et de la dérivation des eaux de la Senne via la déviation Aa en cas de crue, qui dégradent brusquement et temporairement la qualité de l’eau et provoquent des dégâts aux communautés aquatiques, tels que la mort de nombreux poissons. 

De plus, le Canal fait face à des crises écologiques récurrentes en période estivale (efflorescences de cyanobactéries) en raison de son eutrophisationApport excessif d'éléments nutritifs dans les eaux, entraînant une prolifération végétale, un appauvrissement en oxygène et un déséquilibre de l'écosystème. et de sa faible vitesse d’écoulement. Ces algues peuvent causer des chutes d’oxygène et libérer des toxines dans l’eau, néfastes aux organismes aquatiques.

En général, le Canal possède une qualité assez similaire au début ou à la fin de son parcours bruxellois. 
Trois paramètres présentent en revanche des différences intéressantes à relever. Ainsi, lors de son parcours bruxellois, la température de l’eau du Canal gagne 2°C en moyenne tandis que la concentration en oxygène dissous baisse d’environ 2 mg/l. De plus, l’eau du Canal est plus turbide à l’entrée de la Région qu’à la sortie, même si l’écart s’est nettement réduit.

La Woluwe : une qualité insuffisante au regard des objectifs Natura 2000

La Woluwe présente une relativement bonne qualité physico-chimique, comparée à la Senne et au Canal. Elle est en effet principalement alimentée par des eaux de source provenant de la Forêt de Soignes. Les matières en suspension en particulier présentent de faibles teneurs. 
Cependant, la Woluwe traversant des zones Natura 2000, des objectifs plus sévères sont d’application. Et force est de constater que le bilan est mitigé :

  • La teneur en oxygène dissous est insuffisante : la concentration minimum cible n’a été atteinte qu’une seule fois, en 2016, depuis le début des années 2000. 
  • Plusieurs paramètres flirtent avec les objectifs de qualité, conduisant des dépassements occasionnels (conductivité, nutriments) ou plus fréquents (charge organique). 

Bien que la qualité de la Woluwe se soit globalement améliorée depuis le début des années 2000, la vigilance est donc de mise pour ces paramètres. 

Ces altérations pourraient résulter du rejet ponctuel d’eaux uséesEaux qui ont été affectées à un usage domestique ou industriel et qui sont généralement chargées de différentes substances.. Mais des investigations restent encore nécessaires afin de le confirmer. Dans tous les cas, cette physico-chimie dégradée pourrait avoir une incidence sur la qualité biologique de la Woluwe. En particulier, le manque d’oxygène dissous à certains moments pourrait affecter les populations piscicoles (voir « Qualité biologique des principaux cours d’eau et étangs » ). 

La Senne : une qualité détériorée par les rejets d’eaux usées

La Senne reçoit les rejets des deux stations d’épuration de Bruxelles Sud et de Bruxelles Nord. Elle recueille également de nombreuses surverses via les déversoirs d’orage, en cas de précipitations importantes. Sa qualité d’eau est donc fortement influencée par les performances épuratoires des stations et par la fréquence de fonctionnement des déversoirs et la qualité des eaux qui y sont rejetées. Sans surprise, la Senne présente la qualité physico-chimique la plus dégradée.

Les rejets des deux stations d’épuration constituent environ la moitié du débit médian de la Senne à la sortie de Bruxelles. Les mesures supplémentaires faites sur son trajet en 2014 montreraient d’ailleurs un effet de dilution de certains polluants, après le rejet de la station Sud. Ces eaux rejetées sont aussi plus « chaudes », et pourraient donc être à l’origine de la hausse de température observée à la sortie du territoire bruxellois par rapport à son entrée (différence moyenne de 2°C depuis 2001).

Une évolution spectaculaire

Néanmoins, la qualité de la Senne a évolué de manière spectaculaire entre le début des années 2000 et les années 2010. Il faut dire que la Senne au départ était particulièrement polluée, surtout à la sortie de Bruxelles ! Cette amélioration se poursuit encore aujourd’hui pour plusieurs paramètres, mais à un rythme moins soutenu. 

Evolution de la qualité physico-chimique de la Senne à la sortie de la Région (2001-2020)

Source : Bruxelles Environnement, 2022, sur base des moyennes glissantes sur 3 ans des concentrations moyennes annuelles

Ce progrès découle essentiellement du traitement accru des eaux uséesEaux qui ont été affectées à un usage domestique ou industriel et qui sont généralement chargées de différentes substances. en Région bruxelloise (station Sud mise en service en 2000, station Nord en 2007) et en amont (voir « Epuration des eaux usées » ). Les cinq polluants classiquement épurés par les stations (DBO, DCO, MES, N et P) ont logiquement drastiquement diminué dans la Senne, comme l’illustre le graphique ci-dessus. Progressivement, la qualité à la sortie de la Région se rapproche de celle à l’entrée voire l’égale (ex : nutriments).

Evolution des teneurs en oxygène dissous dans la Senne (2001-2020)

Source : Bruxelles Environnement, 2022
Note : Les percentiles 10 (P10) et 90 (P90) sont les valeurs qui séparent respectivement les 10% et 90% inférieurs des données (triées par ordre croissant en 100 parts égales)
Evolution de la qualité physico-chimique de la Senne (2001-2020)

En parallèle, l’oxygène dissous, quasiment absent au début des années 2000, a pu monter en flèche. Et cette amélioration s’est poursuivie au-delà de 2010, certes à une vitesse moins rapide. On observe cependant un tassement voire une légère dégradation ces dernières années. Remarquons que, depuis 2015, les conditions d’oxygénation sont meilleures à la sortie du territoire régional qu’à l’entrée. 

Cette évolution se répercute de façon bénéfique au niveau de la vie aquatique marquée, en 2016, par le retour des poissons à l’entrée de la Région (voir « Qualité biologique des principaux cours d’eau et étangs » ).

Mais des efforts encore à fournir

S’il y a lieu de se réjouir de ces tendances favorables, la qualité physico-chimique de la Senne reste globalement médiocre:

  • Les teneurs en oxygène dissous demeurent insuffisantes avec une qualité moyenne à la sortie de la Région et même, une qualité médiocre à mauvaise à l’entrée. La situation à l’entrée apparait d’autant plus critique que certaines mesures sont sous le seuil des 3 mg/l, jugé comme critique pour la vie piscicole, même s’il n’est franchi que quelques heures ou jours. De plus, elle semble s’aggraver ces dernières années (voir les deux graphes ci-dessus).
  • Sa charge organique demeure trop élevée à la sortie de la Région : les valeurs cibles tant pour la DCO que pour la DBO sont généralement excédées. Néanmoins, elle tend à diminuer. La valeur cible pour la DBO a ainsi été respectée pour la 1ère fois en 2020.
  • En lien probablement avec cette charge organique encore élevée, les valeurs très hautes de conductivité à la sortie de la Région conduisent à un dépassement systématique de l’objectif. Bien que la conductivité soit plus basse à l’entrée, elle l’excède fréquemment et notamment ces 4 dernières années.
  • Pour l’azote total, la qualité est moyenne et les concentrations évoluent à la baisse. Pour le phosphore total, la qualité est généralement moyenne. Mais les concentrations sont plus éloignées de l’objectif de qualité et donc plus susceptibles de changer de classe de qualité en cas de pic de pollution (tels qu’en 2019 à la suite du curage d’un émissaire à la sortie de Bruxelles).

En revanche, le bilan est positif en ce qui concerne les matières en suspension. Grâce à une amélioration indéniable, les teneurs respectent la valeur cible depuis 2017 et permettent donc à la Senne d’atteindre une bonne qualité vis-à-vis de ce paramètre.

Des progrès tangibles mais un équilibre fragile

Les progrès tangibles constatés ces 20 dernières années sont mis à mal lors des années climatiques exceptionnelles, démontrant la faible résilience des cours d’eau bruxellois. Les conditions climatiques extrêmes se répercutent directement sur la qualité physico-chimique de la Senne, comme en témoignent les chutes en oxygène dissous. De nombreux poissons sont retrouvés morts dans le Canal et plusieurs étangs de la Région bruxelloise certains étés. Mais d’autres organismes aquatiques souffrent potentiellement de ces conditions extrêmes, à en juger par les résultats de 2019 pour la qualité biologique. Or, dans un contexte de réchauffement climatique, ce scénario risque de se reproduire. 

La Senne souffre également des rejets d’eaux uséesEaux qui ont été affectées à un usage domestique ou industriel et qui sont généralement chargées de différentes substances. qu’elle peine à absorber, a fortiori lorsque son débit est faible. Ce fut en particulier le cas en 2019, avec le relargage de polluants consécutif au curage de l’émissaire rive droite. Il est donc essentiel de limiter la fréquence des surverses du réseau d’égouttage.

A télécharger

Fiche(s) méthodologique(s)

  • Indicateur : Qualité physico-chimique des eaux de surface (.pdf)

Accès aux données

  • Application Bruwater, accès aux données sur les eaux de surface

Fiche(s) documentée(s)

  • 4. Normes et valeurs légales de référence en matière d’eau (.pdf)
  • 8. Eaux pluviales et inondations (.pdf)
  • 11. Cours d’eau et étangs bruxellois (.pdf)
  • 12. Maillage bleu (.pdf)
  • 13. Cadre légal bruxellois en matière d’eau (.pdf)
  • 16. Qualité biologique des cours d’eau et étangs bruxellois (.pdf)

Autres publications de Bruxelles Environnement

  • Carte interactive de l’eau à Bruxelles
  • Herziening van de fysicochemische normen van de oppervlaktewateren in het Brussels Hoofdstedelijk Gewest, 2019. 51 pp. Document interne (seulement en néerlandais) (.pdf)
  • Fiches descriptives de la physico-chimie des eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) bruxelloises (2001-2012), septembre 2015. 118 pp. Document interne (.pdf)

Etude(s) et rapport(s)

  • Rapports techniques présentant les résultats des campagnes annuelles de mesure de la qualité physico-chimique des eaux de surface, années diverses jusqu’en 2013, accessibles sur le centre de documentation (.pdf)
  • Résultats d’analyse des campagnes annuelles de mesure de la qualité physico-chimique des eaux de surface. BDB (2013), EUROFINS (2014-2017), CAR  (2018). Diffusion restreinte (.xls)

Plan(s) et programme(s)

  • Plan de gestion de l’eau de la Région de Bruxelles-Capitale pour la période 2022-2027, juillet 2023 (.pdf)

Qualité chimique des eaux de surface

Indicateur - Actualisation : mars 2023

Des polluants omniprésents compromettent l’atteinte d’une bonne qualité chimique de la Senne, du Canal et même de la Woluwe : les polluants incriminés sont des hydrocarburesCe sont des composés organiques liquides constitués de carbone et d’hydrogène dérivés du pétrole. Le mazout, l’essence et d’autres types d’huiles minérales en font partie. Ces huiles ont la particularité d’avoir une faible densité. Lorsqu’elles s’infiltrent dans le sol, elles peuvent atteindre l’eau souterraine et y former une couche flottante. aromatiques polycycliques (HAP), le PFOS ou encore les composés du tributylétain. En revanche, peu d’autres polluants déclassent la qualité chimique de la Senne et du Canal en 2019 et 2020. Il s’agit souvent d’HAP ou de métaux dissous. La zone la plus contaminée est la sortie de la Région. La qualité chimique apparait meilleure en 2019-2020 qu’elle ne l’était en 2016-2018 : est-ce le signe qu’elle évolue favorablement ? Ou simplement la conséquence de l’amélioration des méthodes de mesure ?

Une cinquantaine de substances européennes prioritaires sous la loupe

Les micropolluants sont des substances chimiques potentiellement toxiques pour les écosystèmes voire la santé humaine à de très faibles concentrations. Or ils sont généralement peu éliminés au niveau des stations d’épuration. Ces polluants sont de nature et d’origine très variée : pesticides, hydrocarbures, métaux lourdsNom générique d'un groupe de métaux de densité relativement élevée, tels que le plomb, le mercure, le zinc et le cadmium. Ces métaux sont présents naturellement dans l'environnement et sont même nécessaires à certains processus naturels. Ils sont toutefois nocifs en concentrations élevées. Les principales sources de métaux lourds sont l'industrie non ferreuse, la combustion de combustibles fossiles, l'incinération de déchets et le trafic., polychlorobiphényles (PCB)…

Les Etats membres sont tenus d’assurer leur surveillance et de prendre des mesures afin d’en limiter progressivement, voire d’en interdire, les rejets, émissions et pertes.

Parmi ces substances, certaines sont jugées particulièrement préoccupantes par la Commission européenne pour le milieu aquatique et qualifiées de « prioritaires » dans le cadre de la Directive Cadre sur l’Eau en raison de leurs rejets/émissions importantes vers les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) et de leur caractère particulièrement dangereux et persistant. La liste actuelle compte 45 substances (ou groupes de substances) prioritaires et 8 substances dangereuses non prioritaires (cf. fiche documentée n°4 & annexes 1 et 2 de l’AGRBC de 2015). C’est cette liste qui sert de base à l’évaluation de l’ « état chimique » des masses d’eaux de surface, conformément aux dispositions de la Directive Cadre Eau (DCE).

133 autres substances qualifiées de « dangereuses » doivent également faire l’objet d’un suivi au sein de la Région de Bruxelles-Capitale et répondre à des objectifs environnementaux de qualité (cf. annexe 4 de l’AGRBC de 2015).

Outre ces substances européennes, une attention toute particulière est accordée localement, en Région bruxelloise, à quelques polluants spécifiques de nos eaux de surface : le zinc dissous, l’acénaphtène et le pyrène (2 HAP), des polychlorobiphényles (PCB) et les huiles minérales.

Surveillance des micropolluants dans l’eau mais aussi dans les sédiments et le biote

La Région bruxelloise a mis en place depuis 2001 des programmes de surveillance de la qualité chimique de ses eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.), qui reposent sur l’analyse des concentrations de quelques centaines de paramètres. 5 sites sont ainsi contrôlés depuis le début des mesures : il s’agit des points d’entrée et de sortie de la Région des trois masses d’eau de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.)  désignées (Senne, Canal et Woluwe). Les résultats présentés dans cette fiche se rapportent à ces 5 sites historiques, sachant que la surveillance concerne également d’autres sites de mesures et d’autres cours d’eau.

Bon à savoir

Outre la colonne d’eau, une surveillance est mise en place dans les sédiments et dans le biote (tissus d’organismes vivants). L’objectif est de s’assurer qu’il n’y ait pas d’accumulation de certains polluants lipophiles dans les sédiments (les polluants qui y sont retenus étant parfois relargués vers la colonne d’eau) ou dans le biote.

Des objectifs environnementaux en constante évolution

Les objectifs de qualité en vigueur depuis 2011 pour les substances européennes dans la colonne d’eau sont les Normes de Qualité Environnementale (NQE). Ces normes se rapportent :

  • aux moyennes annuelles d’une campagne d’analyse. Elles visent à protéger la vie aquatique à moyen et long termes vis-à-vis d’une exposition chronique.
  • ainsi que, pour certaines substances prioritaires dangereuses, à des concentrations maximales admissibles (CMA) pour chaque échantillon. Ces normes CMA visent à protéger la vie aquatique à court terme vis-à-vis d’une exposition aiguë.

Les normes en vigueur sont reprises dans la fiche méthodologique et la fiche documentée n°4.

En 2013, les NQE de 7 substances prioritaires ont été révisées (avec effet à compter de fin 2015). Et 12 nouvelles substances prioritaires (dont la moitié qualifiées de « dangereuses ») ont été désignées et font l’objet de normes depuis fin 2018.

Précisons que certains polluants n’ont pu faire l’objet d’une évaluation certaines années (absence de mesures) ou d’une comparaison par rapport aux objectifs de qualité en raison de l’imprécision des méthodes d’analyse (seuil de détection supérieur à la NQE).

Une qualité chimique satisfaisante pour un très grand nombre de polluants

La plupart des 45(+8) substances prioritaires européennes et des 133 substances dangereuses ne posent aucun problème pour les trois masses d’eau de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.)  définies en Région bruxelloise : le Canal, la Senne et la Woluwe. Elles ne sont souvent même pas détectées dans la colonne d’eau, les sédiments ou le biote.

Il en est de même pour trois des cinq substances chimiques jugées pertinentes à l’échelle de la Région de Bruxelles Capitale. Seuls le zinc et les huiles minérales posent toujours souci dans la Senne.

La Senne est le cours d’eau le plus contaminé

De manière générale, au vu du nombre de substances déclassant la qualité chimique de l’eau et des concentrations observées :

  • La Senne est le cours d’eau le plus contaminé, surtout à la sortie de la Région.
  • A l’inverse, la Woluwe apparait relativement préservée, à l’exception toutefois de polluants omniprésents tels que les HydrocarburesCe sont des composés organiques liquides constitués de carbone et d’hydrogène dérivés du pétrole. Le mazout, l’essence et d’autres types d’huiles minérales en font partie. Ces huiles ont la particularité d’avoir une faible densité. Lorsqu’elles s’infiltrent dans le sol, elles peuvent atteindre l’eau souterraine et y former une couche flottante. Aromatiques Polycycliques (HAP).
  • Le Canal occupe une position intermédiaire.

En 2019 et 2020, 13 substances ont ainsi dépassé les normes dans la Senne, 8 dans le Canal et 1 seule dans la Woluwe. Environ la moitié d’entre elles ont un caractère omniprésent.

Deux familles de polluants posent particulièrement problème : les HAP et les métaux dissous. Ces paramètres sont examinés en détail dans la suite de cette fiche.

Par rapport aux années précédentes, le nombre de substances responsables de dépassement de normes tend à diminuer. Si ce constat est encourageant, il découle en partie de l’amélioration des méthodes de mesure fin 2018 : l’abaissement des seuils de quantification se répercute en effet sur le calcul des moyennes annuelles (voir fiche méthodologique).

Le problème généralisé des substances omniprésentes

L’Union européenne a dressé une liste de treize substances persistantes, bioaccumulables et toxiques (PBT) ou se comportant comme tel (cf. article 8bis de la directive 2013/39/UE). Parmi celles-ci figurent des HAP, le mercure, le PFOS ou encore les dioxines. Bien qu’ils ne figurent pas sur cette liste, les polychlorobiphényles (PCB) appartiennent également à la famille des polluants PBT

Bon à savoir

Les substances « PBT » sont persistantes, bioaccumulables et toxiques. Elles sont susceptibles d’être détectées sur le long terme dans l’environnement aquatique, malgré les mesures prises à leur encontre. Certaines d’entre elles présentent même la particularité de pouvoir être transportées sur de longues distances ; elles sont alors qualifiées d’ubiquistes ou d’omniprésentes car tous les compartiments environnementaux sont touchés (eau, air, sol, etc.).

Sans surprise, la Région bruxelloise n’échappe pas à cette contamination qui touche la grande majorité des Etats membres de l’Union Européenne. Le principal problème au niveau de la colonne d’eau concerne les HAP mais aussi le PFOS.

Des Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP) partout, même dans la Woluwe

6 des 8 HAP classés comme prioritaires ou assimilés excèdent les normes dans les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) bruxelloises. Même la Woluwe est touchée. Et avec la révision des normes de qualité environnementale (NQE), effective depuis 2016, le bilan s’est aggravé.

Parmi les principaux HAP prioritaires incriminés, figurent quatre des cinq HAP omniprésents

  • Le benzo(a)pyrène contamine la Senne et le Canal mais aussi la Woluwe. La norme relative à la moyenne annuelle, qui était régulièrement dépassée avant sa révision en 2016, entraine des dépassements systématiques dans ces 3 masses d’eau depuis 2018. De plus, la concentration maximale admissible, bien que révisée à la hausse, a été excédée dans la Senne à la sortie de la Région en 2016 et 2017. Mais depuis lors, elle est respectée.
  • De plus, le benzo(ghi)pérylène, le benzo(b)fluoranthène ainsi que, dans une moindre mesure, le benzo(k)fluoranthène dépassent fréquemment les concentrations maximales admissibles dans la Senne et le Canal. Et cela aurait aussi été le cas avant 2016, si elles avaient été en vigueur.

Le benzo(ghi)pérylène a ainsi été responsable en 2019 comme en 2020 de 7 dépassements par an (3 dans le Canal et 4 dans la Senne). Le benzo(b) fluoranthène a occasionné 1 dépassement en 2019 (dans la Senne) et 4 en 2020 (2 dans la Senne et 2 dans le Canal). Le benzo(f)fluoranthène ne compte à son actif qu’1 dépassement en 2019 dans la Senne et aucun en 2020.

L’indeno(123cd)pyrène, cinquième HAP omniprésent, n’est pas soumis à une norme de qualité environnementale. Mais il est très souvent quantifié dans les eaux de surface bruxelloises. 

Deux autres HAP prioritaires sont préoccupants :

  • Le fluoranthène, qui contamine tant la Senne que le Canal. Depuis la révision des normes en 2016, les dépassements de la moyenne annuelle y sont systématiques à la sortie de la Région et très fréquents à l’entrée. En outre, la Senne à la sortie de la Région a également excédé la concentration maximale admissible à deux reprises, en 2016 et 2017. Dans la Woluwe, à une exception près en 2016, les concentrations mesurées restent en-dessous des normes.
  • L’anthracène, dans la Senne à la sortie de la Région. La norme relative à la moyenne annuelle a été outrepassée une seule fois, en 2017. En revanche, la concentration maximale admissible a été excédée à plusieurs reprises, notamment en 2016, 2017 et 2019.

Par ailleurs, 3 des 8 HAP de la liste des 133 autres substances dangereuses ont présenté des concentrations moyennes annuelles supérieures à la norme certaines années, notamment en 2016 et 2017 : l’acénaphtène, le phénanthrène et le pyrène. La Senne à la sortie de la Région était systématiquement concernée. Par le passé, le pyrène avait également connu des dépassements ponctuels dans la Senne à l’entrée de la Région et plus rarement, dans le Canal à la sortie de la Région.

Point positif toutefois, aucune de ces substances n’a présenté de dépassement sur les trois dernières années de mesure (2018, 2019 et 2020).

Les HAP arrivent dans les eaux de surface majoritairement de manière diffuse

De manière générale, le respect des normes relatives aux HAP s’inscrit dans un processus long et complexe dans la mesure où ces polluants résultent essentiellement d’apports diffus. Selon l’inventaire des émissions de 10 HAP pour l’année 2016, 60% des apports résultent de sources diffuses : 44% du transport (usure des pneus et des voiries, combustions incomplètes) et 13% du dépôt atmosphérique.

Les HAPs étant lipophiles, ils sont retenus à plus de 90% au niveau des boues de stations d’épuration. Leur présence dans l’eau découle des rejets au niveau des déversoirs d’orage (37%), au niveau de la filière temps pluie des stations d’épuration (31%) et dans une moindre mesure, des eaux uséesEaux qui ont été affectées à un usage domestique ou industriel et qui sont généralement chargées de différentes substances. des zones égouttées non raccordées aux stations d’épuration (15%) et du ruissellement (10%).

Au niveau des cours d’eau, les HAP s’associent aux sédiments et se dégradent difficilement. Preuve en est leur présence dans les sédiments, mais leur concentration serait stable. 

Sources (à gauche) et cheminements (à droite) des émissions nettes annuelles de 10 HAP dans les eaux de surface

Source : Bruxelles Environnement, données issues de l’inventaire des émissions vers les eaux de surface (années de référence : 2016-2017-2018) pour le benzo(a)pyrène, le benzo(b)-, le benzo(k)fluoranthène, le benzo(ghi)pérylène, le fluoranthène, l’indeno(123cd)pyrène), l’acénaphtène, l’anthracène, le naphtalène et le pyrène

Le PFOS : autre substance omniprésente polluant la Senne et le Canal

Le PFOS (acide perflurooctane-sulfonique et ses dérivés) est un polluant fluoré omniprésent qui est systématiquement problématique dans la Senne et le Canal lorsqu’il est mesuré.
La norme annuelle est excédée :

  • plus de 5 fois dans la Senne
  • et plus de 20 fois dans le Canal !

Il était également en dépassement dans la Woluwe en 2014-2016 mais n’est plus quantifié en 2018-2020, signe d’une évolution encourageante pour ce cours d’eau.

Bon à savoir

Le PFOS n’existe pas à l’état naturel. C’est un composé fluoré hydro- et lipophobe, très stable chimiquement, couramment utilisé à des fins domestiques ou industrielles. Il est devenu une problématique majeure ces dernières années car il se propage largement dans l’environnement, est persistant et ne se dégrade que lentement.

Les polychlorobiphényles : bientôt plus un problème dans les eaux bruxelloises ?

Les polychlorobiphényles (PCB) font également partie des substances PBT omniprésentes et des polluants spécifiques au bassin versantTerritoire sur lequel l'ensemble des eaux précipitées convergent vers un même exutoire (cours d'eau, étang, etc.). Chaque bassin versant se subdivise en différents sous-bassins versants, correspondant à la surface d'alimentation des affluents se jetant dans le cours d'eau principal. Ces unités géographiques permettent l'analyse du cycle hydrologique local et de ses effets.). Des teneurs trop élevées ont été relevées en 2015 et 2016 dans l’eau de la Senne et du Canal tant à l’entrée qu’à la sortie du territoire. La bonne nouvelle est qu’en 2019 et 2020, avec des seuils de quantification plus bas, les concentrations sont demeurées inférieures à la norme. Faut-il l’interpréter comme un signe d’amélioration ?

Bon à savoir

Les PCB ont été utilisés jusque dans les années 70 comme isolants électriques. Ils sont désormais interdits. Un plan régional d’élimination et de décontamination des PCB-PCT a été adopté en 1999 ainsi qu’un programme de mesures visant à réduire cette pollution en 2005.

Certaines substances PBT passent sous les radars…

L’imprécision des méthodes de mesure ne permet malheureusement pas d’évaluer toutes les substances PBT dans la colonne d’eau : c’est le cas entre autres en 2019 et 2020 de l’hexabromo-cyclododécane (HBCDD) ou encore des diphényléthers bromés. Mais, vu leur caractère omniprésent et les dépassements observés dans le passé, la probabilité qu’ils soient présents voire en dépassement est élevée.

Les métaux dissous : autres substances problématiques dans la Senne et le Canal

Si les concentrations mesurées dans l’eau en métaux totaux respectent les normes, les composés dissous eux posent problème. La Senne est la plus touchée, surtout à la sortie de la Région, suivie par le Canal. La Woluwe en revanche est généralement épargnée.

Deux métaux dissous se révèlent problématiques :

  • Le plomb (Pb): depuis le durcissement de la norme en 2016, les concentrations moyennes annuelles sont invariablement en dépassement dans la Senne et le Canal, tant à l’entrée qu’à la sortie de la Région. Seule exception : la Senne à l’entrée de la Région en 2020. Même la Woluwe a connu un dépassement en 2017 ! Plus inquiétant, les concentrations maximales admissibles ont été surpassées en 2016 et 2017 à la sortie de la Région dans la Senne et/ou le Canal. La tendance évolue toutefois positivement, avec une baisse significative des concentrations.
  • Le zinc (Zn) : la norme annuelle est outrepassée en 2020 comme chaque année dans la Senne à la sortie de la Région. C’était également le cas jusqu’en 2016 à l’entrée de la Région, de même que dans le Canal, aux deux points de mesure.

Quatre autre métaux dissous contaminent potentiellement la Senne, surtout à la sortie de la Région : le mercure, le cuivre, le nickel et le cadmium.

Alors que ces quatre substances déclassaient sa qualité d’eau en 2016, l’évolution sur les deux dernières années de mesure disponibles semble positive : seul le cuivre a excédé la norme en 2017 et aucun dépassement n’a été constaté en 2020.

La prudence reste néanmoins de mise vu la propension des métaux à fortement s’accumuler dans les sédiments, ce que confirment les teneurs élevées qui y sont mesurées. Un autre point d’attention est l’accumulation de mercure dans les tissus des organismes vivants (biote).

D’où viennent ces métaux ?

Les sources diffuses contribuent de manière prépondérante aux émissions de zinc (88%, principalement en raison de la corrosion des matériaux de construction du bâti) et de mercure (82%, principalement à cause du trafic).

Les sources ponctuelles en revanche (la population, les entreprises et l’industrie) constituent presque l’entièreté des apports en nickel (98%), l’essentiel de ceux en cadmium (78%) et plus de la moitié de ceux en plomb (55%).

Sources des émissions nettes annuelles de 5 métaux dans les eaux de surface

Source : Bruxelles Environnement, données issues de l’inventaire des émissions vers les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) (années de référence : 2016-2017-2018)

Les émissions nettes vers la Senne sont environ 6 fois plus importantes que celles vers le Canal.
Les métaux étant moins bien épurés ou retenus au niveau des stations d’épuration, les effluents des STEP représentent la principale voie d’acheminement des métaux vers la Senne.

Autres polluants méritant une attention particulière

  • Les substances tensioactives occasionnent des dépassements dans la Senne et le Canal certaines années telles qu’en 2019.
  • Les huiles minérales sont quantifiées chaque année dans la Senne et le Canal. Bien que non soumises actuellement au respect d’une NQE, elles nécessitent une attention particulière car elles sont émises en grande quantité sur le territoire régional: 9 tonnes d’émissions nettes par an dont 8 vers la Senne et 1 vers le Canal (selon l’inventaire des émissions pour les années 2016-2017-2018). Elles proviennent du trafic routier et ferroviaire (huiles utilisées au niveau des aiguillages). Une des sources significatives pour la Senne serait le site de Schaerbeek formation.
  • En ce qui concerne les pesticides figurant sur la liste des substances prioritaires et sur celle des autres polluants, les normes sont respectées depuis 2009. Seul l’aclonifène a dépassé en 2019 et 2020 la concentration maximale admissible dans la Senne à l’entrée de la Région. La contamination par les pesticides constatée dans les eaux souterraines de la Région ne se vérifie donc pas pour les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) (voir « Etat chimique des eaux souterraines »).
  • Les concentrations moyennes annuelles en DEHP (type de phtalate utilisé comme plastifiant) n’ont dépassé la norme qu’une seule fois : en 2016, sur la Senne à l’entrée de la Région. Mais la vigilance s’impose car les concentrations observées dans les sédiments du Canal augmentent.
  • Les diphényléthers bromés sont présents dans les sédiments et conduisent à des dépassements de norme pour le biote. Les concentrations dans la colonne d’eau restent toutefois bien en-dessous des concentrations maximales admissibles. Il est en revanche difficile de statuer sur le caractère préoccupant ou non de ces substances vis-à-vis des eaux de surface, compte tenu du niveau de précision des méthodes de mesures.
  • Substances préoccupantes seulement depuis une dizaine d’années, les nonylphénols sont présents dans les eaux de surface bruxelloises, comme dans presque tous les pays. Leur concentration respecte les normes en 2019 et 2020 mais ce ne fut pas le cas d’autres années. Les dépassements concernaient tant la moyenne annuelle que la concentration maximale admissible. Ils s’observaient aussi bien dans le Canal que la Senne, à chaque fois à la sortie de la Région.

Comment lutter efficacement contre ces pollutions ?

Un grand nombre de mesures préventives et curatives sont prises dans le cadre du plan de gestion de l’eau pour réduire la pollution chimique de l’environnement et des cours d’eau : gestion des permis d’environnement (normes de rejets, recours aux meilleurs techniques disponibles, etc.), restriction puis interdiction dès 2019 de l’usage des pesticides dans les espaces publics, dragage et curage des cours d’eau et étangs pour enlever les sédiments pollués, information et sensibilisation en matière d’utilisation de certains produits, etc. 

L’amélioration de la qualité des eaux de surface bruxelloises dépend par ailleurs aussi des efforts réalisés en amont de la Région. 

Néanmoins la lutte contre les substances omniprésentes ne peut être restreinte à la seule politique de l’eau. Seule une gestion globale à l’échelle européenne (voire mondiale) et transversale aux différentes politiques environnementales (eau, air, sols…) pourrait contenir cette pollution.

A télécharger

Fiche(s) méthodologique(s)

  • Indicateur : Qualité chimique des eaux de surface (.pdf)

Accès aux données

  • Application Bruwater, accès aux données sur les eaux de surface

Fiche(s) documentée(s)

  • Normes et valeurs légales de référence en matière d’eau (.pdf)
  • Eaux pluviales et inondations (.pdf)
  • Cours d’eau et étangs bruxellois (.pdf)
  • Maillage bleu (.pdf)
  • Cadre légal bruxellois en matière d’eau (.pdf)
  • Qualité biologique des cours d’eau et étangs bruxellois (.pdf)

Autres publications de Bruxelles Environnement

  • Carte interactive de l’eau à Bruxelles
  • Inventaire des émissions, rejets et pertes des substances prioritaires dans les eaux de surface de la Région de Bruxelles-Capitale, 2022. Annexe 2 du Plan de Gestion de l’Eau 2022-2027. 287 pp. (.pdf)

Etude(s) et rapport(s)

  • Rapports techniques présentant les résultats des campagnes annuelles de mesure de la qualité physico-chimique des eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.), années diverses jusqu’en 2013, accessibles sur le centre de documentation (.pdf)
  • Résultats d’analyse des campagnes annuelles de mesure de la qualité chimique des eaux de surface. BDB (2013), EUROFINS (2014-2017), CAR (2018-2020). Diffusion restreinte (.xls)

Plan(s) et programme(s)

  • Plan de gestion de l’eau de la Région de Bruxelles-Capitale pour la période 2022-2027, juillet 2023 (.pdf)

Qualité biologique des principaux cours d'eau et étangs

Indicateur - Actualisation : juillet 2022

Aucune des masses d’eau suivies en Région de Bruxelles-Capitale n’atteint le « bon potentiel écologique » en 2019. La qualité globale de la Senne reste encore loin de cet objectif et elle a régressé en 2019, entre autre à cause de la sécheresseLa sécheresse est un phénomène naturel où la disponibilité de l'eau diminue en raison du manque de précipitations, ce qui - à terme - peut engendrer une pénurie d’eau. A ne pas confondre avec ‘vague de chaleur’ et ‘canicule’ même si celles-ci ont un impact sur les disponibilités en eau (augmentation de la demande).. Le Canal connait une nette dégradation en 2019 pour tous les groupes biologiques. En revanche, si on fait abstraction des poissons, la vallée de la Woluwe est proche du bon potentiel écologique. La Woluwe comme le Roodkloosterbeek l’atteignent pour plusieurs groupes biologiques et ont évolué positivement entre 2016 et 2019. Deux des trois étangs étudiés obtiennent aussi de très bons scores ; le troisième affiche de moins bons résultats.

Cinq groupes biologiques sous la loupe

La qualité biologique des cours d’eau et étangs bruxellois est évaluée tous les 3 ans depuis 2004, conformément à la Directive Cadre Eau (DCE) et aux recommandations des experts. La dernière campagne de mesures date de 2019.
Cinq groupes – ou éléments - biologiques sont pris en compte :

  • le phytoplancton (algues généralement microscopiques en suspension dans l’eau), 
  • le phytobenthos (micro- et macro-algues vivant fixées ou à proximité du fond de l’eau), 
  • les macrophytes (plantes telles que les roseaux), 
  • les macro-invertébrés (insectes et larves, vers, crustacés,…) 
  • et les poissons.

Les cinq éléments biologiques pris en compte dans l’évaluation de la qualité biologique

Source : Figure extraite de VUB & INBO, 2021

L’évaluation de la qualité de chaque élément repose sur une comparaison de la situation observée par rapport à des conditions de référence. Ces dernières correspondent à une situation optimale (« potentiel écologique maximal ») compte tenu des altérations aux conditions physiques naturelles consécutives des activités humaines (voir fiche méthodologique). Cinq classes de qualité sont déterminées.

C’est l’élément de moins bonne qualité qui détermine l’état biologique global (principe « one-out, all-out »). Cette méthode d’évaluation est donc particulièrement restrictive. De plus, le laps de temps entre deux campagnes (3 ans) est peut-être trop réduit que pour mettre en évidence des évolutions significatives. Ces dernières doivent, pour être pertinentes, être considérées sur le long terme car les communautés biologiques peuvent voir leur population fluctuer naturellement sur le court terme. 

Evolution de la qualité biologique 

Les cartes ci-dessous illustrent les résultats obtenus pour les points de mesure suivis à chaque campagne. Ces sites sont localisés sur la Senne, le Canal, la Woluwe (cours d’eau et étangs) et l’un de ses affluents, le Roodkloosterbeek. Depuis 2019, le grand étang Mellaerts a remplacé l’étang du parc des Sources.

Evolution de la qualité biologique des principaux cours d’eau et étangs bruxellois (2004-2019)

Source : Bruxelles Environnement, dpt. Reporting et incidences environnementales, 2022

Les poissons, de retour dans la Senne depuis 2016, ont souffert en 2019

Le changement positif le plus marquant est le retour des poissons dans la Senne depuis 2016, alors que ce cours d’eau était auparavant considéré comme « mort » pour cet élément. Une quinzaine d’espèces différentes y a été recensée en 2016, avec près de 200 individus à l’entrée de la Région et 100 à la sortie. Cette évolution semble résulter d’une restauration écologique progressive suite à la mise en route des stations d’épuration de Bruxelles-Sud en 2000 et de Bruxelles-Nord en 2007. Malheureusement, cette tendance positive ne s’est pas confirmée en 2019, avec une dizaine d’espèces seulement et un nombre de spécimens divisé par 5 à l’entrée de la Région et par 3 à la sortie. Plusieurs explications sont avancées :

Tout d’abord, la vie piscicole est compromise par les afflux d’eaux uséesEaux qui ont été affectées à un usage domestique ou industriel et qui sont généralement chargées de différentes substances. que reçoit le cours d’eau (rejets des stations d’épuration et déversements par temps de pluie lors de la saturation du réseau d’égouttage) (voir l’indicateur sur l’épuration des eaux usées). Les indicateurs biologiques témoignent en effet en 2019 d'une qualité d’eau très dégradée :

  • Le phytobenthos a régressé en qualité médiocre en raison d’une pollution exceptionnelle due au curage d’un collecteurcollecteur, négociant et courtier ayant charrié une importante charge organique.
  • Le Potamot pectiné (Potamogeton pectinatus), espèce résistante aux eaux eutrophes (très riches en nutriments), est le seul représentant de la végétation submergée et ne permet pas aux macrophytes d’aller au-delà d’une qualité moyenne. 
  • Les macro-invertébrés sont dominés par un petit nombre de taxons, tous tolérants à la pollution.

Ensuite, cette pollution des eaux est aggravée par les périodes de sécheresseLa sécheresse est un phénomène naturel où la disponibilité de l'eau diminue en raison du manque de précipitations, ce qui - à terme - peut engendrer une pénurie d’eau. A ne pas confondre avec ‘vague de chaleur’ et ‘canicule’ même si celles-ci ont un impact sur les disponibilités en eau (augmentation de la demande)., à l’instar de 2019 : le faible débit combiné à des rejets pollués en charge organique entraine une chute des teneurs en oxygène dissous, souvent en-deçà du seuil de 3 mg/l jugé comme critique pour la vie des poissons. 

Enfin, l’établissement durable des poissons dans la Senne est entravé par de profonds bouleversements hydromorphologiques que constituent les berges bétonnées, le voûtement des deux tiers de son parcours et un ouvrage infranchissable au début du pertuis du centre-ville (voir le focus sur l’état hydromorphologique). 

La Senne doit également faire face à une croissance du crabe chinois (Eriocheir sinensis), espèce invasive, à la sortie de la Région : presque 150 crabes ont été piégés dans les nasses en mai 2019.

Quelles perspectives pour la Senne ?

La Senne reste donc très éloignée du « bon potentiel écologique » et le chemin à parcourir pour l’atteindre semble encore long. Limiter les rejets polluants et améliorer l’hydromorphologie apparaissent comme deux préalables indispensables à toute restauration écologique de cette rivière emblématique. 

Limiter les rejets polluants signifie notamment gérer les surverses des déversoirs d’orage. Trois déversoirs majeurs, responsables des plus importants rejets annuels en volume, vont ainsi être réaménagés dans le cadre du programme européen Life-Belini. Une autre mesure de lutte contre les rejets polluants est l’enlèvement des sédiments de la Senne : le curage de la partie amont a été effectué à l’été 2013 et celui de la partie aval et du centre s’est terminé en 2016. Deux tronçons doivent potentiellement encore être curés à la sortie de la Région : en aval de l’effluent de la station Nord d’une part et en aval de la Chaussée de Buda jusqu’à la frontière régionale d’autre part. Les travaux sont prévus pour 2026 et 2027.

Plusieurs projets d’envergure visant à restaurer l’hydromorphologie de 3 tronçons de la Senne sont menés dans le cadre du programme Life-Belini et pourraient changer la donne d’ici quelques années :

  • La renaturation des berges sur 1 km le long du Boulevard Paepsem, au sud de la Région, s’est terminée en mars 2020 (plus d’informations sur cette page web du projet Belini) ;
  • La remise à ciel ouvert sur 300 mètres et la restauration des berges sur 400 mètres à hauteur de l’avenue de Vilvorde, en amont de la station d’épuration Nord, se sont achevées à l’automne 2021 (plus d’informations sur cette page web du projet Belini) ;

Remise à ciel ouvert de la Senne en amont de la station d’épuration Nord (avant/après travaux)

Source : Photos extraites du site web Belini, 2022
  • La remise à ciel ouvert dans le Parc Maximilien, près de la gare du Nord, dont les travaux débuteront en 2022.

Une dégradation à tous niveaux de la qualité biologique du Canal en 2019

Le Canal connait entre 2016 et 2019 une dégradation pour tous les éléments biologiques analysés, avec comme conséquence une rétrogradation de classe de qualité :

  • De moyenne à médiocre pour le phytobenthos (à la sortie de la Région uniquement), les macro-invertébrés et les poissons (aux deux sites de collecte). 
  • Du bon potentiel à une qualité moyenne pour le phytoplancton (à l’entrée de la Région).

Le phytoplancton à la sortie de la Région est le seul à se maintenir au « bon potentiel écologique » en 2019, malgré une baisse de son score. 

De nombreuses communautés aquatiques vivant dans le Canal sont dominées par des espèces invasives, telles que le crabe chinois (Eriocheir sinensis), le gobie à tâches noires (Neogobius melanostomus) ou encore l’écrevisse américaine (Faxonius limosus). Ces espèces sont connues pour exercer une pression sur les macro-invertébrés et dans le cas du gobie et de l’écrevisse, aussi sur les petits poissons (voir fiche documentée « Poissons »). La croissance du nombre de crabes chinois en 2019 pourrait expliquer le déclin écologique constaté cette année-là. Le gobie est présent depuis 2013 à la sortie de la Région et a malheureusement aussi été pêché en 2019 à l’entrée, témoignant de son expansion vers l’amont. 

La présence d’espèces invasives est un phénomène courant au sein des voies navigables : celles-ci constituent un axe de transit privilégié pour les organismes vivants et le point de départ à leur potentielle expansion. Dans le Canal, ces espèces affectent de façon plus ou moins importante sa qualité biologique, mais une quantification de l’effet sur l’atteinte du « bon potentiel écologique » est encore nécessaire.

Hormis les espèces exotiques envahissantes, plusieurs freins au développement de la vie aquatique sont identifiés dans le Canal : la constante remise en suspension des sédiments et les vagues liées à la navigation. Avec la grande profondeur et le manque (voire l’absence) de végétation, les macro-invertébrés peinent à s’y établir. L’aménagement d’îles flottantes ou de berges végétalisées pourrait y remédier mais il faudrait les déployer à grande échelle pour avoir un réel impact sur la qualité écologique du Canal. Sept radeaux végétalisés d’une surface totale de 224 m2 ont été installés au printemps 2022 à hauteur du Bruxelles Royal Yacht-Club pour un test d’un an.

La Woluwe, une belle progression entre 2016 et 2019

La situation de la Woluwe est positive et elle a évolué favorablement entre 2016 et 2019. Cette amélioration ainsi que l’assez bonne qualité physico-chimique de l’eau se traduisent par un gain de classe pour les macro-invertébrés, qui atteignent ainsi le bon potentiel en 2019. Les macrophytes se maintiennent au « bon potentiel écologique », et ce depuis 2009, grâce une belle végétation submergée et une riche végétation au niveau des berges, notamment des indicateurs de suintement. Le phytobenthos obtient un score légèrement supérieur en 2019 par rapport à 2016 mais demeure en qualité moyenne. Il a pourtant atteint le bon potentiel par le passé (respectivement en 2009-2010 et 2013). 

Le principal bémol de la Woluwe est la qualité médiocre du groupe biologique des poissons : ils stagnent à un niveau « médiocre » depuis 2007, en raison de l’absence d’espèces clés comme le brochet ou le rotengle et d’une pauvre diversité spécifique. La campagne de 2019 est d’ailleurs marquée par un recul du nombre d’espèces pêchées (5 seulement) et d’individus. Un point positif toutefois est la présence d’une espèce protégée : la bouvière.

La Woluwe présente en effet un état hydromorphologique dégradé. Un grand nombre d’obstacles transversaux notamment (28 ouvrages dont 23 infranchissables) empêche la libre circulation piscicole (voir le focus sur l’état hydromorphologique). 

Le Roodkloosterbeek : une qualité bonne et en amélioration… sauf pour les poissons

Si on excepte les poissons, la qualité biologique du Roodkloosterbeek est satisfaisante. Certains indices de qualité atteignent même le « bon potentiel écologique » : les macro-invertébrés depuis 2016 et le phytobenthos, qui persiste dans cet état depuis 2009. 

De plus, une évolution globale positive est constatée. C’est le cas en particulier pour les macrophytes : complètement absents en 2013, ils apparaissent en 2016 et se hissent en qualité moyenne en 2019. 

Comme pour la Woluwe, la qualité écologique du Roodkloosterbeek est déclassée par le groupe biologique des poissons qui stagnent en qualité « médiocre ». Le nombre tant d’individus que d’espèces y est encore plus faible que dans la Woluwe (seulement 3 espèces pêchées en 2019, dont la bouvière). Et il souffre toujours de l’absence de certaines espèces clés représentatives d’une bonne santé écologique du milieu. 

L’hydromorphologie détériorée du Roodkloosterbeek apparait comme le frein principal au développement des macrophytes et des poissons. Les macrophytes submergés ne peuvent s’y installer en raison d’un ombrage important, d’un tracé rectiligne du cours d’eau et du caractère artificiel de certaines berges. Les poissons manquent d’habitats et des obstacles empêchent leur libre circulation. Une des recommandations des experts est donc d’améliorer la structure du Roodkloosterbeek en recréant des méandres, en restaurant les berges et en supprimant les obstacles à la circulation piscicole.

Deux étangs pourraient presque prétendre au bon potentiel

L’étang de Boitsfort et l’étang long du Parc de la Woluwe atteignent le bon potentiel voire le potentiel écologique maximal pour plusieurs éléments de qualité. Et ces bons résultats perdurent depuis plus de 10 ans :

  • pour les macrophytes, 
  • pour les macro-invertébrés 
  • et dans le cas de l’étang long, pour le phytoplancton. 

L’étang de Boitsfort a connu une brusque dégradation en matière de phytoplancton entre 2010 et 2013, chutant du potentiel écologique maximal à une qualité moyenne. Une biomanipulation a donc été entreprise et semble avoir restauré les populations de phytoplancton, à en juger par l’amélioration significative observée en 2016 puis 2019. L’étang accède ainsi de nouveau au bon potentiel en 2019.

Le phytobenthos, évalué depuis deux campagnes seulement dans ces deux étangs, évolue positivement entre 2016 et 2019. L’étang de Boitsfort gagne une classe de qualité et atteint le bon potentiel. L’étang long du parc de la Woluwe demeure en qualité moyenne, mais frôle le bon potentiel.

Bon à savoir

La biomanipulation désigne un ensemble de techniques dont l’une consiste en une mise à sec hivernale (permettant une oxygénation et une minéralisation des boues) et en une suppression partielle ou totale des poissons. Lorsque la végétation submergée parvient à couvrir plus de 30% de la surface de l’étang, des poissons piscivores sont réintroduits. La biomanipulation est une mesure de gestion qui a été utilisée dans plusieurs étangs bruxellois. Si les résultats à court terme se révèlent positifs, ceux à plus long terme restent mitigés. Un suivi régulier des étangs biomanipulés constituerait une condition essentielle à la stabilisation des progrès observés. Autrement dit, il s’agit d’une opération gagnante à condition d’être bien suivie. Pour en savoir plus sur ce procédé et sur ses effets sur les étangs bruxellois, consultez la fiche documentée n°16.

Le grand étang Mellaerts a une moins bonne qualité écologique

Le grand étang Mellaerts, évalué pour la 1ère fois en 2019, présente une qualité inférieure à celle des deux étangs précités : les plantes aquatiques (macrophytes), submergées ou émergées, y sont sporadiques, ce qui offre peu d’habitats pour les macro-invertébrés. L’étang atteint néanmoins le bon potentiel pour un élément de qualité : le phytoplancton. 

Mais dans les étangs, comme dans les cours d’eau, les poissons souffrent

Tous les étangs suivis présentent une qualité médiocre à mauvaise vis-à-vis des poissons. Lorsque cet élément est mesuré, il conduit inévitablement à un déclassement de ces masses d’eau. La campagne de 2019 ne fait pas exception. Cependant, dans l’étang du Parc de la Woluwe, la chute de la densité piscicole (10 fois moins élevée en 2019 qu’auparavant) résulte principalement de la biomanipulation de 2017 qui comprenait une intervention sur les populations piscicoles.

La vallée de la Woluwe est relativement préservée des espèces invasives

La principale préoccupation pour la vallée de la Woluwe est l’expansion de l’écrevisse américaine (Faxonius limosus). Cette espèce est bien installée dans le Roodkloosterbeek où elle pourrait influencer négativement, via son régime alimentaire, les macrophytes submergés et les poissons. Elle est également présente dans le grand étang Mellaerts, dont elle pourrait expliquer les mauvais scores au niveau des macrophytes et des macro-invertébrés. Elle ne semble en revanche pas établie dans la Woluwe, où elle n’a été capturée que certaines années, par exemple en 2013. 

Par ailleurs, l’étang de Boitsfort est infesté par une autre espèce d’écrevisse : l’écrevisse turque (Pontastacus leptodactylus).

D’autres espèces invasives sont ponctuellement observées. Des poissons-chats américains (Ameiurus nebulosus) ont été pêchés dans le Roodkloosterbeek en 2016. Signalons aussi qu’un à deux exemplaires de tortue de Floride (Trachemys scripta) ont été attrapés dans chaque étang en 2019.

Les espèces invasives constituent une menace grandissante sur l’état écologique des eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.). Un projet Life Riparias (2021-2026) sur leur gestion en bordure de rivières et dans les étangs vient de débuter. Il cible notamment les écrevisses envahissantes, dont l’écrevisse américaine. L’objectif est d’avoir leur population sous contrôle d’ici la fin du projet.

A télécharger

Fiche(s) méthodologique(s)

  • Indicateur : Qualité biologique des cours d’eau et étangs (.pdf)

Tableau(x) reprenant les données

  • Qualité biologique des cours d’eau et étangs par élément de qualité (.xls)

Fiche(s) documentée(s)

  • 4. Normes et valeurs légales de référence en matière d’eau (.pdf)
  • 11. Cours d’eau et étangs bruxellois (.pdf)
  • 12. Maillage bleu (.pdf) 
  • 13. Cadre légal bruxellois en matière d’eau (.pdf)
  • 16. Qualité biologique des cours d’eau et étangs bruxellois (.pdf)
  • Faune et Flore 8. Poissons (.pdf)

Fiche(s) de l’Etat de l’Environnement

  • Espaces verts et biodiversité – Espèces exotiques envahissantes

Autres publications de Bruxelles Environnement

  • Carte interactive de la qualité biologique des cours d’eau et des étangs
  • Carte interactive de l’eau à Bruxelles

Etude(s) et rapport(s)

  • VUB & INBO - STIERS I., AYMERE AWOKE A., VAN WICHELEN J., BREINE J., TRIEST L., mars 2021. « De biologische kwaliteit van waterlopen, kanaal en vijvers in het Brussels Hoofdstedelijk Gewest in 2019. Fytoplankton, fytobenthos, macrofyten, macro-invertebraten en vissen ». Etude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement. 111 pp. (seulement en néerlandais)  

Plan(s) et programme(s)

  • Plan de gestion de l’eau de la Région de Bruxelles-Capitale pour la période 2022-2027, juillet 2023 (.pdf)

Liens utiles

  • Projet LIFE-Belini
  • Projet Life Riparias

Etat hydromorphologique des cours d’eau bruxellois

Focus - Actualisation : septembre 2026

L’état hydromorphologique des principaux cours d’eau bruxellois a été évalué en 2016 puis en 2024. Il se révèle sans surprise très dégradé, avec une qualité médiocre ou mauvaise, sauf sur le tracé à ciel ouvert de la Woluwe où il atteint une qualité moyenne. De manière générale, les berges rendues linéaires et verticales par des substrats artificiels empêchent le développement de la vie aquatique et terrestre. Néanmoins, l’hydromorphologie de la Woluwe et surtout de la Senne a évolué positivement à certains endroits entre 2016 et 2024 grâce aux travaux réalisés. Ces progrès se répercutent peu sur le score global, en raison des tronçons voûtés notamment, qui représentent un tiers du parcours de la Woluwe et deux tiers de celui de la Senne.
Plusieurs priorités sont identifiées pour améliorer la qualité hydromorphologique dans les années à venir. En ce qui concerne la Woluwe, il s’agit de restaurer sa continuité écologique car elle est entravée par un grand nombre d’obstacles, souvent infranchissables pour les poissons. En ce qui concerne la Senne, il faut renaturer ses berges et aménager son lit mineur. Et l’aménagement de la seule chute d’eau serait un atout indéniable pour rétablir la circulation piscicole. Quant au Canal, voie navigable artificielle, des améliorations sont envisageables localement, avec des radeaux végétalisés par exemple.

Qu’est-ce que l’hydromorphologie d’un cours d’eau ?

L’hydromorphologie des cours d’eau correspond à la combinaison :

  • des caractéristiques et des processus relatifs à la morphologie des cours d’eau (diversité de profondeur et de largeur des rivières, structure du lit et des berges),
  • de leur régime hydrologique (dynamique des cours d’eau et notamment leur débit, connexion avec les eaux souterraines),
  • ainsi que de leur continuité écologique (évaluation des obstacles, naturels ou artificiels, à la libre circulation des poissons).

Plus un cours d’eau connaitra une diversité importante dans ses aspects et ses écoulements, mais aussi plus sa structure et sa composition seront naturelles, meilleure sera sa qualité hydromorphologique.

Pour rappel, la Directive et l’Ordonnance Cadre Eau fixent un objectif environnemental aux masses d’eau de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.)  bruxelloises : l’atteinte du bon état chimique et du bon potentiel écologique. Or la qualité hydromorphologique entre dans l’évaluation de la composante écologique, au même titre que la qualité biologique et la qualité physico-chimique.  Améliorer l’hydromorphologie des eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) bruxelloises afin de renforcer leur rôle de corridor écologiquePetite bande de végétation utilisée par la faune et la flore et qui permet l'échange potentiel d éléments biotiques entre deux zones. et supprimer les obstacles à la circulation piscicole sont aussi des objectifs du Règlement européen sur la Restauration de la Nature et du Plan Renature.brussels, le nouveau Plan régional Nature.

Bon à savoir

Un cours d’eau en bonne santé hydromorphologique améliore la qualité de l’eau grâce aux propriétés phyto-épuratrices de certaines plantes (on parle de « capacité auto-épuratoire » d’un cours d’eau) et permet notamment de lutter contre la prolifération d’algues bleues. Il offre des habitats diversifiés et de qualité, indispensables au bon développement et au maintien de la vie aquatique (et terrestre), favorisant ainsi la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore).. Un cours d’eau en bonne santé hydromorphologique  est aussi plus résilient face aux pressions naturelles et/ou anthropiques : il pourra, dans une certaine mesure, absorber certaines perturbations sans que son état n’en soit trop affecté.

Une hydromorphologie malmenée par l’urbanisation

Dans une région urbanisée comme Bruxelles-Capitale, la qualité hydromorphologique des cours d’eau est fortement dégradée. Par le passé, les cours d’eau ont subi de nombreuses modifications, ayant pour but d’endiguer les inondations récurrentes et les risques sanitaires auxquels devaient faire face les Bruxellois. C’est ainsi que la Senne a été voûtée et nombre de ses affluents asséchés. D’autres cours d’eau ont subi un sort similaire. En parallèle, de nombreux étangs et zones marécageuses ont été asséchés et ont donc disparu du paysage bruxellois. Depuis lors, l’urbanisation n’a cessé d’exercer une pression sur le réseau hydrographiqueLe réseau hydrographique regroupe l’ensemble des cours d'eau, étangs, mares, zones humides… : chenalisation, aménagement des berges, mise en place d’ouvrages transversaux tels que barrages, ponts, passerelles, etc.

En raison de ces altérations morphologiques importantes :

  • la Senne et la Woluwe ont été désignées comme masses d’eau fortement modifiées
  • et le Canal comme masse d’eau artificielle.

Un inventaire détaillé

La qualité hydromorphologique du Canal, de la Senne et de la Woluwe a été caractérisée pour la première fois en 2016 puis en 2024 (MeryTherm Bureau d’Etude MTBE, 2016 & Bruxelles Environnement, 2024). La méthode QUALPHY (évaluation de la qualité du milieu physique des cours d’eau), développée pour les eaux naturelles, a été appliquée. Cette méthode mesure l’écart d’un cours d’eau par rapport à son type géomorphologique de référence à l’état naturel - considéré comme non impacté par les activités humaines – à travers 40 paramètres qualitatifs et quantitatifs liés au régime hydrologique, à la continuité écologique et aux conditions morphologiques.

Attention

Les résultats obtenus sont à relativiser puisque les masses d’eaux bruxelloises, fortement modifiées ou artificielles, sont loin des conditions naturelles auxquelles elles sont comparées ! Une révision de la manière dont est évaluée la qualité hydromorphologique , qui tienne compte de leurs altérations, est d’ailleurs prévue dans le plan de gestion de l’eau 2028-2033, afin de fournir une image plus représentative des états actuels et atteignables.

Comme le prévoit la méthode QUALPHY, les cours d’eau bruxellois ont été divisés en 2016 en tronçons homogènes d’après leurs caractéristiques naturelles et anthropiques via des données cartographiques et bibliographiques. En 2024, cette segmentation a été révisée pour la Senne et la Woluwe, en se calquant sur les unités de gestion de Bruxelles Environnement. Les scores de 2016 ont donc été recalculés en fonction de ce nouveau découpage :

  • Le Canal présente une morphologie relativement uniforme. Par conséquent, seuls deux tronçons à ciel ouvert de 500 m de long, considérés comme représentatifs de l’ensemble de la voie navigable, ont été étudiés : l’un à l’entrée de la région (Anderlecht), l’autre à sa sortie (Haren).
  • La Senne a été scindée en 34 tronçons de gestion, dont 17 à ciel ouvert (d’une longueur totale de 4,94 km, soit 34% de son linéaire) et 17 en souterrain (total de 9,69 km).
  • La Woluwe a été découpée, depuis l’étang de Boitsfort jusqu’à sa sortie de la région, en 39 tronçons de gestion, dont 31 à ciel ouvert (d’une longueur totale de 4,49 km, soit 64% de son linéaire) et 8 en souterrain (total de 2,50 km).

Chaque tronçon fait l’objet d’un inventaire de terrain, dans lequel chacun des 40 paramètres à analyser est coté. Un indice de qualité est ensuite calculé :

  • pour le tronçon
  • ainsi que pour ses trois compartiments, c’est-à-dire le lit mineur, les berges et le lit majeur ;
  • et pour le cours d’eau, en moyennant les indices des différents tronçons, pondérés par leur longueur respective.

Schéma des trois composantes d’un cours d’eau : lit mineur, berges et lit majeur

Source : ©www.eaufrance.fr 

L’indice de qualité est compris entre 0% (totalement artificialisé) et 100% (état naturel, aucune dégradation par rapport à son type géomorphologique de référence). Cinq classes de qualité sont possibles :

Bon à savoir

Les tronçons souterrains reçoivent automatiquement une note de 0% en raison de l’uniformité du lit mineur, des berges « bloquées » et de l’urbanisation du lit majeur. Dans les pertuis, l’absence de lumière empêche le développement de la végétation. Or :

  • la Woluwe est voûtée sur un tiers de son parcours,
  • la Senne, sur les deux tiers de son parcours.

Un recensement des obstacles à la circulation piscicole

La continuité écologique constitue un des aspects importants de l’hydromorphologie des cours d’eau. Elle est évaluée sur base sur de l’Indice de Continuité Ecologique (ICE), qui classe la franchissabilité de chaque obstacle recensé en fonction :

  • des caractéristiques hydrauliques de l’ouvrage (hauteur de chute, profondeur de fosse, etc.)
  • et des capacités des poissons à le franchir (hauteur de saut, vitesse de nage maximale, etc.), tant pour les espèces indigènes que pour les espèces migratrices attendues après restauration.

L’indice ICE se focalise sur les obstacles à la migration longitudinale (i.e. dans le sens du cours d’eau, et non d’une berge à l’autre), et plus particulièrement à la montaison, c’est-à-dire en remontant le courant de l’aval vers l’amont, car il s’agit généralement du sens de migration le plus perturbé par les altérations humaines. Il en résulte un indice ICE, compris entre 0 et 1, où 0 correspond à un ouvrage infranchissable et 1 à un obstacle franchissable à la montaison pour la majorité des individus.

Enfin, une classe ICE globale (franchissable, épisodiquement franchissable ou infranchissable) est attribuée à l’ouvrage en combinant les indices ICE des différents groupes de poissons (moyenne qui peut être nuancée sur jugement d’expert).

Pourquoi restaurer la libre circulation piscicole ?

Les ouvrages, qu’ils soient transversaux (ponts, barrages, seuils…) ou longitudinaux (digues, berges aménagées…) ont plusieurs impacts négatifs :

  • Ils peuvent fragmenter le réseau hydrographiqueLe réseau hydrographique regroupe l’ensemble des cours d'eau, étangs, mares, zones humides… et entraver le déplacement longitudinal et transversal des espèces vers des zones indispensables à l’accomplissement de leur cycle de vie (alimentation, croissance et reproduction).
  • Ils influencent le régime hydrologique puisqu’ils modifient la pente ou l’écoulement du cours d’eau, et donc son débit. Il en résulte l’apparition de zones d’eaux stagnantes qui diminuent la qualité physico-chimique du milieu en impactant négativement la température ou la quantité d’oxygène dissous par exemple. Ces eaux stagnantes favorisent également l’accumulation d’éléments nutritifs menant à un enrichissement du milieu - phénomène appelé eutrophisationApport excessif d'éléments nutritifs dans les eaux, entraînant une prolifération végétale, un appauvrissement en oxygène et un déséquilibre de l'écosystème. - et donc, à la prolifération excessive de certaines espèces (algues et macrophytes principalement).
  • Enfin, les ouvrages bloquent le flux de sédiments qui s’accumulent alors en amont. L’aval peut quant à lui subir un phénomène d’érosion du lit et des berges, entraînant ainsi la disparition d’habitats nécessaires à la vie aquatique.

Résultats : un état hydromorphologique très dégradé

L’hydromorphologie du réseau hydrographiqueLe réseau hydrographique regroupe l’ensemble des cours d'eau, étangs, mares, zones humides… bruxellois reflète le contexte urbain dans lequel il s’inscrit. Sans surprise, les masses d’eau de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.)  de la RBC s’écartent très fort de l’état de référence naturel auquel elles sont comparées avec la méthode QUALPHY :

  • La Senne (13%) et le Canal (17%) sont catégorisés en qualité hydromorphologique mauvaise ;
  • La Woluwe (34%), en qualité médiocre.
  • En ne prenant en compte que les tronçons à ciel ouvert, la Senne (39%) et la Woluwe (53%) augmentent d’une classe de qualité.

Indice QUALPHY de qualité hydromorphologique pour tous les tronçoncs (en haut) et uniquement pour les tronçons à ciel ouvert (en bas)

Source : Bruxelles Environnement, 2024

Lorsqu’on ne considère que ses sections à ciel ouvert, la Woluwe présente une qualité hydromorphologique globale moyenne (53%). L’état de ses berges est alors qualifié de bon (avec un indice de 77%), tandis que l’état du lit majeur est moyen (53%) mais celui du lit mineur reste médiocre (36%). Cette perturbation du cours d’eau s’explique principalement par les aménagements hydrauliques que la Woluwe a subis jusqu’à présent en raison de l’urbanisation croissante : rectification du lit, uniformisation du faciès d’écoulement et des berges, ne laissant la végétation se développer qu’à la base de celles-ci, présence d’ouvrages tels que seuils ou barrages infranchissables…

Les tronçons voûtés, qui représentent environ un tiers du linéaire de la Woluwe, présentent quant à eux une qualité mauvaise.

Ils font par conséquent rétrograder l’indice global de la Woluwe en qualité hydromorphologique médiocre, tout comme l’indice spécifique du lit mineur et du lit majeur, tandis que l’indice spécifique des berges chute en qualité moyenne.

Un des gros points noirs de la Woluwe est sa (dis)continuité écologique : 12 ouvrages ont été répertoriés sur son tracé principal (i.e. entre l’étang de Boitsfort et la sortie de la Région). La majorité sont des vannes, appelées moines, permettant de réguler le niveau d’eau des étangs qui lui sont connectés. Parmi ces 12 ouvrages :

  • pas moins de 9 sont considérés comme des barrières infranchissables par les poissons (Indice de Continuité Écologique ICE de 0)
  • et 1 comme épisodiquement franchissable (ICE de 0,33 ou 0,66).
  • Les 2 ouvrages restants sont quant à eux toujours franchissables (ICE de 1) ; il s’agit de vannes mobiles maintenues ouvertes (sauf en cas de travaux d’entretien).

Ces nombreux obstacles à la circulation piscicole expliquent en grande partie pourquoi le groupe des poissons stagne dans une qualité biologique médiocre (voire mauvaise) et constitue un facteur limitant systématique de la qualité biologique globale de la Woluwe (voir l’indicateur sur la qualité biologique des principaux cours d’eau et étangs ). La forte artificialisation du cours d’eau, qui freine le développement de la végétation, se traduit également par une qualité médiocre ou moyenne pour ce groupe biologique (i.e. macrophytes). Or, la qualité physico-chimique de l’eau de la Woluwe se rapproche doucement du bon état (même si l’oxygène dissous est encore trop bas une partie de l’année - voir l’indicateur sur la qualité physico-chimique des eaux de surface ). Faire progresser la qualité biologique de la Woluwe suppose donc une restauration préalable de son hydromorphologie.

Inventaire 2024 de la franchissabilité des obstacles sur la Woluwe, la Senne et le Canal

Source : Bruxelles Environnement, 2026 – inventaire sur le tracé principal (hors affluents)

La Senne est voûtée sur les deux tiers de son parcours bruxellois. Ce voûtement résulte en une mauvaise qualité hydromorphologique des tronçons concernés, ce qui influence négativement l’état général de la masse d’eau, qui est lui aussi qualifié de mauvais (13%).

Concernant la Senne à ciel ouvert (à Anderlecht, Schaerbeek et Haren), on observe une grande uniformité du milieu, qui limite le développement de la vie aquatique et de la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore). :

  • La plupart des méandres ont subi une linéarisation. On observe ainsi une forte uniformisation du faciès d’écoulement et une absence de sinuosité, qui résultent en un manque structurel d’habitats diversifiés.
  • Les berges fortement urbanisées sont souvent composées de matériaux tels que du béton ou des palplanches et s’en trouvent donc actuellement peu fournies en végétation.
  • Le lit majeur est très impacté car très fortement urbanisé, souvent imperméabilisé, et les annexes hydrauliques sont rares.

Au niveau de ses seules parties à ciel ouvert, la Senne atteint par conséquent un état médiocre (39%), tout comme le lit mineur (38%) et le lit majeur (31%). Seules ses berges se trouvent dans un état moyen (49%).

Un seul obstacle à la migration des poissons a été relevé sur la Senne mais il a été évalué comme infranchissable (à la montaison) : il s’agit d’une chute d’eau située au début du pertuis du centre-ville (à hauteur de la rue des Vétérinaires).

La Senne est voûtée sur les deux tiers de son parcours bruxellois

Source : ©Vivaqua & Duseigne

Dans son ensemble, le Canal présente un état hydromorphologique mauvais : il obtient un score (17%) très légèrement supérieur à celui de la Senne (+4 points de pourcentage).

  • Le lit mineur est le seul compartiment à se hisser en qualité médiocre (22%).
  • Les berges présentent une qualité hydromorphologie mauvaise (18%) : l’absence de structures pouvant accueillir des végétaux conduit à une diversité en habitats quasi nulle pour le développement d’un écosystèmeC'est l'ensemble des êtres vivants (faune et flore) et des éléments non vivants (eau, air, matières solides), aux nombreuses interactions, d'un milieu naturel (forêt, champ, etc.). L'écosystème se caractérise essentiellement par des relations d'ordre bio-physico-chimique. aquatique fonctionnel.
  • Le lit majeur obtient un score très faible (11%) en raison de la forte artificialisation des sols, liée à l’usage du Canal comme voie navigable.
  • Le Canal ne présente pas d’obstacle à la migration aussi important que ceux sur la Woluwe et la Senne. En effet, les deux écluses sont considérées comme épisodiquement franchissables vu leurs ouvertures régulières lors des passages de bateaux.

Quelles évolutions par rapport au précédent inventaire hydromorphologique ?

Si on compare la qualité hydromorphologique de la Woluwe entre 2016 et 2024, on observe une très légère évolution favorable : l’indice global (tronçons à ciel ouvert et en souterrain) a progressé de +0,7 points de pourcentage (de 33,3 à 34,0%). Cette évolution découle d’une amélioration au niveau du lit mineur (+1,5 points) et des berges (+0,4 points), tandis que le lit majeur est resté stable.

10 tronçons à ciel ouvert ont en effet été modifiés durant cette période, sur une longueur totale d’un peu plus de 3 km. L’indice global, restreint à ces 10 tronçons, a progressé de +2 points de pourcentage. Les trois tronçons visés par les aménagements les plus lourds sont les suivants :

  • celui sur le site semi-naturelLe terme semi-naturel s'applique aux parties d un milieu naturel modifiées par l'action anthropique. du Hof ter Musschen (+2,7 points de pourcentage), long de 500 m et qui a subi un curage ayant permis d’améliorer la variabilité d’écoulement, de profondeur et de créer des cavités sous berges ;
  • celui de 200 m situé dans le parc du Slot (+4,1 points) et qui a vu ses berges plantées de fascines de saule et de gabions ensemencés (légère sinuosité, croissance d’hélophytes) ;
  • ou encore le tronçon de 140 m au Clos des Pommiers fleuris (+3,9 points), où le lit mineur a été rétréci (augmentation de la lame d’eau et de la vitesse d’écoulement), la structure des berges refaite (tunage) et des plantations réalisées (notamment pour lutter contre les renouées du Japon, des espèces exotiques envahissantes).

Sur l’ensemble de son linéaire, en comparaison avec 2016, la Senne affiche, au même titre que la Woluwe, une évolution favorable de sa qualité hydromorphologique : +1,2 points de pourcentage pour le lit mineur, +1,0 pour les berges et +0,5 pour le lit majeur, ce qui revient à une progression de +0,9 points de pourcentage pour l’indice global (de 12,3 à 13,2%). Si on ne prend en compte que les tronçons aménagés, cette progression monte à +5 points de pourcentage.

En effet, des travaux structurels d’envergure ont été effectués entre 2016 et 2024 :

  • La plus spectaculaire amélioration (+44,5 points) correspond à la remise à ciel ouvert et à la restauration de berges d’un tronçon de 200 mètres au nord de Bruxelles en 2021, à hauteur de l’avenue de Vilvorde, juste avant la station d’épuration Nord : des berges étagées ont ainsi été recréées, avec des matériaux naturels et une ripisylve. Le lit présente désormais davantage de variabilité d’écoulement (plus d’informations sur la réouverture de la Senne nord sur cette page web du projet Life Belini ).
  • Immédiatement en aval du pont Van Praet, c’est un tronçon de 300 m qui a vu son index augmenter plus modestement (+3,7 points) par la réalisation d’un curage et l’adjonction d’épis dans le lit (permettant de varier la profondeur et le faciès d’écoulement), et l’utilisation de substrats naturels dans les berges.
  • Au sud de Bruxelles (Anderlecht) cette fois, le long du boulevard Paepsem, une zone d’immersion temporaire connectée à la Senne a été crée (+4,2 points) et les berges ont été renaturées sur 100 m en rive gauche et sur environ 250 m au niveau de la zone d’immersion (+5,0 points ; installation d’épis, plantation de ripisylve et d’hélophytes, lutte contre les renouées du Japon) (plus d’informations sur les travaux de 2020 sur la Senne sud sur cette page web du projet Life Belini ).

La remise à ciel ouvert et la renaturation des berges de la Senne au nord de Bruxelles a fait progresser l’indice hydromorphologique de ce tronçon de 44,5 points de pourcentage

Source : Photos extraites du site web Belini : avant travaux (à gauche) / après travaux (à droite), 2022

La renaturation des berges et la création d’une zone d’immersion temporaire sur la Senne au sud de Bruxelles ont engendré une hausse de 4 à 5 points de pourcentage de l’indice hydromorphologique associé à ces deux compartiments

Source : Photos extraites du site web Belini : après travaux, 2020

Attention

Qu’il s’agisse de la Woluwe ou de la Senne, l’amélioration hydromorphologique d’un tronçon particulier, même significative, se répercute peu sur le score hydromorphologique global à l’échelle de la masse d’eau. Ceci s’explique par :

  • la part importante de tronçons voûtés, qui pèse lourd dans l’indice global (1/3 du linéaire total pour la Woluwe, 2/3 pour la Senne),
  • la référence très ambitieuse à laquelle les masses d’eau sont comparées dans la méthode actuelle (à savoir des conditions naturelles).
  • la marge de manœuvre extrêmement réduite au niveau du lit majeur, très urbanisé, qui est une des trois composantes de calcul de l’indice.

En revanche, ces améliorations hydromorphologiques génèrent localement des bénéfices écologiques importants et participent à l’évolution positive de la qualité biologique des cours d’eau (voir indicateur sur la qualité biologique ).

Woluwe : restaurer la continuité écologique en priorité

La Woluwe semble au premier abord le cours d’eau au potentiel d’amélioration le plus important, en raison de son contexte un peu moins urbanisé. Mais d’importants investissements ont déjà été réalisés dans le passé : des méandres ont été recréés, un curage des boues a été effectué et plusieurs tronçons voûtés ont été remis à ciel ouvert (par exemple, les 400 mètres entre le Parc des Sources et le Moulin de Lindekemale entre 2000 et 2003 ou les 840 mètres entre 2016 et 2024 – voir détails ci-dessus). Et le rapport coûts-bénéfices des travaux encore à réaliser est assez élevé. L’ouverture de tronçons voûtés est particulièrement coûteuse. La remise à ciel ouvert de la Woluwe au niveau du bâtiment de la Royale belge le long du Boulevard du Souverain est néanmoins planifiée pour fin 2027 (plus de détails sur ce projet à la Royale Belge  sur notre site web).

Comme le point noirZone d'une ville ou d'une région qui, en raison de sa situation critique, doit être prise en compte pour des actions prioritaires. de l’hydromorphologie de la Woluwe réside dans les nombreux obstacles à la migration des poissons, leur suppression ou aménagement progressif est en cours d’analyse afin de rendre le tracé principal franchissable : retirer les ouvrages qui n’ont plus d’utilité, abaisser les seuils ou encore installer des dispositifs de franchissement lorsque toute autre intervention est impossible, sont des pistes en vue de restaurer, au moins partiellement, une certaine continuité écologique longitudinale. L’étude de faisabilité a été réalisée en 2023-2024. Quatre sites prioritaires ont été identifiés : l’école Singelijn, le moulin de Lindekemale, le déversoir de la rue de la Station et l’étang rond du Parc de Woluwe. Les aménagements débuteront en 2026-2027 par la suppression du seuil situé à l’école Singelijn. Ils se poursuivront en remontant progressivement sur au moins un bras, avec le moulin de Lindekemale en 2027, puis jusqu’aux étangs Mellaerts idéalement.

En outre, favoriser le développement d’une végétation indigène sur les berges (avec une véritable transition du biotopeAire géographique de dimensions variables, souvent très petites, offrant des conditions constantes ou cycliques aux espèces constituant la biocénose. aquatique vers le biotope terrestre) permettrait également d’améliorer une continuité transversale.

Des passes à poissons vont être aménagées au niveau des chutes d’eau de l’école Singelijn et du moulin de Lindekemale

Sources : Chutes d’eau de 0,3 m à l’école Singelijn (à gauche ) et de 1,6 m au moulin de Lindekemale (à droite) © Commune de Woluwe-Saint-Lambert

Senne : renaturaliser les berges en priorité

Il est impératif, pour la Senne, de poursuivre l’amélioration de sa qualité hydromorphologique :

  • Si remettre la Senne à ciel ouvert sur l’ensemble de son linéaire vouté est irréaliste, des études ont montré que cela était possible au niveau du Parc Maximilien, dans le centre de Bruxelles, sur un tronçon d’environ 600 mètres.
  • Bien que cela s’avère également complexe de renaturaliser les berges, en raison du contexte industriel de la zone riveraine, c’est une priorité pour diversifier les habitats, au même titre que la restauration du lit mineur (en particulier le faciès d’écoulement). Cera sera notamment réalisé sur quelques centaines de mètres au Nord de Bruxelles, le long de l’Avenue du Vilvorde, à partir de 2027.
  • De plus, les possibilités d’aménagement de la chute d’eau (seul obstacle à la migration sur la Senne) ont été étudiés en 2022. Il reste à définir comment intégrer ces travaux dans les projets à venir.

Bon à savoir

Dans le bassin de la Senne, l’urbanisation des lits (mineur et majeur) est plus forte que dans le bassin de la Woluwe et contraint encore davantage les possibilités de modifications. De manière générale, il est très difficile d’intervenir sur le lit majeur des masses d’eau bruxelloises. A l’inverse, le lit mineur constitue souvent l’élément sur lequel il est le plus facile d’intervenir, en améliorant la sinuosité du lit ou en faisant varier son écoulement au moyen d’épis par exemple. Les travaux plus lourds (creusement du lit mineur, réouverture du lit) se heurtent en revanche à de fortes contraintes. Vu toutes ces contraintes urbanistiques, améliorer l’état hydromorphologique global des masses d’eau bruxelloises s’inscrit donc sur le long terme.

Canal : un potentiel d’amélioration localement

Créé par l’homme pour le transport de marchandises, le Canal est une masse d’eau artificielle. Faire progresser sa qualité hydromorphologique est une gageure, vu les contraintes importantes liées à la navigation (remous, accostage, chargement/déchargement de matériaux). Toutefois, en tenant compte de ces contraintes, un potentiel d’amélioration existe en jouant localement sur les conditions hydromorphologiques.

Ainsi, des radeaux végétalisés ont déjà été implantés le long des quais du Canal pour améliorer localement les conditions pour la vie aquatique (et terrestre) :

  • Sept radeaux végétalisés d’une surface totale de 224 m2 à hauteur du Bruxelles Royal Yacht-Club, installés en 2022 pour un projet-pilote d’un an. Ils sont toujours en place.
  • Cinq radeaux végétalisés supplémentaires d’une surface totale de 236 m2, mis en place en 2024 à trois endroits différents : au bassin Béco (55 m2), au nord du pont de Trooz (75 m2 et 40 m2) et au niveau du Brussels Cruise Terminal (2 x 33 m2) (plus d’informations dans cette actualité du Port de Bruxelles de 2024 ).

Bien que ces installations aient un impact excessivement limité sur l’hydromorphologie de cette voie d’eau à l’échelle de ses 14 km de linéaire (aucune évolution du score n’a été observée entre 2016 et 2024), les radeaux végétalisés sont très intéressants vis-à-vis de la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore). (voir l’indicateur sur la qualité biologique des eaux de surface). D’autres sites d’implantation de radeaux , ainsi que la possible renaturation d’une berge dans le sud de Bruxelles, sont à l’étude au Port de Bruxelles.

Les radeaux végétalisés permettent d’améliorer localement l’hydromorphologie du Canal

Sources : Structure d’un radeau avant mise à l’eau (à gauche) © Port de Bruxelles ; radeau en place au BRYC (à droite) © Ecorce

Bon à savoir

Les radeaux végétalisés ou « iles flottantes » sont composés d’une partie émergée garnie de plantes aquatiques, intéressantes pour les insectes et les oiseaux. Ils comportent aussi des cages immergées, favorables à la vie et à la reproduction des poissons, des amphibiens et des invertébrés (crustacés notamment). Ces cages offrent en effet à la faune aquatique des abris, une source de nourriture et une protection contre les prédateurs. A Bruxelles, des radeaux végétalisés sont en place sur le Canal mais aussi dans des étangs (Pêcheries Royales, Tercoigne, Mellaerts…).

A télécharger

Fiche(s) documentée(s)

  • 11. Cours d’eau et étangs bruxellois (.pdf)
  • 16. Qualité biologique des cours d’eau et étangs bruxellois (.pdf)
  • Faune et Flore 8. Poissons (.pdf)

Etude(s) et rapport(s)

  • MeryTherm, 2016-2017. « Analyse de l’état hydromorphologique de la Senne, du Canal et de la Woluwe en Région de Bruxelles-Capitale et inventaire des obstacles à la migration des poissons ». Etude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement.
    • « Rapport 1 : Revue bibliographique et synthèse des méthodes existantes », juin 2016. 31 pp. (.pdf)
    • « Rapport 2 : Développement de la méthode », novembre 2016. 100 pp. (.pdf)
    • « Rapport 3 : Résultats et Analyses », avril 2017. 135 pp. (.pdf)

Plan(s) et programme(s)

  • Plan de gestion de l’eau de la Région de Bruxelles-Capitale pour la période 2022-2027, juillet 2023 (.pdf)
  • Document préparatoire au Plan de gestion de l’eau de la Région de Bruxelles-Capitale 2028-2033, mars 2025 (.pdf)
  • Plan Renature.brussels, Plan régional Nature, en cours d’élaboration (.html)

Liens utiles

  • Projet LIFE BELINI
  • Port de Bruxelles, actualités du 26/04/2022 « C’est une première à Bruxelles : des radeaux végétalisés mis à l’eau dans le Port de Bruxelles » & du 23/04/2024 « Installation de plus de 200 m2 supplémentaires de radeaux végétalisés »

Emissions de polluants vers les eaux de surface

Focus - Actualisation : mai 2026

L’inventaire des émissions confirme l’influence majeure de la population, des entreprises et des commerces sur la qualité de l’eau. Il démontre également le rôle prépondérant joué par les rejets des stations d’épuration et les déversoirs d’orage dans l’arrivée de polluants vers la Senne et le Canal. La Senne est de loin la plus exposée : elle reçoit près de 90% de la charge polluanteQuantité de polluants dans un corps. Dans le domaine de l'eau, cette charge polluante, exprimée en équivalent-habitant, sert de base au calcul de la taxe sur le déversement d'eaux usées. nette de Bruxelles, quelle que soit la substance considérée. Parmi les polluants préoccupants figurent 18 substances européennes prioritaires, dont bon nombre de contaminants émergents. La matière organique, les matières en suspension et les nutriments polluent aussi nos eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.), bien qu’ils soient en grande partie traités par les stations d’épuration.

Les émissions de près de 100 substances inventoriées

La Région bruxelloise a mis à jour aux années de référence 2022-2023-2024 son « inventaire des émissions ». Cet outil détermine et quantifie, lorsque cela est possible, les émissions de 93 polluants sur l’ensemble du territoire et vers les trois principaux cours d’eau : la Senne, le Canal et la Woluwe. Parmi ces polluants figurent les 77 substances européennes prioritaires et prioritaires dangereuses désignées dans la directive (UE) 2026/805.

Les teneurs présentes dans le biote (tissus des organismes vivants) et dans les sédiments sont également analysées : certains polluants lipophiles ont tendance à s’y accumuler et peuvent, dans le cas des sédiments, être relargués vers la colonne d’eau.

Il est ainsi possible d’identifier :

  • les substances problématiques en Région bruxelloise ;
  • les portes d’entrées de ces polluants dans les eaux de surface ;
  • les charges polluantes reçues par la Senne, le Canal et la Woluwe
  • et la contribution spécifique de la Région bruxelloise.

Quels sont les polluants repris dans l’inventaire ?

  • Les 37 substances européennes prioritaires et les 40 prioritaires dangereuses, dont les rejets doivent respectivement être réduits ou supprimés, conformément à l’obligation européenne de dresser un inventaire pour ces substances (cf. article 5 et annexe I de la directive 2008/105/CE et l’indicateur relatif à la qualité chimique des eaux de surface). L’inventaire des émissions 2022-2023-2024 porte sur les substances figurant dans la directive modificative de 2026 : 25 nouvelles substances prioritaires ont notamment été désignées, parmi lesquels plusieurs pesticides mais aussi des substances émergentes (médicaments, PFAS).
     
  • 6 polluants dits « spécifiques » potentiellement préoccupants à l’échelle des bassins versants (RBSP – River Basin Specific Pollutants), car rejetés en quantités importantes : 4 anciennes substances prioritaires déclassées avec la révision de la directive de 2026 (alachlore, tétrachlorure de carbone, chlorfenvinphos et simazine), 1 herbicide (atrazine) et 1 substance industrielle (trichlorobenzènes).
     
  • 1 polluant spécifique additionnel au bassin versantTerritoire sur lequel l'ensemble des eaux précipitées convergent vers un même exutoire (cours d'eau, étang, etc.). Chaque bassin versant se subdivise en différents sous-bassins versants, correspondant à la surface d'alimentation des affluents se jetant dans le cours d'eau principal. Ces unités géographiques permettent l'analyse du cycle hydrologique local et de ses effets.) de l’Escaut : les polychlorobiphényles PCB, qui sont une famille de substances industrielles.
     
  • 9 autres polluants classiques de nos eaux uséesEaux qui ont été affectées à un usage domestique ou industriel et qui sont généralement chargées de différentes substances., qui déclassent l’état de nos eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) : charge organique (demande chimique en oxygène), matières en suspension et nutriments (azote, phosphore, nitrates, orthophosphates…).

Comment les émissions sont-elles évaluées ?

L’évaluation repose sur une combinaison de deux méthodes (voir fiche méthodologique).

La première méthode est un modèle, WEISS, qui estime les émissions de 86 polluants vers la Senne, le Canal et la Woluwe à l’échelle et en tout point du territoire régional. Retraçant pas à pas la route de chaque polluant depuis sa source jusqu’à son arrivée dans le réseau hydrographiqueLe réseau hydrographique regroupe l’ensemble des cours d'eau, étangs, mares, zones humides…, ce modèle se base sur des mesures de terrain et sur des simulations. Pour chaque polluant dont les émissions ont pu être calculées, on dispose :

  • Des émissions brutes, c’est-à-dire des quantités produites à la source, tant ponctuelles que diffuses ;
  • Des voies préférentielles de transfert et de contamination des eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) ;
  • Des émissions nettes vers les eaux de surface, à savoir la part des émissions brutes et la charge annuelle qui atteignent effectivement le cours d’eau et qui vont y influencer les concentrations de polluants dans la colonne d’eau, les boues (sédiments) ou encore le biote.

La seconde méthode évalue les émissions régionales en calculant les charges entrantes et sortantes aux frontières régionales, sur base des concentrations et flux mesurés dans les eaux de la Senne, du Canal et de la Woluwe.

Pour certains polluants, l’évaluation est incomplète ou impossible (faute de données, etc.). De plus, tous les polluants ne sont pas repris dans chacune de ces 2 méthodes.

Quelles sont les substances européennes prioritaires émises en grande quantité ?

  • Un métal dissous, le nickel, représente de loin la plus importante charge annuelle apportée par Bruxelles : 411 kg/an, soit environ 10 fois plus que les autres substances.
  • Les substances industrielles et médicaments (produits pharmaceutiques) dominent le classement, avec respectivement 5 et 4 représentants figurant dans le top 12.
  • Un autre métal dissous, le plomb, ainsi que le pesticide glyphosate sont aussi émis en grande quantité sur le territoire bruxellois.

Les 12 substances européennes prioritaires avec les charges émises nettes les plus élevées

Source : Bruxelles Environnement, 2026, sur base de l’inventaire des émissions nettes vers les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) (années de référence 2022-2023-2024)
Graphique : Les 12 substances européennes prioritaires avec les charges émises nettes les plus élevées

Lire le texte de transcription

Les 12 substances européennes prioritaires, dont les charges nettes apportées par Bruxelles sont les plus élevées, sont par ordre décroissant :

  • Le nickel (métal) : 411 kg/an.
  • Le Di(2-ethylhexyle)-phtalate (substance industrielle) : 56 kg/an,
  • Le trichlorométhane (substance industrielle) : 46 kg/an,
  • Le bisphénol-A (substance industrielle) : 42 kg/an,
  • Le diclofénac (produit pharmaceutique) : 37 kg/an,
  • La carbamazépine (produit pharmaceutique) : 31 kg/an,
  • Le glyphosate (pesticide – herbicide) : 25 kg/an,
  • Le plomb (métal) : 18 kg/an,
  • La clarithromycine (produit pharmaceutique - antibiotique) : 18 kg/an,
  • Le 4-nonylphénol (substance industrielle) : 15 kg/an,
  • L’ibuprofène (produit pharmaceutique) : 12 kg/an,
  • Le naphtalène (substance industrielle) : 10 kg/an.

Attention

La quantité de polluants n’est pas le seul critère à considérer pour évaluer l’impact sur le milieu aquatique ou la santé. Si certains composés chimiques sont a priori peu néfastes pour l’environnement ou la santé en petite quantité (ex : nickel), d’autres sont toxiques à très faibles doses (ex : bisphénol-A, 4-nonylphénol). En revanche, un composé émis en grande quantité a de fortes chances d’être préoccupant. Sur les 12 substances dont les émissions bruxelloises sont les plus élevées, 6 présentent ainsi des teneurs au-delà des normes de qualité environnementales : nickel, bisphénol-A, diclofénac, clarithromycine, 4-nonylphénol et ibuprofène.

Substances traitées par les stations d’épuration : des émissions nettes élevées

Les deux stations d’épuration de la Région bruxelloise éliminent annuellement entre 90% et 95% des charges brutes entrantes en matière en suspension et en matière organique, avec toutefois un rendement moins élevé pour la demande chimique en oxygène. Pour les nutriments, les taux d’abattement annuels avoisinent plutôt les 80% (voir l’indicateur relatif à l’épuration des eaux usées).

Toutefois, les émissions nettes vers les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) sont loin d’être négligeables : près de 3.800 tonnes/an pour la demande chimique en oxygène, 600 tonnes/an pour la demande chimique en oxygène, 2.500 tonnes pour les matières en suspension, 1.100 tonnes/an pour l’azote et enfin un peu moins de 100 tonnes/an pour le phosphore.

Plusieurs milliers de tonnes de matière organique, de matières en suspension et de nutriments sont déversés chaque année vers les eaux de surface bruxelloises

Source : Bruxelles Environnement, 2026, extrait de l’inventaire des émissions vers les eaux de surface, années de référence 2022-2023-2024
Graphique : Plusieurs milliers de tonnes de matière organique, de matières en suspension et de nutriments sont déversés chaque année vers les eaux de surface bruxelloises

Lire le texte de transcription

Les émissions nettes annuelles vers les eaux de surface s’élèvent à 3.775 tonnes pour la demande chimique en oxygène, 617 tonnes pour la demande chimique en oxygène, 2.521 tonnes pour les matières en suspension, 1.077 tonnes pour l’azote et enfin 79 tonnes pour le phosphore.

Concernant la répartition relative par secteur :

  • La population contribue de loin et sans surprise le plus fortement à cette pollution, en étant responsable d’environ 90% des émissions nettes en matière organique et en matières en suspension et de 74% de celles en nutriments.
  • Le secteur tertiaire (commerces et services) est le 2nd secteur polluant. Bien que sa part dans les émissions nettes de matière organique et de matières en suspension reste limitée autour de 10%, il représente une part significative des émissions de nutriments avec 22%.
  • Le secteur industriel est responsable de moins de 5% des émissions nettes restantes.
  • Pour les émissions de nutriments, d’autres sources (dépôts atmosphériques principalement) participent à hauteur de quelques pourcents.

Les ménages sont responsables de plus de 3/4 des émissions nettes en charge organique, en matières en suspension et en nutriments

Source : Bruxelles Environnement, 2026, extrait de l’inventaire des émissions vers les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.), années de référence 2022-2023-2024

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  • Les ménages sont responsables de 90% des émissions nettes en matière organique, 86% de celles en matières en suspension et 74% de celles en nutriments.
  • Le secteur tertiaire (commerces et services) est responsable de 8% des émissions nettes en matière organique, 10% de celles en matières en suspension et 22% de celles en nutriments.
  • Le secteur industriel est responsable de moins de 5% des émissions nettes restantes.
  • Pour les émissions de nutriments, d’autres sources participent à hauteur de quelques pourcents.

Pollution ponctuelle vs diffuse

La prépondérance des sources de pressions varie suivant le paramètre considéré (voir « qualité chimique des eaux de surface »).

  • Les pollutions ponctuelles constituent l’essentiel des émissions nettes des substances traitées par les stations d’épuration, puisque ces substances proviennent essentiellement des eaux uséesEaux qui ont été affectées à un usage domestique ou industriel et qui sont généralement chargées de différentes substances. de la population et des entreprises. C’est même l’origine exclusive des résidus médicamenteux, comme le diclofénac, ou encore des dioxines et des nonylphénols. Les sources ponctuelles représentent aussi une immense majorité des émissions nettes de deux métaux, le nickel et le cadmium, avec 97% et 78% respectivement.
     
  • Mais les pollutions diffuses représentent une part écrasante des émissions d’autres polluants. C’est le cas par exemple pour un autre métal : le mercure (82%), émis principalement par le trafic.
     
  • Enfin, pour certains polluants, les émissions s’équilibrent à peu près entre apports ponctuels et diffus. Il en est ainsi du plomb, avec respectivement 55% d’émissions ponctuelles (population et entreprises) et 45% de diffuses (bâti et trafic). C’est également le cas pour les HydrocarburesCe sont des composés organiques liquides constitués de carbone et d’hydrogène dérivés du pétrole. Le mazout, l’essence et d’autres types d’huiles minérales en font partie. Ces huiles ont la particularité d’avoir une faible densité. Lorsqu’elles s’infiltrent dans le sol, elles peuvent atteindre l’eau souterraine et y former une couche flottante. Aromatiques Polycycliques (HAPs), notamment pour le benzo(a)pyrène et le fluoranthène, mais avec une prédominance des apports diffus : environ 60% des émissions proviennent du transport et dans une moindre mesure, des dépôts atmosphériques.

Les sources de pollution varient suivant le métal : ponctuelles pour le nickel et le cadmium, diffuses pour le mercure, partagées entre ponctuelles et diffuses pour le plomb

Source : Bruxelles Environnement, 2026, extrait de l’inventaire des émissions vers les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.), années de référence 2022-2023-2024
Graphique : Les sources de pollution varient suivant le métal : ponctuelles pour le nickel et le cadmium, diffuses pour le mercure, partagées entre ponctuelles et diffuses pour le plomb

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Les parts des pollutions ponctuelles ou diffuses dans les émissions nettes des métaux varient suivant le métal considéré. Elle s’élèvent respectivement à :

  • 97% et 3% pour le nickel
  • 78% et 22% pour le cadmium
  • 55% et 45% pour le plomb
  • 18% et 82% pour le mercure.

Bon à savoir

Les pollutions ponctuelles proviennent de points de rejet clairement identifiables, comme des rejets domestiques, des effluents des entreprises et de l’industrie ainsi que des sédiments pollués. Une fois ces rejets localisés, il est donc en théorie aisé de les éliminer ou de les résorber.

Les pollutions diffuses en revanche sont plus difficiles à découvrir et à contenir en raison de la multiplicité des sources dans le temps et dans l’espace : elles recouvrent la pollution due au bâti, aux transports, aux dépôts atmosphériques et à la fertilisation des sols. De plus, leur origine s’étend bien souvent au-delà des frontières régionales et les charges transfrontalières dans les cours d’eau venant de l’amont peuvent être importantes.

Comment les polluants rejoignent-ils les cours d’eau ?

  • Trois voies de contamination expliquent à elles seules plus de ¾ des émissions nettes de substances vers les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.), quel que soit le polluant. Elles représentent donc des points critiques à traiter :
    • Les rejets de la filière biologique des stations d’épuration, où le processus épuratoire est complet ;
    • Les rejets de la filière dite de temps de pluie des stations d’épuration qui fonctionne moins d’un jour sur deux mais dont le traitement épuratoire est réduit ;
    • Les surverses du réseau d’égouttage, en amont des stations, au niveau des déversoirs d’orage.

    Les rejets de la filière de temps de pluie comme des déversoirs s’activent lorsqu’il pleut. Il ressort de l’inventaire que leur contribution aux émissions nettes est généralement équivalente, quel que soit le polluant, pour la période étudiée (2022-2023-2024).

  • Pour certains polluants, les rejets directs d’égouts non raccordés aux stations d’épuration et les eaux de ruissellement constituent des voies de contamination additionnelles non négligeables. C’est le cas en particulier des polluants qui se dispersent de manière diffuse, comme par exemple les HAPs, avec respectivement 14% et 7% des émissions nettes régionales.

En ce qui concerne la charge organique, les matières en suspension et les nutriments, l’essentiel des émissions de ces substances survient par temps pluvieux, lorsque la filière temps de pluie des stations d’épuration s’active et que des surverses à hauteur des déversoirs d’orage se produisent. Chacune de ces voies d’entrée contribue pour 35% à 40% des émissions nettes de ces polluants. Ensemble, elles représentent donc entre 70% et 80% des émissions. La contribution de la filière biologique aux émissions nettes est logiquement plus modérée, puisque ce processus épuratoire vise justement à traiter ces substances : de 17% à 26%. Les rejets directs d’égouts suivent loin derrière en 4ème position, avec de l’ordre de 3% à 4%.

En ce qui concerne les autres polluants, la contribution de la filière biologique est généralement plus conséquente. C’est le cas en particulier pour les substances européennes prioritaires qui proviennent majoritairement de sources ponctuelles : même si le taux d’élimination de ces substances par les stations d’épuration n’est pas nul et peut même être important, il n’est pas aussi performant que celui de la matière organique, des matières en suspension ou des nutriments. Ceci est illustré par les médicaments, à l’instar du diclofénac : provenant à 100% de sources ponctuelles, les rejets de la filière biologique représentent 73% des émissions nettes régionales, alors que les stations élimineraient déjà jusqu’à 80% du diclofénac ! Il en est de même pour deux métaux dissous, le nickel et le cadmium : issus pour 97% et 78% de sources ponctuelles, les rejets de la filière biologique représentent 55% et 56% de leurs émissions nettes respectives. Mais la filière biologique constitue aussi la voie principale de contamination de certaines substances dont l’origine est majoritairement diffuse, comme le benzo(a)pyrène : 55% de ses émissions nettes.

Près de ¾ des émissions nettes de polluants vers les eaux de surface proviennent des rejets des stations d’épuration et des déversoirs

Source : Bruxelles Environnement, 2026, exrtait de l’inventaire des émissions, cheminements vers les eaux de surface, années de référence 2022-2023-2024
Graphique : Près de ¾ des émissions nettes de polluants vers les eaux de surface proviennent des rejets des stations d’épuration et des déversoirs

Lire le texte de transcription

Les rejets des stations d’épuration constituent une des principales voies de contamination des eaux surface. Ils représentent ainsi pour la filière biologique et la filière temps de pluie respectivement :

  • 17% et 40% des émissions nettes en matière organique,
  • 21% et 38% des émissions nettes en matières en suspension,
  • 26% et 35% des émissions nettes en nutriments,
  • 55% et 22% des émissions nettes en nickel,
  • 43% et 21% des émissions nettes en mercure,
  • 28% et 34% des émissions nettes en nonylphénols
  • 73% et 13% des émissions nettes en diclofenac,
  • 14% et 41% des émissions nettes en dioxines,
  • 26% et 27% des émissions nettes en HAP (16 substances),
  • 55% et 16% des émissions nettes en benzo(a)pyrène,
  • 21% et 29% des émissions nettes en fluoranthène.

Les déversoirs forment une autre voie de contamination prépondérante avec :

  • 40% des émissions nettes en matière organique,
  • 38% des émissions nettes en matières en suspension,
  • 35% des émissions nettes en nutriments,
  • 18% des émissions nettes en nickel,
  • 20% des émissions nettes en mercure,
  • 34% des émissions nettes en nonylphénols.
  • 13% des émissions nettes en diclofenac,
  • 41% des émissions nettes en dioxines,
  • 26% des émissions nettes en HAP (16 substances),
  • 16% des émissions nettes en benzo(a)pyrène,
  • 28% des émissions nettes en fluoranthène.

Pour certains polluants, d’autres voies de contamination ont une part significative. Par exemple, pour les HAP (16 substances), le benzo(a)pyrène et le fluoranthène, entre 5 et 14% des émissions nettes proviennent des rejets directs d’égouts et entre 7% et 11%, des eaux de ruissellement. Pour le mercure, 7% des émissions nettes proviennent des rejets directs d’égouts et 9% des eaux de ruissellement.

Qu’est-ce qu’un déversoir d’orage ?

Sur un réseau d’égouts unitaire, la fonction principale des déversoirs est d’évacuer, en temps de pluie, les pointes de ruissellement vers le milieu naturel de manière à protéger les infrastructures tant publiques que privées contre les inondations. Le problème est que ces soupapes de sécurité s’activent bien plus que nécessaire (voir le focus sur les déversoirs d’orage). Presque tous les déversoirs  fonctionnant des égouts vers les cours d’eau sont repris dans le modèle WEISS. Les déversoirs principaux sont majoritairement orientés vers la Senne.

La Senne est le cours d’eau le plus exposé aux pollutions

  • Sans surprise, la Senne reçoit de loin la très grande majorité des émissions nettes de polluants : souvent plus de 90%. Pour les polluants caractéristiques de nos eaux uséesEaux qui ont été affectées à un usage domestique ou industriel et qui sont généralement chargées de différentes substances., ce pourcentage monte même à 94%. La Senne est en effet le milieu récepteur des effluents des deux stations d’épuration régionales et souffre des rejets de nombreux déversoirs d’orage, dont les principaux, tout au long de son parcours bruxellois. En plus des pollutions ponctuelles liées aux effluents, elle subit aussi les pollutions diffuses liés au bâti, au trafic et au dépôt atmosphérique. C’est donc sur ce cours d’eau que les impacts dus à la pollution sont les plus importants (voir les indicateurs relatifs à la qualité physico-chimique, chimique et biologique des eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.)).
     
  • A l’opposé, la Woluwe est peu affectée par les pollutions, mis à part celles des substances persistantes, bioaccumulables, toxiques et omniprésentes : elle bénéficie de la protection offerte par la forêt de Soignes sur son cours amont et de déversoirs d’orage qui, bien que présents, fonctionnent rarement dans la pratique. Pourtant, les surverses représentent généralement la voie principale de transfert des polluants. Mais pour ce cours d’eau, les rejets directs d’égouts et les eaux de ruissellement constituent parfois des voies de contamination très significatives : par exemple, 86% des émissions nettes de HAP vers la Woluwe sont amenées par les eaux de ruissellement, contre 12% seulement par les surverses.
     
  • Le Canal recueille moins de 10% des émissions nettes de polluants. Sa qualité est détériorée par certains polluants, mais dans une bien moindre mesure que la Senne. Il subit les rejets de plusieurs déversoirs d’orage mais aussi ceux de la navigation fluviale.

La Senne reçoit en moyenne près de 90% des émissions nettes, le Canal moins de 10% et la Woluwe près de 5% ou moins

Source : Bruxelles Environnement, 2026, calcul des émissions vers les eaux de surface, années de référence 2022-2023-2024
Graphique : La Senne reçoit en moyenne près de 90% des émissions nettes, le Canal moins de 10% et la Woluwe près de 5% ou moins

Lire le texte de transcription

Les quantités nettes de pollution émises vers les eaux de surface bruxelloises (Senne, Canal et Woluwe) se répartissent de la manière suivante :

  • pour la matière organique : 94% vers la Senne, 3% vers le Canal, 3% vers la Woluwe
  • pour les matières en suspension : 94% vers la Senne, 4% vers le Canal, 2% vers la Woluwe
  • pour les nutriments : 94% vers la Senne, 4% vers le Canal, 3% vers la Woluwe
  • pour les HAP (16 substances) : 88% vers la Senne, 6% vers le Canal, 6% vers la Woluwe
  • pour le plomb : 92% vers la Senne, 6% vers le Canal, 3% vers la Woluwe
  • pour le nickel : 94% vers la Senne, 5% vers le Canal, 1% vers la Woluwe.

Substances européennes prioritaires : un bilan plutôt positif

En examinant les émissions nettes des 77 substances chimiques européennes prioritaires ainsi que leurs concentrations dans les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.), dans le biote et dans les sédiments, un constat s’impose : la plupart d’entre elles (50 sur 77, soit 65 %) ne posent pas de problème à Bruxelles :

  • 21 substances ne sont ainsi même pas détectées dans la colonne d’eau par les méthodes de mesure actuelles. 19 d’entre elles ne le sont pas non plus dans le biote ni les sédiments.
  • 29 autres sont détectées dans la colonne d’eau, dont 18 uniquement dans ce compartiment, mais leurs concentrations restent inférieures aux normes de qualité environnementales fixées pour l’eau, le biote ou les sédiments.

Pour 9 substances (12%) cependant, les résultats ne sont pas interprétables : l’évaluation est impossible ou incomplète (par exemple, les méthodes de détection ne sont pas suffisamment précises ; l’évaluation existe pour la colonne d’eau mais impossible à interpréter pour le biote).

La grande majorité des substances européennes prioritaires ne sont pas préoccupantes en Région bruxelloise

Source : Bruxelles Environnement, 2026, sur base de l’inventaire des émissions nettes vers les eaux de surface (années de référence 2022-2023-2024) & de l’évolution des concentrations observées dans l’eau (jusque 2024)
La grande majorité des substances européennes prioritaires ne sont pas préoccupantes en Région bruxelloise

Lire le texte de transcription

Sur les 77 substances européennes prioritaires :

  • 50 ne sont pas préoccupantes pour les eaux de surface bruxelloises, sachant que 21 ne sont même pas détectées ;
  • 3 sont jugées préoccupantes vis-à-vis du biote,
  • 1 est jugée préoccupante vis-à-vis du biote et de la colonne d’eau,
  • 14 sont jugées préoccupantes vis-à-vis de la colonne d’eau,
  • Pour 9 autres substances, l’évaluation est impossible ou incomplète.

Bon à savoir

Ce bilan plutôt positif vaut également pour l’ensemble des 7 polluants spécifiques de notre bassin versantTerritoire sur lequel l'ensemble des eaux précipitées convergent vers un même exutoire (cours d'eau, étang, etc.). Chaque bassin versant se subdivise en différents sous-bassins versants, correspondant à la surface d'alimentation des affluents se jetant dans le cours d'eau principal. Ces unités géographiques permettent l'analyse du cycle hydrologique local et de ses effets.) (RBSP) : 3 ne sont pas détectés et 4 ont des teneurs dans l’eau inférieures aux normes.

Substances européennes prioritaires : un quart sont préoccupantes

Au total, 18 substances européennes (soit 23%) sont jugées préoccupantes vis-à-vis de la colonne d’eau et/ou du biote. Seuls les PFAS excèdent les normes dans ces deux compartiments.

14 substances prioritaires européennes (soit 18%) sont quantifiées au-delà des normes de qualité environnementales pour la colonne d’eau en un site de mesure ou plus. Par définition, elles conduisent donc à déclasser la qualité chimique des eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) où elles sont en dépassement, à savoir la Senne et le Canal (voir indicateur sur la qualité chimique). Elles sont donc jugées problématiques pour les eaux de surface bruxelloises.

  • 6 substances étaient classées prioritaires dans la précédente version de l’inventaire des émissions. Et toutes, sauf le pesticide dichlorvos, étaient déjà préoccupantes : 1 HAP (fluoranthène, 1 métal (le nickel dissous), 2 pesticides ou biocides (aclonifène, tributylétain cation) et 2 substances industrielles (nonylphénols et PFAS, alors évalués par rapport au PFOS).
     
  • Les 8 autres en revanche font partie des nouvelles substances prioritaires définies dans la directive modificative de 2026. On y retrouve 5 médicaments dont 2 antibiotiques (azithromycine, clarithromycine), 1 hormone (estrone) et 2 anti-inflammatoires (diclofénac, ibuprofène), ainsi que 2 représentants du groupe des pesticides (imidaclopride et le total des pesticides et biocides) et 1 substance industrielle (bisphénol-A).

Par ailleurs, 4 substances prioritaires dangereuses, toutes omniprésentes, s’accumulent fortement le tissu des organismes vivants (biote), jusqu’à dépasser les normes de qualité environnementale correspondantes, même dans la Woluwe. Il s’agit des PFAS, des dioxines, du mercure et des diphényléthers bromés (PBDE – des retardateurs de flamme incorporés dans des produits de consommation pour les rendre moins inflammables). Les dioxines et les PFAS sont aussi fortement détectés dans l’eau, contrairement au mercure et aux diphényléthers bromés, qui y sont rarement détectés en raison de leur très faible aptitude à se lier à l’eau.

Attention

Le nombre de substances préoccupantes vis-à-vis du biote est très certainement sous-estimé car la surveillance ne couvre pas encore l’ensemble des nouvelles substances prioritaires de la directive modificative de 2026. Or le bisphénol-A entre autres apparait comme un très bon candidat…

Le saviez-vous ?

Une seule substance européenne prioritaire dangereuse et omniprésente, à savoir le tributylétain-cation, est soumise à une norme de qualité environnementale pour les sédiments. Si la méthode de détection n’a pas encore permis de conclure quant au respect de cette norme, il existe une forte présomption que celle-ci soit dépassée.

Une dizaine de substances prioritaires présentent par ailleurs un très fort taux de détection dans les sédiments (>80%). Il s’agit des dioxines, des diphényléthers bromés, de métaux lourdsNom générique d'un groupe de métaux de densité relativement élevée, tels que le plomb, le mercure, le zinc et le cadmium. Ces métaux sont présents naturellement dans l'environnement et sont même nécessaires à certains processus naturels. Ils sont toutefois nocifs en concentrations élevées. Les principales sources de métaux lourds sont l'industrie non ferreuse, la combustion de combustibles fossiles, l'incinération de déchets et le trafic. (mercure, cadmium, plomb), de HAP (anthracène, fluoranthène, somme de 9 composés) et du di(2-Ethylhexyle)-phtalate (DEHP). Pour de plus amples informations, voir notre indicateur sur la production et la gestion des boues et sédiments.

La majorité des substances présentes dans les sédiments et le biote appartiennent aux substances persistantes, bioaccumulables et toxiques (PBT) mais aussi omniprésentes, car tous les compartiments environnementaux sont touchés (eau, air, sol, etc.). En font partie le tributylétain-cation, les dioxines, les diphényléthers bromés, le mercure, les HAP, les PFAS.

Zoom sur les substances européennes préoccupantes pour les eaux bruxelloises

  • Un HAP : le fluoranthène. Les processus de combustion incomplète (trafic, chauffage, incinération) et les dépôts atmosphériques représentent environ 60% des apports bruxellois de cette substance dangereuse, qui se chiffrent au total à près de 2 kg/an. Et 68% des émissions nettes rejoignent les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) lors d’évènements pluvieux : par la filière temps de pluie des stations, par les surverses et par les eaux de ruissellement. Les concentrations dans l’eau dépassent la norme moyenne annuelle dans toutes les eaux de surface, et ce, dès l’entrée de la Région. Elles quadrupleront après la traversée du territoire bruxellois. Le fluoranthène est par ailleurs très présent dans le biote et les sédiments, sachant qu’aucune norme n’est définie pour ces compartiments.
     
  • Un métal dissous : le nickel. Le nickel représente de loin la plus importante charge annuelle polluante apportée par Bruxelles : 411 kg/an, soit 10 fois plus que les autres substances. Le nickel est détecté dans tous les points de mesure et occasionnent des dépassements dans la Senne et le Canal. La charge mesurée dans la Senne double entre l’entrée et la sortie de la Région. Provenant presque exclusivement de sources ponctuelles (rejets domestiques et non domestiques), il contamine ces voies d’eau principalement via la filière temps sec des stations d’épuration (55% des émissions nettes) et de manière significative, via la filière temps pluie (22%) et les
     
  • Les PFAS ou polluants éternels (somme de 25 composés de cette famille) sont des composés entièrement créés par l’homme. Extrêmement persistants dans l’environnement, ils sont détectés à tous les points de mesure. Les concentrations mesurées dans les eaux de la Senne et du Canal sont bien au-delà de la norme moyenne annuelle. La charge totale produite par Bruxelles se situe autour de 3 kg/an, dont 0,5 kg/an rien que pour le PFOS. Le PFOS, omniprésent, est couramment utilisé dans les produits domestiques et industriels. L’Union Européenne a récemment interdit son emploi sur son territoire et abaissé en 2025 les seuils autorisés dans les produits. En 2024, il est détecté dans plus de trois quarts des sites bruxellois. Et sa charge transfrontalière double environ dans la Senne entre l’entrée et la sortie de la Région, alors qu’elle stagne dans le Canal.
     
  • Le tributylétain-cation (TBT) est une substance omniprésente et très persistante, qui est largement détectée, surtout dans les sédiments pollués. Avant son interdiction en 2003, il était utilisé dans les peintures antisalissures pour navires. Des sources industrielles modernes (textile, plastiques, engrais) pourraient également contribuer à la pollution. Le Canal étant une voie navigable, c’est principalement dans ses eaux que des dépassements sont observés, à l’entrée mais surtout à la sortie de la Région : la charge y est 5 fois plus élevée. Mais la Senne est également touchée : les concentrations qui y sont mesurées augmentent, jusqu’à dépasser la norme moyenne annuelle en 2024 à la sortie de la Région. Pourtant, les quantités nettes émises par la Région sont très faibles (autour de 0,1 kg/an).
     
  • Les nonylphénols, classés substances dangereuses, sont retrouvés dans les eaux de surface de presque tous les Etats membres européens. Un de ses représentants, le 4-nonylphénol, n’est en revanche détecté que dans 7% des sites bruxellois. Mais sa concentration moyenne excède la norme dans le Canal, surtout à la sortie de la Région, et dans la Senne à l’entrée. La contribution de la Région bruxelloise est élevée : 14 kg/an. Les nonylphénols proviennent des eaux uséesEaux qui ont été affectées à un usage domestique ou industriel et qui sont généralement chargées de différentes substances. des ménages et du secteur tertiaire. Par conséquent, les principales voies d’accès vers les eaux de surface sont les stations d’épuration et les surverses.
     
  • Le bisphénol-A (BPA) est une substance dangereuse prioritaire, toxique, persistante et reconnue comme perturbateur endocrinien. Les sources principales sont les industries plastiques puis les usines d’emballages et la lixiviation de plastiques usagés. L’Europe a interdit son emploi comme matériau de contact avec les denrées alimentaires depuis 2024, avec une période de transition d’1 an et demi. Le BPA dépasse très largement la concentration moyenne annuelle tolérée sur la Senne et le Canal, à l’entrée et à la sortie de la Région. Il est émis en grande quantité sur le territoire bruxellois (42 kg/an). Et les charges explosent dans la traversée de la Région, avec une valeur en sortie près de 9 fois supérieure à celle à l’entrée du territoire sur la Senne, et près de 7 fois, sur le Canal.
     
  • L’azithromycine est un antibiotique couramment prescrit. Rejeté dans nos eaux usées domestiques, il contamine nos cours d’eau via les effluents des stations d’épuration. Ses concentrations résiduelles posent problème dans la Senne à la sortie de la Région, en moyenne annuelle comme en maximum admissible.
     
  • La clarithromycine est un antibiotique. Il est détecté dans tous les cours d’eau. Mal éliminé par les stations d’épuration, il pose problème dans la Senne à la sortie de la Région, en excédant fréquemment la concentration maximale admissible. Les charges nettes sont d’ailleurs 7,5 fois plus élevées après la traversée de la Région. La charge totale apportée par Bruxelles est de 18 kg/an.
     
  • L’estrone est une hormone œstrogène, identifiée comme perturbateur endocrinien. Elle était utilisée dans le passé en hormonothérapie substitutive, notamment chez les femmes ménopausées. Elle est encore utilisée en élevage (bovin principalement). Elle est détectée dans la Senne et dans le Canal, où elle atteint des concentrations moyennes qui excèdent la norme (sauf sur le Canal à l’entrée de la Région). Elle est éliminée jusqu’à 70% par les stations d’épuration et même presque totalement par celles équipées de traitement tertiaireApplication de procédés supplémentaires de traitement pour réduire les effets de la pollution par des eaux usées ayant subi des traitements primaires et secondaires : traitement physique, traitement chimique, ou traitement biologique supplémentaire..
     
  • Le diclofénac est un anti-inflammatoire non stéroïdien. Il est également détecté dans tous les cours d’eau. Il dépasse la norme de qualité environnementale (moyenne annuelle) dans la Senne et le Canal. La contribution régionale aux émissions nettes est élevée (37 kg/an) et dirigée quasi exclusivement vers la Senne (98% des émissions nettes) : la charge transfrontalière est multipliée par 4,5 entre l’entrée et la sortie du territoire bruxellois. Les stations d’épuration peuvent pourtant éliminer jusqu’à 80% du diclofénac.
     
  • L’ibuprofène est un anti-inflammatoire non stéroïdien, classé comme contaminant émergent. Il est détecté dans tous les cours d’eau. Il dépasse la norme de qualité environnementale (moyenne annuelle) dans la Senne et le Canal (à la sortie de la Région), bien qu’il soit éliminé à environ 75% par les stations d’épuration avec des boues activées. Entre l’entrée et la sortie du territoire bruxellois, la charge nette augmente de près de +50% dans la Senne. La contribution régionale aux émissions nettes est élevée (12 kg/an).
     
  • L’aclonifène est un herbicide interdit d’utilisation en Belgique depuis mi-2020, en Europe depuis mi-2022. Même s’il n’est que rarement détecté et que la charge apportée par Bruxelles soit modérée (<2 kg/an), sa concentration dans la Senne dépasse parfois le maximum admissible, comme en 2024. Ces teneurs sont probablement liées à la persistance de la substance dans les sols et les sédiments, ainsi qu’à des apports résiduels depuis les zones agricoles en amont.
     
  • Le dichlorvos est un insecticide organophosphoré présentant une toxicité très élevée. Historiquement utilisé sur les cultures et sur les animaux (antiparasitaire), il est interdit d’utilisation en Europe. Mais en 2024, il est détecté à des concentrations maximales problématiques à la sortie de la Région, dans la Senne et le Canal. La contribution de Bruxelles serait inférieure à 1 kg/an. Des résidus peuvent en effet subsister dans les sols ou provenir d’usages non conformes (import illégal de pays où il est encore autorisé, pour lutter contre les punaises de lits et les cafards par exemple).
     
  • L’imidaclopride est un insecticide néonicotinoïde, très soluble dans l’eau. Son usage en extérieur est interdit dans l’Union Européenne pour protéger les pollinisateurs. Les sources principales sont les applications agricoles et horticoles (en serre), les semences enrobées et les sédiments pollués. L’imidaclopride contamine les eaux par ruissellement. A Bruxelles, les concentrations dépassent la norme dans la Senne, à la sortie de la Région, avec des charges nettes qui augmentent de +160% par rapport à l’entrée. Plus d’1 kg est émis chaque année par la Région bruxelloise.
     
  • La somme des pesticides et biocides est problématique dans la Senne, où les concentrations augmentent et où elles excèdent la norme moyenne annuelle à la sortie de la Région. Dans les autres eaux de surface, le taux de détection est élevé mais les concentrations sont inférieures et tendent au contraire à diminuer.

Une amélioration significative pour plusieurs substances

Par rapport au précédent inventaire des émissions, on observe une évolution positive pour trois familles de substances :

  • Les métaux dissous : le zinc, qui était préoccupant à l’échelle locale, mais surtout le plomb et le cadmium, tous deux classés substances prioritaires, ne dépassent plus les normes en 2024. Le plomb reste toutefois encore largement détecté. Et le mercure comme le nickel demeurent préoccupants.
     
  • Les HydrocarburesCe sont des composés organiques liquides constitués de carbone et d’hydrogène dérivés du pétrole. Le mazout, l’essence et d’autres types d’huiles minérales en font partie. Ces huiles ont la particularité d’avoir une faible densité. Lorsqu’elles s’infiltrent dans le sol, elles peuvent atteindre l’eau souterraine et y former une couche flottante. Aromatiques Polycycliques ou HAP connaissent une baisse généralisée des concentrations dans l’eau, qui leur a permis de descendre, à une exception près, sous le seuil des normes de qualité environnementales. Cette évolution positive découle probablement des mesures prises pour réduire l’impact environnemental du trafic routier (LEZ entre autres) et de l’amélioration de la qualité de l’air : rappelons que le transport et les dépôts atmosphériques sont à l’origine de près de 60% des émissions. Ainsi, l’anthracène et 4 des 6 HAP de Borneff (benzo(a)pyrène, benzo(b)fluoranthène, benzo(ghi)pérylène, indeno(123cd)pyrène) respectent à présent les normes. Seul le fluoranthène, dont les normes ont été durcies avec la directive modificative de 2026, est encore déclassant.
     
  • Les pesticides semblent également évoluer favorablement (ex : simazine), même si la situation est plus contrastée : elle dépend des molécules et des sites de mesure.

Quels enseignements tirer de l’inventaire des émissions ?

Premièrement, il est essentiel de réduire les émissions de polluants à la source, pour protéger l’environnement mais aussi notre santé. Plusieurs règlementations et plans d’actions nationaux et régionaux participent aujourd’hui à cet objectif, dont REACH pour les substances chimiques, le NAPED pour les perturbateurs endocriniens, le NAPAN pour les pesticides, le NAPAMR pour les antibiotiques (voir focus sur la liste des plans environnementaux). Une révision des normes de rejets des entreprises est par ailleurs en cours au niveau bruxellois.

Deuxièmement, agir au niveau des principales portes d’entrées des polluants dans les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) permettrait de réduire la contamination des eaux de surface de manière conséquente. Dans cette perspective, le plan de gestion de l’eau et la législation européenne prévoient en particulier :

  • D’améliorer le rendement épuratoire des stations d’épuration de Bruxelles-Nord et -Sud : celles-ci devront être équipées d’un traitement quaternaire, au plus tard pour fin 2045, conformément à la directive européenne révisée 2024/3019. Ce niveau de traitement permettra de traiter plus efficacement les nutriments mais aussi de capter les pesticides, les résidus médicamenteux et autres micropolluants (voir l’indicateur sur l’épuration des eaux usées).
  • D’optimiser les déversoirs d’orages pour qu’ils ne s’activent que quand c’est indispensable, en étudiant au cas par cas leur fonctionnement et en les adaptant localement. 3 déversoirs principaux (Nouveau Maelbeek, Paruck et Molenbeek) ont ainsi été réaménagés entre 2018 et 2025, dans le cadre du projet européen LIFE-Belini. D’ici à fin 2039, la directive européenne 2024/3019 recommande en effet de limiter les déversements à 2% maximum de la charge polluanteQuantité de polluants dans un corps. Dans le domaine de l'eau, cette charge polluante, exprimée en équivalent-habitant, sert de base au calcul de la taxe sur le déversement d'eaux usées. collectée annuellement (voir le focus sur les déversoirs).
  • De gérer de manière dynamique les capacités de stockage du réseau d’égouttage et des bassins d’orage afin de limiter l’intensité du flux d’eau arrivant par temps de pluie aux déversoirs et aux stations d’épuration.
  • De réduire la part d’eaux claires dans les eaux uséesEaux qui ont été affectées à un usage domestique ou industriel et qui sont généralement chargées de différentes substances., pour les mêmes raisons.

Troisièmement, il faut collaborer avec les autres Régions et autorités compétentes du bassin versantTerritoire sur lequel l'ensemble des eaux précipitées convergent vers un même exutoire (cours d'eau, étang, etc.). Chaque bassin versant se subdivise en différents sous-bassins versants, correspondant à la surface d'alimentation des affluents se jetant dans le cours d'eau principal. Ces unités géographiques permettent l'analyse du cycle hydrologique local et de ses effets.) de l’Escaut, pour réduire les polluants qui présentent déjà des concentrations problématiques à l’entrée de la Région bruxelloise.

A télécharger

Fiche(s) méthodologique(s)

  • Focus : Inventaire des émissions de polluants vers les eaux de surface (.pdf)

Accès aux données

  • Application Bruwater, accès aux données sur les eaux de surface

Fiche(s) documentée(s)

  • 4. Normes et valeurs légales de référence en matière d’eau (.pdf) 
  • 13. Cadre légal bruxellois en matière d’eau (.pdf)

Fiche(s) de l’Etat de l’Environnement

  • Focus : Production et gestion des boues et sédiments

Autres publications de Bruxelles Environnement

  • Inventaire des émissions, rejets et pertes des substances prioritaires dans les eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) de la Région de Bruxelles-Capitale
    • Version 3, pour l’année de référence 2024. Annexe 2 du Plan de Gestion de l’Eau 2028-2033 (publication prévue en 2027)
    • Version 2 , 2022. Annexe 2 du Plan de Gestion de l’Eau 2022-2027. 287 pp. (.pdf)
    • Version 1, 2013-2014. Voir l’étude du VITO ci-dessous.
  • LIFE Belini : “Transboundary loads on interregional borders in main rivers in Belgium”, 2024. Bruxelles Environnement. 27 pp. Diffusion restreinte
  • LIFE Belini: A common pressure and impact analysis for the transboundary Zenne river catchment, 2021. Bruxelles Environnement (lead), VMM, SPW. 41 pp. Diffusion restreinte

Etude(s) et rapport(s)

  • Agence Européenne de l’Environnement (AEE), 2022. « Calculating emissions to water – a simplified method”. ETC/ICM Report 3/2022. 205 pp. (.html)
  • VITO, 2013-2014. « Inventarisatie van de emissies naar water in het Brussels Hoofdstedelijk Gewest ». Etude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement. Disponible seulement en néerlandais (.zip).
    • Post 1 : voorstudie. Décembre 2013. 78 pp.
    • Post 2: analyserapport en factsheets. Juin 2014. 346 pp
    • Technische nota – Transport naar het oppervlaktewater binnen WEISS voor Brussels Hoofdstedelijk Gewest. Janvier 2014. 32 pp.

Plan(s) et programme(s)

  • Plan de gestion de l’eau de la Région de Bruxelles-Capitale pour la période 2022-2027, juillet 2023 (.pdf)

Liens utiles

  • Etat de l’environnement wallon, Indicateur « Charges polluantes déversées dans les cours d’eau »
  • Vlaamse Milieumaatschappij (VMM), « Emissie inventaris water »
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