Qualité de l’air à Bruxelles : Olivier Brasseur décortique le rapport annuel
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Le dernier rapport sur la qualité de l’air à Bruxelles révèle des progrès significatifs dans la réduction de la pollution, avec des niveaux de certains polluants en baisse. Découvrez les raisons de ces évolutions positives, leur impact sur votre quotidien et les mesures envisagées pour poursuivre ces progrès.
Le rapport annuel 2023 de Bruxelles Environnement sur la qualité de l’air en Région bruxelloise dévoile des résultats encourageants : les concentrations de dioxyde d'azote et de particules fines ont diminué de manière significative par rapport à l’année dernière, et respectent toutes les valeurs cibles européennes. Cette amélioration est le fruit d’efforts continus pour réduire les émissions de polluants dans notre capitale. Cependant, bien que ces progrès soient notables, le rapport met en lumière que certaines recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ne sont pas encore pleinement respectées.
Pour mieux comprendre ces résultats et leurs implications pour la santé des Bruxelloises et Bruxellois, nous avons rencontré Olivier Brasseur, chef du département Laboratoire et Qualité de l’air, afin de discuter des avancées réalisées et des défis à relever pour un avenir plus sain.
1. Pourquoi est-il essentiel de mesurer la qualité de l’air à Bruxelles ?
Olivier Brasseur : La catastrophe d’Engis en 1930 et le smog de Londres en 1952 sont deux événements majeurs qui ont suscité une prise de conscience de l’impact de la pollution de l’air sur la santé. À la suite de ceux-ci, il a été décidé de mettre en place des réseaux de mesure pour surveiller la qualité de l’air ambiant.
En Belgique, le premier réseau a été installé en 1968, complété en 1978 par un réseau automatique qui permettait de suivre la qualité de l’air en temps réel. Depuis les années 1980, les directives européennes en matière de qualité de l’air se sont succédé. Celles-ci précisent les polluants à mesurer et les normes à respecter. À noter que ces normes ne constituent cependant qu’un compromis entre la situation à un moment donné et les valeurs recommandées par l’OMS.
2. Quels sont les facteurs ayant contribué à la diminution des concentrations de dioxyde d'azote et de particules fines par rapport à 2022 ?
Depuis le début des mesures en 1996, les concentrations de particules fines ont diminué de 75% en moyenne sur la Région bruxelloise. Cette amélioration est due à une réduction des émissions dans les secteurs du transport, du chauffage et de l’industrie (même si cette dernière est moins présente en Région bruxelloise que dans les autres régions du pays).
Le dioxyde d’azote (NO2) a vu quant à lui ses concentrations chuter de 70% au cours des 40 dernières années, avec une baisse particulièrement marquée ces cinq dernières années. La raison principale est la réduction des émissions du trafic grâce notamment à la zone de basses émissions (LEZ), le plan Good Move, les progrès technologiques des véhicules et l’évolution du prix des carburants en défaveur du diesel. Dans le secteur du chauffage, l’amélioration de l’isolation des bâtiments contribue également à la réduction des émissions d’oxydes d’azote.
3. Comment ces améliorations impactent-elles la santé publique ?
Une amélioration de la qualité de l'air a un impact significatif sur la santé publique, en particulier pour les personnes plus fragiles telles que les enfants, les personnes âgées et celles atteintes de maladies respiratoires ou cardiovasculaires. En réduisant les niveaux de particules fines et de dioxyde d'azote, on observe une diminution des symptômes respiratoires, ainsi qu'une réduction des risques de maladies cardiovasculaires. Les enfants, dont les poumons sont encore en développement, et les personnes âgées, dont le système immunitaire est souvent affaibli, bénéficient particulièrement de la réduction de la pollution.
4. Comment les conditions météorologiques influencent-elles la qualité de l'air au quotidien et à plus longue échéance ?
Les conditions météorologiques agissent comme un modulateur de la pollution de l’air ambiant. Lorsque le temps est très calme, par exemple par vent faible, la dispersion des polluants est moins efficace et les concentrations de polluants ont tendance à croître. De telles conditions peuvent donner lieu à un pic de pollution.
Lorsque la Cellule interrégionale de l’Environnement (IRCEL-CELINE) prévoit des concentrations élevées en particules fines, le plan d’action bruxellois « pic de pollution » peut être activé. Suivant les niveaux prévus, des mesures contraignantes (ex. abaissement de la limitation de vitesse) et/ou de sensibilisation peuvent entrer en vigueur.
Dans le cadre du changement climatiqueDésigne de lentes variations des caractéristiques climatiques en un endroit donné, au cours du temps : réchauffement ou refroidissement. Certaines formes de pollution de l'air, résultant d'activités humaines, menacent de modifier sensiblement les climats, dans le sens d'un réchauffement global. Ce phénomène peut entraîner des dommages importants : élévation du niveau des mers, accentuation des événements climatiques extrêmes (sécheresses, inondations, cyclones, etc.), déstabilisation des forêts, menaces sur les ressources d'eau douce, difficultés agricoles, désertification, réduction de la biodiversité, extension des maladies tropicales, etc., il faudra surveiller si la fréquence des situations météorologiques donnant lieu à une mauvaise dispersion des polluants tend à croître ou à décroître.
5. Quelles actions concrètes la Région va-t-elle entreprendre pour mieux répondre aux recommandations de l'OMS ?
Pour atteindre les valeurs recommandées par l’OMS, il faudra aller encore plus loin que les futures normes européennes en réduisant de 50% les niveaux de particules fines et de 75% les concentrations de dioxyde d’azote par rapport à la situation actuelle.
Pour atteindre cet objectif, il est indispensable d’agir sur la multiplicité des sources qui émettent des particules fines. En Région bruxelloise, le chauffage est actuellement le secteur qui émet le plus de particules fines, tout particulièrement le chauffage au bois, et dans une moindre mesure au mazout. Les émissions du trafic sont moitié moins importantes que celles du chauffage.
En ce qui concerne le dioxyde d’azote, les niveaux actuels devraient être divisés par 2 pour respecter les normes européennes fixées pour 2030, et par 4 pour respecter les recommandations de l’OMS. Le principal émetteur est le transport routier, suivi par le chauffage. Les mesures prises en Région bruxelloise pour améliorer la qualité de l’air agissent sur ces deux secteurs : il s’agit en particulier de la zone de basse émission (LEZ) et du plan Good Move pour le trafic, et de la stratégie Renolution visant à réduire la consommation énergétique dans les bâtiments.
6. Comment les citoyennes et citoyens peuvent-ils contribuer à améliorer la qualité de l’air à Bruxelles ?
Les Bruxellois et Bruxelloises peuvent tout à fait contribuer à atteindre ces objectifs en adoptant certains gestes simples, par exemple :
- réduire l'utilisation de la voiture : favoriser les transports en commun, le vélo, la marche ou le covoiturageSystème de transport qui consiste à partager l'utilisation d'une voiture particulière entre plusieurs personnes, principalement pour les trajets domicile-travail. pour diminuer les émissions de polluants provenant des véhicules ;
- adopter des pratiques écoénergétiques : réduire la consommation d'énergie à la maison en utilisant des appareils économes en énergie, notamment en améliorant l'isolation ;
- éviter les combustibles polluants pour le chauffage, comme le bois (gros émetteur de particules fines) et, dans une moindre, mesure le mazout.
7. Quelles sont les prochaines étapes pour continuer à réduire les niveaux de pollution et protéger la santé des Bruxelloises et Bruxellois ?
Les efforts portent actuellement sur une surveillance accrue du dioxyde d’azote. Le réseau automatique a été renforcé en 2020 et 2021 avec l’ajout de 3 nouvelles stations de mesure dans des sites à trafic dense.
De plus, un réseau secondaire a été déployé pour assurer une surveillance plus étroite des sites les plus pollués en Région bruxelloise. Ce réseau utilise un système de tubes passifs, dont l’installation est plus aisée mais qui garantissent toujours une bonne qualité de mesure. Ce réseau comporte actuellement 29 sites fixes et 12 autres sites exploités pour les campagnes de mesure de courte durée. Dans chaque site fixe, les mesures sont effectuées pendant un an et sont prolongées si les concentrations relevées dépassent ou presque la valeur limiteValeur à respecter afin d'éviter des effets indésirables sur la santé ou l'environnement. Une valeur limite reprise dans une réglementation devient une norme. européenne. En revanche, dans les sites où les concentrations sont plus faibles, les dispositifs de mesure sont déplacés vers d’autres sites exposés à une pollution importante due au trafic.
À télécharger
- pdfRapport annuel 2023 sur la Qualité de l’air à Bruxelles(.PDF, 9.13 Mo)
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