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Accès à l'énergie

L’accès à l’énergie est une question centrale pour de nombreux ménages, mais de quoi parle-t-on quand on évoque la précarité énergétique ? Découvrez ce qu’il en est, en Belgique et à Bruxelles.
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le 18 septembre 2024

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L’accès à l’énergie en Belgique et en Région bruxelloise

Focus - Actualisation : octobre  2024

En 2022, l’accès à l’énergie est encore un défi : 1 ménage belge sur 5 vit en situation de précarité énergétique, et cette proportion dépasse 1 sur 4 en Région bruxelloise. Certains ménages sont plus affectés que d’autres, en particulier les familles monoparentales et les personnes isolées.
Comment expliquer cette situation ? Pourquoi la Wallonie et la Région de Bruxelles-Capitale sont-elles plus touchées que la Flandre ? Et quelles sont les actions entreprises ?

La précarité énergétique, qu’est-ce que c’est ?

À l’heure où les questions climatiques sont de plus en plus préoccupantes, et où l’approvisionnement en énergie essaye de se réinventer, l'accès à l'énergie représente également un défi. Il semble donc opportun de s’interroger sur les enjeux de la précarité énergétique. Mais qu’entend-on par « précarité énergétique » ?

La précarité énergétique désigne « l’incapacité pour un ménage d’accéder – dans son logement – à l’énergie qui lui est nécessaire, pour un coût abordable au regard de ses revenus »

Delvaux et al. 2017 |

La notion de précarité énergétique découle de celle de "Fuel Poverty" qui a vu le jour dans les années 1970 au Royaume-Uni. Au niveau Européen, c’est dans les années 2000 que la question de l’approvisionnement de la population en énergie arrive au centre des préoccupations et que de nombreuses études sont menées à ce sujet. Bien qu’aucune définition commune n’ait cependant pu être adoptée, la lutte contre la précarité énergétique est devenue ces dernières années une priorité pour l’Union Européenne. En Belgique, elle est mesurée chaque année et un rapport est publié par la Fondation Roi Baudouin depuis 2009 dans le Baromètre de la précarité énergétique. Les résultats présentés ici sont largement repris de leur dernière publication (Meyer & Coene 2024) qui traite de l’état de la précarité énergétique en Belgique en 2022. Il est à noter que cette étude fait état uniquement de l’aspect quantitatif de la précarité énergétique en Belgique, et que les dimensions socio-économique et législative de la problématique sont très peu abordées. Pour plus d’informations sur ces aspects, nous vous renvoyons vers les études de Baudaux et al. (2020) et Huybrechs et al. (2011), entre autres.

Sur quelles données se basent les résultats ?

Les résultats repris dans le Baromètre de la précarité énergétique (et donc ici) sont basés sur l’enquête sur les revenus et les conditions de vie BE-SILC (Statistics on Income and Living Conditions). Il s’agit d’une étude de suivi réalisée chaque année dans tous les pays de l’Union Européenne depuis 2004. Un panel de ménages issus de chaque région (environ 6.700 ménages belges répondants, soit un peu plus de 12.000 répondants de plus de 16 ans), suivi durant jusqu’à 6 années consécutives, est ainsi interrogé sur des questions telles que l’intégration sociale, les revenus, les conditions de vie, la santé, … À noter que certaines données ne sont pas disponibles de manière différenciée pour les 3 régions (notamment en raison de la trop petite taille de l’échantillon), et que certains résultats sont donc présentés pour l’ensemble de la Belgique et non pour la Région de Bruxelles-Capitale spécifiquement.

Qu’est-ce que ça veut dire, concrètement ?

Vivre en précarité énergétique, c’est vivre dans la menace de ne pas pouvoir accéder, dans son logement, à l’énergie nécessaire pour vivre dans des conditions conformes à la dignité humaine. Confrontée à des difficultés pour payer sa facture d'énergie et à la menace de la coupure, la personne en précarité énergétique ne peut donc pas se protéger « soit d’un inconfort physique, vu la température ou l’humidité du logement, soit d’un inconfort financier, engendrant une autolimitation de la consommation d’énergie voire un endettement » (Baudaux et al. 2020). Cela se traduit en des difficultés quotidiennes (comme par exemple lutter contre l’humidité, chauffer de l’eau dans une bouilloire pour se laver, vivre avec un limiteur de puissance, renoncer à un lave-linge, ou encore calfeutrer voire condamner une partie de son logement) dont l’impact sur les conditions de vie peut être très sévère.  

À quoi est liée la précarité énergétique ?

Plusieurs facteurs influencent la précarité énergétique et son importance. En premier lieu ; les conditions météorologiques, qui influencent grandement les besoins en chauffage, notamment. Les années plus froides exposent donc potentiellement plus de ménages (ou de manière plus intense) à la précarité énergétique, puisque les besoins de chauffage sont plus importants. 

En-dehors des facteurs climatiques, 3 autres facteurs influencent principalement le risque de précarité énergétique:

  • la facture énergétique (et donc le prix de l’énergie),
  • les revenus du ménage,
  • le coût et/ou la qualité du logement.

Les prix des principales sources d’énergie (gaz naturel, mazout et électricité) ont connu une augmentation constante jusqu’en 2012, puis une baisse significative jusqu’en 2016. Mais depuis 2017 (2015 pour l’électricité), on enregistre une nouvelle augmentation des tarifs dans les 3 régions de la Belgique, malgré un bref épisode de diminution durant le confinement du printemps 2020. Cette augmentation a été fortement exacerbée à partir du second semestre 2021, en conséquence notamment de la reprise économique post-covid puis de la guerre en Ukraine. Les prix ont ainsi atteint un pic historique en octobre 2022, et ce malgré le passage de 21% à 6% de la TVA sur l’électricité et le gaz naturel au printemps de cette année.

La facture énergétique médiane des ménages a dès lors elle aussi diminué sensiblement entre 2014 et 2016. Elle a ensuite marqué une période de relative stagnation entre 2017 et 2019. L’effet climatique semble en effet avoir compensé l’augmentation du prix des énergies, les années 2017 à 2020 ayant été particulièrement chaudes. En outre, on enregistre à nouveau une diminution notable de la facture énergétique médiane entre 2019 et 2021. En 2022, elle a à nouveau augmenté pour atteindre des montants comparables à ceux de 2018 et 2019, une hausse qui reste relativement faible comparée à celle des prix des énergies. Les valeurs obtenues à partir de 2019 sont toutefois difficiles à comparer avec celles des années précédentes, en raison de modifications dans les méthodologies de collecte des données effectuées en 2019 et 2020. En outre, de nombreux ménages ont diminué leur consommation d’énergie en réponse aux fortes augmentations tarifaires survenues en 2021 et 2022. Enfin, ces augmentations n'ont pas eu d'impact immédiat sur la facture d'un certain nombre de ménages bénéficiant de contrats fixes, des possibilités de stockage de certains vecteurs énergétiques (mazout, butane-propane, bois), ou du tarif social étendu. Elles ont par contre touché particulièrement sévèrement les ménages qui ne disposaient pas de ces avantages. Rappelons par ailleurs que la médiane gomme des disparités parfois importantes, et n'est donc pas représentative de la situation d’un grand nombre de ménages s’écartant de celle-ci.

En 2022, on compte ainsi une facture énergétique médiane des ménages belges de 155€/mois, avec de grosses différences régionales.

Lire le texte de transcription

En 2022, la facture énergétique médiane des ménages belges est de 155€/mois. Elle est de 150€/mois en Région flamande, 95€/mois en Région de Bruxelles-Capitale, et 180€/mois en Région wallonne.

Parallèlement à cela, les revenus des ménages sont, en tenant compte de l’inflation (à prix courant, sur base 2013), en baisse depuis 2009. La médiane du revenu disponible équivalent mensuel belge s’élève en 2022 à 2.150€, avec à nouveau de grosses différences régionales. La Région de Bruxelles-Capitale compte ainsi le revenu mensuel médian disponible le plus faible (1.765€), par opposition à la Flandre qui enregistre le revenu le plus élevé (2.287€). À noter que le revenu disponible équivalent comprend l’ensemble des revenus, allocations et autres transferts dont bénéficie un ménage, dont sont soustraits les taxes, impôts et transferts en faveur d’autres ménages, divisé par le nombre de membres du ménage converti en équivalents adultes (Meyer & Coene 2024).

Tableau : revenu des ménages en 2022

Lire le texte de transcription

Le revenu disponible équivalent des ménages en 2022 est de 2.287€/mois en Région flamande, 1.765€/mois en Région bruxelloise et 1.951€/mois en Région wallonne. La médiane nationale s'élève à 2.150€/mois.

La Région de Bruxelles-Capitale est également la région où le coût du logement est le plus élevé (constitué essentiellement du loyer pour les locataires, du remboursement de l’emprunt hypothécaire et du précompte immobilier pour les propriétaires (Meyer & Coene 2024)): 650€/mois, par rapport à une médiane belge à 500€/mois.

Coût du logement

Lire le texte de transcription

En 2022, le coût médian du logement en Belgique est de 500€/mois. En Flandre, ce coût est identique à la médiane belge; il est supérieur en Région bruxelloise (650€/mois) et inférieur en Région wallonne (450€/mois).
Entre 2009 et 2022, le coût du logement a augmenté de 27% en Belgique.

Bon à savoir

Un Bruxellois dépense en moyenne 37% de son budget pour son logement

Les coûts du logement n’ont cessé d’augmenter dans les 3 régions depuis 2009, et l’augmentation s’est ressentie le plus fortement en Région de Bruxelles-Capitale (+52%, contre +38% en Flandre et +25% en Wallonie). Un Bruxellois dépense dès lors en moyenne 37% de son budget pour son logement. Le coût médian du logement varie en réalité fortement en fonction du statut d’occupation ; les propriétaires avec hypothèque ont un coût de logement 10 fois supérieur à celui des propriétaires sans hypothèque (mais enregistrent le niveau de revenu médian le plus élevé), et les locataires sont dans une situation intermédiaire. Il existe également une dualisation du marché locatif où les populations des centres urbains logeant dans des petits appartements à loyer modéré subissent des hausses de loyer importantes par rapport aux autres logements. 

Hormis l’existence de ces facteurs de risque, deux paramètres importants mènent également ces facteurs à être cause éventuelle de précarité énergétique :

  • la possibilité d’interruption de fourniture (si l’alimentation était garantie, il n’y aurait pas de menace sur l’accès à l’énergie) ;
  • la performance énergétique du bâtiment (en dehors du risque de coupure, un logement insalubre menace la possibilité même d’atteindre un confort minimum dans le logement). 

3 formes de précarité énergétique, avec d'importantes différences régionales

Bon à savoir

La précarité énergétique touche 21,8% de ménages belges en 2022

La proportion de ménages belges en précarité énergétique varie peu depuis 2009. Elle a cependant augmenté d’environ 1 point de pourcentage par rapport à 2021. Il existe par ailleurs de fortes variations régionales, avec 16,4% de ménages touchés en Flandre, 28,2% à Bruxelles et 29,2% en Wallonie.  

La proportion de la population en situation de précarité énergétique (toutes formes confondues) varie entre les Régions

Source : Baromètre de la précarité énergétique 2022 (Meyer & Coene 2024).
Proportion de la population en situation de précarité énergétique (

On distingue également 3 formes de précarité énergétique différentes, qui sont définies selon le Baromètre de la précarité énergétique à l’aide de 3 indicateurs (Meyer & Coene 2024):

Les trois Régions inégalement exposées aux différentes formes de précarité énergétique

Source : Baromètre de la précarité énergétique 2022 (Meyer & Coene 2024)
Remarque : les chiffres entre parenthèses sont donnés à titre indicatif car l’échantillon considéré est trop petit et ne permet pas de garantir la qualité du résultat.
Les trois Régions inégalement exposées aux différentes formes de précarité énergétique
  1. La précarité énergétique mesurée

    Elle définit les situations où « les ménages consacrent aux factures énergétiques  une part trop importante de leur revenu disponible après déduction du coût du logement ».

    En 2022, elle touchait 13,5% des ménages belges, avec une proportion de ménages touchés beaucoup plus importante en Wallonie (21,7%) qu’en Flandre (9,7%) ou en RBC (9,3%). Cela s’explique en partie par un prix des énergies plus élevé en Wallonie, une dépendance plus forte de cette Région aux combustibles liquides et solides, pour lesquels il n’existe pas de tarif social, ainsi qu’un climat généralement moins clément et des logements généralement plus grands, souvent 4 façades, et de moindre qualité énergétique.

    La précarité énergétique mesurée a diminué par rapport à 2021 (15% des ménages belges étaient alors touchés). Cette diminution est particulièrement marquée en Région de Bruxelles-Capitale. L’extension de l’octroi des tarifs sociaux pour le gaz et l’électricité ainsi que celle du statut de « client protégé » peuvent notamment expliquer cette diminution.

  1. La précarité énergétique cachée

    Cette forme de précarité cible les ménages en situation potentielle de déprivation, c’est-à-dire que l’on « soupçonne de se restreindre par rapport aux besoins de base car leur facture énergétique est anormalement basse ». Il s’agit donc de ménages qui semblent consommer anormalement peu pour leurs besoins en énergie.

    En 2022, elle s’élève à 6,2% des ménages en Belgique, avec également des disparités régionales importantes : 4,1% des ménages wallons se retrouvent dans cette situation, 5,5% des ménages flamands, et 15,9% des ménages en Région de Bruxelles-Capitale. Ce pourcentage est en augmentation continue depuis 2011, et pourrait être partiellement expliqué par la présence accrue d’appartements (et donc d’isolation par les mitoyens) et de logements de petites tailles. C’est également dans les grands centres urbains que l’on retrouve le plus de ménages isolés ou à faible revenu qui limiteraient leurs dépenses. L’augmentation a cependant été particulièrement importante en 2022 par rapport à 2021 : 4,2% des ménages belges étaient alors concernés, ce qui représente une hausse de 38% en un an. Cette augmentation peut être en partie expliquée par la baisse de de consommation des ménages avec la crise énergétique, mais aussi par l’extension du tarif social entraînant une réduction drastique de la facture de certains ménages vulnérables, qui pourraient par cette seule différence être artificiellement identifiés comme étant en précarité énergétique cachée.

  1. La précarité énergétique ressentie

    Elle se rapporte au « ressenti des ménages par rapport à leur capacité (financière) à faire face aux factures énergétiques ».

    Cet indicateur est le seul qui est purement subjectif et déclaratif. Il reprend les ménages qui, en réponse à une question spécifique à ce sujet lors de l'enquête, déclarent eux-mêmes avoir (ou craindre d’avoir) des difficultés à chauffer correctement leur logement. 4,1% des ménages belges sont dans cette situation en 2022. Il est également fort variable en fonction des régions ; on enregistre 2,0% des ménages flamands dans cette situation, alors qu’ils sont 7,2% et 6,6% en Wallonie et à Bruxelles, respectivement. Les revenus plus faibles dans ces 2 régions peuvent expliquer la crainte plus élevée des ménages par rapport à leurs factures énergétiques. La proportion de ménages touchés par la précarité énergétique ressentie a augmenté de 28,1% par rapport à 2021 ; 3,2% des ménages belges étaient alors dans cette situation.

Il existe peu de recoupement entre les 3 différentes formes de précarité énergétique, sauf entre la précarité mesurée et ressentie, pour lesquelles 1,3% des ménages se retrouvent dans les 2 catégories. Il y a donc en tout 19,6% des ménages belges qui se trouvent en situation « objectivée » de précarité énergétique (précarité mesurée ou cachée), et 2,2% dans une situation essentiellement subjective (précarité ressentie). 

Quels liens entre la précarité énergétique et d’autres formes de pauvreté ?

La précarité énergétique peut également être mise en lien avec d’autres caractéristiques socio-économiques de la population belge, comme le montre l’étude de la Fondation Roi Baudouin. 

Des croisements entre les indicateurs de pauvreté et la précarité énergétique

Source : Baromètre de la précarité énergétique (Meyer & Coene,2024)
Des croisements entre les indicateurs de pauvreté et la précarité énergétique

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En 2022, 14,8% des ménages belges sont en risque de pauvreté monétaire, dont la majorité (9,3% des ménages) sont également en situation de précarité énergétique.
De même, 15,5% des ménages présentent une faible intensité au travail, 9,0% étant également en situation de précarité énergétique.
6,3% des ménages sont en situation de privation matérielle et sociale sévère, 4,1% étant également en précarité énergétique.
Enfin, 21,5% des ménages sont considérés à risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, dont plus de la moitié (12,5% des ménages belges), sont en situation de précarité énergétique.

Que représentent les indicateurs de pauvreté ?

Source : Statbel – Pauvreté et conditions de vie

  • Risque de pauvreté monétaire (AROP) : Un ménage est considéré en situation de risque de pauvreté à partir du moment où son revenu disponible équivalent est inférieur au seuil de pauvreté, fixé à 60% du revenu médian national
  • Faible intensité de travail (Low Work Intensity – LWI) : Un ménage est considéré comme présentant une faible intensité de travail si ses membres en âge de travailler ont travaillé moins de 20% de leur potentiel au cours des 12 derniers mois.
  • Privation matérielle et sociale : Elle désigne l’incapacité, pour raison financière, de se procurer certains biens ou services considérés par la plupart des individus comme souhaitables, voire nécessaires, pour avoir un niveau de vie acceptable. Elle est représentée par l’indicateur de privation matérielle et sociale (MSD) et de privation matérielle et sociale sévère (SMSD), qui implique l’impossibilité de se permettre respectivement au moins 5  et au moins 7 biens ou actions sociales parmi une liste de 13 items:
     
    1. Payer à temps ses factures
    2. S’offrir chaque année une semaine de vacances hors de son domicile
    3. S’offrir un repas composé de viande, de poulet ou de poisson ou un équivalent végétarien tous les deux jours au moins
    4. Faire face à une dépense imprévue
    5. S’offrir une voiture
    6. Chauffer convenablement son domicile
    7. Remplacer des meubles endommagés ou usés
    8. Remplacer des vêtements usés ou démodés par des vêtements neufs
    9. Posséder deux paires de chaussures en bon état
    10. S'offrir une connexion internet à domicile
    11. Retrouver des amis ou sa famille autour d'un verre ou d'un repas au moins une fois par mois
    12. Participer de manière régulière à une activité de loisirs
    13. Dépenser une petite somme d'argent chaque semaine pour soi-même
       
  • Risque de pauvreté ou d’exclusion sociale (AROPE) : Il vise à tenir compte des diverses facettes de la pauvreté en combinant les trois indicateurs précédents. Un ménage est considéré comme étant à risque de pauvreté ou d’exclusion sociale s’il est confronté à au moins l’un des trois risques décrits ci-dessus (risque de pauvreté monétaire, faible intensité de travail, privation matérielle et sociale sévère).

Plusieurs indicateurs sont utilisés, traitant des aspects financiers comme des aspects sociaux de la pauvreté (voir ci-dessus). Le croisement des chiffres nous permet de constater l’existence de lien clairs entre pauvreté et précarité énergétique. En effet, 62,9% des ménages belges en risque de pauvreté monétaire (AROP), 51,8% des ménages à faible intensité au travail (LWI), 65,1% des ménages en privation matérielle et sociale sévère et 58,1% des ménages à risque de pauvreté ou d’exclusion sociale (AROPE) sont en situation de précarité énergétique. Pour rappel, cette situation touche 21,8% de la totalité des ménages belges. Si le lien est fort, on peut tout de même souligner que 42,3% des ménages en précarité énergétique (9,3% des ménages belges) ne sont pas considérés à risque de pauvreté et d’exclusion sociale, mais présentent tout de même des difficultés à payer leurs factures d’énergie.

La Région de Bruxelles-Capitale enregistre par ailleurs une proportion de population en risque de pauvreté considérablement plus élevée que la moyenne nationale (par exemple, 29,0% des ménages bruxellois sont en risque de pauvreté monétaire, contre 14,8% des ménages belges). On peut donc estimer qu’une part plus importante de la population bruxelloise est en risque de se trouver en situation de précarité énergétique. 

La précarité énergétique ne touche pas tous les types de ménages de la même manière

Les données montrent que les isolés et les familles monoparentales sont beaucoup plus vulnérables que les autres types de ménage. 

La composition du ménage influence le risque de précarité énergétique (toutes formes confondues).

Source : Baromètre de la précarité énergétique 2022 (Coene et al. 2024)
Remarque : les chiffres entre parenthèses sont donnés à titre indicatif car l’échantillon considéré est trop petit et ne permet pas de garantir la qualité du résultat.
La composition du ménage influence le risque de précarité énergétique

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En 2022, la précarité énergétique touche en Belgique:

  • 8,1% des couples avec enfant(s)
  • 13,2% des couples sans enfant
  • 37,4% des familles monoparentales
  • 37,9% des personnes isolées
  • 8,4% des autres ménages.

Pour rappel, la précarité énergétique touche 21,8% de la population belge, tous ménages confondus.

Plus d’un tiers des ménages isolés et des familles monoparentales sont effectivement en situation de précarité énergétique. Ceci peut s’expliquer principalement par la présence d’un seul revenu (généralement moins élevé, puisqu’il ne provient pas du travail pour 62,7% des isolés et 29,8% des familles monoparentales). Il est donc plus compliqué pour ces ménages de subvenir à leurs besoins énergétiques, qui ne sont généralement pas proportionnellement moins élevés par rapport à un ménage de 2 adultes avec enfants, par exemple. 

Ces ménages sont donc surreprésentés parmi les ménages en précarité énergétique : 62% des ménages en précarité énergétique sont des isolés et 10% sont des familles monoparentales, alors que ces deux catégories représentent respectivement 35% et 6% de l’ensemble des ménages belges. Par ailleurs, les isolés forment près de la moitié (47%) des ménages bruxellois, et les familles monoparentales 12%. Ici aussi, la proportion de ménages particulièrement vulnérables est donc nettement plus élevée dans la Capitale par rapport à la moyenne du pays. Les ménages les moins vulnérables à la précarité énergétique (les couples avec et sans enfants et les ménages non inclus dans les autres catégories) sont quant à eux légèrement sous-représentés en RBC. Cette structure des ménages particulière à la Région bruxelloise implique donc qu’une part sensiblement plus importante de la population soit vulnérable à la précarité énergétique, et contribue à expliquer la valeur relativement élevée de 28,2% de précarité énergétique à Bruxelles.  

Les ménages les plus vulnérables à la précarité énergétique surreprésentés parmi la population bruxelloise.

Source : IBSA (pour Bruxelles) et Baromètre de la précarité énergétique 2022 (Coene et al. 2024)
Les ménages les plus vulnérables à la précarité énergétique surreprésentés parmi la population bruxelloise

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En 2022, 62% des ménages en précarité énergétique sont des isolés. Cette catégorie représente 35% des ménages belges et 47% des ménages bruxellois.
17% des ménages en précarité énergétique sont des couples sans enfant. Cette catégorie représente 28% des ménages belges et 14% des ménages bruxellois.
10% des ménages en précarité énergétique sont des familles monoparentales. Cette catégorie représente 6% des ménages belges et 12% des ménages bruxellois.
9% des ménages en précarité énergétique sont des couple avec enfant(s). Cette catégorie représente 25% des ménages belges et 23% des ménages bruxellois.
Enfin, 2% des ménages en précarité énergétique sont d’autres types de ménages. Cette catégorie représente 6% des ménages belges et 4% des ménages bruxellois.

Parmi ces ménages vulnérables, deux cas spécifiques sont à relever. Le premier est celui des seniors : les ménages comprenant au moins un membre de 65 ans et plus sont sensiblement plus exposés à la précarité énergétique. 47,5% des isolés âgés sont ainsi en précarité énergétique, contre 31,5% pour les autres isolés. 

Le second est celui des femmes, qui sont fortement surreprésentées parmi les ménages les plus vulnérables :

  • elles sont à la tête de 81% des familles monoparentales (86% en Région de Bruxelles-Capitale) ;
  • elles sont deux fois plus nombreuses que les hommes parmi les isolés âgés (65 ans et plus) ;
  • elles occupent plus fréquemment des logements sociaux (voir ci-dessous)
  • de plus, elles bénéficient généralement de revenus inférieurs à ceux des hommes isolés de la même tranche d’âge. 

Quel lien avec l’état de santé, et le statut d’occupation et la qualité du logement ?

Les études de la Fondation Roi Baudoin démontrent une corrélation entre mauvais état de santé et précarité énergétique. En effet, les belges en situation de précarité énergétique déclarent nettement plus souvent être en moyenne, mauvaise ou très mauvaise santé que les individus appartenant à un ménage qui n’est pas en situation de précarité énergétique. Ils déclarent également plus souvent souffrir de maladies chroniques ou d’une limitation légère ou forte de leurs activités quotidiennes en raison d’un problème de santé.

Coût du logement

Lire le texte de transcription

En 2022, 26,6% des Belges appartenant à un ménage en situation de précarité énergétique déclarent avoir un état de santé moyen et 16,5% déclarent être en mauvaise ou très mauvaise santé. C'est le cas de respectivement 14,7% et 6,3% des personnes n'appartenant pas à un ménage en situation de précarité énergétique. De même, 42,5% des personnes en situation de précarité énergétique déclarent souffrir de maladies ou de problèmes de santé chroniques, contre 23,9% des personnes n'étant pas dans cette situation. Enfin, 42,8% des individus en situation de précarité énergétique déclarent limiter leurs activités quotidiennes en raison d'un problème de santé, tandis que c'est le cas pour 22,2% des personnes ne se trouvant pas en situation de précarité énergétique.

La proportion plus élevée de seniors (65 ans est plus) parmi les personnes en précarité énergétique est toutefois à prendre en compte dans ces constats. 

Il existe également un lien entre la précarité énergétique et le statut d’occupation du logement, les locataires étant plus affectés : 33% d’entre eux souffrent de précarité énergétique, contre seulement 15% des propriétaires. On retrouve ici un lien avec la vulnérabilité de certains  ménages: les isolés et les familles monoparentales sont en effet le plus souvent locataires de leur logement. On observe également une relation entre la précarité énergétique et la qualité du logement : 31,5% des ménages en précarité énergétique ont un logement de moindre qualité ou dégradé (fuite dans la toiture, humidité, boiseries pourries, …). Or, les locataires sont plus susceptibles que les propriétaires d’occuper de tels logements. Les logements de moindre qualité se retrouvent par ailleurs souvent dans les zones densément peuplées qui regroupent des ménages à faibles revenus. On remarque par ailleurs que les locataires sociaux sont d’autant plus touchés par la précarité énergétique, puisque 45,5% d’entre eux en souffrent. Ce chiffre élevé est attribuable principalement à la faible performance énergétique des logements sociaux.

La transition écologique, levier possible du rééquilibrage ?

La précarité énergétique en Belgique ne semble pas décliner au cours des années, et les conditions socio-économiques influencent fortement la vulnérabilité des ménages au phénomène. Or, les tarifs très élevés des énergies enregistrés en 2022 suite à la guerre en Ukraine ont mis en évidence la volatilité des prix. De plus, à terme, ceux-ci risquent d’augmenter en raison notamment de l’épuisement des énergies fossiles et du prix actuellement plus élevé des énergies renouvelables.

Dès lors, il reste très important de poursuivre l’intégration et l’amélioration des politiques de lutte contre la précarité énergétique, notamment dans les politiques climatiques. Et ce notamment dans le cadre de la transition écologique et en synergie avec la politique de développement durableMode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre à leurs propres besoins. Il s'agit donc d une démarche qui vise à assurer la continuité dans le temps du développement économique et social, dans le respect de l'environnement, et sans compromettre les ressources naturelles indispensables à l'activité humaine., qui ont toutes deux pour objectif de répondre aux enjeux écologiques actuels. Le potentiel de rénovation des bâtiments, par exemple, est un axe central de la transition qui permettrait d’augmenter l’efficacité énergétique des bâtiments et de réduire les pertes.

Dans ce contexte, la Région de Bruxelles-Capitale a mis en place sa stratégie de rénovation du bâti, qui passe notamment par l’établissement obligatoire d’un certificat PEBDocument qui présente les indicateurs de performance énergétique d'un bien. Il indique également les objectifs PEB à atteindre et le respect ou non des exigences PEB en cas de travaux. Il propose des recommandations de travaux pour améliorer la performance énergétique. pour tous les bâtiments à l’horizon 2031. L’objectif est d’ainsi jalonner le potentiel de rénovation des bâtiments en vue d’une amélioration progressive de leur performance énergétique jusqu’à un niveau moyen de PEB C+ pour l’ensemble du bâti résidentiel bruxellois à l’horizon 2050. Ces exigences de performance énergétique sont systématiquement accompagnées de mesures d’accompagnement et d’aide (primes, prêts à faibles taux,…). Celles-ci sont adaptées aux situations socio-économiques des ménages et destinées notamment aux catégories les plus vulnérables, afin qu’elles puissent prendre part à la transition et réduire leur facture énergétique. Le Plan Air-Climat-Energie, qui s’appuie entre autres sur cette stratégie, entend lui aussi réduire la précarité énergétique par diverses actions additionnelles, comme le renforcement de la politique de protection du consommateur ou le renforcement et la formation des services sociaux de proximité pour les ménages en difficulté. La question de l’accès pour tous à un logement abordable et de qualité y prend également une place importante. D’autre part, la Région protège l’accès à l’énergie des Bruxellois au moyen de diverses dispositions prévues dans les ordonnances électricité et gaz (contrat d’approvisionnement de minimum 3 ans, coupure pour défaut de paiement prononçable uniquement par un juge de paix, statut de « client protégé », …), et soutient les travailleurs sociaux et les ménages sur les questions de l’accès à l’énergie via notamment le Centre d’Appui SocialEnergie et le Centre Infor GazElec.

L’accès à l’énergie est donc déjà un sujet de préoccupation des politiques régionales. Néanmoins, la transition écologique à venir se devra d’intégrer au mieux cette question en vue de rééquilibrer les inégalités d’accès et, si possible, de réduire l’ampleur de la précarité énergétique.

À télécharger

Etude(s) et rapport(s)

  • BAUDAUX A., BARTIAUX F., Novembre 2020. « Précarité énergétique et aide sociale en Région de Bruxelles-Capitale », Brussels Studies. 
  • COENE J., MEYER S., Mars 2021. « Baromètres de la précarité énergétique et hydrique (2009-2019) ».
  • COENE J., MEYER S., Juin 2022. « Baromètres de la précarité énergétique et hydrique (2020) ».
  • COENE J., MEYER S., Mars 2023. « Baromètre de la précarité énergétique (2021) ».
  • COENE J, MEYER S., Mars 2024. « Baromètre de la précarité énergétique. Analyse et interprétation des résultats 2022 ».
  • COMMISSION DE REGULATION DE L’ELECTRICITE ET DU GAZ, Septembre 2021. « Etude relative à la hausse des prix de l’électricité et du gaz en Belgique ».
  • DELVAUX A., GREVISSE F., Décembre 2017. « Précarité énergétique ». PAUVéRITé. (.pdf)
  • HUYBRECHS F., MEYER S., VRANKEN J., Décembre 2011. « La Précarité Energétique en Belgique – Rapport final ».

Plan(s) et programme(s)

  • Plan régional Air-Climat-Energie 2023 (.pdf)
  • Ordonnance relative à l'organisation du marché de l'électricité en Région de Bruxelles-Capitale, Novembre 2001, ord. n°2001031386
  • Ordonnance relative à l'organisation du marché du gaz en Région de Bruxelles-Capitale, concernant des redevances de voiries en matière de gaz et d'électricité et portant modification de l'ordonnance du 19 juillet 2001 relative à l'organisation du marché de l'électricité en Région de Bruxelles-Capitale, Avril 2004, ord. n° 2004031172

Fiches documentées

  • Inégalités environnementales en Région bruxelloise (.pdf)

Liens utiles

  • La page de conseils et d’accompagnement de Bruxelles Environnement sur la précarité énergétique
  • La page de Bruxelles Environnement sur la stratégie RENOLUTION de rénovation du bâti bruxellois
  • La page de Bruxelles Environnement qui reprend les accompagnements disponibles en matière de bâtiment et d’énergie
  • Le Centre d’appui SocialEnergie, service régional en soutien aux travailleurs sur les questions de précarité énergétique et hydrique
  • Le Centre d’information indépendant qui défend le droit à l’accès à l’énergie (gaz et électricité)
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