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La faune en Région bruxelloise

Découvrez la faune présente à Bruxelles. Observe-t-on des évolutions de cette biodiversité ? Que nous enseignent ces suivis ? Et qu’en est-il des lucanes cerf-volant, espèce parapluie intégralement protégée et devenue rare ?
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le 29 septembre 2026

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Sommaire

  • Évolution de l'avifaune
  • Les Mammifères en Région bruxelloise
  • Evolution des populations de chauves-souris en Région bruxelloise
  • Le chevreuil en Région bruxelloise
  • Les Amphibiens et Reptiles en Région bruxelloise
  • Les poissons en Région bruxelloise
  • Libellules et demoiselles en Région bruxelloise
  • Biodiversité : les papillons de jour
  • Le lucane cerf-volant, une espèce emblématique du bois mort
  • Les abeilles en Région bruxelloise

Évolution de l'avifaune

Indicateur – Actualisation : décembre 2025 

Parmi la quarantaine d’espèces les plus communes pour lesquelles une tendance est mise en évidence, 16 espèces sont en déclin. En outre, au moins 6 autres espèces indigènes, auparavant communes en Région bruxelloise, sont gravement menacées. Les oiseaux communs dont le déclin sur le long terme est le plus marqué sont des espèces nichant dans le bâti ainsi que des espèces migratrices. Une évolution globalement favorable est par contre observée pour les espèces exotiques et les Corvidés. 

Les oiseaux, de bons indicateurs de l’état de la biodiversité

Les oiseaux constituent de bons indicateurs de l’état de la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore).. Leur capacité de dispersion particulièrement élevée leur permet en effet de réagir rapidement aux changements qui interviennent dans l’environnement. En outre, les oiseaux sont présents dans la plupart des habitats naturels et milieux (semi)-urbanisés et sont représentés pratiquement à tous les niveaux de la chaîne alimentaire y compris aux niveaux les plus élevés (insectivores, prédateurs). Ils peuvent aussi être facilement observés.

Le suivi de l’avifaunePartie de la faune d'un lieu constituée par les oiseaux. bruxelloise repose sur différents dispositifs : réalisation d’atlas inventoriant la répartition et l’abondance des oiseaux nicheurs (tous les 15-20 ans), suivis annuels de l’avifaune commune ou de groupes d’espèces ciblées permettant d’évaluer des tendances (oiseaux d’eau entre autres), études scientifiques spécifiques, monitoring d’espèces d’intérêt communautaire et régional, etc. Ce travail a été jusqu’à présent essentiellement assuré par Aves, le pôle ornithologique de Natagora asbl, à la demande de Bruxelles Environnement. 

Un déclin à long terme confirmé pour près de 40% des espèces pour lesquelles une tendance est mise en évidence

Le suivi annuel des oiseaux communs est organisé depuis 1992. Il se fait via la méthode des « points d’écoute » qui consiste à inventorier, au printemps, l’ensemble des oiseaux vus ou entendus pendant 15 minutes lors de deux passages en un site d’observation fixe, identique d’années en années. Cette méthode, convenant surtout aux espèces dont la manifestation territoriale se fait par le chant, permet de suivre un peu moins de la moitié de l’avifaune nicheuse bruxelloise. Les espèces non concernées sont des migrateurs qui peuvent effectuer une halte à Bruxelles pendant le printemps mais n’y nichent jamais, des espèces pour lesquelles la technique des points d’écoute est inadéquate (oiseaux d’eau, hirondelles, rapaces nocturnes…) ainsi que des nicheurs rares pour lesquels le nombre de contacts est insuffisant.

Le réseau de points d’écoute compte actuellement 116 stations représentatives de la diversité des espaces verts bruxellois mais aussi de milieux densément bâtis.

Pour la période 1992-2024, une tendance statistiquement significative a pu être mise en évidence pour 41 espèces (espèces vues ou entendues avec une fréquence suffisante soit la plupart des espèces répandues en Région bruxelloise et près d’un tiers de l’avifaune nicheuse).

Parmi celles-ci :

  • 1 espèce (soit 2,4%) est en fort déclin, à savoir le Moineau domestique (Passer domesticus) ;
  • 15 espèces (soit 36,6%) sont en déclin ;
  • 15 espèces (soit 36,6%) sont stables ;
  • 8 espèces (soit 19,5%) sont en augmentation dont 2 exotiques (la Perruche à collier et le Faisan de Colchide) ;
  • 2 espèces (soit 4,9%) sont en forte augmentation dont 1 exotique (l’Ouette d’Egypte). 

Tendance évolutive à long terme des effectifs de 41 espèces communes de l’avifaune bruxelloise (en % par catégorie de tendance, 1992-2024)

Source : Pailhès M. et Derouaux A. 2025 (Natagora-Aves)
Graphique : Tendance évolutive à long terme des effectifs de 41 espèces communes de l’avifaune bruxelloise (en % par catégorie de tendance, 1992-2024)

Rappelons que ce bilan ne concerne qu’une partie de l’avifaunePartie de la faune d'un lieu constituée par les oiseaux. essentiellement composée des espèces nicheuses les plus répandues. Outre les espèces dont le comportement ne se prête pas à la méthodologie du suivi par points d’écoute, quelques espèces communes sont trop peu observées ou leur population est trop variable d’une année à l’autre ce qui empêche aussi d’établir une tendance évolutive avec suffisamment de certitude. C’est le cas pour 16 espèces dont 6 auparavant communes.

Un grand nombre d’espèces non suivies par la méthode des points d’écoute sont en déclin à l’échelle régionale ; il s’agit le plus souvent d’espèces ayant davantage d’exigences écologiques lors de la nidification.

Le graphique ci-dessous permet d’identifier les espèces en progression, stables ou en déclin. 

Une tendance évolutive à long terme négative a été établie pour 16 espèces communes d’oiseaux parmi les 41 espèces pour lesquelles une tendance a pu être établie (1992-2024)

Source : Pailhès M. et Derouaux A. 2025 (Natagora-Aves)    
Graphique : Une tendance évolutive à long terme négative a été établie pour 16 espèces communes d’oiseaux parmi les 41 espèces pour lesquelles une tendance a pu être établie (1992-2024)
La définition des cinq catégories de tendance des populations est définie en fonction du taux de croissance annuel moyen et de la fiabilité de l’estimation. Un fort déclin correspond à une diminution de moitié de l’abondance en 15 ans et une forte augmentation à un doublement des effectifs en 15 ans (pour plus de détails, voir Monitoring des populations d’oiseaux en Région de Bruxelles-Capitale, Rapport 2024, p.13).

Pour en savoir plus sur le pourcentage d’évolution de l’avifaune commune depuis 1992

Lire le texte de transcription

Tendance sur la période 1992-2024

  • Forte augmentation : Choucas des tours, Ouette d’Egypte (espèce exotique)
  • Augmentation : Buse variable, Perruche à collier (espèce exotique), Pinson des arbres Sittelle torchepot, Corneille noire, Pic épeiche, Fauvette à tête noire, Rougegorge familier
  • Stable : Faisan de colchide, Geai des chênes, Pigeon colombin, Grimpereau des jardins, Grive musicienne, Pigeon ramier, Pic vert, Mésange bleue, Mésange charbonnière , Mésange nonnette, Roitelet triple-bandeau, Héron cendré, Gallinule poule d'eau, Rougequeue noir, Orite à longue queue
  • Déclin : Pouillot véloce, Troglodyte mignon, Pie bavarde, Canard colvert, Accenteur mouchet, Martinet noir, Merle noir, Mésange huppée, Verdier d'Europe, Fauvette grisette, Roitelet huppé, Tourterelle turque, Étourneau sansonnet, Fauvette des jardins, Pouillot fitis
  • Déclin important : Moineau domestique

Les effectifs de plusieurs espèces autrefois très communes ont chuté

4 espèces ont vu leurs effectifs chuter de plus de 80% depuis 1992, à savoir, le Pouillot fitis, le Moineau domestique, la Fauvette des jardins et l’Etourneau sansonnet. Parmi ces oiseaux, le Moineau domestique et l’Etourneau sansonnet étaient considérés comme des oiseaux très communs à Bruxelles et dans les villes en général.

7 autres espèces connaissent un déclin compris entre 50 et 80% sur la même période : le Roitelet huppé, la Fauvette grisette, le Verdier d’Europe, la Mésange huppée, le Merle noir, le Martinet noir ainsi que l’Accenteur mouchet.

Avec des chutes d’effectifs proches de 50%, la réduction des populations d'espèces très communes telles que la Mésange à longue queue (récemment rebaptisée Orite à longue queue) et le Rougequeue noir interpelle et inquiète.  Ces oiseaux des jardins, parcs et forêts ont un régime alimentaire principalement basé sur les invertébrés du sol, de la litière et des sous-étages des habitats arborés qu'ils fréquentent. Si les variations épisodiques des populations de certaines espèces peuvent s’expliquer par des hivers rigoureux, les chercheurs observent une tendance lourde qui semble transcender les épisodes d'hivers froids comme par exemple pour l’Accenteur mouchet.

Divers facteurs peuvent contribuer à expliquer le déclin de nombreuses espèces, notamment :

  • la diminution et le morcellement des espaces verts et des friches (voir indicateur du Rapport Etat de l’environnement consacré à la couverture végétale);
  • la raréfaction des sources de nourriture (cf. forte régression des populations d’insectes, des graminées, des plantes sauvages à baies, des vergers, des poulaillers, etc.) et des zones favorables à la nidification ;
  • la pollution, dont les pesticides que l’on retrouve jusque dans le tapissage des nids (voir Activités récréatives et biodiversité en forêt de Soignes et autres sites Natura 2000) ;
  • l’évolution climatique ;
  • la rénovation du bâti qui réduit les possibilités de nidification des espèces cavicoles ;
  • les épizooties aviaires (par ex. le virus Usutu pour les populations de Merle noir). Ces maladies touchent plus sévèrement les individus déjà stressés par les facteurs cités plus haut.

La Mésange boréale n’est plus reprise dans le tableau car elle s’est éteinte en tant qu’espèce nicheuse régionale. Les résultats concernant le Martinet noir, espèce très mobile dont la nidification nécessite un recensement spécifique, doivent être pris avec réserve et considérés comme un indice de présence globale. 

Les espèces généralistes progressent

Les espèces moins exigeantes telles que les pigeons et les Corvidés, sont capables de s’adapter à ce que leur offre le milieu urbain. Le Choucas des tours par exemple a multiplié ses effectifs par 17 depuis 1992. Par contre, la population de Pies bavardes, communément perçue par la population comme étant en augmentation, est statistiquement stable, avec un léger déclin sur le long terme.

Notons la présence, dans le graphique, du Faisan de Colchide, une espèce exotiqueDésigne une espèce qui n'était pas présente à l'origine dans les zones où on la trouve maintenant, et dont la présence est attribuable directement ou indirectement à l'activité humaine. Opposée à espèce indigène. introduite comme oiseau d’ornement et comme gibier pour l’exercice de la chasse en plaine agricole.  Il est observé essentiellement à Neerpede et dans le Vogelzangbeek (Anderlecht). Cette espèce constitue une menace avérée pour les lézards (dont les Orvets) et les serpents. Par ailleurs, la concentration de Faisans de Colchide non immunisés dans un même endroit suite à des lâchers massifs serait, selon l’AFSCA, un facteur d’amplification des épidémies de grippe aviaire (comm.pers. A. Paquet, 2023 voir réf. ci-dessous). 

Des évolutions contrastées en fonction des groupes d’espèces

Pour la période 1992-2024, les oiseaux communs dont le déclin est le plus marqué sont des migrateurs et des espèces liées au bâti. Une évolution globalement favorable est par contre observée pour les espèces exotiques et les corvidés. Pour les espèces cavicoles indigènes, la tendance est globalement stable. 

Les graphiques ci-dessous mettent en évidence l’évolution de groupes particuliers d’oiseaux.

L’analyse par groupe d’espèces (MSI, Multi Species Index ou, en français, Indice multispécifique) repose sur une moyenne géométrique des courbes de tendance des différentes espèces d’un même groupe, le ‘poids’ de chaque espèce étant considéré comme égal aux autres alors que la taille de leur population respective peut différer. Il est important de prendre en compte cette particularité de calcul pour tirer des interprétations correctes des tendances.

La courbe de tendance est établie sur base des fluctuations annuelles de l’indice MSI.  Les deux courbes en pointillé situées de part et d’autre de cette courbe indiquent la marge d’erreur associée à la courbe de tendance.  La tendance annuelle est obtenue en mesurant la pente d’une droite, sorte de droite de régression, calculée par un modèle statistique sur les années choisies.  L’analyse ne prend en compte que les espèces pour lesquelles les tendances sont statistiquement significatives.

Pour les espèces communes indigènes, les résultats sont statistiquement significatifs pour la période 1992-2024 pour 33 espèces. 

Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 33 espèces d’oiseaux indigènes communes s’est réduit de 30%

Source : Pailhès M. et Derouaux A. 2025 (Natagora-Aves)
Graphique : Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 33 espèces d’oiseaux indigènes communes s’est réduit de 30%

Lire le texte de transcription

Tendances évolutives globales à long terme des populations de 33 espèces d’oiseaux indigènes (Région bruxelloise)

Tendance 1992-2024 : diminution
Tendance 2014-2024 : stable

L’analyse statistique de l’indice multi-espèces (MSI) effectué pour le groupe des espèces indigènes suggère un déclin sur le long terme (-30% depuis 1992) et une tendance stable depuis 10 ans.

Au niveau européen également, le monitoring des espèces communes d’oiseaux met en évidence un déclin significatif sur le long terme.

Pour en savoir plus sur les tendances à l’échelle européenne

Ce déclin sur le long terme (25 ans) s’observe en particulier chez les espèces d’oiseaux inféodées aux espaces agricoles (SOER, 2020). Selon l’Agence européenne de l’environnement (SOER 2020), cette tendance est avant tout liée à la perte, fragmentation et dégradation des écosystèmes naturels ou semi-naturels (résultant pour une part importante de l’intensification de l’agriculture) ainsi qu’à l’urbanisation croissante des terres qui accroît notamment la pollution lumineuse et sonore. Le déclin drastique des populations d’insectes impacte également les nombreuses espèces d’oiseaux qui dépendent d’eux pour se nourrir ou nourrir leurs petits.  Cette tendance a été confirmée par une récente étude qui a estimé qu’au niveau de l’Union européenne, les effectifs de 378 espèces d’oiseaux indigènes nichant en Europe (sur 445) ont globalement diminué de 16 à 18% entre 1980 et 2017. Les changements les plus importants ont été observés chez les espèces associées aux milieux agricoles et prairies, aux rivages ainsi que chez les espèces migratrices à longue distance (Burns et al. 2021).

Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 25 espèces d’oiseaux présents en forêt de Soignes bruxelloise apparait globalement stable

Source : Pailhès M. et Derouaux A. 2025 (Natagora-Aves)
Graphique :Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 25 espèces d’oiseaux présents en forêt de Soignes bruxelloise apparait globalement stable

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Tendances évolutives globales à long terme des populations de 26 espèces d’oiseaux forestiers (forêt de Soignes)

Tendance 1992-2024 : stable
Tendance 2014-2024 : incertain

Ce groupe est le résultat groupé de tous les points d’écoute situés dans la partie bruxelloise de la forêt de Soignes et comprend 25 espèces. Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à ce groupe serait resté relativement stable (-7% sur la période 1992-2024). Comparativement à d’autres groupes d’espèces, tels que ceux des quartiers résidentiels ou les espèces nichant dans le bâti, les oiseaux communs de la forêt de Soignes se portent globalement mieux. L’analyse des résultats d’écoute montre par exemple que le Merle noir résiste bien en forêt alors que ses effectifs ont fortement régressé sur le reste du territoire bruxellois.

Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 14 espèces indigènes d’oiseaux des « quartiers résidentiels » s’est globalement réduit de 45%

Source : Pailhès M. et Derouaux A. 2025 (Natagora-Aves)
Graphique : Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 14 espèces indigènes d’oiseaux des « quartiers résidentiels » s’est globalement réduit de 45% Source : Pailhès M. et Derouaux A. 2025 (Natagora-Aves)

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Tendances évolutives globales à long terme des populations de 14 espèces d’oiseaux des quartiers résidentiels (points d’écoute hors forêt de Soignes)

Tendance 1992-2024 : diminution
Tendance 2014-2024 : diminution

Ce groupe est le résultat groupé de tous les points d’écoute situés en dehors de la forêt de Soignes et comprend 14 espèces.

Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à ce groupe aurait baissé de 47%. Ce groupe contient la Mésange charbonnière, la Mésange bleue, l’Orite à longue queue, le Rougegorge familier, le Troglodyte mignon, l’Accenteur mouchet, le Merle noir, l’Etourneau sansonnet, le Pigeon ramier, le Verdier d'Europe, la Tourterelle turque, la Pie bavarde, la Corneille noire et le Moineau domestique.

Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 4 espèces communes d’oiseaux exotiques a globalement été multiplié par 5

Source : Pailhès M. et Derouaux A. 2025 (Natagora-Aves)
Graphique : Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 4 espèces communes d’oiseaux exotiques a globalement été multiplié par 5

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Tendances évolutives globales à long terme des populations de 4 espèces d’oiseaux exotiques

Tendance 1992-2024 : augmentation
Tendance 2014-2024 : incertain

Le groupe des espèces exotiques est en forte croissance (MSI +408% sur la période 1992-2024) mais semble se stabiliser ces dernières années. Ce groupe comprend l’Ouette d'Egypte, la Bernache du Canada, la Perruche à collier et la Conure veuve. La Perruche alexandre, bien qu’en forte croissance à Bruxelles, n’est pas encore incluse dans ces résultats.

L’Ouette de Magellan et le Cygne noir ne nichent plus à Bruxelles et sont au bord de la disparition. 

Entre 1992 et 2024 l’indice multispécifique relatif à 4 espèces communes d’oiseaux nichant sur le bâti a globalement diminué de trois quarts

Source : Pailhès M. et Derouaux A. 2025 (Natagora-Aves)
Graphique : Entre 1992 et 2024 l’indice multispécifique relatif à 4 espèces communes d’oiseaux nichant sur le bâti a globalement diminué de trois quarts

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Tendances évolutives globales à long terme des populations de 4 espèces d’oiseaux liées aux bâtiments

Tendance 1992-2024 : diminution
Tendance 2014-2024 : incertain

Les espèces d’oiseaux nichant dans des cavités du bâti (trous de boulin, fissures, sous les corniches et les tuiles, derrière les gouttières, etc.), typiques de la ‘zone grise’ de la Région bruxelloise (par opposition à la ceinture verte), sont en déclin sur la période 1992-2024 (MSI : -75%). Ce groupe comprend le Moineau domestique (en déclin important sur le long terme), l’Etourneau sansonnet (en déclin), le Rougequeue noir (en déclin), le Martinet noir (en déclin). Une tendance à la stabilisation s’observe ces dernières années mais reste à confirmer.  Par ailleurs, cette apparente stabilité peut correspondre à une réduction de l’effectif à son minimum, seuil en-deçà duquel l’espèce pourrait ne pas se maintenir en tant que nicheuse dans la Région.

Le Pigeon biset féral (pigeon « domestique ») n’a pas été pris en compte dans le calcul de l’indice car il n’est pas un cavicole strict ; cette espèce est en augmentation.

Bon à savoir

Plusieurs facteurs expliquent la baisse impressionnante des espèces nichant sur le bâti, familières et emblématiques des villes : la rénovation des bâtiments éliminant les cavités anciennes (corniches, trous de boulin…), le bâti moderne laissant peu de place à la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore). (fer, béton et verre), la baisse globale de la biomasseEnsemble des végétaux et des animaux, ainsi que des déchets organiques qui leur sont associés. La biomasse végétale provient de la photosynthèse et constitue une source d'énergie renouvelable. en insectes (voir fiche documentée sur les invertébrés) et, en ce qui concerne les moineaux, la pénurie de graines.  L’intégration de dispositifs d’accueil de ces espèces liées au bâti lors des travaux d’isolation des bâtiments constitue un enjeu de taille en termes de préservation de la biodiversité.

Pour plus d’informations, voir la fiche documentée « Avifaune liée au bâti ».

Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 11 espèces indigènes d’oiseaux cavicoles est stable à moyen et long terme

Source : Pailhès M. et Derouaux A. 2025 (Natagora-Aves)
Graphique : Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 11 espèces indigènes d’oiseaux cavicoles est stable à moyen et long terme

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Tendances évolutives globales à long terme des populations de 11 espèces indigènes d’oiseaux cavicoles

Tendance 1992-2024 : stable
Tendance 2014-2024 : stable

Les espèces cavicoles indigènes sont globalement en tendance stable pour les trois dernières décennies. Ce groupe comprend le Pigeon colombin, le Pic vert, le Pic épeiche, la Mésange noire, la Mésange charbonnière, la Mésange bleue, la Mésange nonnette, la Sitelle torchepot, le Grimpereau des jardins, l’Etourneau sansonnet et le Choucas des tours. Parmi ces 11 espèces, 1 est en déclin, 3 sont stables, 6 augmentent et la tendance est incertaine pour 1. Trois espèces cavicoles sont sorties de l’analyse. Il s’agit de la Mésange boréale, qui semble au bord de l’extinction locale, ainsi que du Pic Mar et du Pic noir qui sont trop peu abondants pour donner des tendances statistiquement significatives. 

Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 4 espèces de Corvidés a globalement doublé

Source : Pailhès M. et Derouaux A. 2025 (Natagora-Aves)
Graphique : Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 4 espèces de Corvidés a globalement doublé

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Tendances évolutives globales à long terme des populations de 4 espèces de Corvidés

Tendance 1992-2024 : augmentation
Tendance 2014-2024 : incertain

Les Corvidés sont en progression (MSI : +103% à long terme). Ce groupe comprend la Corneille noire (en augmentation), le Choucas des tours (en forte augmentation), la Pie bavarde (déclin) et le Geai des chênes (stable). 

Le Corbeau freux n’apparaît pas encore dans les résultats statistiquement significatifs bien qu’il se soit établi rapidement dans la capitale. Quelques colonies, de taille variable, sont déjà dénombrées. 

Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 5 espèces d’oiseaux migrateurs a globalement été réduit de plus de moitié

Source : Pailhès M. et Derouaux A. 2025 (Natagora-Aves)
Graphique :  Entre 1992 et 2024, l’indice multispécifique relatif à 5 espèces d’oiseaux migrateurs a globalement été réduit de plus de moitié

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Tendances évolutives globales à long terme des populations de 5 espèces d’oiseaux migrateurs

Tendance 1992-2024 : diminution
Tendance 2014-2024 : incertain

Le groupe des espèces migratrices, toutes insectivores (Martinet noir, Fauvette grisette, Fauvette à tête noire, Pouillot fitis, Pouillot véloce) est en déclin marqué (MSI -55%) sur le long terme mais semble montrer un léger fléchissement du déclin depuis quelques années. Une partie du groupe des insectivores migrateurs est constituée d’espèces liées aux friches urbaines (Sylviidae). Etant donné que ces dernières disparaissent progressivement suite à leur urbanisation, les Sylviidae (Fauvettes et autres) contribuent certainement à la tendance négative globale du groupe observé sur le long terme. Notons que plusieurs espèces migratrices dont les observations sont trop peu nombreuses ne sont plus prises en compte dans l’analyse de tendance. 

En période de nidification, plus d’un quart des oiseaux aquatiques présents sont exotiques

Depuis 1995, une vingtaine de sites humides bruxellois sont échantillonnés une fois par an au cours de la seconde quinzaine du mois de mai en période de reproduction.

En 2024, le suivi a permis de dénombrer 16 espèces et un hybride. Les 5 espèces aquatiques les plus fréquentes sont, dans l’ordre décroissant : la Foulque macroule (Fulica atra), la Bernache du Canada (Branta canadensis), le Canard colvert (Anas platyrhynchos), l’Ouette d’Egypte (Alopochen aegyptiaca) et le Fuligule morillon (Aythya fuligula). Parmi celles-ci, deux espèces exotiques sont en forte croissance, à savoir la Bernache du Canada et l’Ouette d’Egypte.  Elles représentent à elles seules 27,8% des oiseaux aquatiques adultes et juvéniles dénombrés au printemps 2024.  

Ce pourcentage était similaire lors des printemps 2022 et 2020 (44% en 2018).

Lors des dénombrements les plus récents, 2 autres espèces exotiques ont également été rencontrées : le Canard mandarin (Aix galericulata) et le Canard carolin (Aix sponsa). Ce dernier n’a pas été observé en 2024.

Bon à savoir

L’Ouette d’Egypte et la Bernache du Canada sont des espèces reprises comme espèces exotiques envahissantes dans la législation, respectivement européenne et bruxelloise (voir indicateur Espèces exotiques envahissantes).

Ces oiseaux de parc ornementaux étaient très à la mode dans les jardins privés, d’où ils se sont échappés pour s’établir dans la nature. Ces espèces, qui nichent en Région bruxelloise, se rassemblent en groupes importants lors de leur mue. Le rassemblement de ces oiseaux durant quelques semaines en un même endroit peut occasionner des dégâts importants aux habitats rivulaires en raison du piétinement et des déjections. Ces dernières rendent les sentiers de promenade et les pelouses impropres aux loisirs et augmentent les quantités de nutriments qui parviennent dans l’eau, provoquant le développement d’algues bleues et du botulisme. D’autres impacts sont également problématiques comme leur potentiel en tant que vecteur de maladies touchant l’avifaunePartie de la faune d'un lieu constituée par les oiseaux. (comportement grégaire) ou leur comportement agressif vis-à-vis des promeneurs et/ou leur caractère compétitif vis-à-vis d’autres espèces (agressivité, occupation par les Ouettes des sites de nidification très tôt dans l’année, vol de nids, broutage intensif).

Les sites les plus riches en espèces sont le grand étang de Boitsfort et l’étang des Silex contigu, le domaine royal (Laeken), les étangs d’Ixelles, le parc du Rouge-Cloître (Auderghem), le parc Malou (Woluwé Saint-Lambert) et les étangs de Neerpede (Anderlecht). Le Domaine Royal totalise à lui seul plus d’un cinquième des effectifs des oiseaux d’eau. 

La Région bruxelloise accueille une riche biodiversité d’oiseaux aquatiques en hiver

Le recensement annuel des oiseaux d’eau hivernants, organisé depuis 1966 par Natagora-Aves, s’intègre dans un programme mondial de comptage des oiseaux d’eau en hiver coordonnée par Wetlands International.

Pendant l’hiver 2023-2024, une quarantaine de sites ont été visités à 4 reprises et ont permis de dénombrer 33 espèces d’oiseaux aquatiques (au sens large) et 6 hybrides appartenant à 8 familles ce qui témoigne d’une riche biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore)..

Avec un effectif recensé compris entre 500 et plus de 1000 individus en janvier 2024, les espèces les plus abondantes par ordre décroissant sont la Foulque macroule (Fulica atra), la Mouette rieuse (Chroicocephalus ridibundus), le Canard colvert (Anas platyrhinchos), la Bernache du Canada (Branta canadensis) et le Goéland argenté (Larus argentatus)

Viennent ensuite la Gallinule poule-d’eau (Gallinula chloropus), le Fuligule morillon (Aythya fuligula), le Canard chipeau (Mareca strepera), le Fuligule milouin (Aythya ferina) et l’Ouette d’Égypte (Alopochen aegyptiaca), espèces dont les effectifs s’étagent entre environ 300 et 100 individus.

Pendant l’hiver 2023-2024, les trois sites qui ont abrité le plus grand nombre d’espèces sont le Domaine Royal de Laeken, les étangs de Val Duchesse (Auderghem) et les étangs de Neerpede (Anderlecht). En termes d’abondance, le Domaine Royal de Laeken et la partie nord du canal (Haren) hébergent de loin les plus grands effectifs.

Bon à savoir

Les recensements montrent globalement une progression de bon nombre d’espèces indigènes liées au milieu aquatique. Cette évolution serait liée à la protection partielle ou totale qui leur est accordée depuis la fin du 20e siècle ainsi qu’à la mise en œuvre de programmes de restauration écologique des milieux humides et ce, tant en Région bruxelloise que dans les régions et pays voisins. Notons à cet égard la renaturalisation de certaines berges du Rouge-Cloître avec notamment la création d’une roselière qui, malgré sa surface restreinte et sa localisation sur un site très fréquenté, attire de nombreuses espèces rares, aussi bien en période de nidification qu’en période d’hivernage.

5 espèces de pics présentes en forêt de Soignes

Les pics sont des bio-indicateurs reconnus de la santé et de la maturité du milieu forestier. Selon l’espèce, ils requièrent en effet des habitats incluant la présence de très vieux arbres et à gros diamètre, de bois mort, de lichens, de lisières, etc. Cinq espèces de pics nichent en forêt de Soignes bruxelloise (Pic épeiche, Pic épeichette, Pic vert, Pic noir, Pic mar) sur les six qui nichent en Belgique.  Le Pic cendré, espèce rarissime en Belgique et disparu de la forêt de Soignes à la fin du 19e siècle, y a été exceptionnellement cantonné en 2018. Avec 5 espèces nicheuses de pics, la forêt de Soignes est parmi les forêts les plus riches de Belgique en Picidés. Une telle biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore). est un fait peu commun en Europe occidentale et témoigne de la qualité écologique de la forêt de Soignes. 

Un impact positif de l’amélioration de la qualité de la Senne et de sa renaturation sur l’avifaune ?

Trois espèces d’hirondelles sont considérées comme « espèces d’intérêt régional » en vertu de l’ordonnance Nature. 

Après un déclin drastique entre 1992 et 2002 en tant qu’espèce nicheuse, les populations d’Hirondelles de fenêtre (Delichon urbicum) affichent une croissance marquée passant de 33 couples en 2002 à 393 en 2020, en partie suite aux campagnes de poses de nichoirs réalisées dans quelques communes bruxelloises. Une baisse significative est intervenue en 2021-2022, années durant lesquelles respectivement 333 et 262 nids étaient occupés. Avec respectivement 477 et 522 nids occupés sur l’ensemble des colonies, les années 2023 et, plus encore, 2024 ont été particulièrement bonnes pour cette espèce. 

Depuis 1992, 5 nouvelles colonies ont vu le jour dont les dernières en 2022 (marais Wiels à Forest, bâtiment du Brass), 2023 (ancienne brasserie Meudon à Neder-Over-Hembeek) et 2024 (rue de l’Elan, quartier du Dries, Watermael-Boitsfort). 4 colonies ont en revanche disparu depuis le tournant des années 2000. Une forte croissance de la taille des deux colonies dites « naturelles » de Haren (Meunerie Ceres) et Forest (rue du Charroi) est par ailleurs observée. Ces colonies, constituées en totalité ou en majorité de nids naturels en boue, totalisent plus de 2/3 des nids de la Région et sont localisées à proximité immédiate de la Senne et du canal. Les hirondelles de Watermael-Boitsfort et Woluwe-Saint-Pierre sont par contre dépendantes de nichoirs artificiels posés sur des maisons de particuliers ou des écoles et montrent une évolution positive mais moins rapide et plus fluctuante.

Malgré cette évolution positive, le faible nombre actuel de colonies (9), largement inférieur à celui observé lors de l’inventaire 1989-1991, dénote une précarité persistante de l’espèce et une difficulté pour cette espèce de créer spontanément de nouvelles colonies. La multiplication de nouvelles colonies, couplée avec le renforcement des colonies existantes, permettront de pérenniser la présence de l’espèce sur le long terme.

Les raisons de l’augmentation des colonies du groupe Senne/Canal restent à étudier en détail. Selon les experts chargés du suivi de l’avifaunePartie de la faune d'un lieu constituée par les oiseaux., la principale source de nourriture pour les hirondelles de Haren et de Forest pourrait provenir de la Senne où les émergences massives de diptères à larves aquatiques (moustiques par ex.) constituent un apport providentiel de petites proies. L’observation des colonies montre d’ailleurs que celles-ci se nourrissent quotidiennement sur la Senne. Le canal - et peut-être les derniers petits lambeaux de friches et abords des voies ferrées - favorisent aussi l’émergence d’insectes volants. Plus généralement, selon les mêmes auteurs, l’épuration des eaux de la Senne, l’ouverture à ciel ouvert de tronçons et certains aménagements écologiques de ses berges, ainsi que le maintien des espaces ouverts en fricheZone de terrain laissée à l'abandon et progressivement colonisée par la végétation spontanée. à proximité, semblent avoir un début d’impact positif sur l’avifaune qui se réinstalle progressivement.

L’Hirondelle rustique (Hirundo rustica) a fortement pâti de la disparition des espaces ruraux régionaux. Les dénombrements réalisés indiquent un effectif oscillant entre 10 et 20 couples localisés dans les zones rurales de Neerpede alors qu’elle était encore commune et bien répartie dans la ceinture verte de la Région bruxelloise dans les années 80-90. En 2024, un couple a à nouveau niché au coin du Balai (Watermael-Boitsfort). 

Une nidification d’Hirondelles de rivage le long du canal après plus de 40 ans d’absence

L’Hirondelle de rivage nichait en Région bruxelloise jusque fin des années ’70 mais, depuis, n’était observable que durant sa migration. En 2021, la nidification d’au moins 10 couples et leurs petits a été observée à proximité d’un mur de nichoirs artificiels (remplis de sableParticules de sol dont la taille est supérieure à 0,05 mm) installé cette même année le long du canal à Neder-Over-Hembeek pour cette espèce qui niche dans les berges sablonneuses. Depuis, le nombre de couples n’a cessé de progresser. En 2024, une cinquantaine de cavités étaient occupées. 

Les effectifs de Martinets noirs marquent une tendance à la baisse

Une étude spécifique sur le Martinet noir (Weiserbs et al. 2020) a été menée entre 2016 et 2018.  Celle-ci a permis d’améliorer les connaissances sur les préférences et habitudes de cette population en termes d’habitat et de mieux comprendre comment la préserver et tenter d’enrayer son déclin.

En résumé, les auteurs de l’étude concluent à la prédominance de colonies de petite taille. Celles-ci occupent majoritairement des cavités situées sous les corniches, dans les zones d’habitations à prédominance de bâtiments mitoyens, situées le long de voiries relativement étroites. Du fait de son habitat, cette espèce est potentiellement impactée par les rénovations qui tendent à rendre les bâtiments plus hermétiques (voir aussi le paragraphe ci-dessus concernant l’évolution des espèces liées au bâti).

Un protocole d’échantillonnage a également été défini afin de mettre en place un suivi routinier à l’échelle régionale. Les effectifs de Martinets noirs marquent une tendance à la baisse.  

Des données plus détaillées concernant les tendances, les observations et les hypothèses avancées pour expliquer le déclin des populations de Martinets en Région bruxelloise sont disponibles dans la fiche documentée portant sur l’avifaune liée aux espaces bâtis.

Parmi 7 espèces d’oiseaux suivies dans le cadre de la législation Natura 2000, 5 ont été évaluées en état de conservation favorable

En application des mesures de conservation imposées pour les sites Natura 2000, un monitoring de certaines espèces animales et d’habitats naturels est effectué. Dans ce cadre, l’état de conservation de 7 espèces d’oiseaux présentes en Région bruxelloise et qui figurent à l’annexe I de la directive Oiseaux (espèces considérées comme plus particulièrement menacées et dont environ 70 nichent, hivernent ou sont de passage en Belgique) a été évalué en 2016.

L’état local de conservation a été évalué comme favorable pour 5 espèces d’oiseaux, à savoir :

  • la Bondrée apivore présente en forêt de Soignes ;
  • le Faucon pèlerin présent sur différents sites couvrant l’entièreté du territoire bruxellois ;
  • le Martin-pêcheur présent sur différents sites couvrant l’entièreté du territoire bruxellois ;
  • le Pic noir présent en forêt de Soignes ;
  • le Pic mar présent en forêt de Soignes.

Il a en revanche été évalué comme défavorable pour 2 espèces qui sont observées sporadiquement dans la Région : l’Engoulevent d’Europe et la Grande aigrette (pour plus de détails, voir focus Etat de conservation des espèces couvertes par les directives « Habitats » et « Oiseaux »).

Le maintien, voire la progression, de ces espèces au niveau régional impliquent la sauvegarde de leurs biotopes (présence de vastes clairières et zones sablonneuses en forêt de Soignes, forêt diversifiée incluant chênes et pins, maintien d’arbres vieux ou morts et d’arbres à cavités, zones humides avec berges abruptes et dégagées, campagnes riches en haies et prés…).

En 2013, en application de la directive Oiseaux imposant notamment un monitoring, une estimation de l’effectif et des tendances concernant les espèces nicheuses a été effectuée par les 3 Régions pour contribuer à l’élaboration d’un rapport établi à l’échelle nationale.  Il en ressort que 107 espèces d’oiseaux ont niché en Région bruxelloise durant la période 2000-2012 (dont 11 non indigènes) soit près de 60% du total des espèces nicheuses de Belgique. Les données disponibles permettent de mettre en évidence une stabilité ou une croissance des populations bruxelloises pour 50% des espèces et une régression pour 20% d’entre elles. Par ailleurs, selon ce rapport, 5 nouvelles espèces d’oiseaux nicheuses se seraient implantées entre 2000 et 2012 alors que 6 se seraient éteintes au niveau local.

Un nouvel atlas 2022-2025 des oiseaux de la Région  

Aves, le Pôle ornithologique de Natagora, en collaboration avec Natuurpunt Studie, a été chargé de réaliser un nouvel atlas des oiseaux, nicheurs et hivernants, de la Région de Bruxelles-Capitale. Ce projet, comme les précédents, a fait appel à la communauté des ornithologues bénévoles.  Il vise à déterminer la liste des espèces nicheuses et hivernantes présentes sur le territoire bruxellois ainsi que les effectifs et la distribution de chaque espèce. Il doit aussi permettre une évaluation de l’impact de diverses pressions sur l’avifaunePartie de la faune d'un lieu constituée par les oiseaux. bruxelloise et des mesures de conservation mises en œuvre.

Un premier rapport, concernant les espèces nicheuses, a été publié fin 2025. En voici les principaux enseignements :

Le nombre d'espèces nicheuses est sensiblement identique à celui recensé lors du précédent atlas couvrant la période 2000-2004 (103 contre 102 espèces actuellement) mais l'on observe des changements dans la composition : 15 espèces sont désormais considérées comme disparues et 14 espèces ont fait leur apparition dans la capitale.

La majorité de ces 102 espèces nicheuses présente une distribution géographique restreinte et des effectifs ne dépassant pas les 100 couples. Cela reflète la forte proportion d'espèces rares au sein de l'avifaune nicheuse. Les espèces les plus abondantes (14 espèces représentées chacune par plus de mille couples) sont composées principalement de petits passereaux sédentaires ou migrateurs ubiquistes ainsi que de corvidés, colombidés ou encore d'espèces liées au milieu anthropisé (Moineau domestique et Martinet noir).

Les espèces liées aux zones humides se portent bien dans l’ensemble, et ce, notamment grâce à la gestion de ces habitats pratiquée ces dernières années au niveau régional (amélioration de la qualité de l'eau, restauration de berges, maintien/aménagement de roselières, réouverture de la Senne...). Sur les 14 nouvelles espèces nicheuses recensées dans le dernier atlas, 9 sont liées aux habitats aquatiques (Canard chipeau, Râle d'eau, Rousserolle effarvatte, Bouscarle de Cetti...).

Par contre, de manière générale, les espèces liées aux milieux ouverts et semi ouverts (en l’occurrence friches urbaines et milieux agricoles) sont en déclin, voire disparues pour certaines qui étaient déjà considérées en déclin lors de la précédente édition. L'imperméabilisation des sols (urbanisation, artificialisation...) s'est intensifiée depuis les années 1990 dans la capitale, et ce, en partie sur les espaces en fricheZone de terrain laissée à l'abandon et progressivement colonisée par la végétation spontanée.. Ces habitats particuliers accueillent une faune et une flore singulière qui tendent à disparaître de la région au fur et à mesure de leur artificialisation. Parmi ces espèces disparues, ou en déclin prononcé, on retrouve notamment : l'Hypolaïs ictérine, le Pipit farlouse, la Linotte mélodieuse, le Faucon crécerelle, la Fauvette grisette... La subsistance des friches urbaines est un enjeu réel pour le maintien dans la Région de certaines espèces.

Les espèces forestières bruxelloises semblent bien se porter avec, notamment, la présence de 5 espèces de pics (épeichette, mar, épeiche, noir et vert) dont les populations sont stables ou en augmentation et des rapaces en bonne santé en forêt de Soignes (Buse variable, Autour des palombes, Bondrée apivore...).

L'avifaune urbaine bruxelloise compte actuellement 6 espèces exotiques nicheuses dont trois Psittacidés (Perruche alexandre, Perruche à collier et Conure veuve) et trois espèces aquatiques (Bernache du Canada, Ouette d'Egypte et Canard mandarin). Leurs évolutions au cours de ces 20 dernières années sont différentes mais globalement en augmentation pour 4 de ces 6 espèces. Les effectifs de Perruche à collier semblent être arrivés à saturation avec une population stable qui tendrait même à quitter le territoire bruxellois et se disperser vers les Brabants wallon et flamand. La Perruche alexandre est en revanche actuellement en expansion.

A télécharger

Fiche méthodologique

  • Indicateur : Evolution des populations d’oiseaux nicheurs communs (.pdf)

Tableaux reprenant les données

  • Taux de croissance annuel moyen (%) et tendances des populations de 42 espèces d'oiseaux nicheurs communs en Région bruxelloise (1992 - 2024) (.xls)
  • Évolution des effectifs des populations des espèces d’oiseaux nicheurs communes en Région bruxelloise (1992 - 2024) – Indices multispécifiques d'abondance (Base 100 (1992 = 100)) (.xls)
  • Taux de croissance annuel moyen des index multispécifiques d'abondance (%), % d'évolution depuis le début du monitoring (1992) et tendance depuis 1992 des populations de 38 espèces d'oiseaux nicheurs communs en Région bruxelloise par type de milieux (1992 - 2024) (.xls) 

Fiches documentées

  • Etat local de conservation des espèces des directives habitats et oiseaux en Région bruxelloise, 2018 (.pdf)
  • Avifaune liée au bâti et mobilisations pour sa sauvegarde, 2024 (.pdf) 

Fiches de l’Etat de l’Environnement

  • Sciences participatives : collecte de données sur la biodiversité bruxelloise, 2024

Autres publications de Bruxelles Environnement

  • Rapport sur l’état de la nature en Région de Bruxelles-Capitale, 2022 (.pdf)
  • Carte « Moineaux de Bruxelles »
  • Carte « Martinets de Bruxelles »
  • Dépliant « Oiseaux en Région de Bruxelles-Capitale », 2018 (.pdf)

Etudes et rapports

  • AGENCE EUROPEENNE DE L’ENVIRONNEMENT 2019. « The European environment - state and outlook 2020 - Knowledge for transition to a sustainable Europe”, 499 p (en anglais uniquement)
  • BELGIQUE 2013. « National summary for 2008-2012 for Article 12, Belgium », rapportage belge dans le cadre de la directive Oiseaux (79/409/EEC) et Habitats (92/43/EEC), 23 p. (.pdf) (en anglais uniquement)
  • Burns F., Eaton M., Burfield J., Klvaňová A., Šilarová E., Staneva A., Gregory R 2021. “ Abundance decline in the avifauna of the European Union reveals cross-continental similarities in biodiversity change ”; in Ecology and Evolution 2021; 11:16647–16660. (.pdf) (en anglais uniquement)
  • IPBES 2018. “ The IPBES regional assessment report on biodiversity and ecosystem services for Europe and Central Asia ”, 892 p. (pdf) (en anglais uniquement)
  • PAILHES M., PAQUET A., FEYS S., PAQUET J.-Y. et DEROUAUX A., 2025. « Atlas des oiseaux nicheurs de la Région de Bruxelles-Capitale 2022-2024 », rapport effectué par Natagora Aves (département Etudes) pour le compte de Bruxelles Environnement, 156 p. (.pdf)
  • PAILHES M. 2023. « Nidification des hirondelles à Bruxelles en 2023», blog Aves-Natagora
  • PAILHES M. 2024. « Monitoring des populations d’oiseaux en Région de Bruxelles-Capitale  - Rapport final 2024 », rapport effectué par Natagora Aves (département Etudes) pour le compte de Bruxelles Environnement, 82 p. (.pdf) (autres années disponibles en ligne)
  • PAQUET A., WEISERBS A. 2018. « Oiseaux rares observés à Bruxelles en 2007-2017. Oiseaux de Bruxelles n°6 » étude effectuée par Natagora Aves pour le compte de Bruxelles Environnement, 7 p. (.pdf)
  • WEISERBS A., PAQUET A., WAUTERS M., SEVRIN D. 2020. « Population et habitat du Martinet noir Apus apus en Région de Bruxelles-Capitale », in AVES, 57/2.(.pdf)
  • WEISERBS A. 2016. « Le point sur les oiseaux nicheurs – Oiseaux de Bruxelles n°5 », étude effectuée par Natagora Aves pour le compte de Bruxelles Environnement, 7 pages. (.pdf)
  • WEISERBS A. 2013. « Statut des oiseaux Natura 2000 à Bruxelles – Oiseaux de Bruxelles n°4 », étude effectuée par Natagora Aves pour le compte de Bruxelles Environnement, 7 p. (.pdf)
  • WEISERBS A. 2012. « Du martinet à l’hirondelle - Oiseaux de Bruxelles n°3 », étude effectuée par Natagora Aves pour le compte de Bruxelles Environnement, 7 p. (.pdf)
  • WEISERBS A. 2010. « Oiseaux communs de Bruxelles – Cartographie des tendances - Oiseaux de Bruxelles n°2 », étude effectuée par Natagora Aves pour le compte de Bruxelles Environnement, 7 p. (.pdf)
  • WEISERBS A. & PAQUET J.-Y. 2009. « Oiseaux communs de Bruxelles – Evolution 1992-2008 -  Oiseaux de Bruxelles n°1 », étude effectuée par Natagora Aves pour le compte de Bruxelles Environnement, 7 p. (.pdf)
  • WEISERBS A. & JACOB J.-P. 2007. « Oiseaux nicheurs de Bruxelles 2000-2004: répartition, effectifs, évolution », étude effectuée par Natagora Aves pour le compte de Bruxelles Environnement, 290 p. (.pdf)

Plans et programmes

  • Plan régional nature 2016-2020 en Région de Bruxelles-Capitale, 2016 (.pdf)
  • Herzienen Belgische Nationale Biodiversiteits-strategie voor 2030 (.pdf)

Liens utiles

  • Natagora – Aves
  • Centre belge de baguage (Institut royal des sciences naturelles de Belgique)
  • Belgian Biodiversity platform (en anglais uniquement)

Les Mammifères en Région bruxelloise

Focus – Actualisation : juin 2021

Le second atlas des mammifères de la Région bruxelloise a permis d’inventorier la présence de 47 espèces indigènes et 5 espèces exotiques sur la période 2001-2017. Ceci correspond à près de 70% de la faune mammalienne belge (espèces exotiques et marines comprises). 3 espèces recensées lors de la réalisation du premier atlas (1997-2000) n'ont plus été observées lors de la réalisation du second atlas, à savoir, 2 espèces de chauve-souris et la loutre. Inversément 6 nouvelles espèces ont été inventoriées : le sanglier, le castor, 2 espèces de chauve-souris ainsi que 2 espèces exotiques. Pour 13% des espèces indigènes, les observations montrent une diminution de l’aire de répartition entre la réalisation des 2 atlas.

Un nouvel atlas des mammifères, réalisé avec l’appui des citoyens

Le premier atlas des mammifères de la Région bruxelloise couvrait la période 1997-2000. Un second atlas se rapportant à la période 2001-2017 a été récemment finalisé.
Ce projet, réalisé par Natuurpunt et Natagora pour le compte de Bruxelles Environnement, a rassemblé toutes les données existantes sur les mammifères présents en Région bruxelloise provenant d'études antérieures. Ces données ont été complétées par des données supplémentaires collectées en s’appuyant sur l’aide de citoyens.  Le grand public a été sollicité pour signaler, via un site Internet, les observations de mammifères facilement reconnaissables. Pour l'inventaire des espèces plus difficiles à reconnaître, une soixantaine de volontaires ont été formés pour travailler respectivement avec des pièges à caméra et des pièges (non létaux). 
Après validation des données, 24 109 données d’observation effectuées entre 1909 et 2017 ont ainsi pu être compilées dont 20 392 se rapportant à la période couverte par l’actuel atlas. Plus d’explications concernant la méthodologie utilisée figurent dans la fiche documentée sur les mammifères.
Les informations collectées contribuent à une meilleure connaissance de l’évolution des espèces de mammifères présentes en Région bruxelloise et constituent un précieux support à l’élaboration de mesures de protection et gestion appropriées. 

47 espèces indigènes de mammifères observées entre 2001 et 2017

Le tableau ci-dessous fournit la liste complète des espèces de mammifères sauvages observées en Région bruxelloise, classées par classe de rareté (2001-2017). Il montre dans combien de mailles de 1x1 km (correspondant au maillage utilisé pour répertorier les observations de l’atlas) l'espèce a été observée avant 2000 (aire avant 2000) et dans la période entre 2001 et 2017 (aire 2001-2017) ainsi que la tendance en terme d’expansion (la méthodologie de calcul du degré de rareté et des tendances est expliqué dans la fiche documentée sur les mammifères).  
Au cours de la période 2001-2017, 52 espèces de mammifères ont été observées en Région bruxelloise ce qui représente une diversité d’espèces assez élevée compte tenu de la superficie régionale limitée (162 km2). 5 de ces espèces sont des espèces exotiques. Par ailleurs, 20 de ces espèces (dont 4 exotiques) sont occasionnelles ou très rares.  
3 espèces recensées dans le premier atlas n'ont pas été observées lors de la réalisation du second atlas :

  • 2 espèces de chauves-souris : la barbastelle et le grand murin, espèces dont les dernières observations dans la Région datent de la fin des années ’90 ;
  • la loutre d’Europe, considérée comme régionalement éteinte depuis la seconde moitié du 20ème siècle. 

Inversément 6 espèces sont nouvelles par rapport à la période précédente de l'atlas :

  • le sanglier ;
  • le castor européen (1 observation) ;
  • 2 espèces de chauves-souris : la pipistrelle de Kuhls (2 observations) et le vespertilion bicolore (2 observations) ; 
  • 2 espèces exotiques : le muntjac de Chine (1 observation) et le raton laveur (2 observations dont l’une en Région flamande à proximité de la limite régionale).
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En 2010, pour la première fois, un castor a été observé à Bruxelles, plus précisément dans le canal. Un autre constat positif est que certaines espèces qui n’avaient plus été observées depuis longtemps dans la Région ont refait une très timide apparition. C’est le cas du blaireau et de la martre des pins.  
En Flandre, il existe 13 espèces de mammifères indigènes qui ne sont pas ou ne sont plus présentes en  Région bruxelloise. Pour 4 d’entre elles, une implantation à Bruxelles ne peut être attendue en raison de l’inadéquation des habitats présents ou de leur aire de répartition. A l’opposé, 2 espèces de chauves-souris ont été observées à Bruxelles mais pas en Flandre (grand rhinolophe, pipistrelle de Kuhl).
De même, la Région wallonne compte 17 espèces de mammifères indigènes qui ne sont pas ou ne sont plus présentes à Bruxelles dont 5 dont l’implantation en Région bruxelloise semble exclue. Toutes les espèces observées en Région bruxelloise sont également présentes en Région wallonne. 
Au total, 75 espèces de mammifères sauvages ont été recensées en Belgique, en ce compris les mammifères marins et exotiques. 

Une région particulièrement riche en Chiroptères 

Aux 17 espèces de chauve-souris comptabilisées dans l’atlas des mammifères, il convient de rajouter l'Oreillard gris (Plecotus austriacus) recensé par Pletocus (le groupe de travail chauves-souris de Natagora) dans le cadre des monitoring qu’elle effectue pour la Région bruxelloise.  Si l’on sait que la Belgique compte 23 espèces de chauve-souris,  la faune bruxelloise s’avère donc particulièrement riche en ChiroptèresOrdre de mammifères souvent nocturnes et insectivores, adaptés au vol grâce à des membranes alaires fixées entre leurs doigts, sur les flancs et parfois sur la queue, et appelés communément chauves-souris..
Cette richesse s’explique par la valeur biologique très élevée de la forêt de Soignes et sa localisation à proximité de terrains de chasse favorables, en particulier au-dessus et autour des étangs du réseau hydrographiqueLe réseau hydrographique regroupe l’ensemble des cours d'eau, étangs, mares, zones humides… de la Woluwe. L’existence de nombreux vieux arbres comportant des cavités constitue également un élément essentiel pour la plupart des chauves-souris. La présence de 6 espèces de chauves-souris dites d’intérêt communautaire (voir focus sur l’ Etat local de conservation des espèces couvertes par les directives "Habitats" et "Oiseaux") a été déterminante dans l’identification des Zones Spéciales de Conservation qui composent le réseau Natura 2000 bruxellois. 

Le renard, la pipistrelle, l'écureuil roux et la fouine sont les espèces dont les observations couvrent le territoire le plus étendu

Certaines espèces, le plus souvent ubiquistes (c’est-à-dire que l’on rencontre dans des habitats variés) et présentant de fortes capacités d’adaptation, trouvent en milieu urbain des conditions propices à leur développement. En 2017, par exemple, le renard est présent sur une large part du territoire bruxellois (164 des 200 mailles couvrant la région). Cette espèce, devenue moins farouche, s’est adaptée à l’homme et profite de l’abondante nourriture présente dans la ville, notamment dans les poubelles. Plus récemment, la fouine a aussi connu une extension fulgurante : alors qu’avant 2001, les observations recensées étaient localisées dans 3 carrés-km, elles occupaient 100 mailles lors du second atlas. Notons que les renards et les fouines sont des prédateurs territoriaux et sont donc naturellement présents en densités relativement faibles.  Le renard, la fouine mais aussi la pipistrelle (petite chauve-souris) et l’écureuil roux sont les mammifères pour lesquels les observations couvrent le territoire le plus grand. 

Pour 13% des espèces indigènes, les observations montrent une diminution de l’aire de répartition entre la réalisation des 2 atlas 

Pourcentage de mammifères par classe de tendance (progression spatiale, espèces exotiques inclues) 

Source : Atlas des mamifères 2001-2017
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La tendance indique si l'espèce a été observée dans plus ou moins de mailles au cours de la période 2001-2017 par rapport à la période avant 2001. Cette tendance est positive ou stable pour environ trois quart des espèces indigènes.  Il convient néanmoins de garder à l’esprit que si l'espèce a été détectée dans plus de mailles au cours de la période actuelle de l'atlas qu'avant 2001, ceci ne signifie pas nécessairement que l’aire de répartition de l'espèce a réellement augmenté. Cet accroissement peut en effet être lié à une plus grande intensité d’observations, à une amélioration des méthodes de détection ou encore, à une meilleure connaissance de l’écologie des espèces et de leur habitat.
Les observations sont par contre géogaphiquement moins étendues pour environ 13% des espèces indigènes: la taupe, 2 espèces de campagnol, la musaraigne aquatique ainsi que 3 espèces de chauves-souris. Ceci témoigne vraisemblablement d’une régression de l’aire de répartition de ces espèces.  

Une diversité d’espèces qui reflète la diversité des milieux

Les régions les plus riches en espèces de mammifères sont la forêt de Soignes, la vallée de la Woluwe, le bois du Laerbeek, le bois de la Cambre, le bois du Verrewinkel et quelques autres sites semi-naturels tels que le Vogelzang ou le Scheutbos. Outre la présence de nombreuses zones boisées et des lisières attenantes, la richesse en mammifères est aussi liée à la présence de nombreux cours d’eaux et étangs (zones de gagnage des chauves-souris, habitat de la musaraigne aquatique et du putois notamment), de formations herbacées résiduelles (lièvre, rat des moissons) ou encore de ronces, d’arbustes et d’arbrisseaux à fruits (hérisson, souris, rat, fouine, belette,  …).
Les mailles les plus riches comportent jusqu’à 26 espèces de mammifères par km2.  
La répartion spatiale de la richesse en espèces s’explique par le caractère plus ou moins vert des mailles mais aussi par le fait que les efforts de recherche se sont davantage concentrés sur les zones vertes. 

Richesse en espèces de mammifères observées par maille durant la période 2001-2017 (1*1 km2)

Source : Atlas des mamifères 2001-2017 

La fouine et le lérot, espèces d’intérêt régional, sont en expansion

L’ordonnance Nature a introduit le concept d’espèces d’intérêt régional. Celles-ci sont définies comme des espèces indigènes pour la conservation desquelles la Région a une responsabilité particulière en raison de leur importance pour le patrimoine naturel régional et/ou de leur état de conservation dévavorable.  Ce statut s’applique à 4 espèces de mammifères : la fouine (Martes foina), la martre des pins (Martes martes), le lérot (Eliomys quercinus) et le muscardin (Muscardinus avellanarius).
Comme mentionné précédemment, la fouine - espèce synanthrope - connait depuis une dizaine d’années une très forte progression, à tel point que sa présence est devenue très commune dans la Région et ne va pas sans poser quelques difficultés de cohabitation (voir infofiche).  
La martre, autre petit mammifère carnivore, est inféodée aux milieux forestiers.  En Région bruxelloise, l’espèce est très rare puisqu’elle n’a été observée qu’à une reprise tant lors de la réalisation du premier atlas que du second. 
Les observations de lérot ont par contre été plus nombreuses et géographiquement beaucoup plus dispersées lors du récent atlas, ce qui pourrait indiquer une extension de l’espèce sur le territoire bruxellois.  Aucun muscardin n’a été observé en Région bruxelloise.  Etant donné la capacité de dispersion limitée de l'espèce et le fait que la population la plus proche se trouve actuellement à une cinquantaine de km, séparée par des habitats très peu adaptés, il est très peu probable que l'espèce n’atteigne la Région bruxelloise dans un avenir proche. 

5 espèces exotiques envahissantes de mammifères observées en Région bruxelloise

Depuis le dernier atlas, 2 nouvelles espèces exotiques envahissantes ont été observées de manière exceptionnelle: le muntjac de Chine ainsi que le raton laveur. Ces deux espèces sont incluses dans la liste européenne des espèces exotiques envahissantes. En outre, trois espèces exotiques déjà présentes lors de la réalisation du premier atlas sont toujours observées: le tamia de Sibérie (communément désigné sous le nom d’Ecureuil de Corée) et, beaucoup plus rarement, le rat musqué et le daim. Le tamia de Sibérie et le rat musqué figurent également sur la liste européenne précitée. Le daim est quant à lui repris dans la liste bruxelloise des espèces envahissantes (annexe IV de l'odonnance Nature. Voir focus sur les espèces exotiques envahissantes).
D’après les études de risque du forum belge sur les espèces invasives, le tamia de Sibérie, fréquent en forêt de Soignes et ses abords, pourrait avoir un impact sur les espèces d'oiseaux nicheurs ou sur des espèces indigènes de rongeurs présentes en forêt. Aucune preuve formelle d’un impact sur l’avifaunePartie de la faune d'un lieu constituée par les oiseaux. sonienne n'a cependant été trouvée dans les études de suivi réalisées.  Dans les forêts périurbaines, le tamia de Sibérie pourrait aussi contribuer à une tranmission accrue de la maladie de Lyme (http://ias.biodiversity.be/species/show/31, consulté le 8/9/2020).

La préservation et reconnexion des habitats, un enjeu pour la biodiversité  

Le réseau routier bruxellois, très dense, limite la liberté de mouvement des mammifères terrestres mais aussi des chauves-souris qui évitent les grands espaces ouverts et ont besoin de structures pour s'orienter (écholocation). L’éclairage constitue également une menace pour les chauves-souris (impact sur les populations d’insectes, perturbation des couloirs de vols…). 
Pour les grands mammifères se nourrissant en lisière de forêt ou dans des espaces ouverts, la forte urbanisation en bordure de la forêt de Soignes de ces dernières décennies a été préjudiciable. Pour d'autres mammifères moins liés à la forêt, la destruction et la fragmentation d’habitats comme les bosquets et les fourrés, ont également été négatives.
De manière générale, le maintien de la connectivité et la réduction de la fragmentation des habitats naturels constitue un enjeu important pour la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore).. Plusieurs études ont été menées ces dernières années sur ce sujet tant en Région bruxelloise que flamande et ont abouti à la réalisation de divers projets de reconnexion au niveau du massif sonien (voir focus sur le chevreuil ). D’autres projets sont à l’étude. Le suivi scientifique effectué a montré que les passages à faune (écoducs, tunnels, écobuses) aménagés au niveau de certaines infrastructures routières ou ferroviaires sont utilisés nortamment par des petits et grands mammifères et que la pose de clôtures en bordures du ring avait permis de réduire très fortement le nombre d’animaux victimes d’accidents de la circulation.  
En Région bruxelloise, la préservation et reconnexion des habitats passe aussi notamment par le développement du réseau écologique bruxellois et la protection d’espaces verts de haute valeur biologiqueValeur reconnue d'un site coté sur base d'une série de critères tels que : la présence d'éléments hydrologiques peu perturbés (sources), la diversité et la rareté des espèces locales de plantes et d'animaux, la présence d'espèces rares, la maturité des végétations (site irremplaçable sauf à très long terme, ex. une forêt séculaire), etc. (voir focus et fiche documentée  sur les sites semi-naturels et espaces verts protégés ainsi que le focus sur le maillage vert). La problématique de la pollution lumineuse est également prise en compte, notamment via les conditions imposées dans les permis d’environnement et au niveau de l’aménagement des espaces publics. 

A télécharger

Fiches documentées

  • 1. Les mammifères en Région bruxelloise (.pdf) (2020)
  • 19. Le chevreuil en Région bruxelloise (.pdf) (2020)

Fiches de l’Etat de l’Environnement

  • Focus : Le chevreuil en Région bruxelloise (2024)
  • Surveillance des espèces (2023)
  • Espèces exotiques envahissantes (2023)
  • Sites semi-naturels et espaces verts protégés (2023)
  • Focus : Fragmentation et isolement des espaces verts (2022)
  • Focus : Le maillage vert (2015)
  • Focus : Habitat naturels dans les espaces verts bruxellois (2011)

Autres publications de Bruxelles Environnement

  • Les mammifères en Région de Bruxelles-Capitale
  • La fouine (info fiches- biodiversité)
  • Gîtes pour l’écureuil roux (info fiches- biodiversité)
  • Gîtes pour le hérisson commun (info fiches-biodiversité)s'ouvre dans une nouvelle fenêtre
  • Gîtes pour le lérot (info fiches -biodiversité)s'ouvre dans une nouvelle fenêtre
  • Gîtes pour la pipistrelle commune (info fiches-biodiversité)s'ouvre dans une nouvelle fenêtre
  • Le renard (info fiches- biodiversité)
  • Le sanglier (info fiches- biodiversité)
  • Le chevreuil (info fiches- biodiversité)
  • Carte « Réseau écologique bruxellois »
  • Carte « Ecureuils de Buxelles »
  • Carte « Lérots de Bruxelles »
  • Carte « Hérissons de Bruxelles »

Etudes et rapport

  • NATUURPUNT 2020. « Van dwergspitsmuis tot wild zwijn: deze soorten profiteren van faunapassages in Zoniënwoud", in Natuurbericht, juni 2020. (en néerlandais uniquement)
  • VERCAYIE D., PAQUET A., FEYS S., WILLEMS W. & PAQUET J-Y. 2020. « Zoogdierenatlas van het Brussels Gewest. 2001-2017 », rapport Natuurpunt Studie 2017/39 réalisé pour le compte de Bruxelles environnement, Mechelen. (en voie de publication)
  • VERCAYIE D. & SWINNEN K. 2018. "Monitoring van de ecologische infrastructuur ter ontsnippering van het Zoniënwoud", rapport final, Rapport Natuurpunt Studie 2018/12, Mechelen.

Plans et programmes

  • Plan régional nature 2016-2020 en Région de Bruxelles-Capitale, 2016 (.pdf)

Liens utiles

  • Bruxelles Environnement, Mammifères

Evolution des populations de chauves-souris en Région bruxelloise

Focus - Actualisation : mars 2023

La Région de Bruxelles-Capitale héberge 20 espèces de chauves-souris (dont une considérée comme régionalement éteinte depuis la fin du 20ème siècle), ce qui représente une belle richesse spécifique pour un milieu fortement urbain. Cette diversité s’explique en partie grâce à la présence de la forêt de Soignes et d’un chapelet d’étangs dans le bassin de la Woluwe. Le suivi des populations bruxelloises de chiroptèresOrdre de mammifères souvent nocturnes et insectivores, adaptés au vol grâce à des membranes alaires fixées entre leurs doigts, sur les flancs et parfois sur la queue, et appelés communément chauves-souris. montre notamment une progression du nombre de chauves-souris en forêt de Soignes. Il met également en évidence le fait que les espèces lucifuges de chauves-souris sont observées en périphérie de la Région bruxelloise, dans les zones préservées de la pollution lumineuse.

Une large variété d’habitats

Les chauves-souris (ou chiroptères) utilisent une large variété d’habitats pour leur reproduction, leur alimentation, leur hibernation. Selon les espèces et les saisons, elles gîtent dans des cavités de vieux arbres, des bâtiments (des charpentes aux caves y compris dans les fissures) ou encore, des milieux souterrains (grottes, tunnels, etc.). De nombreuses espèces sont forestières : dans les bois, elles trouvent nourriture et gîtes. Certaines espèces, comme les pipistrelles, préfèrent les lisières et les espaces plus dégagés. Les chauves-souris chassent dans des sites naturels tels que les forêts, les milieux aquatiques ou encore, les parcs et les lisières. Leurs routes de vol pour passer de leur(s) gîte(s) à leur(s) terrain(s) de chasse suivent les éléments linéaires et verticaux de leur environnement tels que les routes et canaux bordés d’arbres, les bandes boisées, les haies et les lisières forestières.

Par leur régime alimentaire insectivore et leur position en bout de chaîne alimentaire, la diversité des milieux qu’elles occupent, leur forte sensibilité aux modifications de l’environnement et leur spécialisation extrême (gîtes, insectes chassés, etc.), les chauves-souris constituent de bons indicateurs de l’état de la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore). et du fonctionnement des écosystèmes.

Les chauves-souris, régulatrices des populations d’insectes

Selon les espèces et la période de l’année, les proies des chauves-souris européennes sont notamment constituées de mouches, moustiques, papillons, coléoptères ou encore, araignées. Le vol nécessitant beaucoup d’énergie, il leur faut trouver beaucoup d’insectes en un temps le plus court possible. Selon Plecotus-Natagora, en une nuit, une chauve-souris peut consommer environ 1/4 de sa masse corporelle, voire plus, ce qui représente, pour une espèce de taille moyenne pesant 8 g, environ un kilo d’insectes par an. De ce fait, les chauves-souris participent à la régulation des populations d’insectes, parmi lesquels des vecteurs de maladies et des ravageurs de cultures. A titre d’exemple, la Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus), l’espèce de chauve-souris la plus présente en Région bruxelloise, peut capturer 2000 à 3000 moustiques par nuit d’été.

De multiples facteurs menacent les chauves-souris

Les chauves-souris sont des animaux très vulnérables en raison notamment du fait qu’elles se reproduisent à un rythme très lent (un petit par femelle et par an), évoluent dans plusieurs types d’habitats et réagissent mal à des modifications brusques de leur environnement. Un déclin massif des effectifs de toutes les espèces européennes de chauves-souris a été observé depuis le milieu du 20ème siècle. Il est dû principalement à la transformation et à la fragmentation de leurs habitats naturels, à l’intensification des pratiques agricoles et sylvicoles, à l’utilisation de pesticides (y compris pour les charpentes) et à des campagnes volontaires de destruction (EUROBATS). Les insecticides sont doublement nocifs pour les chauves-souris : non seulement ils réduisent la quantité de proies disponibles pour celles-ci mais ils ont aussi tendance à s’accumuler dans leur organisme ce qui peut conduire à les intoxiquer.

Les chauves-souris subissent malheureusement toujours de nombreuses pressions :

  • disparition ou modification des gîtes : rénovation et isolation des bâtiments ou des ponts, fermeture de l’entrée des gîtes souterrains, abattage des arbres à cavités, éclairage des monuments… ;
  • régression de la qualité des paysages et de la nature : disparition des haies, des talus boisés, des vergers ou encore de zones humides, morcèlement des habitats et ruptures de connexions qui ne permettent parfois plus aux espèces de se déplacer entre les zones qui présentent le plus grand intérêt écologique pour elles (voir Fragmentation des habitats naturels);
  • pollution lumineusequi entraîne des conséquences négatives tant sur les chauves-souris que sur de nombreuses autres espèces animales (voir Pollution lumineuse en Région de Bruxelles-Capitale) ;
  • dérangements durant l’hibernation ou la reproduction (notamment par les spéléologues) ;
  • utilisation de produits chimiques : traitement de charpentes, pesticides, antiparasitaires... ;
  • mortalité directe : prédation par le chat domestique, impact des éoliennes... ;
  • disparition des proies.

Bon à savoir

Des routes de vol

Le gîte où les chauves-souris se reposent la journée est parfois séparé de plusieurs kilomètres de leurs zones de chasse. Etant donné que la plupart des chauves-souris évitent les espaces ouverts (manque de points de repère nécessaires à l’écholocation), elles utilisent ce que l’on appelle des routes de vol pour se déplacer entre gites et zones de chasse. Ces routes, les mêmes utilisées toutes les nuits, longent des éléments linéaires du paysage tels que des alignements d’arbres et d’arbustes, des lisières forestières, des haies, etc. Le maintien des routes de vol par la préservation de ces éléments paysagers est donc essentiel pour les chauves-souris. Il est également intéressant pour d’autres animaux tels que les insectes ou les oiseaux. C’est pourquoi, même en milieu urbain, il est nécessaire de maintenir et développer le réseau écologique.

Des mesures en faveur des chauves-souris…

Dans la plupart des pays européens, les chauves-souris et leurs habitats sont désormais protégés par la législation. En Région de Bruxelles-Capitale, les chauves-souris - comme les autres mammifères indigènes -, sont protégées par l’ordonnance Nature ; elles bénéficient d’une protection stricte sur l’ensemble du territoire régional. Un certain nombre de mesures et actions régionales participent à la protection des chauves-souris : désignation de sites naturels protégés (voir ci-dessous), maintien de vieux arbres, aménagement de gîtes, limitation ou adaptation de l’éclairage nocturne, interdiction des pesticides dans les espaces publics, développement de lisières et de clairières, mise en place d’un réseau écologique, etc. Une protection efficace repose sur une protection tant des gîtes d’hibernation que des gîtes estivaux, des zones de chasse et des routes de vol.

… qui portent certains résultats 

Un vaste projet de monitoring des chauves-souris a été réalisé à l’échelle européenne. Dans ce cadre, les données relatives à 6000 sites d’hibernation couvrant 6 régions biogéographiques, 9 pays, une période de 6 à 26 années et 27 espèces de chauves-souris ont été analysées. Elles ont permis de dégager des tendances pour 16 espèces. L’étude, publiée par l’Agence européenne de l’environnement en 2013, fait état d’une augmentation de 43% des effectifs de chauves-souris au niveau de sites d’hibernation entre 1993 et 2011.  Neuf des espèces étudiées montrent une tendance européenne positive et une espèce montre un déclin significatif. Ces résultats encourageants doivent cependant être tempérés vu qu’ils portent sur un nombre limité d’espèces et de sites.

En France, selon le Plan national d’actions en faveur des chiroptèresOrdre de mammifères souvent nocturnes et insectivores, adaptés au vol grâce à des membranes alaires fixées entre leurs doigts, sur les flancs et parfois sur la queue, et appelés communément chauves-souris. 2016-2025 (publié en 2017) , certaines populations semblent être en augmentation tout en restant cependant loin des effectifs prévalant dans les années 1950-1960.  D’autres sont en revanche en déclin.

La présence de 6 espèces de chauves-souris rares a contribué à la désignation des zones Natura 2000 en Région bruxelloise

Le réseau Natura 2000 est un réseau européen de sites naturels ou semi-naturels qui font l’objet d’un statut spécial de protection en raison des habitats ou des espèces qui s’y trouvent. En Région bruxelloise, la désignation en 2015 et 2016 des trois zones spéciales de conservation Natura 2000 a été largement déterminée par la présence de 6 espèces rares (considérées d’intérêt communautaire) de chauves-souris (voir Sites semi-naturels et espaces verts protégés).

La détection, en 2017, au niveau du plateau Engeland, d’une espèce rare (le Murin à oreilles échancrées, Myotis emarginatus), a contribué à justifier une extension de 13 ha de cette zone Natura 2000 en 2019.

La Région bruxelloise, une référence européenne pour le monitoring des chauves-souris

Des recensements de chauves-souris sont régulièrement organisés en Région de Bruxelles-Capitale pour le compte de Bruxelles Environnement. La surveillance de l’état et des tendances des populations pour les différentes espèces de chauves-souris est imposée par la directive européenne Habitats (Natura 2000), l'Accord international sur la conservation des populations de chauve-souris européennes (développé dans le cadre de la Convention sur la conservation des espèces migratrices ou Convention de Bonn) ainsi que par l’ordonnance régionale du 1er mars 2012 concernant la conservation de la nature.  Les données sont aussi utilisées à des fins de gestion, notamment pour remettre des avis lors des procédures de permis. 

Le protocole de monitoring bruxellois a été mis en place en 2006 et a peu changé depuis (d’autres méthodes ont été testées sans s’avérer très probantes). Il s’appuie sur :

  • près de 400 points d’écoute en milieu aquatique;
  • une trentaine de transects en milieu forestier (un transect correspondant à 1 ligne de 20 points d’écoute).

L’activité de chasse des chauves-souris sur les étangs et plans d’eau ainsi que dans les massifs forestiers est mesurée à l’aide d’un détecteur d’ultrasons au niveau de ces points d’écoute.

Un tiers des points d’écoute et des transects sont inventoriés chaque année, à raison de 3 passages par an. Le nombre de « contacts » (détection d‘ultrasons émis par une chauve-souris) par point d’écoute est noté en distinguant les groupes taxonomiques des Pipistrelles (Pipistrellus sp.), des Murins (Myotis sp.) et des Sérotines/Noctules (Eptesicus sp. / Nyctalus sp.).

Un suivi des gîtes d’hiver est aussi organisé depuis 1982. Une quarantaine de sites hivernaux sont connus à Bruxelles. Depuis 2008, une vingtaine d’entre eux font l’objet d’un suivi annuel.

Pour répondre à des questions spécifiques, d’autres méthodes d’inventaire peuvent être utilisées : système d’enregistrement automatique, captures de chauve-souris (identification d’espèces rares, pose d’un émetteur), prospection de bâtiments, suivi des nichoirs, etc. Certains sites présentant un intérêt potentiel ou un enjeu particulier font l’objet d’inventaires supplémentaires.

La complémentarité des méthodes d’inventaires déployées permet un suivi plus ou moins précis de l’ensemble des espèces.

La Région de Bruxelles-Capitale constitue une référence à l’échelle européenne pour le monitoring par points d’écoute en milieu aquatique et par transects forestiers : un suivi aussi régulier sur une aussi longue période n’est pas connu dans d’autres régions. Il est rendu possible par l’investissement de très nombreux bénévoles.

Bon à savoir

L’écholocation

Dotée d’une assez bonne vue mais mal adaptée à la vision de nuit, les chauves-souris ont développé un autre système pour se diriger et chasser dans le noir : l’écholocation c’est-à-dire l’émission d’ultrasons dont l’écho leur permet de se repérer dans l’espace et de localiser leurs proies. Les impulsions sonores émises sont différentes selon le comportement de la chauve-souris (chasse, capture d’une proie, transit, etc.) et son espèce. Cette faculté des chiroptèresOrdre de mammifères souvent nocturnes et insectivores, adaptés au vol grâce à des membranes alaires fixées entre leurs doigts, sur les flancs et parfois sur la queue, et appelés communément chauves-souris. est utilisée pour leur recensement et étude : un détecteur d’ultrasons (ou batbox) permet de percevoir les ondes émises par les chauves-souris, de préciser leur comportement et, parfois, d’identifier les espèces.

Pour de plus amples informations concernant les méthodologies de monitoring et d’analyse des données, voir le rapport  « Analyse des données de monitoring et développement de critères pour l’état de conservation local des chiroptères en Région de Bruxelles-Capitale ».

Une Région particulièrement riche en espèces de chauves-souris

En 2018-2019, une étude a été réalisée pour rassembler, organiser et analyser les données de monitoring des chauves-souris réalisés depuis 40 ans en Région bruxelloise (Brabant et al., 2019).

Au total 20 espèces de chauves-souris sur les 24 espèces observées à ce jour en Belgique ont été recensées. Certaines de ces espèces n’ont néanmoins été que rarement observées à Bruxelles.  Par ailleurs, une espèce - la Barbastelle d’Europe (Barbastella barbastellus) -  est considérée comme probablement localement éteinte (la dernière observation date de la fin du 20ème siècle).

Cette grande diversité s’explique en partie par la présence de deux milieux qui présentent une faible pollution lumineuse :

  • la forêt de Soignes est surtout essentielle par son apport en cavités d’arbres, servant tant de gîtes d’été que de gîtes d’hiver. Les vieux arbres, en plus d’offrir un grand nombre de gîtes, sont très productifs en insectes. Les points d’eau en forêt sont les zones qui donnent lieu au plus grand nombre d’observations de chauves-souris en chasse.  Les clairières intra-forestières et les prairies de fonds de vallée sont aussi des lieux de gagnage importants pour les chauves-souris ;
  • le chapelet d’étangs dans le bassin de la Woluwe dont l’attractivité pour les chiroptèresOrdre de mammifères souvent nocturnes et insectivores, adaptés au vol grâce à des membranes alaires fixées entre leurs doigts, sur les flancs et parfois sur la queue, et appelés communément chauves-souris. est liée à l’émergence des insectes aquatiques qui y développent la plupart du temps leur stade larvaire. L’attrait des étangs est aussi très dépendant de la qualité et de la continuité des liaisons arborées avec les zones de gîtes de la forêt.

Le centre urbain, largement bâti mais ponctué de parcs, jardins et intérieurs d’ilots, apporte quant à lui un habitat intéressant pour les espèces anthropophiles, opportunistes et moins lucifuges telles que la pipistrelle commune (Pipistrellus) et la sérotine commune (Eptesicus serotinus). Le nombre d’espèces y reste cependant assez faible au regard de ce qu’on peut observer dans la forêt de Soignes par exemple.

Richesse spécifique en Chiroptères en Région de Bruxelles-Capitale (2001-2018)

Source : Brabant et al. 2019 
chauves-souris map

Globalement, les zones géographiques les plus intéressantes pour les chauves-souris sont celles qui entourent les étangs des Enfants Noyés, les abords du Rouge-Cloître, le plateau Engeland et le bois de la Cambre.

La Pipistrelle commune et la Sérotine commune, deux espèces anthropophiles présentes en Région bruxelloise (2001-2018)

Source : Bruxelles Environnement 2019

La Pipistrelle commune est de loin la chauve-souris la plus uniformément répandue et celle qui se rencontre dans la plus grande diversité de milieux. Elle a été contactée en forêt de Soignes, le long de ses lisières, dans les parcs, dans les quartiers résidentiels arborés, dans quelques avenues plantées de grands arbres, au-dessus d’étangs tant urbains que périurbains et, occasionnellement, dans le centre urbain. C’est la seule espèce bien représentée en dehors des espaces verts à haute valeur biologiqueValeur reconnue d'un site coté sur base d'une série de critères tels que : la présence d'éléments hydrologiques peu perturbés (sources), la diversité et la rareté des espèces locales de plantes et d'animaux, la présence d'espèces rares, la maturité des végétations (site irremplaçable sauf à très long terme, ex. une forêt séculaire), etc..  Des concentrations très importantes s’observent là où se conjugue présence d’arbres et de plans d’eau. La Pipistrelle commune est par ailleurs l’une des rares espèces européennes qui profite des éclairages urbains ou routiers pour chasser les insectes.

Pour chacune des espèces répertoriées, des cartes de répartition régionale ont été réalisées à l’exemple de celle reprise ci-dessous pour la Pipistrelle. Les données ont également été analysées en fonction de différentes variables disponibles sur base d’informations cartographiques (distance à la forêt, indice de luminosité et type d’habitats / occupation du sol, habitats Natura 2000, sites Natura 2000, âge et nature des peuplements, fragmentation du paysage).

Carte de répartition de la Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus) en Région bruxelloise

Source : Brabant et al. 2019

Les intérieurs d’îlots sont particulièrement importants pour la Pipistrelle commune qui utilise ces zones comme terrains de chasse en milieu densément bâti.

Une autre espèce courante est la Sérotine commune. Les observations sont néanmoins concentrées dans la partie sud est de la Région.

Bon à savoir

Sur les 16 espèces présentes en Région bruxelloise pour lesquelles un statut de conservation a pu être établi au niveau de la Région flamande (données suffisantes), 13 sont considérées comme (très) rares,(très) vulnérables, menacées ou probablement éteinte en Flandre.

Ceci montre, si besoin est, que les mesures de conservation prises en faveur des chiroptèresOrdre de mammifères souvent nocturnes et insectivores, adaptés au vol grâce à des membranes alaires fixées entre leurs doigts, sur les flancs et parfois sur la queue, et appelés communément chauves-souris. en Région bruxelloise sont  non seulement importantes pour la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore). régionale mais également à plus grande échelle.

Les chauves-souris du genre Pipistrellus progressent en nombre et en distribution

Les différentes analyses effectuées à partir des résultats des points d’écoute indiquent une augmentation des chauves-souris appartenant au genre Pipistrellus au cours de la période 2006-2017, en milieu forestier et aquatique, tant en nombre qu’en matière d’occupation spatiale. L’analyse par espèce suggère que cette augmentation serait nettement liée à la progression de la Pipistrelle commune en milieu forestier tandis qu’en milieu aquatique elle est liée à celle de l’ensemble des espèces de Pipistrelles.

Le nombre de chauves-souris du genre Myotis progresse en milieu forestier mais semble décliner en milieu aquatique

En milieu forestier, l’analyse des données effectuées à partir des résultats des points d’écoute révèle une augmentation des abondances des chauves-souris appartenant au genre Myotis. En milieu aquatique,  la seule tendance qui se dégage est un déclin en matière d’abondance à l’échelle de ce groupe.

Le nombre de chauves-souris du groupe Eptesicus/Nyctalus progresse en milieu forestier

Les données d’abondance montrent une nette augmentation du groupe Eptesicus/Nyctalus en milieu forestier. Trois taxons de ce groupe présentent une croissance significative : la Sérotine commune (Eptesicus serotinus), la Noctule de Leisler (Nyctalus leisleri) et le taxon qui regroupe Sérotines et Noctules de façon indéterminée (Eptesicus/Nyctalus sp.).  En milieu aquatique, l’analyse par espèce suggère une augmentation de trois taxons : la Sérotine commune,  la Noctule de Leisler (essentiellement en 2015 et 2016) ainsi que le taxon qui regroupe les Noctules de façon indéterminée (Nyctalus sp.).

65% des chauves-souris hibernent dans des conduits

Globalement, la diversité spécifique des chauves-souris dans les sites d’hiver est assez réduite en Région bruxelloise. Environ 65 % des chauves-souris y hibernent dans des conduits, c’est-à-dire des passages sous route ou sous voie de chemin de fer. L’importance de la prise en compte de ce type de site pour la protection des chauves-souris en période hivernale est donc essentielle.

Les données de suivi mettent en évidence l’impact de certaines mesures

Les transects forestiers montrent une augmentation du nombre de contacts et du nombre d’espèces pour un grand nombre de sites.

La présence des chauves-souris dans les forêts, ainsi que leurs activités, dépendent fortement de la manière dont les activités sylvicoles sont réalisées. La structure des forêts, leur âge, leurs essences, influent sur les ressources alimentaires présentes et les gîtes potentiels.  La méthode de gestion naturelle du milieu forestier bruxellois semble donc avoir un impact favorable sur la présence des chauves-souris (voir Patrimoine forestier de la forêt de Soignes bruxelloise).

Plusieurs points d’eau présentent une augmentation du nombre de contacts et du nombre d’espèces. A contrario, quelques sites liés aux milieux aquatiques présentent une diminution du nombre de contacts et du nombre d’espèces. Il semble que certains aménagements aient un impact négatif sur les chauves-souris (éclairage du site, nuisances sonores, coupe d’arbres), d’autres ont un impact positif (mise en assec des étangs, curage, creusement de mares, fossés et chenaux, etc.).

Les données récoltées montrent également que la présence d’espèces lucifuges de chauves-souris se situe en périphérie de la Région bruxelloise, dans les zones préservées de la pollution lumineuse. L’éclairage provoque ainsi un déséquilibre en favorisant localement les espèces tolérantes à la lumière, souvent plus communes, et en évinçant les intolérantes, souvent rares et menacées.

Un maillage étoilé pour favoriser les déplacements des chauves-souris et la biodiversité en général

Bon à savoir

La plupart des espèces de chauves-souris de nos régions, notamment les Rhinolophes (Rhinolophus spp) et les Murins (Myotis spp.), fuient la lumière (espèces lucifuges). Certaines peuvent ainsi être coupées d'une partie de leurs terrains de chasse par la simple illumination d'une route ou d'un chemin situés sur leur trajet habituel. De même, un terrain de chasse illuminé est abandonné. La lumière artificielle nocturne peut donc fragmenter des populations déjà souvent fragilisées. La Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrelus) et la Sérotine commune (Eptesicus serotinus), espèces moins lucifuges, viennent par contre chasser les insectes attirés par des points lumineux.  Ce n'est pas forcément une bonne chose car les insectes attirés vers la lumière quittent les endroits non éclairés, privant ainsi les espèces lucifuges de la quantité de nourriture habituelle. Des études ont aussi démontré que les colonies de chauves-souris dont les accès sont éclairés sortent plus tard que lorsque ces mêmes accès ne sont pas éclairés. Ce retard peut obliger les chauves-souris à voler plus longtemps pour attraper la même quantité de proies car c'est en tout début de nuit qu'il y a le plus d'insectes disponibles.

Plus généralement, l’éclairage public nocturne déséquilibre les cycles d’exposition à la lumière avec des conséquences néfastes sur la faune, la flore et les écosystèmes ainsi que des effets suspectés ou avérés sur la santé humaine (pour plus d'informations, voir fiche documentée Pollution lumineuse en Région de Bruxelles-Capitale).

Comme dans toutes les villes, la pollution lumineuse est omniprésente sur le territoire régional. Compte tenu de ses impacts environnementaux (écosystèmes, consommation énergétique et émissions de gaz à effet de serreGaz qui absorbe une partie des rayons solaires en les redistribuant sous la forme de radiations, qui rencontrent d'autres molécules de gaz, répétant ainsi le processus et créant l'effet de serre, d'où augmentation de la chaleur. Les principaux gaz à effet de serre dont la principale origine est liée à des activités humaines, sont le gaz carbonique (CO2), le méthane (CH4) et l'ozone troposphérique (O3). associées), patrimoniaux (absence de ciel étoilé) et, potentiellement, sur la santé humaine, de plus en plus de villes commencent à intégrer la pollution lumineuse dans leurs décisions urbanistiques. Le Plan lumière régional, revu en 2017, fait état de l’impact de l’éclairage public sur les biotopes. Si ce plan prévoit certaines mesures pour réduire l’impact environnemental des éclairages publics (diminution ou extinction de tout éclairage inutile, orientation des lumières vers le bas, choix des longueurs d’onde et des appareils, etc.), celles-ci sont toutefois insuffisantes par rapport aux enjeux relatifs à la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore). nocturne, notamment à celle des insectes. Des réflexions pour la mise en place d’un maillage étoilé en Région bruxelloise sont en cours et devraient permettre à terme de renforcer la prise en compte de la nature dans l’éclairage public.

Le maillage étoilé - également appelé trame sombre ou trame noire – consiste en une continuité obscure visant à préserver ou recréer un réseau écologique propice à la vie nocturne. Pour les chauves-souris, elle  permettrait de diminuer l’isolement d’ilots naturels sombres et de créer des corridors vers les zones naturelles suffisamment grandes pour qu’elles puissent y chasser. Des aménagements au niveau du canal et de la Senne - qui constituent un corridor de migration naturel - devraient également être envisagés.

Notons que la récente « Stratégie pour les insectes pollinisateurs et auxiliaires en Région de Bruxelles-Capitale 2023-2030 »  a notamment pour objectif  de « Formaliser une série de recommandations et prescriptions techniques visant à réduire les incidences négatives de l’éclairage nocturne sur la faune et la flore, tout en veillant aux différentes contraintes et attentes sociétales (sécurité, accessibilité, etc.) ».

Des informations complémentaires concernant la réflexion en cours sur le maillage étoilé, sur la gestion de la pollution lumineuse dans les espaces verts gérés par Bruxelles Environnement ainsi que sur des exemples bruxellois de réalisation d’éclairage public tenant compte de la biodiversité nocturne figurent dans la fiche documentée consacrée à la Pollution lumineuse en Région de Bruxelles-Capitale.

A télécharger

Fiches documentées

  • n°1. Les Mammifères en Région bruxelloise, 2021 (.pdf)
  • n°24. La pollution lumineuse en Région de Bruxelles-Capitale, 2022 (.pdf)
  • n°26. Les chauves-souris en Région de Bruxelles-Capitale, 2022 (.pdf)

Fiches de l’Etat de l’Environnement

  • Les Mammifères en Région bruxelloise, 2021
  • Fragmentation des habitats naturels, 2022
  • Sites semi-naturels et espaces verts protégés, 2023
  • Patrimoine forestier de la forêt de Soignes bruxelloise, 2021
  • Qualité biologique des principaux cours d'eau et étangs, 2022

Autres publications de Bruxelles Environnement

  • Les chauves-souris – Connaître et protéger, 2019 (.pdf)
  • Rapport sur l’état de la nature en Région de Bruxelles-Capitale, 2012 (.pdf)

Etudes et rapports

  • ADRIAENS P. 2020. “ Actualisatie van de monitoringstrategie voor de evaluatie van de natuur in het Brussels Hoofdstedelijk Gewest.” Corridor cvba, étude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement, Nazareth, 38 p. (en néerlandais uniquement)
  • AGENCE EUROPEENNE DE L’ENVIRONNEMENT 2013. “European bat population trends – A prototype biodiversity indicator”, EEA Technical report n°196/2013 (en anglais uniquement) (.pdf)
  • BRABANT C., NYSSEN P., WEISERBS A. & SAN MARTIN G., 2019. “Analyse des données de monitoring et développement de critères pour l’état de conservation local des Chiroptères en Région de Bruxelles-Capitale”, étude effectuée par Natagora à la demande de Bruxelles environnement
  • CONSEILLERS BIODIVERSITE DES CHAMBRES D’AGRICULTURE DE LA REGION CENTRE VAL DE LOIRE. « Les chauves-souris, des insectivores opportunistes », flash biodiversité n°8
  • DELORMEAU C. 2020.  « Lumière…sur la nuit bruxelloise », Natagora website
  • REPUBLIQUE FRANCAISE - MINISTERE DE L’ENVIRONNEMENT, DE L’ENERGIE ET DE LA MER 2017. «  Plan national d’actions en faveur des Chiroptères 2016-2025 »
  • REPUBLIQUE FRANCAISE – SITE INTERNET INRAE. « Chauve-souris soit, qui mal y pense ? »
  • Sow A., Seye D., Faye E., Benoit L., Galan M., Haran J., Brévault T. 2020. “Birds and bats contribute to natural regulation of the millet head miner in tree-crop agroforestry systems” in Crop Protection, 132:105127, 8 p. (enkel in het Engels)
  • Vercayie D., Paquet A., Feys S., Willems W. & PaquET J-Y. 2020. « Zoogdierenatlas van het Brussels Gewest. 2001-2017 », rapport Natuurpunt Studie 2017/39 réalisé pour le compte de Bruxelles Environnement, Mechelen.

Plans et programmes

  • Plan régional nature 2016-2020 en Région de Bruxelles-Capitale, 2016 (.pdf)
  • Stratégie pour les insectes pollinisateurs et auxiliaires en Région de Bruxelles-Capitale 2023-2030, 2022 (.pdf)

Liens utiles

  • Plecotus Natagora
  • Natuurpunt Vleermuizen
  • Biodiversité Wallonie

Le chevreuil en Région bruxelloise

Focus - Actualisation : août 2026

La forêt de Soignes abrite une population de chevreuils dont la subsistance s’avère précaire. Après une baisse des effectifs entre 2014 et 2022, la population semble se stabiliser à un niveau nettement inférieur. Deux facteurs majeurs expliqueraient cette évolution. D’une part, la pression récréative croissante qui réduit l’espace vital des chevreuils, perturbe leur rythme d’activité (broutage) et engendre du stress et d’importantes dépenses énergétiques lors de la fuite. D’autre part, les chiens divagants sont directement à l’origine d’une mortalité importante de ces cervidés.

Une espèce surtout présente en forêt de Soignes… mais pas uniquement

Avec le sanglier, discrètement présent en forêt de Soignes bruxelloise, le chevreuil est le dernier grand mammifère herbivore sauvage vivant encore dans la Région (des réintroductions ont cependant été effectuées au 19ème siècle).

Le chevreuil est une espèce vivant en forêt et dans les bosquets mais qui a besoin d’espaces dégagés. On la trouve principalement à la transition entre différents biotopes (lisières, prairies avec bosquets, etc.). A Bruxelles, l’espèce est principalement présente en forêt de Soignes avec des densités très variables selon les secteurs. Depuis 2001, des observations ont également été faites dans d’autres espaces semi-naturels comme dans le nord-ouest autour de Jette-Ganshoren ou à Neerpede (Anderlecht).

En tant qu’herbivore, le chevreuil contribue au contrôle de la végétation au sein de son écosystèmeC'est l'ensemble des êtres vivants (faune et flore) et des éléments non vivants (eau, air, matières solides), aux nombreuses interactions, d'un milieu naturel (forêt, champ, etc.). L'écosystème se caractérise essentiellement par des relations d'ordre bio-physico-chimique. par broutage de jeunes arbres. Il participe ainsi à l’entretien de zones de clairières ou de milieux semi-ouverts mais peut parfois aussi contrecarrer les efforts de reboisement en allant s’alimenter dans les jeunes plantations. Comme pour d’autres animaux, son piétinement permet l’enfouissement dans le sol des graines ou, au contraire, de mettre à jour d’autres graines.

Pour en savoir plus sur l’écologie du chevreuil

Le chevreuil (Capreolus capreolus) fait partie de la famille des Cervidés et de l’ordre des Artiodactyles (c’est-à-dire qu’il marche sur 2 doigts porteurs à chaque patte). C’est une espèce vivant en forêt et dans les bosquets, que l'on trouve principalement à la transition entre différents biotopes (lisières, prairies avec bosquets, etc.). En raison de leur grande flexibilité dans le choix de leur nourriture, les chevreuils peuvent se trouver dans des biotopes variés, à condition d'y trouver suffisamment d’abris (taillis, ronciers, broussailles, fourrés de jeunes résineux, fougères, etc.). Comme aliments, ils préfèrent les parties de plantes contenant beaucoup de protéines et d'hydrates de carbone et peu de cellulose. C’est pourquoi, ils apprécient particulièrement les bourgeons, les jeunes rameaux et les jeunes feuilles.

La plupart du temps, les chevreuils vivent en solitaire. Pendant les mois d'hiver, il arrive toutefois que des groupes de chevreuils vivent ensemble. Pendant la saison du rut, les mâles (brocarts) délimitent leur territoire et ne tolèrent pas d'autres mâles, ces territoires pouvant atteindre plusieurs dizaines d'hectares. Il y a souvent un chevauchement entre les domaines vitaux des femelles ou chevrettes (par exemple entre une mère et ses filles). Les chevreuils sont principalement actifs la nuit et au crépuscule.

La période de rut dure de mi-juillet à mi-août. Les 1 à 3 petits par chevrette naissent au printemps, avec un pic de naissance vers le 1er juin. Les faons sont vulnérables. Ils sont souvent couchés au sol pour échapper aux dangers. Leur pelage leur permet de passer inaperçu des prédateurs. Les jeunes animaux sont chassés par leur mère après leur premier hiver mais reviennent souvent à l'automne pour ne quitter définitivement leur territoire qu'au cours de leur deuxième année. Dans nos régions, seuls les renards forment un ennemi naturel pour les jeunes chevreuils. Le trafic et la chasse sont les principales causes de mortalité de l'espèce en Belgique. En Région de Bruxelles-Capitale, la chasse est interdite depuis 1991. Les chiens non tenus en laisse constituent également une source de mortalité, en particulier en Région bruxelloise où les espaces forestiers sont fortement fréquentés.

Plus d’information sur le chevreuil est disponible sur le site Renature piloté par Bruxelles Environnement.

En Région bruxelloise, les chevreuils sont principalement présents en forêt de Soignes

Source : bru.observations.be 08/2026, observations juin 2021-juin 2026 (137 individus dans 55 carrés-km)
Répartition chevreuil Bruxelles

Une collaboration des 3 Régions pour suivre les populations de chevreuils

Un programme de surveillance des populations de chevreuils dans le massif sonien est mené conjointement par les trois Régions depuis 2008.

La méthode de suivi utilisée est celle de l’Indice Kilométrique d’Abondance (IKA) qui permet d’évaluer les tendances évolutives de la population de chevreuils sans pour autant en déterminer la densité exacte.

Chaque année des circuits prédéfinis de 3 à 5 km sont parcourus à pied, simultanément et selon un protocole stricte, par le personnel forestier et par des volontaires entraînés. Depuis 2009, les comptages ont lieu à quatre reprises le matin durant un mois donné, le long de 24 parcours qui, mis bout à bout, mesurent 116,7 km (118,4 jusqu’en 2022 et 25 parcours en 2008). 467 km sont ainsi normalement parcourus tous les ans pour y dénombrer les chevreuils dans l’ensemble du massif.

24 parcours sont suivis chaque année pour caractériser l’évolution des populations de chevreuils en forêt de Soignes

Source : Bruxelles Environnement 2019
Plan : Parcours IKA

Le nombre total de chevreuils observés est ensuite divisé par le nombre de kilomètres parcourus et traduit en indice kilométrique (nombre de chevreuils observés par kilomètre). Cette valeur, statistiquement significative compte tenu du protocole utilisé, est comparable d’une année à l’autre. Elle sert à détecter les variations de population (croissance, stabilité ou régression) et permet aux gestionnaires forestiers d’intervenir si nécessaire.

Une population de chevreuils qui semble se stabiliser après une baisse significative

Durant la période 2008-2013, la population de chevreuils était globalement estimée à au moins 150 individus répartis sur les 5.000 hectares du massif sonien, soit, en moyenne, à plus de 3 individus par 100 hectares (ou km2) (HUYSENTRUYT et al., 2016). Cette faible densité est à mettre en relation avec, le milieu « hêtraie cathédraleForêt de hêtres ou riche en hêtres qui ne laissent filtrer que très peu de lumière, à la façon des vitraux d'une cathédrale. » fortement représenté (forêt équienne, monospécifique, pauvre en ressources nutritives pour le chevreuil). D’autres facteurs présentés ci-dessous peuvent également être invoqués.

Après une diminution des effectifs de chevreuils, un nouvel état d’équilibre semble avoir été atteint

Source : Pallemaerts L. et al. 2025
Graphe : Effectif chevreuils

Les résultats observés en 2025 confirment une stabilisation de la population à un niveau nettement inférieur à celui de la période avant 2014. De 2008 à 2013, l’indice kilométrique a été stable et le nombre de chevreuils observés par kilomètre était d’environ 1,1. Au cours de la deuxième période, la moyenne annuelle était de 0,6 chevreuil par kilomètre (hors année 2020, non représentative). Il semble qu’après une période de baisse, un nouvel état d’équilibre ait été atteint. Une légère augmentation paraît se dessiner mais celle-ci devra être confirmée au cours des prochaines campagnes de suivi.

Lors d’une même campagne, le nombre d’observations peut varier considérablement entre les différentes sessions de comptage

Source : Pallemaerts L. et al. 2025
Graphique : Lors d’une même campagne, le nombre d’observations peut varier considérablement entre les différentes sessions de comptage

Lire le texte de transcription

Le faible nombre d’observations en 2014, 2015, 2016, 2017 et 2023 résulte probablement des conditions météorologiques (brouillard, averses intenses ou neige).

Entre la période 2008-2013 et la période 2016-2025, l’IK moyen a diminué pour pratiquement tous les parcours

Source : Pallemaerts L. et al. 2025
Graphique : tre la période 2008-2013 et la période 2016-2025, l’IK moyen a diminué pour pratiquement tous les parcours

Si l’on calcule l’IK moyen pour chaque parcours pour les périodes 2008-2013 (avant la chute des effectifs de chevreuils) et 2016‐2025 (après), on observe une diminution des observations de chevreuils pour 20 des 24 parcours. Pour 9 parcours, les intervalles de confiance à 95% des IK moyens des deux périodes ne se chevauchent pas, ce qui suggère une diminution marquée de l’IK moyen depuis la période 2008-2013 sur ces parcours. Le graphique ci-dessous met également en évidence l’inégale répartition des densités de chevreuils selon les secteurs considérés.

Différentes hypothèses envisagées pour expliquer le déclin des effectifs

Partant de l’hypothèse que l’abondante régénérationEn sylviculture, opération consistant à remplacer un peuplement mûr soit par voie naturelle, soit par voie artificielle. naturelle du hêtre observée en forêt de Soignes depuis 2005 pourrait être à l’origine d’une moindre détectabilité des animaux lors des recensements (fermeture du couvert forestier), le suivi des chevreuils a été complété à partir de 2018 par une évaluation de la visibilité des parcours. Cette analyse complémentaire a montré que la baisse de l’IKA observée depuis 2014 ne pouvait pas s'expliquer principalement par une réduction de la détectabilité des animaux. En effet, les mesures de distance ont mis en évidence une distance moyenne de détection stable, sans tendance à la baisse qui aurait indiqué une dégradation progressive de la visibilité.

Les scientifiques ont conclu que la diminution des observations est très probablement liée à un réel déclin des populations de chevreuils en forêt de Soignes.

D’autres hypothèses ont dès lors été envisagées par les chercheurs et gestionnaires pour expliquer cette évolution (Vanwijnsberghe S. 2023 & Pallemaerts L. et al. 2023):

  • Mortalité liée au trafic routier : cette hypothèse est peu probable vu la pose, dans le cadre du projet Life+OZON (2013-2018), d’une clôture le long de l’autoroute E411 et du Ring 0 et son efficacité avérée (Feys S. et al. 2020).
     
  • Braconnage :  cette cause n’apparaît pas décisive.
     
  • Prédation par le sanglier
    La faible population de sangliers qui circule pour l’instant en forêt de Soignes ne peut être mise en cause dans la diminution de la population sonienne de chevreuils. Cette population est en effet 25 fois inférieure à celle observée dans les forêts gaumaises où les effectifs de chevreuils sont pourtant d’une densité comparable à celle de la forêt sonienne (Globen C., 2023).
     
  • Prédation par le renard (principalement sur les faons)
    Cette hypothèse parait aussi peu plausible dans la mesure où la densité de renards est légèrement plus faible en forêt de Soignes que dans les forêts gaumaises.
     
  • Mortalité liée aux maladies
    Quelques cadavres ont fait l’objet d’une autopsie sans révéler de problème particulier. L’autopsie systématique des animaux trouvés morts est une mesure à mettre en place pour mieux connaître ce facteur de risque.
     
  • Baisse de l’immigration et/ou hausse de l’émigration
    Le massif sonien comprend la forêt de Soignes ainsi que différents sites privés ou publics attenants qui présentent des milieux propices à l’accueil du chevreuil (massifs boisés, prairies et lisières). Les chevreuils peuvent se déplacer au sein de ce massif pour privilégier des zones qui leur sont plus favorables. Vanwijnsberghe S. (2023) mentionne ainsi l’installation de 3-4 chevreuils en 2010 dans le domaine privé d’Argenteuil à la faveur d’ouverture dans la clôture. Cette population s’est depuis étendue dans ce domaine où ils bénéficient de quiétude. Par ailleurs, selon le même auteur, de grands sites privés attenants à la forêt de Soignes – comme l’école internationale de Boitsfort – ont récemment été clôturées pour des raisons de sécurité. Les petites populations de chevreuils qui y sont présentes se retrouvent dès lors isolées et ne participent plus au mélange de sang nécessaire à la bonne santé de la population de chevreuils. Cette évolution pose la question de la taille minimale d’une population de chevreuils qui est nécessaire pour éviter le risque d’effondrement génétique de cette population.

    Un autre exemple intéressant d’extension d’une population de chevreuils est l’installation, en 2015, d’un petit groupe de chevreuils au niveau de la vallée du Molenbeek. Celle-ci a été rendue possible par des aménagements réalisés en-dessous du ring.

…mais la pression récréative et les chiens divagants semblent être les principales causes de ce déclin

En tant que forêt périrubaine, la forêt de Soignes est fortement fréquentée par des promeneurs, avec ou sans chiens, des joggeurs, des cyclistes... Le réseau de chemins y est également particulièrement dense et de nombreux chemins sauvages sont régulièrement crées et empruntés par les récréants (voir focus Activités récréatives et biodiversité en forêt de Soignes et autres sites Natura 2000).

Cette fréquentation intense, en particulier celle qui se produit en dehors des chemins officiels, couplée au problème des chiens non tenus en laisse (environ 4 chiens sur 10 en zones où la laisse est obligatoire), engendre un dérangement de la faune sauvage qui a besoin de quiétude pour sa subsistance. Des dérangements répétitifs occasionnent en effet d’importantes dépenses d’énergie, du stress et ont un impact avéré sur les périodes d’alimentation.

A cet égard, une étude récente (Globen C. 2023) a révélé que le comportement du chevreuil sonien diffère de celui d’une population de référence, de densité similaire, qui n’est pas soumise à la pression du public (chevreuils vivant dans les forêts gaumaises lesquelles ont été interdites au public pendant la crise de la peste porcine africaine en 2019). En Gaume, l’activité du chevreuil se déroule principalement, comme attendu, autour de l’aube et du crépuscule. En revanche, en raison d’une forte présence humaine, le chevreuil sonien décale et raccourcit ses périodes d’alimentation et il développe un comportement nocturne. Comme le résume Vanwijnsberghe S. (2023), « (…) les périodes durant lesquelles le chevreuil est actif en forêt de Soignes sont restreintes. Ceci conduit à une difficulté pour le chevreuil à se nourrir, l’obligeant à être moins sélectif dans le choix de ses sites d’alimentation et à être plus bref lors de ses prises alimentaires. Le régime alimentaire du chevreuil est connu pour être très sélectif. S’il ne peut accéder aux ressources les plus riches et digestes, cela peut engendrer une déperdition de la masse corporelle et, en cas extrême, cela peut conduire à une réduction de la fertilité pouvant mener à terme à l’effondrement de la population elle-même. (…) En période d’allaitement, la perte de poids peut aussi se révéler impactante pour la chevrette qui ne peut, dès lors, subvenir aux besoins nutritionnels de son faon ».

On constate par ailleurs que dans des sites très fréquentés par le public comme le Bois de la Cambre et le parc de Tervueren, le chevreuil est absent malgré un milieu qui lui est propice (Vanwijnsberghe S. 2023).

Les chiens errants et ceux non tenus en laisse et/ou non maitrisés sont aussi une menace pour les chevreuils. En forêt de Soignes bruxelloise, en l’espace de 4 ans (2019-2022), au moins 32 chevreuils sont morts suite à des attaques de canidés.

La fragilité de la population de chevreuils impose le maintien du public sur les chemins et la tenue des chiens en laisse

Compte tenu de ces résultats il importe de poursuivre l’étude de l’état des populations de chevreuils en forêt de Soignes en faisant appel à d’autres informations et données que celles apportées par l’IKA (pièges photographiques et comptages nocturnes avec caméras thermiques permettant d’étudier différentes espèces, données de tir des chevreuil chassés aux alentours du massif sonien, etc.).

Depuis novembre 2024, 40 pièges photographiques ont été implémentés en forêt de Soignes. Ce type de monitoring permet de générer, à terme, de nombreux enseignements et peut apporter des compléments d’informations utiles pour interpréter les résultats fournis par la méthode de l’IK (par ex. nombre de petits par femelle, tendance quant à la présence et dispersion de renards et sangliers, présence humaine et de chiens divagants ou non, etc.). Les premiers résultats devraient être disponibles fin 2026. Les gestionnaires forestiers maintiennent par ailleurs leur vigilance par rapport au phénomène en croissance de prédation par les chiens, à l’état de santé des chevreuils ou encore, aux signes d’un possible braconnage de la population de cervidés.

Le cas du chevreuil illustre également l’importance de redonner à la faune sauvage les conditions de quiétude nécessaire à sa subsistance. Ceci implique de n’autoriser la circulation du public que sur les chemins et d’obliger la tenue des chiens en laisse, excepté dans des zones limitées, à définir, situées à proximité des portes d’accueil de la forêt.

Des aménagements pour améliorer la connectivité au sein du massif sonien

Dans le cadre de la collaboration interrégionale, les Régions œuvrent à remédier au morcellement de la forêt en aménageant des reconnexions (écoponts, écobuses, ponts suspendus…). Deux écoponts ont déjà été aménagés. L’un au niveau de la partie bruxelloise au-dessus de la ligne 161 (dans le cadre des compensations au projet de développement du RER), l’autre au niveau de la partie flamande dans le cadre du projet européen Life+ OZON au-dessus du Ring 0. Ces aménagements améliorent la connectivité au sein du massif sonien - et donc augmente le domaine vital des populations animales concernées - et diminue la mortalité de la faune liée aux accidents routiers.

Bon à savoir

Une étude menée en 2019-2020 par la Région flamande a évalué l’impact de 3 dispositifs de reconnexion de la forêt de Soignes. Il en ressort notamment que l’écopont au niveau du Ring est fréquemment utilisée par la faune, dont en particulier renards et chevreuils (Natuurpunt 2020). En outre, le nombre de victimes de la route a également diminué grâce aux barrières aménagées le long du ring. D’autres projets de reconnexion sont actuellement à l’étude ou planifiés.

A télécharger

Fiches documentées

  • Les mammifères en Région de Bruxelles-Capitale, 2020 (.pdf)

Fiches de l’Etat de l’Environnement

  • Focus : Les mammifères en Région bruxelloise, 2021
  • Focus : Fragmentation des habitats naturels, 2022

Autres publications de Bruxelles Environnement

  • Les mammifères en Région de Bruxelles-Capitale, folder (.pdf)
  • Info-fiche : Le chevreuil (.pdf)
  • Carte « Fragmentation des espaces verts », 2008

Etudes et rapport

  • ANONYME 2014. « La biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore). en Wallonie – Evolution des populations – Grand gibier ». Accessed 28/05/2020 (cette page web n’est plus accessible)
  • BRUXELLES ENVIRONNEMENT 2020. "Zoogdierenatlas van het Brussels Hoofdstedelijk Gewest", non publié.
  • FEYS S., BOERS K., JACOBS M., LAMBRECHTS J., LEFEVRE A., STEEMAN R., VANORMELINGEN P., VAN DE POEL S., WILLEMS W. 2020. “Monitoring van drie ontsnipperende maatregelen in het Zoniënwoud”, Natuurpunt Studie i.o.v. Vlaamse Overheid, Departement Omgeving, Mechelen, België, 261 p (.pdf)
  • GLOBEN C. 2023. “Étude de l’impact du dérangement humain sur une population de chevreuils (Capreolus careolus L.) en forêt de Soignes »,  travail de fin d’étude. Promoteur : A. Licoppe (DEMNA) ; co-promoteur : S. Vanwijnsberghe (Bruxelles Environnement). ULiège, Gembloux Agro-Bio Tech, 45 p. (.pdf)
  • HUYSENTRUYT F., VERCAMMEN J., MALENGREAUX C., LICOPPE A. , CASAER J. 2016. « Mission d’appui pour le recensement du chevreuil dans le massif sonien. Rapport annuel. Période de référence: 2008-2016 », Wildlife and Man, ANB, SPW, BE-IBGE, 34pp. (.pdf)
  • MALENGREAUX C., CASAER J. 2008. « Mission d’appui pour la mise en place d’un recensement chevreuil dans le massif sonien », étude effectuée par Wildlife & Man en partenariat avec l’INBO à la demande de Bruxelles Environnement (RBC), Agentschap Natuur & Bos (Rfl) et SPW (RW), 41 pp. (.pdf)
  • NATUURPUNT 2020. « Van dwergspitsmuis tot wild zwijn: deze soorten profiteren van faunapassages in Zoniënwoud”, in Natuurbericht, juni 2020. (en néerlandais uniquement)
  • PALLEMAERTS L., BOONE N. , DEVISSCHER S., HUYSENTRUYT F., LICOPPE A., MALENGREAUX C., VERCAMMEN J., CASAER J.  2025. « Mission d’appui pour le recensement du chevreuil dans le massif sonien. Rapport annuel ‐ Période de référence 2008‐2025 », Rapports de l’Institut de Recherche sur la Nature et les Forêts (INBO) 2025, Bruxelles. (.pdf)
  • SPW – DIRECTION DE L’ETAT ENVIRONNEMENTAL 2017. « Rapport sur l’état de l’environnement wallon 2017 », 365 pp. (.pdf)
  • VANWIJNSBERGHE S. 2023 "Impact du public sur le chevreuil en forêt de Soignes", tiré à part du Forêt.Nature n°166 (p. 38-52), janvier-février-mars 2023.

Plans et programmes

  • Plan régional nature 2016-2020 en Région de Bruxelles-Capitale, 2016 (.pdf)
  • Plan de gestion de la forêt de Soignes bruxelloise, Livre I - Etat des connaissances, 2019 (.pdf)
  • Plan de gestion de la forêt de Soignes bruxelloise, Livre II - Objectifs et mesures de gestion, 2019 (.pdf)

Les Amphibiens et Reptiles en Région bruxelloise

Focus - Actualisation : janvier 2022

Le premier atlas des Amphibiens et Reptiles (2005) a fait le constat d’un déclin généralisé des espèces indigènes : six espèces auparavant présentes (sur 14) n’avaient pas pu être observées et étaient considérées comme localement éteintes. Le second atlas, réalisé une dizaine d’années plus tard, confirme ce constat, puisque, à une exception près, aucune de ces espèces n’a pu être retrouvée, et ce, malgré une augmentation importante des connaissances. Le phénomène de l’installation d’espèces exotiques ou d’espèces venant du sud de la Belgique, déjà mis en évidence dans le premier atlas, s’est encore amplifié. Par rapport au premier atlas, le nombre d’espèces d’Amphibiens observées par km2 a plus que doublé et de nouveaux sites intéressants ont été identifiés.

Des espèces menacées

Les Amphibiens présents sous nos latitudes sont les grenouilles, crapauds, tritons et salamandres. L’eau est cruciale pour ces espèces car leurs œufs sont dépourvus de coquille et les jeunes larves qui en sortent vivent exclusivement dans l’eau où se déroule leur métamorphose. Les Amphibiens adultes mènent en général une vie surtout terrestre dans des milieux frais et abrités et sont aquatiques au moment de la reproduction.
Ces espèces sont très vulnérables du fait qu’elles dépendent de conditions écologiques variées, en particulier de la présence de milieux aquatiques et terrestres adéquats et proches, voire très proches, l’un de l’autre. Les populations d'Amphibiens connaissent une régression dramatique partout dans le monde en raison notamment de la pollution, de la diffusion de maladies infectieuses (mycoses) et de la raréfaction et fragmentation de leur habitat.
Les Amphibiens jouent pourtant un rôle écologique important dans nos écosystèmes notamment parce qu’ils constituent un maillon important de la chaine alimentaire en tant que prédateurs et/ou proies.

Bon à savoir

Les Amphibiens n’ont pas besoin de boire car l’eau est absorbée directement par leur peau.

En vertu de l ‘ordonnance Nature, toutes les espèces européennes d'Amphibiens et Reptiles sont protégées sur tout le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale.

Un nouvel atlas des Amphibiens et Reptiles réalisé avec l’appui des citoyens

Dans le cadre du programme d’information et de surveillance de la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore). bruxelloise, un premier atlas des Amphibiens et Reptiles portant sur la période 1984-2003 a été réalisé. Au cours des années suivantes, les populations de Grenouilles vertes et de Salamandres terrestres ont fait l’objet d’études spécifiques. 
Fin 2016, Bruxelles Environnement a lancé un nouveau grand recensement des Amphibiens et Reptiles sauvages, en collaboration avec les associations naturalistes Natagora et Natuurpunt. Ce projet s’est déroulé sur une période de 3 ans (entre 2016 et 2019) mais a intégré l’ensemble des données collectées entre janvier 2004 et septembre 2019.
L’élaboration de ce nouvel atlas s’est appuyée sur la participation de volontaires qui, en communiquant leurs observations, ont contribué dans une grande mesure à la constitution de la base de données  (projet de « sciences citoyennes » ou « citizen science », voir fiche documentée sur les Mammifères et « Collecte de données sur la biodiversité bruxelloise par les citoyens –crowdsourcing »).   Différentes actions ont été menées afin de mobiliser et former ces volontaires (page Internet, formations, guides techniques, etc.). Les participants ont été invités à encoder leurs observations et photographies sur le site d’encodage en ligne « Observations.be ». Ces données ont été ensuite validées par plusieurs experts.  
De plus amples informations concernant la méthodologie d’inventaire figurent dans la fiche documentée consacrée aux Amphibiens et Reptiles de la Région bruxelloise ainsi que dans l’atlas .
Les espèces exotiques telles que les tortues, introduites délibérément ou non (animaux échappés de captivité) sur le territoire régional, ont également été prises en compte dans l’inventaire si leur présence dans la nature a été constatée durablement, qu’elles s’y reproduisent ou non.
Concernant la problématique des introductions, les auteurs de l’atlas ont distingué :

  • Les espèces indigènes dont la présence dans la Région bruxelloise est le résultat de processus naturels, sans intervention humaine. 
  • Les espèces néo-indigènes qui sont des espèces introduites, délibérément ou non, mais qui sont présentes naturellement au maximum à quelques dizaines de km de Bruxelles. Les espèces éteintes à l’état indigène mais qui sont présentes sur le territoire concerné sous forme de populations introduites non officiellement peuvent rentrer dans cette catégorie. 
  • Les espèces exotiques qui sont des espèces introduites, délibérément ou non, et dont l’aire d'origine est distincte et éloignée de la Région bruxelloise.

8 espèces indigènes ou néo-indigènes d’Amphibiens ont été observées et 4 espèces sont considérées éteintes en Région bruxelloise

Sur les 12 espèces d’Amphibiens historiquement présentes en Région bruxelloise, 8 sont encore actuellement présentes dont l’une (Alyte accoucheur) sous forme de populations réintroduites (espèce néo-indigène). Les populations de Crapauds calamites, Tritons crêtés, Grenouilles de Lessona et Rainettes vertes ont disparu depuis plus de 30 ans et sont considérées comme régionalement éteintes.  Notons que si la présence historique des Crapauds calamites, Tritons crêtés et Rainettes vertes en Région bruxelloise est bien établie, il subsiste un doute quant à celle de la Grenouille de Lessona. 
Le tableau ci-dessous reprend les espèces d’Amphibiens indigènes et exotiques observées en Région bruxelloise ainsi que leur statut.

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L’atlas des Amphibiens et Reptiles reprend pour chaque espèce inventoriée une fiche descriptive incluant la répartition de l’espèce, son habitat, son abondance et les mesures de gestion nécessaires pour assurer sa conservation.  Le lecteur peut aussi se reporter aux info-fiches disponibles dans la bibliothèque en ligne.  

Le Crapaud commun et la Grenouille rousse sont les espèces d’Amphibiens les plus souvent observées et les plus répandues

Le Crapaud commun et la Grenouille rousse sont les espèces d’Amphibiens les plus souvent observées au cours de la période 2004-2019. Elles sont suivies par les tritons alpestres et ponctués. En termes de nombre de carrés kilométriques où la présence des espèces a été renseignée, la Grenouille rousse arrive en tête avec 103 carrés (sur un total de 200 carrés couvrant totalement ou en partie la région), suivie par le Crapaud commun (91) ainsi que par les Tritons alpestre (81) et ponctué (56). 
La Salamandre terrestre et la Grenouille verte sont des espèces très rares en Région bruxelloise. Les populations de Salamandres sont exclusivement localisées en forêt de Soignes, dans les parties supérieures des vallons du Vuylbeek et du Karregat, où elles forment une population isolée.   Leur densité est faible par rapport à d’autres populations de Flandre (Van Doorn, 2020 ). La présence de la salamandre en forêt de Soignes est connue depuis plus d’un siècle mais les observations de l’espèce resteront très rares au cours du 20ème siècle. 

Une moyenne de 2,3 espèces d’Amphibiens par carré kilométrique recensées pour la période 2004-2019, soit plus du double que lors de l’atlas précédent

La carte ci-dessous illustre le nombre d’espèces d’Amphibiens observées par carré kilométrique au cours de la période 2004-2019 :

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Des Amphibiens ont été trouvés dans 70% des carrés kilométriques. Bien que le nombre d’observations par carrés diminue vers le cœur de la ville, des Amphibiens sont aussi présents dans le centre très bâti. Il s’agit d’espèces indigènes (souvent introduites dans le centre-ville) et d’espèces exotiques (Grenouilles rieuses au sens large). 
Les carrés kilométriques les plus riches de la Région (jusqu’à 8 espèces) sont situés en périphérie et correspondent aux étangs et cours d’eau du Rouge cloître, du Geleytsbeek, du Neerpedebeek et du Molenbeek (avec entre autres, le marais de Jette et Ganshoren). D’autres sites se révèlent également très riches notamment le long de la vallée de la Woluwe et de ses affluents, le long du Vogelzangbeek, dans le Domaine Royal ou encore à Neder-Over-Hembeek au-delà de l’hôpital militaire et dans le vallon du Tweebeek.  
Par rapport au précédent atlas, on constate une augmentation importante du nombre d’espèces d’Amphibiens renseignées par carré kilométrique. Alors qu’en moyenne une espèce par carré était renseignée pour la période 1984-2003, une moyenne de 2,3 espèces par carré est renseignée pour la période 2004-2019. 
Les découvertes les plus notables concernent : 

  • toute la partie nord de la Région : notamment Neder-Over-Heembeek et vallon du Tweebeek (marécages, zones humides…), Laeken, Jette (parc Roi Baudouin), Molenbeek (Scheutbos) ; 
  • l’extrême ouest : tout l’ouest de la commune d’Anderlecht mais aussi le parc du Bempt à Forest; 
  • le tiers sud-est du territoire : différents secteurs de la forêt de Soignes et ses abords, le parc du Bergoje, le parc de Woluwe,… 
  • quelques carrés du centre-ville qui abritent des sites qui n’avaient pas été prospectés lors du premier atlas tel que le parc Josaphat et le parc du Botanique. 

Si cette amélioration s’explique par des efforts de prospection supérieurs lors du second atlas, elle est certainement aussi partiellement liée aux actions menées au niveau régional pour restaurer des milieux plus naturels, notamment via le programme de maillage bleuProgramme mis en place depuis 1999 par la Région de Bruxelles-Capitale pour remettre en valeur l'eau et les zones humides sur son territoire. Le programme se décline en plusieurs objectifs : 1) séparer les eaux usées des eaux propres, afin de limiter l'apport d'eau aux stations d'épuration ; 2) restaurer certains éléments du réseau hydrographique de la Région ; 3) réaménager des tronçons de rivières, des étangs et des zones humides, pour leur rendre toute leur valeur biologique, et leur faire éventuellement bénéficier de mesures spéciales de protection ; 4) assurer la fonction paysagère et récréative de ces sites. (voir fiche documentée sur le sujet) ainsi qu’à l’amélioration globale de la qualité des eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.).

La  Grenouille rieuse : une espèce exotique dont la présence a fortement progressé en Région bruxelloise 

Le groupe des Grenouilles « vertes » et « rieuses » (genre Pelophylax) est composé de plusieurs taxons dont certains sont susceptibles de s’hybrider entre eux. La Grenouille verte (Pelophylax kl. esculentus) est ainsi un hybride entre la Grenouille de Lessona (Pelophylax lessonae) et la Grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus). Les deux premières sont indigènes en Belgique, contrairement à la troisième. Leur détermination peut être délicate en raison de la similitude entre certains de ces taxons et du fait de variations au sein d’un même taxon. A ces problèmes de détermination, s’ajoute celui des introductions : le groupe des « Grenouilles rieuses » comprend en fait plusieurs espèces, toutes exotiques, dont plusieurs ont été signalées à Bruxelles et dont la détermination n’est pas aisée sur le terrain. Au moins deux de ces espèces, la Grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus) et la Grenouille rieuse d’Anatolie (Pelophylax cf. bedriagae), sont présentes avec certitude sur le territoire régional. 
Au cours de la période couverte par le second atlas, des grenouilles du genre Pelophylax ont été signalées à plusieurs endroits à Bruxelles. Dans la majorité des cas, l’examen des photos a montré qu’il s’agissait de Grenouilles rieuses. Néanmoins, pour la période 2004-2019, la présence de Grenouilles vertes a pu être validée au niveau de deux sites (marais de Jette-Ganshoren et sud d’Anderlecht). Il s’agit d’une bonne nouvelle puisque cette espèce n’avait pas pu être recensée lors du précédent atlas et était considérée comme avoir disparu localement (les dernières observations ayant été faites dans les années ‘90 au Moeraske et dans certains étangs de Boitsfort).  Selon les auteurs de l’atlas actuel, il est néanmoins très vraisemblable que les individus observés soient issus de populations indigènes passées inaperçues lors du précédent atlas. 
Les Grenouilles rieuses comptent actuellement parmi les Amphibiens les plus répandus à Bruxelles et sont les seuls Amphibiens non-indigènes pour lesquels la naturalisation est établie dans la Région. Elles constituent aussi le groupe d’espèces qui, parmi les Amphibiens et Reptiles, connait la plus forte progression entre les deux atlas. Avant 2004, les Grenouilles rieuses avaient été observées dans 13 carrés kilométriques. Depuis lors, elles ont été répertoriées dans 46 carrés kilométriques couvrant plusieurs communes. Cette augmentation du nombre de sites connus est certainement due en partie à une meilleure connaissance de la répartition mais il est également vraisemblable que les Grenouilles rieuses, dont les premières mentions à Bruxelles remontent seulement à 1992, aient colonisé certains secteurs de la ville au cours des dernières années.
La Grenouille rieuse figure dans la liste des espèces invasives de l’Ordonnance nature. Les craintes liées à sa présence dans nos écosystèmes sont dues à son caractère invasif (plusieurs pontes par an, importante capacité de dispersion, espèce pionnière, taille plus importante que les grenouilles vertes indigènes, sortie hâtive d’hibernation… ) mais aussi au fait que cette espèce est capable de s’hybrider avec les Grenouilles vertes indigènes avec le risque d’un remplacement du génome des Grenouilles vertes locales par celui des Grenouilles rieuses. L’impact de ces grenouilles exotiques sur la faune indigène est cependant peu connu.

4 espèces indigènes ou néo-indigènes de Reptiles ont été observées

La Région bruxelloise compte 2 espèces indigènes de reptiles :  l’Orvet fragile et le Lézard vivipare. Ces espèces sont peu répandues et localisées principalement en forêt de Soignes ainsi que sur quelques autres sites.  
Le Lézard des murailles et la Couleuvre à collier, présents actuellement dans la Région,  sont considérés comme des espèces néo-indigènes dans la mesure où leur aire de répartition naturelle se situe au sud du Sillon Sambre-et-Meuse. Depuis les années 1990, des populations de Lézards des murailles introduites se répandent au nord de ce sillon, le plus souvent le long des voies de chemin de fer. On trouve désormais cette espèce dans toute la Flandre et dans le nord de la Wallonie. En Région bruxelloise, la présence de ce lézard est attestée dans les principales zones ferroviaires et industrielles de la Région qui offrent un habitat lui convenant (présence de milieux ouverts, terrain secs avec présence de pierres, etc.).  Notons que le Lézard des murailles est une espèce qui, en vertu du droit européen (directive Habitats), doit faire l’objet d’une protection stricte et qui, à ce titre, fait l’objet d’un suivi spécifique (voir focus Etat local de conservation des espèces couvertes par les directives "Habitats" et "Oiseaux" )
Une seule population de Couleuvres à collier est présente à Bruxelles, dans les marais de Jette-Ganshoren et ses abords. Cette population introduite est totalement isolée, les populations connues les plus proches, également introduites, étant situées à environ 40 km.
Le tableau ci-dessous reprend les espèces de Reptiles indigènes et exotiques observés en Région bruxelloise ainsi que leur statut. 

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Différentes espèces de tortues résultant d’introduction sont présentes dans la Région et font l’objet de nombreuses observations. Avec de l’ordre de 600 observations sur la période 2004-2019, la Tortue de Floride est ainsi le reptile le plus répandu à Bruxelles.  Cette espèce est aujourd’hui présente dans de nombreuses zones humides et étangs bruxellois, y compris en lisière de forêt de Soignes. 
Dans les premières années de leur vie, les Tortues de Floride sont de voraces carnivores se nourrissant d’organismes aquatiques. Les adultes sont surtout végétariens mais peuvent également s’attaquer à des poissons, des amphibiens et des poussins d’oiseaux d’eau. Les dégâts que leur présence occasionne dans les milieux biologiquement riches peuvent donc s’avérer problématiques. Le climat prévalant en Région bruxelloise n’est pas (encore) assez chaud pour permettre la réussite de la reproduction mais des cas de reproduction de tortues aquatiques d’Amérique du Nord ont déjà été constatés en France notamment.
Pour plus d’informations concernant la problématique des espèces invasives (y compris des tortues exotiques), voir le sujet « Espèces exotiques envahissantes » de la rubrique « Environnement : état des lieux » du site de Bruxelles Environnement.

Des espèces indigènes d’Amphibiens dont la disparition se confirme 

Le premier atlas des Amphibiens et Reptiles faisait le constat d’un déclin généralisé des espèces indigènes. En particulier six espèces indigènes historiquement signalées dans la capitale étaient considérées comme éteintes. Le présent atlas confirme ce constat, puisque, à une exception près (la grenouille verte), aucune des espèces considérée comme éteinte n’a pu être retrouvée, et ce, malgré une augmentation importante des connaissances au cours des 15-20 dernières années.

Et des espèces néo-indigènes ou exotiques de plus en plus nombreuses

Le phénomène de l’installation récente d’espèces étrangères à la faune bruxelloise, déjà mis en évidence dans le premier atlas, s’est récemment amplifié. Il concerne, d’une part, l’apparition récente d’espèces néo-indigènes ainsi que, d’autre part, la multiplication et l’expansion d’espèces exotiques, en particulier de diverses tortues aquatiques non naturalisées ainsi que des Grenouilles rieuses et d’Anatolie. 

Des mesures de gestion en faveur des Amphibiens et Reptiles à poursuivre et renforcer

La Région bruxelloise subit la même tendance que d’autres régions d’Europe occidentale : une diminution des populations, tant pour les espèces fortement menacées que pour les espèces plus communes. La raréfaction et la fragmentation des habitats adéquats aquatiques et terrestres, par assèchement ou voûtement, sont les principales causes historiques de cette régression. L’urbanisation croissante, dont la construction intense et une voirie de plus en plus dense, menace aujourd’hui les habitats des Amphibiens et Reptiles. Raison pour laquelle des mesures sont prises afin de protéger et de restaurer les habitats : remise à ciel ouvert de cours d’eau voûtés, aménagement de mares, restauration de zones humides dégradées, réalisation de berges écologiques, reconnexion des zones humides entre elles, retrait des poissons de certains plans d’eau, le maintien de clairières favorables aux Reptiles en forêt, réalisation de crapauducs (encore rares) ou encore, mesures spécifiques en faveur de certaines espèces comme la Salamandre terrestre. Par ailleurs, en période de migration, des associations de protection de la nature organisent des opérations de sauvetage des Amphibiens sur les routes.

À télécharger

Fiches documentées

  • 05. Les Amphibiens et Reptiles en Région bruxelloise (.pdf) (2022)
  • 18. Etat local de conservation des espèces des directives habitats et oiseaux en Région Bruxelloise (.pdf) (2018)

Fiches de l’Etat de l’Environnement

  • Focus : Les Amphibiens et Reptiles en Région bruxelloise (2021) (.pdf)

Autres publications de Bruxelles Environnement

  • Rapport sur l’état de la nature en Région de Bruxelles-capitale (2012) (.pdf)
  • Identification des espèces : Amphibiens et Reptiles en Région de Bruxelles-Capitale (.pdf)
  • Le Lézard des murailles (info fiche-biodiversité) (.pdf)
  • Le Lézard vivipare (info fiche-biodiversité) (.pdf)
  • La Grenouille verte (info fiche-biodiversité) (.pdf)
  • La Grenouille rousse  (info fiche-biodiversité) (.pdf)
  • L’Alyte accoucheur (info fiche-biodiversité) (.pdf)
  • La Couleuvre à collier  (info fiche-biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore).) (.pdf)
  • Le Crapaud commun  (info fiche-biodiversité) (.pdf)
  • La Grenouille rieuse européenne (info fiche-biodiversité) (.pdf)
  • L’Orvet (info fiche-biodiversité) (.pdf)
  • La Salamandre tachetée (info fiche-biodiversité) (.pdf)
  • Le Triton alpestre (info fiche-biodiversité) (.pdf)
  • Le Triton palmé (info fiche-biodiversité) (.pdf)
  • Le Triton ponctué (info fiche-biodiversité) (.pdf)

Etudes et rapports

  • GRAITSON E, PAQUET A. & VERBELEN D. 2022 « Atlas des Amphibiens et Reptiles de la Région de Bruxelles-Capitale », rapport effectué par Natagora,  Natuurpunt à la demande et avec Bruxelles Environnement (.pdf)
  • JOORIS R. 2007 « Inventarisaite amfibieën en reptielen in het Brussels Hoofdstedelijk Gewest", Natuurpunt (.pdf) (uniquement en néerlandais)
  • VAN DOORN L. 2020. « The Fire Salamander in the Brussels-Capital Region", monitoring Report 2020
  • VAN DOORN L & WELLEKENS B. 2017. « The Fire Salamander in the Brussels-Capital Region - Present and Future", Monitoring Report 2009-2017 
  • VERBELEN D. & GRAITSON E., 2017. « Handleiding inventarisatie Amfibieën en Reptielen in het Brussels Hoofdstedelijk Gewest", Natuurpunt & Natagora 
  • WEISERBS A. & JACOB J.-P. 2005. « Amphibiens et Reptiles de la Région de Bruxelles-Capitale - Atlas 2005», Aves & Institut Bruxellois pour la Gestion de l’Environnement 

Plans et programmes

  • Plan régional nature 2016-2020 en Région de Bruxelles-Capitale, 2016 (.pdf)

Liens utiles

  • Bruxelles Environnement, Reptiles et Amphibiens

Les poissons en Région bruxelloise

Focus – Actualisation : août 2024

28 espèces différentes ont été répertoriées dans la Senne, le Canal et la vallée de la Woluwe depuis 2004. 11 de ces espèces sont exotiques et parfois considérées comme invasives. Parmi les tendances encourageantes, épinglons le retour d’une quinzaine d’espèces de poissons dans la Senne bruxelloise depuis 2016, y compris d’espèces écologiquement exigeantes (bouvière, anguille, etc.). Le suivi met aussi en évidence des points faibles :  absence de certaines espèces de référence et trop faible présence d’espèces migratrices entre autres. Le nombre croissant d’espèces exotiques, dont certaines sont invasives, est aussi préoccupant. L’amélioration de l’état des populations piscicoles nécessite la poursuite des efforts sur plusieurs fronts : réduction des rejets polluants (notamment lors d’épisodes de fortes pluies), amélioration de l’hydromorphologie, lutte contre les espèces invasives, etc.

28 espèces répertoriées dans les eaux bruxelloises

Afin de répondre aux obligations de suivi et d’évaluation de la qualité biologique des cours d’eau imposées par la directive-cadre eau (ou DCE), Bruxelles Environnement effectue tous les 3 ans (depuis 2004) des recensements des espèces de poissons présentes dans ses principaux cours d’eau.

Les six campagnes d’échantillonnage réalisées depuis 2004 ont permis de répertorier 28 espèces de poissons dans la Senne, le Canal et la vallée de la Woluwe. Certaines de ces espèces n’ont cependant fait l’objet que d’un nombre très réduit d’observations.

28 espèces de poissons répertoriés dans les eaux bruxelloises

Les communautés de poissons naturellement présentes en Région bruxelloise sont celles des eaux calmes dites cyprinicoles : brèmes, carpes, brochets, perches, anguilles, gardons, bouvières, tanches, sandres, épinoches, etc. Ces eaux sont caractéristiques des cours d’eau de plaine, à vitesse lente ou modérée. Le lecteur intéressé peut se référer au poster disponible en ligne reprenant la liste et l’illustration des espèces de poissons de la Région bruxelloise ainsi que les eaux de surface où elles sont présentes. Ces espèces sont dans l’ensemble très prolifiques et résistent bien à la pression de pêche (Région wallonne 2023). Les eaux salmonicoles, plus vives, ne se rencontrent pas dans la Région. Différentes espèces non caractéristiques des eaux cyprinicoles sont néanmoins présentes dans les cours d’eau et plans d’eau bruxellois, notamment du fait des activités de pêche.

Parmi les espèces de poissons observées, on compte :

  • 17 espèces indigènes
  • 11 espèces non indigènes dont la plupart sont naturalisées (par exemple, la Carpe commune).

Deux de ces espèces exotiques figurent sur la liste européenne des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union européenne : la Perche soleil et le Goujon asiatique. Si l’on s’en réfère à la liste établie par le Forum belge sur les espèces invasives, 4 autres espèces présentes en Région bruxelloise doivent également être considérées comme des espèces invasives à savoir : le Gobie à taches noires, le sandre, la gibèle ou carassin argenté et le poisson-chat américain (observé très ponctuellement lors d’une campagne) (voir aussi indicateur sur les espèces exotiques envahissantes).

16 espèces observées dans la Senne en 2022

En 2004, lors de la première campagne d’évaluation de la qualité biologique des cours d’eau, la qualité de la Senne (teneur en oxygène notamment) ne permettait pas d‘accueillir une vie piscicole si bien qu’aucun échantillonnage des poissons n’y a été effectué. Si des échantillonnages ont bien été effectués lors des 2 campagnes suivantes (2007 et 2013), seul un poisson a pu être inventorié en 2013.

Cette situation contraste fortement avec les plus de 200 poissons appartenant à 15 espèces différentes qui y ont été pêchés lors des échantillonnages effectués en 2016. En 2019 et en 2022 ce sont respectivement 9 et 16 espèces qui ont été recensées. Cette progression est avant tout à mettre en relation avec les efforts réalisés en matière d’épuration des eaux uséesL'épuration des eaux usées est l'élimination des déchets organiques et chimiques de l'eau jusqu'à un point permettant à la vie biologique dans les rivières, les lacs et les mers de ne pas subir les conséquences du déversement des ces eaux usées purifiées. et ce, tant en amont de Bruxelles qu’au niveau régional (voir indicateur sur l’épuration des eaux usées)

Comment est mesuré l’indice de qualité biologique « poissons » ?

Le calcul de l’indice biologique poissons s’appuie sur l’examen des populations de poissons présentes dans les cours d’eau et étangs. Il se base sur de nombreux paramètres assortis de valeurs de référence spécifiques à chaque cours d’eau et qui concernent :

  • la composition: diversité en espèces, composition trophique (proportion de poissons piscivores, omnivores, etc.), présence de certaines espèces révélatrices de la qualité du cours d’eau (par ex. l’anguille pour la Senne), présence d’espèces migratrices, etc.
  • l’abondance: nombre, biomasseEnsemble des végétaux et des animaux, ainsi que des déchets organiques qui leur sont associés. La biomasse végétale provient de la photosynthèse et constitue une source d'énergie renouvelable.
  • la structure des âges des communautés

Le score de l’indice de qualité reflète l’écart entre la situation observée et une situation de référence. Celle-ci est déterminée selon différentes méthodes : construction d’un réseau de référence comportant des emplacements représentatifs d’un très bon état de qualité écologique, modèle, jugement d’experts ou combinaison de ces diverses méthodes

Les recherches effectuées dans le cadre de l’évaluation de l’état de la qualité biologique des cours d’eau bruxellois ont permis d’établir une liste comptant 17 espèces de poissons historiquement présentes dans la Senne lorsque celle-ci n’était pas ou que peu perturbée par les activités humaines.

En 2022, 10 de ces espèces de référence étaient présentes dans la Senne (7 en 2019, 11 en 2016). Certaines espèces échantillonnées sont écologiquement exigeantes comme par exemple la bouvière, la loche franche et le chevaine.

Bon à savoir

L’anguille européenne, espèce couramment observée, figure sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature au titre d’espèce en danger critique d’extinction au niveau mondial.

Anguille européenne

Si la Senne affiche désormais généralement un bon score pour la diversité spécifique (nombre d’espèces et équilibre entre les espèces), les scores pour les autres paramètres s’avèrent par contre généralement faibles (1 ou 2 sur une échelle de 4). De ce fait, malgré les nets progrès réalisés concernant la vie piscicole présente dans la Senne, le score de l’indice associé aux poissons reste « mauvais » ou, au mieux, « médiocre » aux deux points d’échantillonnage de ce cours d’eau situés à l’entrée et à la sortie du territoire (voir indicateur sur la qualité biologique des principaux cours d’eau et étangs).

La gestion de la qualité piscicole de la Senne fait face à de nombreux défis

Les principaux freins à l’amélioration de la qualité piscicole de la Senne sont :

  • lors de fortes pluies, les rejets des déversoirs d’orage et de la « filière temps de pluie » des deux stations d’épuration régionales et qui entraînent notamment des chutes des taux d’oxygène dans la Senne (voir indicateur sur l’épuration des eaux usées) ;
  • lors de périodes de canicules et sécheresses, la réduction des débits (déjà faibles pour la Senne) et l’augmentation des températures, qui aggravent la pollution de l’eau et diminuent les concentrations en oxygène dissous (à cet égard, la sécheresseLa sécheresse est un phénomène naturel où la disponibilité de l'eau diminue en raison du manque de précipitations, ce qui - à terme - peut engendrer une pénurie d’eau. A ne pas confondre avec ‘vague de chaleur’ et ‘canicule’ même si celles-ci ont un impact sur les disponibilités en eau (augmentation de la demande). qui a prévalu en 2019 constitue un facteur explicatif majeur de la détérioration de l’état de la faune piscicole constatée cette année) (voir indicateur sur la qualité physico-chimique des eaux de surface) ;
  • ses profonds bouleversements hydromorphologiques (berges en grande partie bétonnées, voûtement sur deux tiers de son parcours bruxellois, présence d’un ouvrage infranchissable pour les poissons) (voir focus sur l’état hydromorphologique).

Plusieurs espèces exotiques invasives sont également présentes. C’est notamment le cas du crabe chinois (Eriocheir sinensis), espèce qui figure sur la liste européenne des espèces invasives. Celui-ci impacte la flore et la faune locale en creusant les berges et troublant l’eau, en piétinant et mangeant les plantes aquatiques mais aussi des petits invertébrés, des larves, des œufs de poissons. Il est déjà largement présent en Flandre où il représente une menace pour les écosystèmes aquatiques.

Canal : présence importante d’espèces exotiques invasives

Le nombre d’espèces de poissons inventoriées dans le Canal oscille entre 11 et 15 selon les campagnes.   L’indice de qualité biologique associé aux poissons ne montre pas de tendance claire au cours du temps et reste compris entre « mauvais » (2004 et 2016 aux deux points de mesure), « médiocre » (2007, 2019, 2022) et « moyen » (2013).  De manière générale, on observe que le score de l’indice est quelque peu meilleur à l’entrée du canal à Bruxelles qu’à sa sortie.

La composition faunistique du Canal est fortement perturbée par la dominance d’espèces exotiques invasives, ce qui est souvent le cas dans les voies navigables. L’inventaire de 2022, tout comme ceux de 2019 et 2016, a notamment relevé un grand nombre de gobies à taches noires, espèce de poissons observée à Bruxelles pour la première fois en 2013 et qui semble depuis se propager rapidement. Parmi les invertébrés, des crabes chinois et, dans une moindre mesure, des écrevisses probablement américaines ont aussi été recensées. Ces espèces sont connues pour exercer une pression sur les macro-invertébrés mais aussi sur les œufs et petits poissons (prédation, compétition alimentaire). Toutes les espèces d’écrevisses exotiques constituent par ailleurs une menace pour les écrevisses indigènes.

D’autres freins au développement de la vie aquatique dans le canal sont identifiés dont la constante remise en suspension des sédiments et les vagues liées à la navigation, les berges souvent bétonnées et abruptes ou encore, l’insuffisante qualité physico-chimique de l’eau. Pour pallier le manque de végétation, des radeaux végétalisés avec des abris sous eau qui favorisent la reproduction des poissons et des invertébrés aquatiques ont été testés par le Port de Bruxelles. Suite au bilan positif, l’expérience a été étendue (voir indicateur sur la qualité biologique des principaux cours d’eau et étangs).

Woluwe et Roodkloosterbeek : la forte artificialisation, un frein pour les poissons

Au niveau de la Woluwe, échantillonnée à la sortie du territoire régional, le score de l’indice associé aux poissons s’est révélé médiocre à toutes les campagnes de mesure sauf en 2019 et 2004 où il était moyen. Le nombre d’espèces observées oscille entre 5 et 10 selon les années. La faiblesse de l’indice est notamment liée à l’absence de plusieurs espèces de référence et d’espèces migratrices.

Ce score médiocre s’explique en grande partie par l’état hydromorphologique dégradé de la Woluwe et, en particulier, par la présence de 28 ouvrages (e.a. vannes au niveau des étangs) empêchant ou freinant la libre circulation des poissons notamment en vue de la reproduction (voir focus sur l’état hydromorphologique des cours d’eau).

Un point positif est à noter, à savoir, le fait que les espèces dominantes en termes de densité sont des espèces nécessitant des niveaux élevés d'oxygène, telles que la bouvière - espèce protégée qui se maintient d’années en années - et le goujon.

Le Roodkloosterbeek, affluent de la Woluwe, présente depuis la première campagne de monitoring un indice de qualité biologique médiocre en ce qui concerne les poissons. Ce score peu élevé s’explique par différents paramètres : faible diversité spécifique (très large prédominance du Goujon), déséquilibre de la structure d’âge et absence d’espèces de référence représentatives d’une bonne santé écologique du milieu. L’hydromorphologie détériorée du Roodkloosterbeek (ombrage, tracé rectiligne, berges artificielles, obstacles transversaux) apparait comme le frein principal au développement des plantes aquatiques et des poissons. Le ruissellement d’eaux provenant de l’autoroute E411 et du ring impacte peut-être également la qualité des eaux de ce cours d’eau avec un effet sur la vie piscicole.

En 2019 et 2022, 2 des 3 étangs suivis présentent une qualité médiocre à mauvaise vis-à-vis des poissons. L’étang long du parc de la Woluwe a vu son stock de poissons considérablement s’améliorer et affiche un indice de qualité moyen en 2022.

Des écrevisses exotiques en grand nombre dans des étangs de la vallée de la Woluwe

L’écrevisse américaine (Orconectes limosus), espèce figurant sur la liste européenne des espèces exotiques envahissantes préoccupantes, et l’écrevisse à pattes grêles (Pontastacus leptodactylus) sont très abondantes dans certains étangs de la vallée de la Woluwe. Les premières observations rapportées datent de 2008 (observations.be – Life Riparias et monitoring de la qualité biologique des cours d’eau et étangs bruxellois). La présence de ces écrevisses exerce un impact sur la végétation (consommation directe et diminution de la transparence de l’eau) mais aussi sur certaines espèces de la petite faune aquatique (voir indicateur sur la qualité biologique des principaux cours d’eau et étangs).

D’autres espèces invasives, dont des tortues de Floride (Trachemys scripta), sont ponctuellement observées (voir indicateur sur les espèces exotiques envahissantes).

Bon à savoir

Le projet LIFE RIPARIAS (2021-2026) vise à optimiser la gestion de certaines espèces exotiques envahissantes en Belgique. Il est coordonné par Bruxelles Environnement, en collaboration avec 10 partenaires issus des 3 régions du pays et provenant d’organismes publics ainsi que des secteurs académique et associatif.

Il cible plusieurs espèces de plantes et d’écrevisses présentes en bordure de rivières et dans les étangs en se focalisant sur une zone pilote interrégionale incluant les bassins versants de la Dyle, de la Senne (y compris donc la Woluwe, affluent de la Senne) et de la Marcq.

La bouvière, espèce protégée, présente dans la Woluwe mais aussi dans le Canal et la Senne

Inféodé aux zones d’eau stagnante ou à courant lent, ce petit poisson est de plus en plus rare en Belgique.

Bon à savoir

La bouvière (Rhodeus sericeus) bénéficie d’un statut de protection particulier en raison de son inscription à l’annexe II de la directive Habitat reprenant les espèces dites d’intérêt communautaire (espèces en danger, vulnérables, rares ou endémiques). C’est notamment la présence de cette espèce qui a permis de désigner la vallée de la Woluwe comme zone spéciale de conservation Natura 2000.

La protection de la bouvière passe par différentes mesures telles que :

  • l’amélioration de la qualité des eaux (bonne oxygénation et diminution de la pollution qui impacte les proies de la bouvière) ;
  • la préservation de son habitat : noues, bras morts de cours d’eau et d’étangs, etc. ;
  • le maintien de moules d’eau douce (anodontes), très sensibles à la pollution, qui sont indispensables à sa reproduction.

Pour plus d’information concernant la bouvière, cliquez ici.

Bouvière

Au niveau de la Woluwe, la bouvière est, avec le goujon, l’espèce la plus représentée en termes d’effectifs. Cette espèce est généralement également bien présente dans l’étang long du parc de la Woluwe et, dans une moindre mesure, dans l’étang de Boitsfort.

Par ailleurs, les campagnes d’échantillonnage de 2013, 2016 et 2022 ont mis en évidence la présence de la bouvière dans le Canal. Au niveau de la Senne, l’espèce y a été observée en 2016 (entrée de la Senne sur le territoire bruxellois) et 2022 (entrée et sortie de la Senne).

En tant qu’espèce protégée par la directive Habitat, l’état des populations de bouvières fait l’objet d’une évaluation. Selon la dernière en date, réalisée en 2016, l’état de conservation était :

  • Favorable pour les populations de bouvières présentes au niveau de la Woluwe et des étangs malgré le fait que certains critères relatifs à la qualité de l’habitat n’étaient pas satisfaits ;
  • Défavorable pour les populations de bouvières de la Senne et du Canal, probablement en raison de la trop faible qualité de l’eau et de l’hydromorphologie de ces cours d’eau (berges artificielles, voûtement de la Senne, etc.).

Pour plus d’information concernant l’évaluation de l’état local de conservation des espèces des directives habitats et oiseaux en Région bruxelloise, cliquez ici.

De nombreuses mesures de gestion concourent à améliorer les conditions de vie de la faune piscicole

L’état de la faune piscicole est fortement lié à une bonne qualité de l’eau (voir Qualité physico-chimique des eaux de surface et Qualité chimique des eaux de surface) et, notamment, à une teneur suffisante en oxygène dissous. L’amélioration de la qualité des eaux de surfaceOn fait habituellement la distinction entre l’eau de mer et les eaux intérieures, lesquelles sont à leur tour subdivisées en eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface font référence à l’eau qui coule ou stagne à la surface de la terre. Elles comprennent l’eau des lacs, des rivières et des plans d’eau (étangs, bassins artificiels, mares, etc.) passe par diverses mesures telles que la prévention des rejets (eaux de ruissellement polluées, rejets illicites, surverses des déversoirs d’orage…), le curage des cours d’eau et étangs (boues contaminées) et l’épuration des eaux résiduaires.

D’autres mesures concourent également à fortement améliorer la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore). des cours d’eau : suppression des barrières physiques à la migration de la faune aquatique, gestion naturelle et revégétalisation des berges, création d’habitats naturels diversifiés favorables aux communautés aquatiques ou encore, contrôle des populations de poissons (charge et espèces).

Ces dernières années, des progrès importants ont été réalisés en matière d’épuration des eaux résiduaires ce qui s’est traduit par une amélioration globale très importante de la qualité physico-chimique générale de l’eau de la Senne. En parallèle, la Région met progressivement en œuvre, depuis plus de deux décennies, le programme de maillage bleuProgramme mis en place depuis 1999 par la Région de Bruxelles-Capitale pour remettre en valeur l'eau et les zones humides sur son territoire. Le programme se décline en plusieurs objectifs : 1) séparer les eaux usées des eaux propres, afin de limiter l'apport d'eau aux stations d'épuration ; 2) restaurer certains éléments du réseau hydrographique de la Région ; 3) réaménager des tronçons de rivières, des étangs et des zones humides, pour leur rendre toute leur valeur biologique, et leur faire éventuellement bénéficier de mesures spéciales de protection ; 4) assurer la fonction paysagère et récréative de ces sites. (voir fiche documentée Maillage bleu).  Certaines de ces réalisations s’inscrivent dans le cadre du projet interrégional Belini soutenu financièrement par le programme Life de la Commission européenne.  Ce projet réalise un ensemble de mesures visant à améliorer la qualité de la Senne, de la Dyle et du Demer (bassin hydrographique de l’Escaut), notamment en ce qui concerne leur attractivité pour les poissons.

Des interventions plus légères sont également exécutées de manière récurrente comme par exemple la gestion active des niveaux d’eau, l’enlèvement d’embâcles et déchets, la limitation de l’ombrage et des chutes de feuilles, le nettoyage du lit des cours d’eau, la gestion de la végétation, etc.  Le recours à l’assèchement temporaire partiel ou total des étangs est aussi une pratique courante sur les étangs bruxellois. Celui-ci permet de réduire l’envasement (par minéralisation des vases), de contrôler la population piscicole (pour plus d’information sur les opérations de « biomanipulation », voir fiche documentée Les poissons en Région bruxelloise) ainsi que le développement des plantes aquatiques.

La pêche est autorisée dans le canal et dans certains étangs moyennant la possession d’un permis et des autorisations requises ainsi que le respect de la réglementation. Celle-ci, en cours de révision, vise notamment à assurer que la pêche soit compatible avec d’autres activités et n’entrave pas les possibilités d’atteinte des objectifs écologiques fixés pour les différents cours d’eau et étangs.

À télécharger

Fiches documentées

  • Les poissons en Région de Bruxelles-Capitale, 2024 (.pdf)
  • Qualité écologique des cours d'eau et étangs bruxellois, 2022 (.pdf)
  • Etat local de conservation des espèces des directives habitats et oiseaux en Région bruxelloise, 2018
  • Cours d’eau et étangs bruxellois, 2017 (.pdf)

Fiches de l’Etat de l’Environnement

  • Qualité biologique des principaux cours d’eau et étangs
  • Etat hydromorphologique des cours d’eau bruxellois
  • Espèces exotiques envahissantes

Autres publications de Bruxelles Environnement

  • Poster non daté. « Les poissons en Région de Bruxelles-Capitale » (.pdf)

Etudes et rapports

  • BEIRINCKX L., DOLMANS V., MAESELE R., VAN WICHELEN J., VAN THUYNE G., VANSCHOENWINKEL B. & STIERS I. 2024. “Biologische kwaliteit van waterlopen, kanaal en vijvers in het Brussels Hoofdstedelijk Gewest in 2022”, rapport final, étude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement par la VUB et l’INBO, 166 pages. (.pdf)
  • MTBE 2017. « Analyse de l’état hydromorphologique de la Senne, du Canal et de la Woluwe en Région de Bruxelles-Capitale et inventaire des obstacles à la migration des poissons – Rapport 3 : Résultats et analyse», rapport final, étude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement, 132 pages + annexes. (.pdf)

Plans et programmes

  • Plan régional nature 2016-2020 en Région de Bruxelles-Capitale, 2016 (.pdf)
  • Plan de gestion de l’eau de la Région de Bruxelles-Capitale pour la période 2022-2027, 2023 (.pdf)

Liens utiles

  • Site Internet de Bruxelles Environnement, Pêcher à Bruxelles

Libellules et demoiselles en Région bruxelloise

Focus - Actualisation juin 2022

L’atlas des libellules de la Région de Bruxelles-Capitale a montré que, sur approximativement 69 espèces d’Odonates répertoriées en Belgique entre 2015 et 2019, 49 espèces ont été observées avec certitude au cours de cette même période sur le territoire régional, parmi lesquelles 34 semblent bien installées. Bruxelles abrite donc, malgré sa superficie limitée à 162 km², l’importante densité de son bâti et sa population comptant plus de 1,2 million d’habitants, une proportion étonnamment élevée des espèces de libellules présentes en Belgique. L’état général des populations et le statut de conservation de la plupart des espèces se sont fortement améliorés depuis le début du siècle.

Les Odonates, espèces indicatrices de la qualité des milieux

Les libellules (Anisoptères) et demoiselles (Zygoptères) appartiennent à l’ordre des Odonates. La présence de ces insectes est étroitement liée à celle d’eau libre dans la mesure où leurs larves présentent un mode de vie aquatique. Leur longue durée de vie à l’état larvaire, leur position élevée dans la chaîne trophique ainsi que leur sensibilité à la qualité chimique de l’eau sont autant de caractères qui en font de bons bioindicateurs de l’état des écosystèmes aquatiques et des zones semi-naturelles qui les entourent (Lafontaine et al. 2019). La superficie des plans d’eau, ainsi que la longueur et la naturalité des rives influencent également la richesse en Odonates, de même que la présence de zones ensoleillées au niveau des berges (Lafontaine et al. 2013). La présence simultanée dans un site ou dans une région de nombreuses espèces d’Odonates est un signe clair que les conditions de leur survie, et donc que la qualité et la diversité des écosystèmes sont respectées. Certaines espèces sont aussi inféodées à des milieux bien spécifiques (p. ex. présence d’eau stagnante ou de plantes spécifiques). Les libellules et demoiselles bénéficient en outre d’un attrait important auprès du public, et d’une relative facilité d’observation et d’identification.

Un atlas réalisé avec l’appui des sciences participatives

Un premier travail d’inventorisation des différentes espèces d’Odonates présentes en Région bruxelloise a été réalisé par des chercheurs de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique (IRSNB) et a fait l’objet d’une synthèse publiée en 2013 (LAFONTAINE et al., 2013). Cette publication a été suivie par l’encodage sur la plateforme de sciences participatives observations.be d’un nombre croissant de données sur ces insectes par des observateurs bénévoles. Ceci constitue le point de départ de l’atlas, le premier réalisé pour la Région de Bruxelles-Capitale (un atlas national avait été réalisé en 2006). Cet atlas sera réalisé grâce à ces observateurs bénévoles, encadrés par l’IRSNB et avec le soutien de Bruxelles Environnement. Les données ayant permis de constituer l’atlas ont été collectées sur une période de 5 ans, de 2015 à 2019. Des données plus anciennes ont également été prises en compte pour les analyses.

Plus de 23.000 observations encodées durant la période 1989-2019

Les données ont été collectées par mailles de 1 km² (correspondant aux carrés UTM ou Transverse Universelle de Mercator). La Région en compte 200 (dont certaines ne se situent que très partiellement dans le périmètre régional). Parmi celles-ci, respectivement 154 et 144 mailles ont été prospectées au moins une fois entre 1989 et 2019 (période couverte par l’atlas) et entre 2015 et 2019 (période de réalisation de l’atlas). Un certain nombre de mailles n’ont pas été prospectées, dans la plupart des cas parce qu’elles concernent un territoire ne comportant pas d’habitats potentiels pour les Odonates et/ou parce qu’elles sont situées trop en marge de la Région et ne couvrent que très partiellement le territoire bruxellois. Une maille a été considérée comme suffisamment prospectée si on y a fait au moins 3 observations (cas de 117 mailles) ou mieux, si l’on a détecté au moins 3 espèces (cas de 111 mailles).

Les observations ont été encodées par les observateurs dans la base de données observations.be (voir Collecte de données sur la biodiversité bruxelloise par les citoyens), avec des coordonnées X et Y précises. Parmi les données collectées pendant cette période, les plus inattendues ont fait l’objet d’un processus de validation par des experts sur base de photos, voire parfois directement sur le terrain.

Différents statuts d’observation ont été proposés aux observateurs, statuts allant de la simple observation de présence jusqu’à l’observation d’indices de reproduction (nombre d’individus observés sur un site, accouplement, ponte, exuvie, larve, etc.). Ces statuts ont permis d’établir le statut de reproduction des espèces.

Au total, plus de 23.000 observations d’Odonates ont été encodées sur le site observations.be entre 1989 et 2019. Le nombre d’observations n’a fait que croître au fil des années et en particulier pendant la période de l’atlas (17.500 nouvelles données).

Depuis une quinzaine d’années, le nombre d’espèces d’Odonates en Région bruxelloise a pratiquement doublé, notamment à la suite de l’arrivée d’espèces méridionales

A ce jour, au total 59 espèces ont été observées au moins une fois en Région de Bruxelles-Capitale (72 à l’échelle de la Belgique), certaines ne l’ayant été qu’au 19ème siècle. Au tournant du 21ème siècle, le nombre d’Odonates avait chuté et on ne trouvait plus que 27 espèces sur le territoire de la Région. La tendance s’est inversée depuis et dans le cadre des prospections réalisées pour l’atlas, on a observé pas moins de 49 espèces entre 2015 et 2019. 

Les données encodées pendant la période 2020 -2021 pour la Région bruxelloise sur observations.be font état de 45 espèces d’Odonates notées pour cette période, dont une nouvelle espèce, la Leucorrhine à gros thorax (Leucorrhinia caudalis), qui s’est récemment ajoutée à la liste des espèces régionales et au moins deux espèces qui s’y sont reproduites pour la première fois (Ceriagrion tenellum et Aeshna affinis). Ces deux dernières espèces avaient déjà été observées durant la période de l’Atlas mais il n’y avait pas encore eu de preuve de leur reproduction locale.

Cette richesse en espèces assez exceptionnelle en milieu urbain peut s’expliquer par la juxtaposition de milieux boisés de bonne qualité et d’un réseau hydrographiqueLe réseau hydrographique regroupe l’ensemble des cours d'eau, étangs, mares, zones humides… encore important, pour lequel d’énergiques mesures de gestion ont, ces dernières années, considérablement amélioré la qualité des eaux (Lafontaine et al., 2013).

Le nombre d’espèces observées régulièrement dans la Région s’est donc considérablement accru au cours de ces dernières années. Ceci est lié en partie au fait que des espèces qui n’avaient plus été observées depuis le 19ème siècle sont réapparues, mais aussi à l’arrivée d’espèces tout à fait nouvelles. En particulier, en liaison très probable avec le réchauffement climatique, de nombreuses espèces méridionales ont été découvertes depuis le début du 21ème siècle et viennent augmenter le nombre d‘espèces d’Odonates présentes en Belgique et dans la Région bruxelloise.

Plus de 65% des espèces d’Odonates historiquement connues en Région bruxelloise sont en augmentation ou présentes avec des populations abondantes et stables

Comme le montre le tableau ci-dessous, parmi les 49 espèces observées entre 2015 et 2019 :

  • 21 sont des reproducteurs non menacés ;
  • 4 sont des reproducteurs rares/très rares ;
  • 3 sont des reproducteurs vulnérables ;
  • 5 sont des visiteurs rares/très rares et reproducteurs rares/très rares ;
  • 1 est un visiteur rare et nouveau reproducteur ;
  • 1 est un reproducteur irrégulier et invasif ;
  • 14 sont des visiteurs rares/très rares.

Près de deux tiers des espèces d’Odonates présentes en Région bruxelloise s’y reproduisent donc.  Parmi ces espèces, environ un quart sont rares, très rares ou vulnérables.

L’atlas a permis de préciser le statut des espèces, notamment en ce qui concerne la reproduction sur le territoire de la Région.

Evolution du statut des espèces d’Odonates historiquement présentes en Région bruxelloise (59 espèces)

Sources : Lafontaine et al. 2019 et Lafontaine 2022 (com personnelle), observations.be (données d’observation 2020-2021)

*Eteint (RBC) : espèce documentée en RBC par des données anciennes (souvent antérieures à 1900) mais qui n'a plus été observée après 1980

Au cours de la période d’observation 2020-2021, le statut de quelques espèces a évolué de manière favorable ou défavorable (voir tableau).

Sur les 59 espèces observées en Région bruxelloise (parfois avant 1900), 8 sont considérées comme régionalement éteintes et 3 en situation plus défavorable que dans le passé. Près de la moitié d’entre elles sont par contre dans une meilleure situation et un peu moins d’un quart sont considérées comme en situation stable avec des effectifs reproducteurs importants.

Vert foncé = évolution favorable
Vert clair = statut non modifié
Orange = évolution défavorable
Rouge = éteint en Région de Bruxelles-Capitale
? =visiteur occasionnel, statut non défini

(Pour plus de lisibilité, vous pouvez aussi télécharger le tableau au format pdf)

En moins de 2 décennies, l’état des populations d’Odonates s’est fortement amélioré tant au niveau du nombre d’espèces observées que de leur statut de conservation.

Cette tendance positive serait due principalement à une meilleure gestion des écosystèmes dulcicoles (eaux douces) à Bruxelles auxquels les Odonates sont fortement liés.

Le programme de maillage bleuProgramme mis en place depuis 1999 par la Région de Bruxelles-Capitale pour remettre en valeur l'eau et les zones humides sur son territoire. Le programme se décline en plusieurs objectifs : 1) séparer les eaux usées des eaux propres, afin de limiter l'apport d'eau aux stations d'épuration ; 2) restaurer certains éléments du réseau hydrographique de la Région ; 3) réaménager des tronçons de rivières, des étangs et des zones humides, pour leur rendre toute leur valeur biologique, et leur faire éventuellement bénéficier de mesures spéciales de protection ; 4) assurer la fonction paysagère et récréative de ces sites. s’est notamment traduit par une amélioration générale de la qualité des eaux et de la gestion des berges, une remise à ciel ouvert de certains tronçons de cours d’eau, une augmentation des débits, ainsi que par une meilleure gestion des populations de poissons avec notamment une diminution des stocks (les poissons sont des prédateurs des Odonates). Ceci démontre qu’une gestion adaptée peut très rapidement se traduire par des répercussions bénéfiques en termes de biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore)..

Il convient de noter que la pression d’observation s’est aussi accrue, donnant lieu à de plus en plus d’observations encodées, surtout pendant la période de l’atlas.

320 sites favorables aux Odonates identifiés

Un total de 546 sites potentiels a pu être identifié dans la Région de Bruxelles Capitale entre 2010 et 2019. Ces sites comprennent aussi bien des milieux lotiques (écosystèmes d’eaux courantes) que des milieux lentiques (écosystèmes d’eaux calmes à renouvellement lent, comme des lacs, marécages, étangs ou mares) qui conviennent particulièrement aux Odonates. Parmi ces 546 sites, 320 d’entre eux ont donné lieu à l’observation d’au moins une espèce de libellule entre 2010 et 2019.

On constate cependant que seuls 20 sites de la Région abritent au moins 20 espèces différentes d’Odonates (Lafontaine et al., 2019).

© Frédéric Demeuse

Lire le texte de transcription

Vue du parc de Woluwe et d'un de ses étangs.

Douze de ces 20 sites se trouvent dans le bassin de la Haute-Woluwe, qui conjugue proximité de la forêt de Soignes et présence d’étangs de très bonne qualité, bien connectés entre eux. Sept sites sont dispersés dans de petits bassins qui combinent boisements, ruisseaux, étangs et parfois marais. La fricheZone de terrain laissée à l'abandon et progressivement colonisée par la végétation spontanée. Josaphat est unique par sa situation à l’écart du réseau hydrographiqueLe réseau hydrographique regroupe l’ensemble des cours d'eau, étangs, mares, zones humides… et par l’absence d’étangs (voir encadré ci-dessous). Avec 29 espèces, elle constitue néanmoins le quatrième site de la Région et le seul en dehors de la Haute-Woluwe à accueillir plus de 25 espèces, c’est à dire plus de la moitié des espèces régionales.

Des menaces qui persistent cependant sur les espèces

Le statut global des espèces bruxelloises s’est donc nettement amélioré depuis le début du 21ème siècle. Néanmoins, certaines menaces pèsent toujours sur les populations d’Odonates, en particulier le risque de disparition progressive de certains sites. Des milieux - comme les friches, surtout si elles sont partiellement humides, les clairières, les lisières forestières (dont la restauration est prévue au Plan de gestion de la forêt de Soignes, mais dont une partie a été perdue par le passé), les prairies naturelles -, qui offrent des opportunités pour toute une série d’espèces particulières, sont de moins en moins présents à Bruxelles. Certaines espèces se reproduisent en effet dans des mares temporaires que l’on peut par exemple retrouver dans des friches comme la friche Josaphat, particulièrement riche en espèces d’Odonates.

La friche Josaphat, un des sites les plus riches en Odonates de la Région

Des inventaires réguliers d’Odonates ont été effectués sur le site de l'ancienne gare de Schaerbeek-Josaphat, dit « friche Josaphat », de 2012 à  2022. Il s’agit d’une friche post-industrielle d’environ 24 ha, enclavée dans le tissu urbain du nord-est de Bruxelles. Le site est actuellement catégorisé majoritairement en A (très haute valeur biologiqueValeur reconnue d'un site coté sur base d'une série de critères tels que : la présence d'éléments hydrologiques peu perturbés (sources), la diversité et la rareté des espèces locales de plantes et d'animaux, la présence d'espèces rares, la maturité des végétations (site irremplaçable sauf à très long terme, ex. une forêt séculaire), etc.) sur la carte d’évaluation biologique. La végétation est très diversifiée sur le site et celui-ci présente deux mares peu profondes. Il est particulièrement riche en Hyménoptères et en Odonates.

En 2019, on avait déjà recensé 29 espèces d’Odonates sur le site, soit plus de la moitié des espèces régionales. Depuis lors, 5 espèces supplémentaires y ont encore été découvertes, dont la dernière, la Cordulie bronzée (Cordulia aenea), en avril et mai 2022. La friche est par ailleurs le seul site de la Région où la reproduction du Leste sauvage (Lestes barbarus) et du Leste verdoyant (Lestes virens) est attestée par l’observation de tandems (couples en accouplement) et de pontes en août et septembre 2019. Le Sympétrum noir (Sympetrum danae) s’est reproduit dans la friche en août 2014, à la faveur de l’apparition de mares. Ces mares ont été détruites peu après par l’épandage de terres rapportées. Depuis, aucune population reproductrice de cette espèce n’a été trouvée dans la Région, même si des individus errants ont été observés. Le site semble aussi être le plus important pour la reproduction du rare Agrion nain (Ischnura pumilio) et de l’Agrion mignon (Coenagrion scitulum). Le Leste brun (Sympecma fusca) y est observé plus que partout ailleurs à Bruxelles.  

La richesse exceptionnelle en libellules de la friche Josaphat, site atypique étant donné son éloignement du réseau hydrographique et des étangs, tient vraisemblablement à trois facteurs :

  • par son étendue, sa diversité floristique et entomologique, l’absence de coupures et de cloisonnements, la friche constitue un terrain de chasse privilégié pour les adultes de nombreuses espèces;
  • les mares peu profondes, très ensoleillées et entourées de végétation palustre, qui se sont développées naturellement après des travaux en 2012 et qui ont été recréées grâce à une gestion raisonnée ces dernières années, offrent des milieux de reproduction extrêmement favorables, dotés d’un accès proche et aisé aux sites de gagnage (où les Odonates s’alimentent);
  • la plaine de Dieghem, dans laquelle s’inscrit le site, est par sa topographie, une voie d’accès migratoire importante vers la ville, comme le montrent notamment les nombreuses observations d’oiseaux de passage ou en halte.

A télécharger

Fiches de l’Etat de l’environnement

  • Focus : Surveillance des espèces (2023)
  • Focus : Qualité biologique des principaux cours d’eau et étangs (2022)

Autres publications de Bruxelles Environnement

  • Les libellules en Région de Bruxelles-Capitale, guide de terrain (.PDF)

Etudes et rapports

  • LAFONTAINE, R-M., CARPENTIER, C., GOFFETTE, J., OGER, M., MAREE S., PASAU, B., DAEMS, V., DE BOECK, B., BOECKX, A., BOON, L. & DEVILLERS, P. 2019. Atlas des libellules de la Région de Bruxelles Capitale. Rapport final à la subvention SUB/2018/IRSNB - Bruxelles Environnement
  • DEVILLERS P., LAFONTAINE R.-M, PASAU B., DAEMS V., DE BOECK B., BOECKX A., BOON L., DEVILLERS-TERSCHUREN J., 2019, « La friche Josaphat à Bruxelles, Schaerbeek. Un site urbain enclavé d’une richesse odonatologique exceptionnelle », Les Naturalistes belges 100, 3 (2019) : 1-22, 22p. (.PDF)
  • LAFONTAINE, R.-M., DELSINNE, T., DEVILLERS, P., 2013, « Évolution des populations de libellules de la Région de Bruxelles-Capitale - leurs récentes augmentations - importance de la gestion des étangs », Les Naturalistes belges, 2013, 94, 2-3-4 : 33-70, 44 p. (.PDF)
  • LAFONTAINE R.-M., communication personnelle, 2022.

Plans et programmes

  • Plan régional nature 2016-2020 en Région de Bruxelles-Capitale, 2016 (.PDF)
  • Plan de gestion de l’eau 2016-2021

Biodiversité : les papillons de jour

Focus - Actualisation : décembre 2009

Malgré son caractère urbain, la Région bruxelloise recèle une importante richesse floristique et faunistique.  Plus de 14% de son territoire a été retenu comme « Zones spéciales de conservation » dans le cadre du réseau européen Natura 2000.  Ces zones abritent en effet des habitats naturels et des espèces animales  particulièrement rares à l’échelle européenne :  certaines espèces de chauves-souris (barbastelle, grand murin,…), le Lucane cerf-volant (le plus grand insecte d’Europe), certains habitats forestiers (forêts alluviales à aulnes et frênes par exemple),…
La biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore). repose sur un équilibre écologique délicat et est soumise à de fortes et multiples pressions.  En Région bruxelloise, celles-ci résultent essentiellement de la poursuite de l’urbanisation au détriment d’espaces verts souvent riches (friches, espaces semi-naturels), de la pression récréative et de la présence d’espèces exotiques envahissantes (voir fiche  Espèces exotiques envahissantes) .
Pour assurer la gestion de ce patrimoine naturel, Bruxelles -Environnement s’appuie, entre autres, sur les données collectées dans le cadre d’études thématiques visant à assurer un suivi scientifique et systématique de la faune, de la flore et des écosystèmes présents localement. 
Un inventaire des papillons de jour a ainsi été réalisé au cours de la période 2006-2008.  La base de données constituée comporte plus de 6600 observations couvrant la période 1830-2008 et provenant d’observations de terrain (71%), de collections de particuliers et musées (21%) ainsi que de la littérature scientifique (8%).  La participation du public à la collecte de données d’observation a été encouragée notamment via la publication et la diffusion d’un guide d’identification des papillons et l’organisation de promenades et week-end de recensement .
69 espèces de papillons de jour figurent dans la base de données dont 46 espèces pour lesquelles il est établi qu’elles se sont reproduites durant une longue période en Région bruxelloise (papillons « résidents »). Sur base des observations réalisées depuis 1997, on estime que parmi ces 46 espèces, 18 (39%) sont actuellement éteintes au niveau régional et 8 (17%) sont devenues très rares. 

Répartition de 46 espèces « résidentes » de papillons de jour selon leur degré de rareté en RBC (période 1997-2008)

Source : Bruxelles- Environnement, département biodiversité
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La Région accueille aujourd’hui 28 papillons « résidents » différents dont l'Azuré commun, le Citron, la Carte géographique, la Piéride du chou, le Machaon, la Petite tortue et le Paon du jour. Trois espèces sont classées parmi les espèces menacées (le Grand mars changeant, la Thècle du bouleau et la Thècle de l'orme).
Auparavant, 5 communes (Uccle,  Watermael-Boitsfort, Auderghem, Bruxelles-ville et Anderlecht) abritaient chacune plus de 25 espèces de papillons « résidents».  Seule la commune d’Uccle accueille actuellement encore une telle diversité. 
Relativement à d’autres groupes taxonomiques, les populations de papillons de jour apparaissent avoir particulièrement souffert des modifications de biotopes (raréfaction des milieux ouverts et des zones humides, morcellement,…) occasionnées par l’urbanisation massive de la Région au cours de ces dernières décennies.  Certains groupes inféodés aux  zones humides, tels que les amphibiens et les libellules, sont par ailleurs également fortement menacés. 

Evolution de la diversité en espèces de papillons de jour par commune (comparaison des observations réalisées sur les périodes 1830-1996 et 1997-2008)

Source : Bruxelles- Environnement, département biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore).
*L’accroissement apparent du nombre d’espèces pourrait résulter d’un biais lié à une insuffisance des observations réalisées durant la période 1830-1996"
  • (Accédez à la carte interactive)

Le lucane cerf-volant, une espèce emblématique du bois mort

Focus - Actualisation : février 2025

En raison de la perte et fragmentation de leur habitat, les lucanes cerf-volant ont vu leur population fortement décliner en Belgique. En Région bruxelloise, une population de ce grand coléoptère est encore présente dans la commune de Watermael-Boitsfort. Son état de conservation y est cependant préoccupant : si les données d’observation attestent d’une certaine extension récente de son aire de reproduction, les effectifs semblent décliner dans deux sites où l’espèce était massivement présente.  Une étude a par ailleurs montré qu’il n’y a actuellement quasi plus d’échanges génétiques entre les populations boitsfortoises et celles du Brabant flamand (Overijse, Rhode-Saint-Genèse) ce qui augmente le risque d’extinction locale.

Un insecte particulièrement vulnérable

Le lucane cerf-volant (Lucanus cervus) est le plus grand coléoptère d'Europe : la taille du mâle peut atteindre 8 voire 9 cm. Outre sa taille, c'est surtout la « ramure » du mâle qui frappe l'imagination. Cette ramure est constituée d'énormes mandibules qui lui permettent de défendre son territoire vis-à-vis d'autres mâles. Elle lui sert aussi à retenir les femelles lors de l'accouplement et à tenter d’intimider ses ennemis naturels tels que certaines espèces d’oiseaux (corvidés, pics, hiboux…), les chauves-souris, les chats ou encore, les hérissons.

Le lucane cerf-volant (Lucanus cervus)

Le lucane cerf-volant a besoin d’un habitat très spécifique. Ce coléoptère qui aime la chaleur apprécie en effet particulièrement les pentes orientées au sud avec une végétation semi-ouverte. Il a également besoin de bois mort de grand diamètre ou de grands arbres en fin de vie (feuillus) en contact avec la terre ainsi que d'un sol bien drainé et meuble.  C’est sur les racines et les troncs de ce bois mort que les œufs seront pondus et que les larves pourront se développer pendant plusieurs années. Celles-ci se nourrissent du bois mort décomposé attaqué par la pourriture blanche (champignons).  Les vergers hautes tiges, taillis, lisières forestières, chemins creux, parcs et jardins arborés constituent ses habitats de prédilection.

Après avoir passé trois à cinq ans sous terre au stade de larves, ces insectes muent et ne sortent de terre qu'au printemps suivant. Les mâles n'ont alors que quelques semaines pour s'accoupler avant de mourir. C’est essentiellement au crépuscule, lors des chaudes soirées d’été, que l’individu adulte quitte son abri. Avec leurs mandibules surdimensionnées, les mâles défendent les meilleurs sites d’accouplement (de vieux arbres malades avec épanchement de sève dont ils se nourrissent). Une fois fécondées (vers début juillet), les femelles ne volent plus mais cherchent du bois mort pour y pondre.

Si l'on veut gérer ou restaurer une population, il est aussi important de savoir que, du fait de son poids, le lucane cerf-volant ne vole pas bien et ne parcourt donc pas de longues distances.  La capacité maximale de dispersion serait d’environ 1 km pour les femelles et de 3 km pour les mâles. Thomaes (2009) a estimé le potentiel de colonisation de ce coléoptère à 1,3 km en 30 ans.

Leur lent cycle de vie (3-5 ans sous terre), leur courte période de vol et d’accouplement ainsi que leur capacité de dispersion très limitée font des lucanes une espèce particulièrement vulnérable, en particulier dans les zones sujettes à des modifications rapides d’habitat.

La survie de cette espèce est aussi fragilisée par la spécificité de son habitat (larves et adultes), la prédation importante dont elle fait l’objet, sa propension à se réchauffer sur l’asphalte (écrasement fréquent) ainsi que son attirance pour certains éclairages artificiels (surtout dans les zones sombres). 

Une espèce protégée au niveau européen et régional

Le lucane cerf-volant, comme la plupart des espèces qui réalisent l’entièreté ou une partie de leur cycle de vie dans le bois en décomposition (espèce saproxylique), est en forte régression dans de nombreux pays et régions d’Europe (voir aussi focus Bois mort dans les habitats forestiers bruxellois).  

Du fait des menaces de disparition qui pèsent sur cette espèce, le lucane est protégé par la directive Habitat en tant qu’espèce d’intérêt communautaire. A ce titre, sa présence en Région bruxelloise a contribué à la sélection de 2 des 3 sites Natura 2000 régionaux (forêt de Soignes et ses lisières, domaines boisés avoisinants, vallée de la Woluwe et Zones boisées et ouvertes au sud de la Région bruxelloise) (voir indicateur Sites semi-naturels et espaces verts protégés).

Compte tenu de sa rareté et de l‘importance de la population de lucanes établie en Région bruxelloise pour la conservation de l’espèce à l’échelle transrégionale, le lucane bénéficie aussi d’un statut de protection particulier découlant du droit bruxellois en tant qu’espèce d’intérêt régional. 

Un déclin de l’espèce au cours du siècle dernier

Thomaes et al. (2010) ont étudié la distribution et les sites préférentiels des lucanes cerf-volant en Belgique. Historiquement le lucane était présent dans de nombreuses écorégions et en particulier dans les larges vallées et en zones périurbaines, dans les régions limoneuses et de basse montagne.  Selon ces auteurs, un déclin des populations à l’échelle du pays au cours du siècle dernier est probable. En 2010, les données historiques disponibles ne permettaient cependant de l’affirmer avec certitude que pour le Brabant. Les observations historiques et actuelles y mettent en effet en évidence un déclin de la distribution de l’espèce au cours des années 1960 et 1970.  Alors qu’il existait autrefois une population continue de Halle à Louvain, les populations connues avérées sont aujourd’hui localisées à Overijse, Rhode-Saint-Genèse, Beersel et Watermael-Boitsfort. Depuis la publication de cet article, un déclin local a pu aussi être clairement mis en évidence pour des populations de lucanes situées dans les provinces d’Anvers et de Campine (communication personnelle de A. Thomaes).

Le lucane cerf-volant est une espèce thermophile qui a besoin d’un habitat semi-ouvert et d’un microclimat chaud. En Région bruxelloise et dans le Brabant, l’espèce était observée le plus souvent dans des zones de lisières, à proximité des grands massifs forestiers. Ces zones de transition entre forêts à couvert dense et milieux ouverts tels que prairies et champs ont eu tendance à disparaître, de même que les haies, vergers, taillis, etc.

Les populations relictuelles sont actuellement présentes dans des milieux périurbains arborés tels que les vergers, jardins, parcs, haies, arbres isolés et talus arborés bien exposés, lisières, etc.  

En Flandre et en Wallonie, l'espèce est respectivement considérée comme « en danger » et « vulnérable » (Listes rouges Thomaes et al., 2015 & Dufrêne et al., 2003 in PORTAIL WALLONIE.BE, lucanes cerf-volant). 

Watermael-Boitsfort abrite la plus grande population connue de lucanes de la Région

Au niveau bruxellois, la cité-jardin "Le Logis" (Watermael-Boitsfort) abrite la plus grande population connue de lucanes cerf-volant.  Cette cité-jardin, tout comme celle du Floréal qui lui est contigüe, est bien pourvue en espaces verts plantés de nombreuses haies et arbres. Plus généralement, la commune, riche en espaces verts et espaces semi-naturels, constitue une zone de transition entre la forêt de Soignes et le cœur de la ville où l’urbanisation est plus dense.

Les vieux Cerisiers du Japon (Prunus serrulata), parfois morts, qui bordent de nombreuses rues de la cité-jardin du Logis offrent aux lucanes des possibilités de nicher de même que les talus boisés bien exposés au soleil et situés en contrebas du lieu-dit des « Trois Tilleuls » (talus des Trois Tilleuls, Busard et de la Fauconnerie). Un site important de reproduction existe aussi à proximité dans de vieilles billes de chemin de fer en chêne bordant une école du quartier située sur le plateau du Jagersveld. 

La présence de lucanes au sein du talus des Trois Tilleuls a valu à ce dernier d’être intégré comme l’une des stations constitutives du site Natura 2000 lié à la forêt de Soignes et à la vallée de la Woluwe.  Un second talus, situé à quelques centaines de mètres à l’ouest et où une population de taille plus réduite est également établie, fait partie intégrante de ce site Natura 2000. Le plan de gestion de ces deux stations vise notamment à étendre et à développer ces populations de lucanes

Bon à savoir

L'ensemble végétal d’arbres d’alignement a été réalisé lors de la construction des deux cités-jardins (1920-1921). En raison de l'âge et du mauvais état de nombreux arbres, les alignements de cerisiers du Japon du Logis-Floréal sont en cours de remplacement progressif. Le défi est de conserver la valeur visuelle et patrimoniale de ces plantations tout en préservant la population de lucanes qui y est établie. Un premier chantier a été réalisé dans l’avenue G. Benoidt qui jouxte le talus des Trois Tilleuls.  Le permis, délivré en 2015, prévoyait de renouveler à l’identique (même espèce, même emplacement) les cerisiers du Japon de cette voirie. Dans le cadre de l’ordonnance nature, le permis délivré a imposé le maintien de 20 souches (« totems ») susceptibles d’abriter des larves de lucanes (arbres morts ou dépérissant). Dans le souci d’assurer une homogénéité des alignements, il était néanmoins demandé qu’un maximum de souches soient remplacées dans les 2 ans, avec un maximum de 10 ans pour les dernières plantations. Le permis a aussi imposé de conserver des billots d’autres troncs coupés en les regroupant en pyramide à proximité des alignements pour permettre un déplacement de la population d’insectes sans trop perdre d’individus. Selon une étude scientifique réalisée au terme de ce réaménagement, ces mesures compensatoires semblent avoir été insuffisantes pour maintenir la population locale de lucanes (voir ci-dessous).  Elles devraient être renforcées lors des prochains chantiers.

Après un déclin marqué de la population de lucanes à Boitsfort, une timide extension de l’espèce s’observe

Selon Cammaerts (2023), les informations disponibles attestent que l’espèce était très commune dans la périphérie au sud-est de Bruxelles durant la seconde moitié du 19ème siècle. Par ses observations et enquêtes personnelles, ce chercheur a constaté la présence d’une petite population de lucanes cerf-volant au niveau du talus des Trois tilleuls dans les années 1960-1980. Celle-ci a ensuite décliné depuis la fin des années ‘90. 

L’espèce y est néanmoins encore présente et a colonisé de nouveaux sites à partir du site original du talus des Trois Tilleuls. En 2013, une étude menée selon la méthode de « capture-marquage-recapture » (voir ci-dessous) estimait que la population locale à Watermael-Boitsfort se composait d’au moins 200 à 300 individus et restait stable (Cammaerts cité dans Nijs et al. 2013). 

En tant qu’espèce protégée, l’état de conservation des populations de Lucanes cerf-volant est évalué et rapporté à la Commission européenne tous les 6 ans. En 2016, celui-ci a été jugé favorable pour la population boitsfortoise compte tenu du nombre d’individus observés et de la connaissance de plusieurs sites de ponte (voir focus Etat local de conservation des espèces couvertes par les directives "Habitats" et "Oiseaux").  En Flandre, cet état a été jugé comme très défavorable (Thomaes 2020).

Au début des années 2000, selon Cammaerts (2023), les sites de ponte étaient circonscrits dans une ellipse de 400 m x 700 m. La carte ci-dessous, datant de 2023, atteste d’une extension de cette aire de reproduction (en vert).

Carte d’habitat des lucanes cerf-volant à Watermael-Boitsfort et quartiers proches (2013-2023)

Sources : données INBO (Thomaes), Observations.be et Bruxelles Environnement
Carte d’habitat des lucanes cerf-volant à Watermael-Boitsfort et quartiers proches (2013-2023)

Cette carte souligne le rôle crucial de connexion joué par certaines voiries arborées et talus de chemin de fer (lignes vertes) qui permettent à cette espèce de conquérir de nouveaux sites où l’habitat est favorable.

Les surfaces reprises en bleu (sites où des lucanes ont été observés mais sans preuve qu’ils s’y soient reproduits) correspondent probablement à des zones d’extension récentes de l’habitat des lucanes à partir des noyaux historiques.  De nouvelles zones où l’espèce se reproduit ont également été identifiées, notamment dans le quartier de la gare de Boondael. Un biais d’observation ne peut ici être totalement exclus dans la mesure où les scientifiques travaillant sur les lucanes ont élargi depuis quelques années leurs zones d’investigation. Notons également que les observations se limitent essentiellement aux espaces publics ou accessibles et excluent les jardins privés.

Ces dernières années, les observations de l’espèce se multiplient aussi en lisière de la forêt de Soignes (en particulier dans la zone du cimetière de Boitsfort) mais également dans des zones ouvertes ou semi-ouvertes proches de la ligne de chemin de fer. Cette évolution, qui est peut-être le signe d’un début d’expansion vers le sud, devra être suivie dans les prochaines années. 

Quelques observations éparses ont été réalisées ailleurs en Région bruxelloise, y compris dans le quartier Chant d’oiseau et plus au nord. L’avenir dira si celles-ci donneront lieu à l’installation de nouvelles populations ou si elles étaient plutôt liées à la recherche, parfois infructueuse, de femelles par des mâles qui, rappelons-le, peuvent voler sur plusieurs kilomètres ou être transportés par des voitures. Des erreurs d’identification sont aussi possibles car les lucanes cerf-volant, surtout les femelles, sont souvent confondus par le grand public avec d’autres coléoptères tels que la petite biche (Dorcus parallelipipedus) ou le scarabée rhinocéros européen (Oryctes nasicornis).  De ce fait, les spécialistes étudiant l’expansion de l’espèce en Région bruxelloise et flamande se basent actuellement uniquement sur des données validées (appuyées par des photos si la source n’est pas totalement fiable).  Notons à cet égard que dans un avis scientifique émis en 2017 sur la présence de cerf-volant dans la région bruxelloise, un expert constatait l’absence d’observation validée de cet insecte sur le territoire ucclois depuis 1990 et ce, malgré des recherches ciblées (Thomaes 2017). 

Boitsfort : des études et des suivis pour mieux connaître et protéger les lucanes

Deux sites ont récemment fait l’objet d’études scientifiques et de suivi, à savoir, le quartier autour des talus classés des cités jardins (avenue G. Benoidt et rue des Trois Tilleuls) et le site d’une école située à quelques centaines de mètres en-dessous, sur le plateau du Jagersveld.

La méthode « Capture-Marquage-Recapture » (CMR) : de quoi s’agit-il ?

La méthode CMR est une méthode statistique couramment utilisée en écologie pour estimer l’état d'une population animale. Une partie de la population que l'on veut représentative est capturée, marquée puis relâchée au même endroit. Peu de temps après, on réeffectue un échantillonnage de la même population dans les mêmes conditions. Si l’on suppose que la proportion d’individus marqués est identique dans l’échantillon de recapture et dans la population totale, la taille de la population totale peut être estimée sur base de la proportion d’individus marqués dans les individus capturés lors du second échantillonnage. Dans la pratique, cette capture et cette estimation sont répétées quotidiennement jusqu'à ce que des estimations suffisamment claires de la population puissent être réalisées.

Dans le quartier de l’avenue G. Benoidt une étude CMR a été menée en 2022 et 2023 (mémoires de fin d’étude de Saenen 2023 et Jafari non publié, encadrés par le professeur Merckx de la VUB et Thomaes, chercheur à l’INBO).

L’échantillonnage de la population de lucanes a été réalisé sur un transect d’un peu plus de 2 km le long de voiries publiques. Pour chaque individu capturé, les informations suivantes ont été collectées : sexe, activité, longueur du corps, longueur de la mandibule (mâles), heure et lieu. Les éléments paysagers du transect ont également été étudiés.

La densité de population a été estimée à environ 46 individus par hectare dans la zone d’échantillonnage. C’est beaucoup moins que ce qui a été estimé avec une méthode comparable à Overijse (214 et 155 individus/ha) et dans les Fourons (Saenen 2022).

L’étude a aussi permis :

  • de mieux cerner les liens qui existent entre différents facteurs (par ex. température ambiante, taille du corps et des mandibules, dispersion de l’habitat, risque d’être détecté par un prédateur, mobilité, etc.) ;
  • de constater que les populations de lucanes boitsfortoises (milieu urbain) ont une taille de corps et de mandibules inférieure à celle de populations plus rurales, ce qui se traduit par une mobilité supérieure et pourrait constituer un avantage dans un habitat fragmenté (voir ci-dessous) ;
  • de mieux comprendre comment aménager des habitats favorables pour les adultes et larves et accroître la connectivité de la trame verte boitsfortoise pour ces insectes.

Une carte reprenant les observations de lucanes entre 2008 et 2022 dans le sud de la Région (y compris celles validées provenant de la plateforme Observations.be, voir focus « Sciences participatives : Collecte de données sur la biodiversité bruxelloise par les citoyens ») ainsi que l’habitat (présence ou non d’arbres) a par ailleurs été réalisée.

Le renouvellement des arbres d’alignement, véritables corridors de dispersion, doit maintenir l’habitat « bois mort »

Un autre volet de l’étude a comparé, selon un même protocole et sur les mêmes transects, le nombre d’individus observés 2 années consécutives.  Cette approche visait à mettre en évidence l’impact éventuel de l'élimination partielle d’un habitat propice aux larves de lucanes qui a eu lieu entre les années d'échantillonnage (2022 et 2023). En effet, durant l’hiver 2022-2023, les dernières vieilles souches restantes (« totems ») des alignements de Cerisiers du Japon le long de l’avenue G. Benoidt ont été complètement déracinées en profondeur pour permettre de nouvelles plantations (voir encart ci-dessus).

Les chercheurs ont comparé la différence, entre 2022 et 2023, du nombre de lucanes observées dans les sections de transects qui étaient restées inchangées et dans celles où l'habitat avait été éliminé. Alors que ce nombre est resté plus ou moins stable dans la section de transect où l'habitat a été maintenu (de 232 à 189 individus soit -19% d’observations ce qui peut s’expliquer par les fluctuations interannuelles et une période d’étude légèrement plus courte en 2023), les chercheurs ont constaté une forte diminution du nombre de lucanes dans la section où l'habitat avait été supprimé (de 44 à 10 individus soit -77% d’observations).  Cette différence entre les 2 sections est statistiquement significative.  

L’élimination partielle de l’habitat « bois mort » avenue G. Benoidt a eu un impact négatif significatif sur la population locale de lucanes cerf-volant

Source : données INBO (A. Thomaes), 2023
Carte : l’élimination partielle de l’habitat « bois mort » avenue G. Benoidt a eu un impact négatif significatif sur la population locale de lucanes cerf-volant

Lire le texte de transcription

L’illustration reprend côte à côte 2 photos aériennes identiques du site de l’avenue G. Benoidt et alentours. Sur ces photos figurent les informations suivantes  :

  • Une zone délimitée en bleu correspondant à la zone totale d'échantillonnage et reprenant des transects avec et sans perte d’habitat ; 
  • Une zone délimitée en rouge où l'habitat bois mort a été supprimé entre 2022 et 2023 (retrait des souches restantes de l’ancien alignement de cerisiers du Japon avenue G. Benoidt) ;
  • Des points correspondant aux observations de lucanes cerf-volant en 2022, d’une part, et en 2023, d’autre part, réalisées durant l’échantillonnage dans les zones rouge et bleu.

Ces cartes permettent de détecter visuellement l'effet de la suppression de l'habitat sur le nombre de lucanes: alors que la zone rouge a perdu plus de ¾ des observations, le nombre d’observations dans la zone bleue n’a que légèrement diminué entre les 2 années.

Outre un impact sur la taille de la population locale de lucanes, cette dégradation d’une liaison importante du maillage écologique de cette espèce peut entraîner un isolement des populations se trouvant sur différents sites. Celui-ci peut avoir des conséquences génétiques (diminution de la diversité) et démographiques préjudiciable sur la survie à long terme des populations ainsi isolées (voir focus Fragmentation des habitats naturels).

Les mesures compensatoires mises en place il y a plusieurs années avenue G. Benoidt afin d’éviter un impact du renouvellement des cerisiers du Japon sur la population locale de lucanes cerf-volant (voir encart ci-dessus) semblent donc n’avoir pas été suffisantes. Elles devront être renforcées lors des prochains remplacements d’arbres de voirie avec, en particulier, le maintien à long terme du bois mort sur place.  A défaut, la conservation des populations de lucanes présentes dans les cités-jardins risque d’être mise à mal en raison de la détérioration du réseau écologique. Une restauration partielle de l’habitat devrait par ailleurs être réalisée là où c’est possible avenue G. Benoidt. 

Notons qu’en septembre 2024 a débuté un nouveau chantier de replantation de plus de 330 arbres d’alignement dans le même quartier dans des rues où la présence des lucanes est aussi attestée. Contrairement à ce qui a été fait avenue G. Benoidt, le permis prévoit de laisser sur place les souches (« totems ») et de replanter les nouveaux arbres en retrait (à l’exception de quelques endroits où ce n’est techniquement pas possible). Espérons que cette mesure de maintien en place de souches de bois mort ou dépérissant permettra d’éviter la détérioration du réseau écologique et la réduction des effectifs de lucanes.

Une expertise portant sur les mesures à mettre en œuvre pour préserver l’habitat des lucanes lors du renouvellement des arbres de l’avenue L. Vander Swaelmen et alentours a par ailleurs été effectuée en 2023. Selon les experts, cette avenue joue un rôle crucial en tant que corridor fonctionnel entre différents sites accueillants ou susceptibles d’accueillir des lucanes. Cette expertise permet à Bruxelles Environnement de consolider ses avis lors des commissions de concertation portant sur la délivrance de permis pour le renouvellement d’arbres dans les zones d’habitat favorables aux lucanes.

Boitsfort : la population de lucanes au Jagersveld en danger

Au début des années 2000, le plateau du Jagersveld abritait la plus importante population de lucanes cerf-volant. Celle-ci est originaire du talus des trois-tilleuls localisé à environ 550 mètres au nord-est. Elle s'est établie dans une palissade en chêne creusée en 1986 dans le talus sablonneux bordant la rue du Jagersveld (Cammaerts 2023) et constituant la rampe d’accès d’une école. Deux inventaires CMR (voir ci-dessus) ont été réalisés par Cammaerts en 2001 et 2007. Outre ces recherches détaillées, le chercheur a procédé à la collecte systématique de restes de coléoptères (souvent la tête) abandonnés par leurs prédateurs entre 2001 et 2023. Les enseignements de cette étude (biologie et caractéristiques locales de l’espèce) contribuent à préciser les mesures de gestion à mettre en œuvre pour assurer la conservation des populations bruxelloises de lucanes.

Ce suivi effectué pendant plus de 20 ans a également permis à son auteur d’observer une tendance à la baisse du nombre de restes de coléoptères après 2015 pour atteindre en 2023 son niveau le plus bas. Le chercheur a également constaté une réduction évidente des observations de coléoptères vivants.  L’hypothèse d’un déclin de la population de lucanes localisée sur le site du Jagersveld est probable selon Cammaerts, même si l’influence d’un changement dans la nature ou l’abondance de prédateurs - diminuant le nombre de restes trouvés - ne peut être exclue. Toujours selon le même auteur, ce déclin semble aller de pair avec une réduction des possibilités de ponte liée à une lente dégradation physique du site, à savoir :

  • en 2005, remplacement de 36 poutres dans lesquelles vivaient des larves de lucanes ;
  • en 2007, clôture d’une partie du site ce qui a entraîné progressivement l’accumulation d’un tapis de feuilles et le semis naturel d’érables réduisant ainsi les possibilités de ponte ;
  • manque d’entretien le long de la palissade de bois ce qui a conduit au développement de la végétation (rappelons que ces coléoptères préfèrent les environnements plus ouverts) ;
  • et surtout, dégradation de la palissade au cours de ces dernières années.

Selon Cammaerts, la population de lucanes du Jagersveld est amenée à disparaître si la palissade et son environnement proche qui forment l'habitat des larves et des nymphes poursuivent l’évolution en cours.  Ceci serait d’autant plus dommageable que l’habitat de l’espèce a aussi été dégradé à proximité (av. G. Benoidt).  Suite au projet de l’école de procéder à des travaux de restauration de la palissade, Bruxelles Environnement a commandité une analyse de l’impact écologique de ces travaux et des mesures de prévention à mettre en œuvre (SWECO, 2023). A ce jour, les travaux n’ont pas encore été réalisés.

Les flux génétiques entre les différentes populations subsistantes doivent être rétablis

Une population comptant un nombre limité d’individus présente une faible diversité génétique.  Ceci réduit la capacité de cette population à s'adapter aux modifications de son environnement (conditions climatiques, ressources alimentaires, etc.) et augmente le risque qu’elle s’éteigne localement.

Des études génétiques récentes (Cox et al., 2020) portant sur des insectes de collection et des échantillons collectés entre 2002 et 2016, ont montré que les populations de lucanes qui subsistent aujourd’hui à Watermael-Boitsfort, Overijse et Rhode-Saint-Genèse diffèrent génétiquement entre elles ce qui n’était pas le cas par le passé.  Avec la perte et fragmentation progressive de leur habitat, ces populations se sont progressivement retrouvées isolées les unes des autres en termes de dispersion d’individus, rendant les échanges génétiques entre elles très occasionnels. Les analyses montrent aussi que les variations génétiques au sein de chacune de chacune de ces 3 populations sont faibles, surtout en ce qui concerne Boitsfort et Rhode-Saint-Genèse.

Les efforts de conservation doivent donc se concentrer sur l'augmentation des habitats au sein et au pourtour des petites populations existantes mais aussi sur la création d’habitats dans des corridors permettant la circulation des gènes entre les diverses populations.  Ces actions s’avèrent primordiales pour renforcer la viabilité des populations de lucanes.

Des lucanes de taille réduite en milieu urbain

Des recherches ont montré que lorsque la température moyenne de l’air ambiant augmente, la période d’activité des lucanes diminue, impactant leur reproduction (voir entre autres SAENEN I. 2023). Du fait des températures moyennes plus élevées en ville que dans les territoires plus ruraux environnants (effet d’îlot de chaleur), ce phénomène constitue un facteur de vulnérabilité des populations urbaines de lucanes.

Par ailleurs, l’un des enseignements de l’étude CMR menée par Saenen (2023) est que les lucanes cerfs-volants échantillonnés à Boitsfort étaient plus petits que ceux de populations d'autres pays européens. Ce phénomène, déjà observé dans d’autres études menées sur différents insectes, pourrait s’expliquer par une accélération du métabolisme lorsque la température est plus élevée ce qui se traduit notamment par une réduction de la durée de développement larvaire au détriment de la croissance. Un autre facteur explicatif serait la mauvaise qualité (bois mort pour les larves en particulier) et/ou la fragmentation des habitats.  Si une petite taille présente des désavantages, elle pourrait aussi, du fait de la mobilité accrue qu’elle procure, constituer un avantage dans un environnement changeant et où les habitats appropriés sont rares (Saenen 2023). Les différents impacts sur le fonctionnement des écosystèmes liés à cette réduction de taille de différentes espèces en milieu urbain sont cependant encore largement méconnus.

Des mesures pour sauvegarder les lucanes en Région bruxelloise

En tant qu’espèce d’intérêt communautaire et régional, le lucane cerf-volant bénéficie d’objectifs de conservation et de mesures de protection particulières. Ceux-ci sont définis dans les plans de gestion des stations Natura 2000 abritant des populations de lucanes ou qui pourraient en accueillir (forêt de Soignes, talus des trois-tilleuls, parc Tournay-Solvay, étang de Boitsfort, parcs Ten Reuken et Seny, plateau Engeland, etc.). 

Les mesures de gestion concernent :

  • La protection et le développement des habitats :

Il s’agit avant tout de mettre en place un réseau d’habitats naturels et artificiels favorables aux lucanes, au départ des lieux où l’espèce est présente :  maintien de bois mort sur pied et d’arbres âgés ou dépérissant, enfouissement partiel de tas de bois mort (« pyramide ») en privilégiant les lisières, clairières, talus et versants bien ensoleillés.

Depuis 2014, la gestion de 3 talus et d’un étang situés dans les cités-jardins du Logis et du Floréal et accueillant ou susceptibles d’accueillir des lucanes font l’objet d’un contrat de gestion établi entre la société de logement social et Bruxelles Environnement.  Dans ce cadre, l’Institut assure notamment la remise en lumière des talus et de l’étang (éclaircies du couvert forestier), le maintien de bois mort de gros diamètre au sol ou encore, l’apport de troncs de cerisiers du Japon susceptibles d’abriter des larves de lucanes.

Des mesures visant à préserver les populations de lucanes (et la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore). en général) sont également imposées lors de la délivrance de certains permis (par ex. permis pour le renouvellement des alignements de cerisiers du Japon dans les cités- jardins).

  • L’amélioration des connaissances concernant l’écologie de l’espèce et son état de conservation à l’échelle régionale

Plusieurs études ont été réalisées afin de mieux connaitre, dans le contexte bruxellois, les exigences écologiques de l’espèce, sa phénologie, les conditions de sa dispersion ou encore, son état de conservation.   Ces connaissances fines sont indispensables pour prendre des décisions éclairées concernant la conservation de cette espèce. Ces études sont réalisées à la demande de Bruxelles Environnement ou dans le cadre de recherches académiques.

  • La sensibilisation et l’éducation des acteurs concernés (autorités communales, gestionnaires privés, habitants, etc.) via des publications, subsides, animations, etc.

Et en Région flamande

L’espèce fait également l’objet d’un suivi et de mesures de protection ciblées en Région flamande. Celle-ci a adopté en 2020 un programme de protection. Notons que l’INBO (Instituut voor natuur- en bos onderzoek) a initié mi 2023 un programme d'élevage de lucanes à petite échelle afin de les introduire en nombre limité dans quelques communes brabançonnes où des populations subsistent encore. A cette fin, des insectes issus de différentes populations locales ont été rassemblés de manière à accroître la variété génétique de leurs descendants. 

Le lucane, une espèce « parapluie »

Du fait notamment de sa taille et de ses mandibules impressionnantes, le lucane est une espèce particulièrement emblématique. L’implication d’un large public dans des activités de sensibilisation, de suivi et de sauvegarde de ce coléoptère est d’autant plus profitable que les mesures de conservation dont il jouit bénéficient également aux autres espèces vivant à ses côtés et, en particulier, aux insectes saproxyliques, en forte régression en Europe

A télécharger

Fiches de l’Etat de l’Environnement 

  • Bois mort dans les habitats forestiers (2024)
  • Sciences participatives :  collecte de données sur la biodiversité bruxelloise (2024)
  • Sites semi-naturels et espaces verts protégés (2023)
  • Fragmentation des habitats naturels (2022)
  • Etat local de conservation des espèces couvertes par les directives "Habitats" et "Oiseaux"

Autres publications de Bruxelles Environnement

  • Hôtel des espèces : Lucane cerf -volant (Lucanus cervus)
  • Construisez une pyramide à lucane cerf-volant
  • Des aménagements favorables au lucane cerf-volant (Lucanus cervus) (.pdf)

Etudes et rapports

  • Cammaerts R. 2023. “Demographic data on a stag beetle (Lucanus cervus) population self-established in an artificial suburban habitat”, Belgian Journal of Entomology, 144: 1–38 (anglais uniquement), (.pdf)
  • COX K., MCKEOWN N., VANDEN BROECK A., VAN BREUSEGEM A., CAMMAERTS R., THOMAES A. 2020. “Genetic structure of recently fragmented suburban populations of European stag beetle”, Ecology and Evolution. 2020;10:12290–12306 (anglais uniquement) (.pdf)
  • DE KNIJF et al. 2019. "Staat van instandhouding (status en trends) van de soorten van de Habitatrichtlijn. Algemene resultaten - rapportageperiode 2013-2018." Rapporten van het Instituut voor Natuur- en Bosonderzoek 2019 (6),  Instituut voor Natuur- en Bosonderzoek, Brussel. (néerlandais uniquement) (.pdf)
  • FABRI S., GEUDENS G., HEUTZ G. 2017. « Plan de gestion de station Natura 2000 en Région de Bruxelles-Capitale - Station IA11: Talus des 3 Tilleuls ». Etude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement, 153 pp. (.pdf)
  • GODEFROID S., KOEDAM N. (Laboratorium voor algemene Plantkunde en Natuurbeheer - VUB) 2006. “ Contribution au monitoring du Lucane cerf-volant (Lucanus cervus – annexe 2 de la directive Habitat 92/43/CEE) en Région de Bruxelles-Capitale ”.  Etude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement, 19 pp. + annexes. (fr et nl) (.pdf)
  • MENDEZ M.,  THOMAES A. 2020. “Biology and conservation of the European stag beetle: recent advances and lessons learned”, Insect Conservation and Diversity (anglais uniquement)
  • NIJS G., LAMBRECHTS J., VERBELEN D., WEISERBS A. 2013. « Opvolging Lokale Staat van Instandhouding van soorten in het Brussels Hoofdstedelijk Gewest », Natuurpunt Studie 2013/7. Etude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement, 108 pp. (néerlandais uniquement) (.pdf)
  • NATUURPUNT 2021. “Populaties van vliegend hert raken steeds meer geïsoleerd” (néerlandais uniquement)
  • SAENEN I. 2023. “Phenology, functional morphology and habitat preference of an urban population of the European stag beetle (Lucanus cervus, Linnaeus 1758) assessed via capture-mark-recapture”, Master in Biology, Graduation Option Ecology and Biodiversity-VUB, promotor: Prof. MERCKX Th.,  co-promotor: THOMAES A.  (INBO) (anglais uniquement)
  • SWECO 2023. «Evaluation des dommages environnementaux potentiels et mesures préventives - Lucanes cerf-volant, Watermael-Boitsfort.», rapport, draft v4. Etude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement
  • Thomaes A., Barbalat S., Bardiani M., Bower L., Campanaro A., FanegaSleziak N., Gonçalo Soutinho J., Govaert S., Harvey  D., Hawes C. et al. 2021. “The European stag beetle (Lucanus cervus) - monitoring network: international citizen science cooperation reveals regional differences in phenology and temperature response “, Insects 2021, 12 , 813. (anglais uniquement)
  • THOMAES, A., CHRISTIAENS, B., GOESSENS, S. et al.  2024. « Evaluating log piles as stag beetle conservation measure”, Journal of Insect Conservation 28, 811–819 (anglais uniquement).
  • Thomaes A. , Hendriks P.,  Fremlin M. 2022. “Thermal effect on larval development of the European stag beetle, Lucanus cervus”, Belgian Journal of Zoology (anglais uniquement) (.pdf)
  • Thomaes A. 2020. “Ontwerp soortbeschermingsprogramma voor vliegend hert (Lucanus cervus) in Vlaanderen”. Rapport interne de l’Instituut voor Natuur- en Bosonderzoek, Brussel (néerlandais uniquement)
  • Thomaes A. 2017. “Advies over het voorkomen van vliegend hert in het Brussels Hoofdstedelijk Gewest”, avis INBO.A.3554 à la demande de Bruxelles Environnement (néerlandais uniquement)
  • THOMAES A., DRUMONT A., CREVECOEUR L., MAES D. 2015 . “Red List of the saproxylic scarab beetles (Coleoptera: Lucanidae, Cetoniidae and Dynastidae) for Flanders”, Bulletin de la Société royale belge d’Entomologie, 151 (2015): 210-219 (anglais uniquement).
  • Thomaes A., Maes D. 2014. “Rode-Lijststatus van het Vliegend hert (Lucanus cervus). Rapports de l’Instituut voor Natuur- en Bosonderzoek 2014 (1549345)”, Instituut voor Natuur- en Bosonderzoek, Brussel. (néerlandais uniquement) (.pdf)
  • THOMAES A., CAMMAERTS R., KERVYN Th., BECK O., CREVECOEUR L. 2010. “Distribution and site preference of the stag beetle, Lucanus cervus in Belgium (Coleoptera: Lucanidae)”, Bulletin S.R.B.E./K.B.V.E., 146 (2010): 33-46 (anglais uniquement) (.pdf)
  • Thomaes A. 2009. “A protection strategy for the stag beetle (Lucanus cervus (L., 1758), Lucanidae) based on habitat requirements and colonisation capacity”, proceedings of the 5th Symposium and Workshop on the Conservation of Saproxylic Beetles, pp.149-160 (anglais uniquement) (.pdf) 
  • Thomaes A., Kervyn T., Beck O., Cammaerts R. 2008. ”Distribution of Lucanus cervus (Coleoptera, Lucanidae) in Belgium : surviving in a changing landscape”, in Vignon V., Asmod&eEacute; J.-F. (eds), proceedings of the 4th Symposium on the Conservation and Workshop of Saproxylic Beetles, Vivoin (72) / France, 27th-29th June, 2006. Rev. Écol. (Terre Vie), suppt. 10. (anglais uniquement) (.pdf)
  • Thomaes A., Beck O., Crevecoeur L., Engelbeen M., Cammaerts, R., Maes D. 2007.  “Het Vliegend hert in Vlaanderen en in het Brussels Gewest”, Natuur.focus 6(3):76-82. (néerlandais uniquement) (.pdf)
  • Thomaes A., Vandekerkhove, K. 2004. “Ecologie en verspreiding van Vliegend hert in Vlaanderen”. Rapport IBW Bb R2004.015. Instituut voor Bosbouw en Wildbeheer, Geraardsbergen. (néerlandais uniquement) (.pdf)
  • Thomaes, A., Kervyn, T., Beck, O. & Cammaerts, R., année inconnue. «  Stag beetle (Lucanus cervus) distribution in Belgium (Coleoptera: Lucanidae)”, poster. (anglais uniquement)
  • VLAAMSE GEWEST 2020. “Soortenbeschermingsprogramma voor het vliegend hert (Lucanus cervus) in Vlaanderen” (.pdf)
  • ZOOM NATURE. « Le lucane cerf-volant, emblème du bois mort », 2019

Plans et programmes 

  • Plan régional nature 2016-2020 en Région de Bruxelles-Capitale, 2016 (.pdf)
  • Biodiversité 2020 - Actualisation de la Stratégie nationale de la Belgique, 2013 (.pdf)

Liens utiles

  • Aves-Natagora, Natuurpunt, Stichting Natuurinformatie
  • Belgian Biodiversity platform (anglais uniquement)

Les abeilles en Région bruxelloise

Focus – Actualisation : février 2023

Plusieurs études ont été menées ces dernières années pour améliorer les connaissance de l’état des populations d’abeilles sauvages et domestiques présentes en Région bruxelloise et identifier les mesures de préservation et de restauration favorables aux insectes pollinisateurs.  206 espèces d’abeilles sauvages ont été observées entre 2010 et 2020, soit un peu plus de la moitié du nombre d’espèces présentes à l’échelle nationale.  40% d’entre elles sont vulnérables ou en danger.  L’abeille mellifère (ou domestique) est la 3ème espèce la plus souvent recensée et s’observe dans l’ensemble de la Région.  Parmi les facteurs de stress identifiés pour les abeilles sauvages figurent les risques de compétition exercés par les abeilles mellifères ainsi que la présence de résidus de pesticides dans le pollen et le nectar butinés par les abeilles. Les données disponibles suggèrent que l’abeille mellifère n’est pas menacée en Région de Bruxelles-Capitale.

Importance des abeilles pour les écosystèmes naturels et agricoles

Les abeilles sont des insectes pollinisateurs. En visitant des fleurs, principalement pour collecter du pollen (source de protéines) et du nectar (source de sucres), elles transfèrent du pollen entre les parties mâles et femelles des fleurs, assurant ainsi leur fertilisation et la production de graines. Les abeilles ne sont pas les seuls animaux qui transportent du pollen mais leurs comportements de butinage et certaines de leurs caractéristiques morphologiques  rendent leur pollinisation particulièrement performante. 

En Europe, environ 80% des espèces cultivées et des espèces de plantes à fleurs sauvages dépendent, au moins en partie, de la pollinisation animale prodiguée par des milliers d'espèces d'insectes (Commission européenne, 2023). En pollinisant les espèces de plantes sauvages et cultivées, les insectes participent à la diversité floristique et paysagère ainsi qu’à la production agricole. Concernant ce dernier point, au niveau belge, des chercheurs ont évalué qu’en cas de disparition des pollinisateurs, la valeur de la perte de production (cultures fruitières et oléagineuses en particulier) s’élèverait, pour 2010, à 11,1 % de la valeur totale de la production végétale belge (Jacquemin F. et al., 2017).

Bon à savoir

Les bourdons et certaines espèces d’abeilles solitaires utilisent une technique de pollinisation spéciale : la « buzz-pollinisation » ou pollinisation vibratile. Pour décrocher le pollen de certaines plantes, ces espèces sont capables d'agripper les fleurs et de mouvoir rapidement leurs ailes, faisant vibrer toute la fleur. Ce bourdonnement participe activement à la chute du pollen, qui est plus ou moins fermement retenu par certaines fleurs (tomates, pommes-de-terre, aubergines, poivrons, piments, etc.) et qui tombe notamment sur leur corps.

De l’ordre de 40 % des espèces d’insectes seraient menacées d’extinction à l’échelle globale (Sanchez-Bayo & Wyckhuys, 2019). Le déclin des pollinisateurs - évalué notamment par l’IPBES (2016) - menace directement la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore)., les paysages, l’alimentation (quantité et qualité de la nourriture produite) ainsi que la qualité de vie et la santé humaine (cf. notamment impacts sur la production de fruits, légumes, fibres, plantes médicinales et aromatiques et sur la qualité de l’environnement naturel, importance culturelle). 

Ces constats ont amené différents niveaux de pouvoir à adopter des initiatives ou plans d’action en faveur des pollinisateurs. En Région bruxelloise, une stratégie pour les insectes pollinisateurs et auxiliaires a été adoptée fin 2022.  Celle-ci s’appuie notamment sur les connaissances acquises via différentes études menées depuis une dizaine d’années concernant les abeilles sauvages présentes sur le territoire bruxellois, en tenant compte des particularités urbaines et des pressions qui s’y exercent. 

Ce focus synthétise les principales conclusions et résultats des travaux menés sur le sujet. Il fait également état des principales données régionales disponibles sur les populations d’abeilles domestiques ou mellifères (Apis mellifera) - c’est-à-dire les abeilles élevées par des apiculteurs -, à l’exclusion des données spécifiquement associées aux compétences fédérales (état sanitaire des colonies, etc.). La question de la cohabitation entre l’abeille mellifère et les abeilles sauvages, sujet de préoccupation récurrent sur le territoire régional, y est également abordée. Enfin, la récente stratégie régionale pour les insectes pollinisateurs et auxiliaires est brièvement présentée. 

Un atlas des abeilles sauvages bruxelloises basé sur 42.280 données d’observation validées

Le premier atlas des abeilles sauvages de la Région de Bruxelles-Capitale (projet WildBnB) a été publié en 2022. Différents acteurs de terrain ont contribué à sa réalisation: l’Agroecology Lab de l’ULB, Natuurpunt et Natagora (associations naturalistes) ainsi que l’Institut Royal des Sciences Naturelles (IRScNB.). Le projet s’est s’appuyé sur des observations issues de travaux d’inventaires réalisés par des entomologistes ainsi que sur des données issues des sciences participatives (voir focus Collecte de données sur la biodiversité bruxelloise par les citoyens « crowdsourcing »). 

Une base de données centralisée a rassemblé des données historiques digitalisées (1841-1990), des données de l’IRScNB (1991-2018), du site observations.be, de Natuurpunt (2007-2020), de l’ULB (2015-2020) ainsi que du projet WildBnB lui-même (2018-2020). 42.280 données d’observation représentatives de l’ensemble du territoire bruxellois ont pu être validées (pour 112.508 spécimens observés ou récoltés). 

Près de 40% des 206 espèces d’abeilles sauvages présentes actuellement en Région bruxelloise sont vulnérables ou en danger

La présence de 248 espèces d’abeilles sauvages sur le territoire régional a pu être documentée (période 1841-2020).  La 249ème espèce bruxelloise est constituée par Apis mellifera, l’abeille mellifère, dite domestique. 

Parmi ces 248 espèces, 17% (soit 42 espèces) sont considérées comme éteintes à l’échelle régionale. Elles n’ont en effet plus été retrouvées dans les recherches de terrain menées entre 2010 et 2020.  Ces espèces régionalement éteintes incluent 15 espèces de bourdons. Ce groupe d’abeilles sociales est particulièrement impacté en Belgique où 60% des espèces de  bourdons sont menacées ou quasi menacées et environ 20% éteintes à l’échelle nationale (Drossart et al., 2019). 

Distribution des 248 espèces d’abeilles sauvages (excl. Apis mellifera) de la Région de Bruxelles-Capitale selon les catégories de statut de conservation régional (période 1841-2020)

Source : Vereecken et al., 2022

Les 206 espèces d’abeilles sauvages contemporaines de la Région bruxelloise correspondent à 54% des espèces présentes en Belgique. Les 6 familles d’abeilles présentes en Belgique sont également observées sur le territoire régional. 

L’abondance des espèces bruxelloises est très variable: 8 espèces représentent à elles seules 61% des données. Inversement, 38 espèces n’ont été observées qu’une ou deux fois sur l’ensemble de la période étudiée.  

Rang d’abondance des espèces d’abeilles observées en Région bruxelloise et illustration du « top 8 » (nombre de spécimens observés, base de données WildBnB, données 1841-2020)

Source : Vereecken et al., 2022

Lire le texte de transcription

Les 8 espèces d’abeilles qui ont été le plus observées dans le cadre de la réalisation de l’atlas, par ordre de nombre de spécimens observés, sont : Andrena vaga (Andrène vague), Colletes hederae (Collète du lierre), Apis mellifera (Apis mellifère), Bombus pascuorum (Bourdon des champs), Colletes cunicularius (Collète lapin), Bombus lapidarius (Bourdon des pierres), Andrena flavipes (Andrène à pattes jaunes), Andrena bicolor (Andrène bicolore)

Cette importante diversité des espèces d’abeilles combinée à une abondance souvent faible des populations pourrait s’expliquer par l’importante variété d’habitats de taille réduite qui caractérise la Région bruxelloise. 

L’abeille mellifère est la 3ème espèce la plus souvent recensée et la 249ème espèce d’abeille bruxelloise. Cette espèce est observée dans l’ensemble de la Région, tant dans le centre-ville que dans des zones plus sensibles comme des zones Natura 2000. Le nombre et la localisation exacts des ruchers et des colonies de production restent à ce jour méconnus. Les estimations annuelles disponibles grâce aux apiculteurs suggèrent cependant que l’abeille mellifère ne représente pas d’enjeu de conservation pour la Région de Bruxelles-Capitale. A contrario, plusieurs études soulignent l’intérêt de préserver sa sous-espèce indigèneDésigne une espèce originaire de la région où elle se trouve depuis des décennies., l’abeille noire (Apis mellifera mellifera). 

La friche Josaphat, l’un des sites de Belgique le plus riche en espèces d’abeilles

Des inventaires plus détaillés ont été effectués sur 3 sites dont la fricheZone de terrain laissée à l'abandon et progressivement colonisée par la végétation spontanée. Josaphat (Schaerbeek-Evere).  127 espèces d’abeilles sauvages y ont été inventoriées.  Parmi ces espèces observées, 9 sont menacées d’extinction à l’échelle nationale (Drossart et al., 2019) ou européenne (Nieto et al., 2004). Pour le territoire bruxellois, 4 d’entre elles sont également exclusives de la friche et ne se retrouvent dans aucun autre site inventorié. L’intérêt écologique du site pour les abeilles sauvages est donc similaire à celui pour les Odonates (voir le focus Libellules et demoiselles en Région bruxelloise). Pour de plus amples informations, voir l’article de Vereecken et al. 2021 sur le sujet. 

Une étude spécifique pour la préservation des abeilles du Kauwberg

Le site Natura 2000 du Kauwberg (Uccle), repris en gestion il y a quelques années par Bruxelles Environnement,  est lui aussi réputé pour être riche en abeilles sauvages. 

Différentes études y ont été menées pour caractériser les mesures à mettre en place afin de concilier au mieux préoccupations écologiques, développement des activités agricoles et accueil récréatif.  Parmi celles-ci, une étude d’identification des espèces d’abeilles sauvages présentes sur le site a été réalisée. 95 espèces d’abeilles sauvages y ont été recensées (2020-2021) dont 15 espèces ayant des statuts de conservation menacés (Liste rouge établie au niveau national). Par ailleurs des recommandations de gestion en faveur des abeilles sauvages ont été formulées : flore spécifique à privilégier, ouverture du milieu, mise en défens d’une sablière permettant de faire cohabiter les abeilles terricoles qui y nichent et des activités ludo-sportives (glissades, VTT, etc.). … 

Des trottoirs accueillants pour les abeilles et autres pollinisateurs

En ville, il n’est pas rare de trouver des nids d’abeilles sauvages, voire des bourgades de nids (regroupements de nids individuels), dans les trottoirs et allées pavées (Pauly, 2019). 

Le centre de recherches routières s’est associé avec un service universitaire pour déterminer les conditions favorables à la nidification des abeilles en voirie. Cette étude a notamment permis de répertorier 11 espèces d’abeilles solitaires, 10 espèces de guêpes et 2 espèces de chrysides. L’étude a également mis en évidence une divergence entre les préférences des abeilles sauvages nidifiant dans les trottoirs (non jointoyés, souvent anciens et dégradés) et les exigences de confort piéton fixées par le plan régional Good Move.  L’étude propose cependant des mesures qui permettraient de concilier ces exigences sociétales et la conservation de ces insectes pollinisateurs. 

Des résidus de pesticides dans le pollen…

Dans le cadre du projet URBEESTRESS visant à étudier différents facteurs de stress susceptibles d’impacter les populations d’abeilles sauvages en Région bruxelloise, les traces de pesticides (fongicides, herbicides, insecticides) présentes dans les mélanges de pollen rassemblés par les femelles d’osmies (espèces d’abeilles au comportement alimentaire généraliste et bien adaptées au milieu urbain) au niveau d‘une cinquantaine de sites ont été analysées.  Il en ressort notamment que près de 90% des échantillons de pollen analysés contiennent un ou plusieurs pesticides. 9 pesticides différents ont été identifiés dont 3 désormais interdits. Les pesticides dominants sont le fongicide Boscalid et l’insecticide/acaricide Chlorpyrifos qui, à eux seuls, représentent près de 75 % des pesticides retrouvés dans les échantillons. 

La présence de ces pesticides, dont certains sont connus pour leur très forte rémanence notamment dans les sols et leur toxicité sur un large spectre d’animaux et de plantes, pose question par rapport à leurs impacts sur les abeilles - et, plus généralement, sur les écosystèmes - et la santé des Bruxellois. 

Et dans les plantes ornementales vendues en jardinerie

L’étude Toxiflore a caractérisé et quantifié les résidus de pesticides se trouvant dans les plantes ornementales. Les plantes étudiées sont largement utilisées pour fleurir jardins et espaces publics et réputées attractives pour les abeilles. 

Il en ressort que :

  • 100 % des échantillons prélevés dans les feuilles, les fleurs ou le pollen de muscaris et bruyères issus de 4 jardineries distinctes étaient contaminés par au moins un résidu de pesticide, avec en moyenne 3 à 4 substances différentes par échantillon pour un total de 28 substances actives différentes, dont 7 interdites pendant la phase d’étude et 4 autres interdites depuis (dispositif expérimental avec 4 serres fermées contenant chacune des plantes issues des mêmes jardineries et des hôtels à abeilles);
  • 36 substances actives différentes, dont 2 interdites, ont été identifiées dans les échantillons prélevés directement dans des plantes horticoles installées dans des espaces verts bruxellois (situation réelle). 

Ces résultats suggèrent que les plantes horticoles installées dans les espaces verts publics et privés constituent potentiellement une source importante d’exposition des insectes pollinisateurs, en particulier des abeilles, à des cocktails de pesticides. Bien que moins contaminées, les plantes issues de pépinières écologiques ne sont pas exemptes de substances, probablement liées à l’origine des bulbes mis en culture. Compte tenu de ces résultats, l’étude préconise de favoriser les plantations issues de filières de production durables et écologiques. 

L’abeille domestique est une espèce particulièrement compétitive

Le projet URBEESTRESS a également analysé les réseaux d’interaction plantes-pollinisateurs et la compétition entre espèces pollinisatrices d’abeilles. Les résultats indiquent que l’abeille domestique ou mellifère (Apis mellifera) est omniprésente dans les réseaux abeilles-fleurs sur tout le territoire régional, avec une intensité et une compétition apparente pour les ressources (pollen et nectar) plus forte dans certains sites, notamment dans les zones les plus urbanisées.

Par ailleurs, les données à l’échelle régionale indiquent que les abeilles sociales et généralistes (abeilles domestiques et, dans une moindre mesure, bourdons), sont les espèces qui imposent le plus de compétition aux autres pollinisateurs, et qui en subissent en retour relativement peu de la part des espèces solitaires.  Ces résultats permettent raisonnablement d’estimer que la pratique de l’apiculture urbaine induit effectivement une compétition apparente en Région bruxelloise et impacte les réseaux de pollinisation sur tout le territoire régional (voir ci-dessous). 

Une forte abondance d’abeilles domestiques peut représenter une pression environnementale supplémentaire pour les abeilles

Pour les abeilles sauvages, le milieu urbain cristallise différents problèmes.  Tout d’abord, la collecte du pollen et du nectar y nécessite souvent une plus grande dépense énergétique que dans les territoires ruraux.  Les ressources alimentaires, en plus d’être globalement limitées en quantité, y sont spatialement fragmentées (y compris via des obstacles bâtis à contourner). En outre, la rareté des habitats (sols meubles, bois, tiges végétales, coquilles vides, anfractuosités diverses, etc.) accroît également les distances habitats-ressources. La plupart des espèces d’abeilles sauvages sont par ailleurs actives à des périodes limitées de l’année ce qui leur est préjudiciable lorsque cette période de butinage n’est pas synchronisée avec la disponibilité des ressources alimentaires dont elles dépendent. 

Ces problèmes impactent considérablement moins les abeilles mellifères qui sont des espèces généralistes (butinent de nombreuses espèces de fleurs différentes contrairement à de nombreuses espèces d’abeilles sauvages qui se limitent à une ou quelques espèces), bénéficient d’une autonomie de vol inégalée chez la plupart des autres espèces et sont des insectes sociaux contrairement à la plupart des espèces d’abeilles sauvages. Leurs colonies (ruches) sont constituées de plusieurs dizaines de milliers d’individus avec des fonctions spécialisées (reine, ouvrières, mâles reproducteurs), capables de survivre en hiver (reine et une partie des ouvrières). Avec des habitats artificiels (ruches), de la sélection génétique, de l’apport d’eau en été, du nourrissement éventuel (sucres divers) et des soins vétérinaires (acaricides notamment), l’abeille mellifère est d’autant plus avantagée face aux aléas climatiques et au manque de ressources alimentaires. Cane & Tepedino (2016) estiment que 40 ruches représentent, sur 3 mois, l’équivalent de 4 millions d’abeilles sauvages, une seule ruche pouvant prélever le pollen nécessaire au nourrissement de 100.000 larves d’abeilles sauvages.

 Par ailleurs, l’abeille mellifère souffre d’une série de pathogènes (virus, champignons). La transmission de ces maladies et parasites de l’espèce mellifère vers les espèces sauvages est un second sujet de préoccupation, en particulier pour les autres espèces sociales comme les bourdons. 

En maintenant artificiellement une abondance élevée d’abeilles mellifères très compétitives et très demandeuses en ressources, l’apiculture peut dès lors représenter une pression environnementale supplémentaire sur les populations sauvages fragilisées. 

La Région bruxelloise abrite plusieurs centaines de ruchers, installés un peu partout sur le territoire. Plus qu’aux composantes paysagères, le choix de leur implantation apparaît essentiellement lié aux opportunités d’accès à un emplacement. Deux grandes tendances sont constatées :  les petites installations plus centrales, dans le Pentagone et en première couronne (y compris dans des quartiers pauvres en ressources alimentaires), souvent liées à des projets d’entreprise et d’apiculture en toiture, d’une part, et, d’autre part, les installations plus classiques en seconde couronne, au pourtour des réserves et sites Natura 2000, avec les plus gros ruchers de la région. 

Les communautés végétales sont étroitement liées aux espèces d’abeilles présentes localement

Source : www.vivelesabeilles.be 

Les fleurs et les abeilles entretiennent des relations d’échange : les fleurs offrent de la nourriture aux abeilles et, en butinant, celles-ci transportent à leur insu des grains de pollens d’une fleur à l’autre. Ces organismes ont évolué ensemble et se sont progressivement adaptés les uns aux autres par mutation et sélection :

  • L’adaptation des abeilles porte notamment sur les dispositifs de récolte du pollen (sur les pattes et l’abdomen) ainsi que sur la morphologie des pièces buccales (langue) permettant d’atteindre le nectar ;
  • L’adaptation des fleurs porte sur les signaux permettant d’attirer les pollinisateurs (couleurs, formes, odeurs, etc.), la qualité nutritive et la quantité de nectar, le moment d’ouverture de la fleur ou encore, les caractéristiques des grains de pollen qui permettent d’augmenter leur adhérence aux poils des abeilles. 

Certaines fleurs ne peuvent être pollinisées que par les espèces d’abeilles qui ont le comportement adéquat ou les traits morphologiques fonctionnels permettant au pollen de se libérer ou de se fixer. Par ailleurs, plus l’abeille est spécialisée, plus rapide est la vitesse de butinage et plus grand sera le nombre de fleurs visitées (Coppée I. 2014) et donc aussi les chances de fécondation.

 L’interaction entre les plantes à fleurs et les pollinisateurs est donc très forte, si bien que des modifications des populations d’abeilles – par exemple suite à l’introduction de ruches – peuvent engendrer des perturbations sur le fonctionnement des écosystèmes et les communautés plantes-pollinisateurs. De même, la disparition locale de certaines plantes peut entraîner la disparition des espèces d’abeilles sauvages qui leur sont exclusivement inféodées. Selon leur présence et leur abondance, les abeilles sauvages sont les témoins de la préservation de leurs habitats. 

Les questionnements sur les effets de la compétition alimentaire (en particulier sur les bourdons), sur la transmission de maladies ou sur la modification des communautés végétales restent vifs dans la communauté scientifique. Cependant, un nombre sans cesse croissant d’études publiées ces dernières années tend à confirmer ces effets. Des informations plus détaillées concernant ces champs de recherches figurent dans la fiche documentée sur les abeilles en Région bruxelloise.

Bon à savoir

Compte tenu des différents éléments exposés ci-dessus, la cohabitation des espèces de pollinisateurs, le renforcement des ressources alimentaires au bénéfice de toutes ainsi que le maintien d’une apiculture familiale patrimoniale à des niveaux compatibles avec les équilibres écologiques et les ambitions des stratégies de conservation de tous les pollinisateurs constituent certainement des enjeux régionaux.

Une stratégie bruxelloise pour les insectes pollinisateurs 

Une stratégie bruxelloise en faveur des insectes pollinisateurs et auxiliaires (terme désignant ici les insectes
prédateurs et parasitoïdes ennemis des organismes nuisibles) a été adoptée par le gouvernement régional pour la période 2022-2030. Celle-ci s’inscrit dans la droite ligne de la stratégie nationale belge 2021-2030. Son principal objectif est de réduire de 50% le nombre d’espèces menacées et d’augmenter de 50% le nombre d’espèces présentant une évolution positive. 

Cette stratégie compte une cinquantaine de mesures. Le premier axe vise notamment à renforcer les connaissances sur l’état des différentes espèces d’insectes pollinisateurs (y compris abeilles mellifères), auxiliaires et exotiques envahissantes (espèces présentes, répartition, abondance, qualité et quantité de ressources alimentaires disponibles, dynamiques sous-jacentes aux constats, etc.). Cet axe porte aussi sur l’évaluation de l’incidence des apports de pollinisateurs et auxiliaires gérés et la formulation de recommandations ainsi que sur les interactions et interdépendances entre l’agriculture régionale et les pollinisateurs et auxiliaires. 

Un deuxième axe décline de nombreuses mesures concrètes pour protéger certaines espèces d’insectes ou de plantes et créer un habitat propice à des espèces variées de pollinisateurs (végétalisation du bâti, renforcement des qualités écologiques des espaces ouverts, réduction de l’utilisation des pesticides, diversification et meilleure gestion des plantations, stimulation de la production écologique et locale de plantes, renforcement de la pollinisation et du contrôle biologique naturels en agriculture, etc.). Il vise aussi à encadrer l’apport de pollinisateurs et  d’auxiliaires gérés et à mettre en œuvre une gestion intégrée des espèces exotiques envahissantes (frelon asiatique entre autres). Le développement d’un maillage étoilé y est également prévu (voir focus sur les chauves-souris et fiche sur la pollution lumineuse) 

L’axe 3 porte sur la communication et formation d’un public varié (citoyen-ne-s, naturalistes, apiculteur-trice-s, gestionnaires, professionnel-le-s des jardins, etc.).

A télécharger

Fiches documentées

  • n°9. Invertébrés, 2017 (.pdf)
  • n°25. Les abeilles en Région de Bruxelles-Capitale, 2022 (.pdf) 

Fiches de l’Etat de l’Environnement

  • Fragmentation des habitats naturels, 2022

Autres publications de Bruxelles Environnement

  • Rapport sur l’état de la nature en Région de Bruxelles-Capitale, 2022 (.pdf)
  • Identification des espèces : Les abeilles sauvages en Région de Bruxelles-Capitale, 2018 (.pdf)
  • Potagers - Des abeilles dans mon jardin, 2018 (.pdf)

Etudes et rapports 

  • COPPEE I., PEETERS M. 2014. « La biodiversité en Belgique – Zzzoom sur les abeilles – Pour les protéger, il faut apprendre à les connaître ! » , Société royale belge d’Entomologie et Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, pp.20. (.pdf)
  • COMMISSION EUROPEENNE 2023. “Questions et réponses sur le nouveau pacte en faveur des pollinisateurs”, site Internet consulté le 01/02/2023 (.pdf)
  • COSSERAT P.H. 2016. « Caractérisation et analyse de la biodiversitéDiversité d'espèces vivantes, capables de se maintenir et de se reproduire spontanément (faune et flore). spécifique et fonctionnelle des communautés d’abeilles sauvages au sein des différents espaces verts de la Région de Bruxelles-Capitale ; expérience complémentaire du service écosystémique de pollinisation associé à cette diversité », Bruxelles : Université Libre de Bruxelles - service Ecologie du paysage et systèmes de production végétale (Mémoire de fin d’études ; promoteur N.J. VEREECKEN) 
  • DROSSART, M., RASMONT, P., VANORMELINGEN, P., DUFRÊNE, M., FOLSCHWEILLER, M., PAULY, A., VEREECKEN, N. J., VRAY, S., ZAMBRA, E., D'HAESELEER, J. & MICHEZ, D. 2019. “ Belgian Red List of bees”, . Belgian Science Policy 2018 (BRAIN-be - Mons: Presse universitaire de l’Université de Mons. 140 p. (.pdf)  (en anglais uniquement)
  • ESPOSITO, F., HAINAUT, H., HAUTIER, L., SAN MARTIN, G., CLAUS, G., SPANOGHE, P., MOLENBERG, J.-M., VEREECKEN, N.J. 2022. « Toxiflore - Evaluation de la contamination par les pesticides des plantes
    ornementales attractives pour les abeilles en Région de Bruxelles-Capitale », rapport final, étude réalisée à la demande de Bruxelles Environnement. 
  • GARIBALDI L.A., GOMEZ CARELLA D.S., NABAES JODAR D.N., SMITH M.R., TIMBERLAKE T.P.,  MYERS, S.S. 2022. “Exploring connections between pollinator health and human health”, Philosophical transactions of the royal society, 377 (1853). (.pdf)  (en anglais uniquement)
  • INTERGOVERNMENTAL SCIENCE-POLICY PLATFORM ON BIODIVERSITY AND ECOSYSTEM SERVICES [IPBES] 2016. “Assessment Report on Pollinators, Pollination and Food Production”, Potts, S.G., Imperatriz-Fonseca, V.L., & Ngo, H.T. (eds). Bonn: Secretariat of the IPBES. 552pp. (.pdf)  (en anglais uniquement)
  • Jacquemin F., Violle C., Rasmont P., Dufrêne M. 2017. «  Mapping the dependency of crops on pollinators in Belgium”, ‡ Gembloux Agro-Bio Tech (ULg), Gembloux, Belgium § Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, Montpellier, France| Université de Mons, Mons, Belgium. (.pdf)  (en anglais uniquement)
  • Leclercq, N. 2017. « Etude des réseaux d’interactions plantes à fleurs-abeilles en Région de Bruxelles-Capitale », Bruxelles : Université Libre de Bruxelles - service Ecologie du paysage et systèmes de production végétale (mémoire de fin d’études ; promoteur VEREECKEN N.J.). 
  • Nieto A., Roberts S.P.M., Kemp J., Rasmont, P., Kuhlmann M., García Criado M., BIESMEIJER J.C., BOGUSCH P., DATHE H.H., DE LA RÚA P., DE MEULEMEESTER T., DEHON M., DEWULF A., ORTIZ-SÁNCHEZ F.J., LHOMME P., PAULY A., POTTS S.G., PRAZ C., QUARANTA M., RADCHENKO V.G., SCHEUCHL E., SMIT J., STRAKA J., TERZO M., TOMOZII B., WINDOW J., & MICHEZ D. 2014. « European Red List Of Bees », Luxembourg:Publication Office Of The European Union. 84 pp. (.pdf)  (en anglais uniquement)
  • Noël G., Bideau A., Flamion E., Lamarre M., Crasson P., Bonnet J., & Francis F. 2022. « Kauwbees : étude sur la préservation des abeilles sauvages du Kauwberg (Uccle, Belgique) dans une perspective de développement agricole et ludo-sportif du site », rapport final, Bruxelles Environnement. (.pdf) 
  • NOËL G., VAN KEYMEULEN V., VAN DAMME O., SMETS S., RUELLE, J., & FRANCIS F. 2022. « Streetbees –
    Clauses techniques pour l’aménagement de trottoirs et revêtements permettant l’accueil d’abeilles
    sauvages terricoles », étude réalisée à la demande de Bruxelles Environnement.
  • PAULY A. 2019. «  Contribution à l’inventaire des abeilles sauvages de la Région de Bruxelles-Capitale et de la Forêt de Soignes » (Hymenoptera : Apoidea), Belgian Journal of Entomology, 79: 1-160. (.pdf) 
  • PAULY, A. 2019. « Les abeilles sauvages du Jardin Botanique "Jean Massart" à Bruxelles (Hymenoptera : Apoidea) », Belgian Journal of Entomology, 78: 1-86. 
  • RUELLE J. 2022. « Stratégie pour les insectes pollinisateurs et auxiliaires en Région de Bruxelles-Capitale 2023-2030 », Bruxelles Environnement,  pp.22. (.pdf)
  • Vereecken N.J., De Greef S., Vertommen W., Pauly A., Molenberg J.-M., Ruelle J., Cuypers M., & D’Haeseleer J. 2022. “WildBnB - Atlas des abeilles sauvages de la Région de Bruxelles-Capitale », rapport final, étude réalisée à la demande de Bruxelles Environnement (.pdf) 
  • VEREECKEN N., WEEKERS T., MARSHALL L., D’HAESELEER J., CUYPERS M., PAULY A., PASAU B., LECLERCQ N., TSHIBUNGU A., MOLENBERG J.-M. & DE GREEF S. 2021. “Five years of citizen science and standardised field surveys in an informal urban green space reveal a threatened Eden for wild bees in Brussels, Belgium”, in“Insect Conservation and Diversity, doi : 10.1111/icad.12514 (.pdf)  (en anglais uniquement)
  • Vereecken N.J., Dufrêne E., & Aubert M. 2015. « Sur la coexistence entre l’abeille domestique et les abeilles sauvages : rapport de synthèse sur les risques liés à l’introduction de ruches de l’abeille domestique (Apis mellifera) vis-à-vis des abeilles sauvages et de la flore », Observatoire des abeilles. (.pdf)
  • Weekers, T., Esposito, F., Leclercq, N., Stock, M., Piot, N., Hautier, L., San Martin, G., Claus, G.,Spanoghe, P., Molenberg, J.-M., & Vereecken, N.J.2022.  “URBEESTRESS - Evaluation des stresseurs des abeilles sauvages urbaines en Région de Bruxelles-Capitale », rapport final, étude réalisée à la demande de Bruxelles Environnement.  

Plans et programmes

  • Plan régional nature 2016-2020 en Région de Bruxelles-Capitale, 2016 (.pdf)
  • Stratégie pour les insectes pollinisateurs et auxiliaires en Région de Bruxelles-Capitale 2023-2030, 2022 (.pdf)

Liens utiles

  • Vive les abeilles
  • Apis Bruocsella
  • Société royale d’apiculture de Bruxelles et ses environs
  • Le CARI
< Forêt de Soignes Champignons et lichens > Retour au thème Espaces verts et biodiversité

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