La location ou le prêt : la tendance montante de l’économie circulaire
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À Bruxelles, de petites entreprises et associations proposent un nouveau modèle de consommation basé sur la location ou l’emprunt plutôt que sur l’achat. Découvrez les témoignages d'une outilthèque de quartier, d'un service de prêt de remorques-vélo et d'une coopérative d'emprunt d'objets dans les secteurs des loisirs, camping, vacances, sport, jardinage...
Fabrik, une centaine d’outils en prêt
Basée à Saint-Josse-ten-Noode, fabrik est une association du Réseau Habitat, active dans la rénovation urbaine et le soutien aux habitants dans la revitalisation de leur quartier.En 2019, elle a mis en place une outilthèque, pour l’emprunt d’outils de qualité à prix libre.
Les responsables Eloïse Dhuy et EstebanFuertes Gonzaleznous expliquent la genèse et lefonctionnement du service : « L’outilthèque a été lancée grâce au subside zéro déchetde Bruxelles Environnement pour les associations, qui a permis d’investir dans l’achat des outils et l’aménagement des espaces d’atelier et de stockage. »
Comment s’articule l’activité ?
« Le projet fonctionne sur base des contributions versées par les utilisateurs ainsi que notre subside Réseau Habitat pour les frais de personnel (permanences, communication, gestion, suivi, entretien des outils, coordination…), en lien avec nos missions de conseil enrénovation et de soutien de projets citoyens. Nos moyens sont très réduits pour tout ce qui concerne les réparations, l’entretien et l’achat de nouveaux outils. Nous essayons toutefois de pallier ce manque ponctuellement par des subventions reçues via des appels à projets. La plupart des outils ayant été achetés en 2019, la question va se poser dans les mois/années qui viennent. »
Quelles sont les pistes pour rester viable ?
« Il faut savoir que les rentrées versées par les utilisateurs ne suffisent pas à couvrir les investissements. Nous avons toutefois changé le système des prix début 2022. Le prix libre a été abandonné au profit d’une catégorisation des prix et des outils, avec 3 groupes de contributions (soutien – standard – solidaire). Ce système permet à chacun d’adapter sa quote-part en fonction de l’outil emprunté, de son usage (une fois ou pour un petit chantier, etc.), et de ses moyens. Un système d’abonnement d’un an a également été mis en place.
La réflexion sur l’organisation d’ateliers « savoir faire soi-même » pour l’utilisation des outils de base est en cours de finalisation, avec à la clé des recherches de financements. Dans ce cadre, une attention particulière sera portée aux femmes. »
Le profil des utilisateurs et utilisatrices ?
« Il est très varié. Cela va de femmes isolées devant assumer elles-mêmes certains petits travaux aux jeunes propriétaires réalisant de petites rénovations en passant par les bricoleurs à l’affût d’outils plus pointus et les curieux, curieuses, voulant tester des outils de qualité, etc. En grande majorité ce sont des habitants et habitantes de la commune, mais également des collectifs, des associations ou maisons de santé. Le pourcentage de personnes indépendantes à 100%, qui n’ont pas besoin d’aide pour être guidées, est relativement faible. »
Lesoutils les plus empruntés ?
« Les foreuses, visseuses, scies sauteuses, les petits outils à main et de jardinage. Une autre demande courante concerne les outils pour la récupération de vieux meubles ou leur adaptation. »
Remorquable, service associatif de partage de remorques à vélo
Fondée en 2018, Remorquable est une remorquothèque, un service de prêt de remorquesqui fonctionne comme une bibliothèque. C’est un service de prêt et non un service de location où l’on paie à chaque utilisation, avec 3 tarifs d’abonnements (réduit - standard - solidaire) adaptés à tous les portefeuilles et des antennes de prêt réparties sur le territoire bruxellois pour toucher un maximum de quartiers. Le service s’adresse aux particuliers, aux petites associations voire aux petits indépendants,
« Rendre la remorque à vélo accessible à tous les publics est essentiel pour nous », affirme Marie Vanden Berghe, nouvelle coordinatrice de l’asbl.
Comment est né le projet ?
« Tout est parti d’une bande de potes, des étudiants de l’ULB, qui ont commencé à fabriquer des remorques sur le site du campus. Le constat était simple : pourquoi acheter du matériel qui est cher et encombrant, alors qu’on peut le mutualiser ? Très vite, le projet a pu se professionnaliser et engager du personnel, grâce au subside Cairgo Bike, financé par Urban Innovative Action et piloté par Bruxelles Mobilité.Cet apportfinancier, octroyé en 2019 pour une durée de 3ans,a permis de créer notre business modèle et de le pérenniser jusqu’à ce jour. Clairement, nousrestons dans une activité d'intérêt général, sans recherche de rentabilité au sens classique. »
Et demain ?
« Le but de Remorquable est de trouver de nouvelles sources de financement pour pouvoir subsister et pourvoir à ses besoins en payant aussi du personnel. Il est également important d’augmenter le nombre de nos membres, qui aujourd’hui sont une soixantaine. Ce sont en grande majorité des particuliers ou de petites associations, vu la limitation de charge à 65 kg sur nos remorques. Pour les entreprises qui doivent transporter de plus gros volumes, il existe d’autres services. Nous devons également constamment trouver de nouveaux partenaires.
Notre but est vraiment d'essayer que le plus grand nombre – et pas seulement les militants et militantes - remplace la voiture, ou la location de voiture, pour aller par exemple chez IKEA ou au Brico. Notre raison d’être s'inscrit dans l'économie sociale, collaborative et aussi écologique. J'ai l'impression que les gens sont de plus en plus sensibles à ce genre de projet, vu la conjoncture aussi… ».
Quelques points forts en 2023 :
- 25 antennes au total dont 1 au moins dans chaque commune
- + 10 nouvelles remorques en aluminium
- + de partenariats avec les communes pour des animations dans l'espace public
Bon à savoir
La remorquothèque Remorquable sera prochainement intégrée dans les services de mobilité de la prime Bruxell’Air.
Usitoo, Just use it!
Usitoo, société coopérative, propose une bibliothèque de plus de 1.000 objets. Combinée à un service de livraison de proximité, elle se veut LA référence en matière d’emprunt. Ce service procure non seulement un gain de temps, d’argent, de place mais fait également du bien à la planète.
En créant Usitoo en 2016, l'objectif était d'attirer un maximum de personnes vers la mutualisation d'objets qui répondent à des besoins ponctuels. Xavier Marichal, un des responsables de la coopérative,explique : « nous nous sommes vraiment focalisés sur les objets du quotidien, dont on a besoin une, deux, trois fois par an. Nous avons créé ce service parce que les propositions qui existaient, et qui existent toujours, ne semblaient pas convenir à tout le monde. Le but était de lever les freins qu'on avait pu analyser dans nos enquêtes : le prix élevé chez les loueurs traditionnels, la possibilité de passer par un réseau informel (entre voisins ou autres), et enfin le dépôt de garantie.
Nous avons donc essayé de mettre au point un système qui répond spécifiquement à ces freins-là.
Quel système avez-vous développé ?
« Chez Usitoo, les objets sont volontairement à petit prix. La coopérative n'entend pas faire du bénéfice mais juste trouver un équilibre. On veut que les gens soient convaincus que, ‘à ce prix- là’, il vaut mieux emprunter plutôt que d'aller acheter un équipement dont on aura besoin qu'une fois. Ou d’aller emprunter chez son voisin avec les ennuis que cela peut engendrer en cas de problème. Nous proposons aussi des locations sans dépôt. C’est un risque que nous acceptons de prendre. Le système est très convivial, vous réservez quand vous voulez. Vous allez récupérer l'objet dans un de nos points relais. C'est donc l'objet qui fait 90% du trajet vers chez vous, dans la boutique de votre quartier ou près de votre travail. »
Qui sont vos utilisateurs et utilisatrices ?
« Les premières personnes à embrayer sur ce service étaient les convaincus - convaincus par les défis environnementaux, sociaux, etc. Ensuite, la tendance s’est élargie à ceux et celles qui font attention à leur portefeuille. Nous nous sommes rendu compte que notre meilleure communication, c’était le bouche-à-oreille !»
Que vous apporte la coopérative ?
« C'est un statut d’entreprise cohérent en termes de mutualisation, mais aussi de gouvernance et de finance. Nous voulions créer un projet économique qui puisse être porté par plusieurs. Globalement, nous sommes une entreprise économique qui veut trouver un modèle équilibré avec une vision sociétale et sociale. »
Des obstacles ?
« Lorsqu’on s'attaque à des changements comportementaux, le processus est très lent et très compliqué. Dans ce sens, nous aurons besoin d'aide plus longtemps que ce qu'on avait imaginé. En réalité, nous intégrons les externalités, c’est-à-dire que nous veillons à louer des objets à prix abordables, à les réparer, à les entretenir, etc. J'ai des gens qui m'écrivent en disant : ‘C'est quand même cher une foreuse à 2 € pour deux jours. J'ai vu que Brico a une promotion à 18 € et en plus, c'est un modèle sur batterie.’ Oui, mais elle n'intègre aucune externalité. C'est fabriqué loin d'ici, dans des conditions sociales et salariales déplorables. En outre, le coût ne tient compte d'aucune pollution. Il faut savoir que les gains de la location se chiffrent également en économies deplusieurs centaines de kg deCO2. »
Quelle vision d’avenir ?
« La crise COVID a mis toute la location à l'arrêt. Nous avons donc repris en mars 2022, et gardé le cap toutenréfléchissant à l’évolution du projet. Pour maintenir des taux de location à prix attractifs, la seule manière de mettre le modèle économique à l'équilibre, c'est d'avoir du volume. Aujourd’hui, l’ambition est toujours présente. Nous cherchons denouveaux partenaires de l'économie sociale, qui sont déjà dans la revalorisation ou la récupération. Par exemple, nous avons un partenariat avec la Ville de Bruxelles, qui au lieu de créer sa propre prêterie, utilise le service d’Usitoo. Nous faisons également appel à nos coopérateurs pour des apports de fonds. En conclusion, c’est un projet d’avenir, mais cela reste vraiment un défi d'arriver d’en faire une activité économique. »
Bon à savoir
En 2016, Usitoo a été lauréate de l’appel à projet BeCircular, s’inscrivant comme pionnière dans la tendance montante de l’économie circulaireL'économie circulaire est un modèle de production et de consommation qui consiste à partager, réutiliser, réparer, rénover et recycler les produits et les matériaux existants le plus longtemps possible afin qu'ils conservent leur valeur..Les fonds ont permis à l’entreprise de se lancer et de constituer son premier catalogue d’objets, en rachetant également du matériel inutilisé chez les Bruxellois et Bruxelloises.
La remorquothèque Remorquable sera prochainement intégrée dans les services de mobilité de la prime Bruxell’Air.
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