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Focus: Exposition au bruit dans les écoles

Des niveaux de bruit trop élevés à l’école constituent un réel problème qui affecte aussi bien les élèves que les enseignants et le personnel qui y travaillent. Différentes mesures ont été réalisées, celles-ci mettent en évidence des niveaux acceptables dans les classes et trop élevés dans les salles de sport, réfectoires et autres salles polyvalentes. Des solutions existent et offrent de réelles améliorations si elles sont mises en œuvre correctement. Dans le cas de nouveaux bâtiments, prendre en compte l’acoustique dès le début du projet évite de potentiels surcoûts ultérieurs.

Un enjeu de santé publique

Outre les effets sur l’audition, le bruit occasionne, pour les élèves, de la fatigue, du stress, des troubles comportementaux (agressivité, hyperactivité), une diminution de la concentration et une baisse de la capacité à exécuter des tâches cognitives (apprentissage, tâches complexes, résolution de problèmes). Au bruit subi à l’école s’ajoute encore, pour certains enfants et adolescents, une utilisation intensive du baladeur et/ou la pratique et l’usage de la musique (concerts, fêtes, instruments…) à des niveaux sonores souvent excessifs, ce qui a pour effet une surexposition au bruit. Le danger de l’exposition au bruit dépend du niveau sonore et de la durée d’exposition. En dépassant régulièrement la dose de bruit tolérable, les écoliers usent progressivement leurs oreilles.
Du côté des enseignants et du personnel travaillant dans les écoles, en plus d’occasionner stress et fatigue, un bruit excessif oblige à élever le ton pour rester entendu. Si ce phénomène se répète, il y a un risque de dommages, parfois irréversibles, sur la voix.
La diminution des nuisances sonores dans les écoles est donc une priorité dont l’enjeu est de permettre des échanges plus riches, une meilleure concentration, une amélioration de la qualité de l’écoute et surtout, une préservation de la santé de chacun.
Cet enjeu est d’autant plus important que la Région de Bruxelles-Capitale sera dans les prochaines années confrontée à un essor démographique considérable. Les dernières perspectives font en effet état d’une croissance de 1 à 1,5% par an, soit une augmentation de 170.000 habitants à l’horizon 2020 (IBSA, mai 2010). Au vu de l'accroissement régulier de la population à Bruxelles, l'Institut Bruxellois de Statistique et d'Analyse (IBSA) prédit une augmentation de 42. 500 élèves entre 2010 et 2020 (IBSA, juin 2010).
Bruxelles va donc devoir faire face à une demande croissante de places dans les écoles. Qu’il s’agisse d’accueillir plus d’élèves dans les écoles existantes ou de créer de nouvelles écoles, il est primordial de « bien penser » les écoles du point de vue acoustique afin de garantir à leurs occupants une ambiance sonore favorable à l’apprentissage.

Niveaux de bruit rencontrés dans les écoles

Source : Bruxelles Environnement, Service données Bruit, 2012

Notes : 1. Une salle de repos, 2. La voix chuchotée, 3. Une bibliothèque, 4. Un orateur, 5. Une salle de classe, 6. Un réfectoire, 7. Une salle de sports, 8. La voix criée et 9. Le seuil de la douleur

Niveaux de bruit rencontrés dans les écoles

Objectif : évaluer l’exposition au bruit dans les écoles

Ces dernières années, Bruxelles Environnement a mené une quinzaine de campagnes de mesures dans des écoles. Différents types de mesures ont été réalisés dans des locaux variés (salles de classes, réfectoires, préaux, salles de sports ou autres salles polyvalentes) afin de rendre compte de la situation sonore dans les établissements scolaires en Région de Bruxelles-Capitale. Le temps de réverbération et le bruit ambiant ont été mesurés dans presque tous les cas.

Temps de réverbération : satisfaisants dans les salles de classes mais insatisfaisants dans les autres types de locaux

Le temps de réverbération est le temps (exprimé en secondes) nécessaire pour que le niveau de bruit diminue de 60 dB après arrêt de la source de bruit. Il caractérise le confort acoustique d’un local : plus le temps de réverbération est long, plus on distingue un phénomène d’écho, et plus on aura l’impression que la salle est « bruyante ». Le temps de réverbération est fonction du volume de la salle ainsi que des propriétés d’absorption des matériaux utilisés dans le local. La norme belge NBN S01-400-2 :2012 définit des critères acoustiques pour les bâtiments scolaires nouvellement à construire ou pour les parties de bâtiments scolaires à rénover pour lesquels un permis d’urbanisme est nécessaire. Les exigences sont définies en fonction du type de local. Les temps de réverbération mesurés dans les classes sont généralement bons car inférieurs aux recommandations de la norme. Par contre, ce n’est pas le cas dans les classes maternelles. Ce dernier constat doit cependant être nuancé par le fait que pour les classes maternelles, la norme recommande un temps de réverbération indépendant du volume du local (inférieur ou égal à 0,6s) alors que pour les autres types de classes, le temps de réverbération est bien fonction du volume du local (de l’ordre de 0,8s pour les classes étudiées). Les mesures donnent en fait des résultats semblables qu’elles soient faites dans les classes maternelles ou dans les autres. Contrairement aux bons résultats obtenus pour les classes, les temps de réverbérations mesurés sont quasi systématiquement supérieurs aux valeurs recommandées dans les préaux, réfectoires et salles polyvalentes. Ce constat n’est pas surprenant, ces locaux sont généralement de grands volumes et comportent peu de matériaux absorbants.

Bruit ambiant : acceptable dans les salles de classe mais trop élevé dans les autres locaux

Il n’existe pas de valeurs de référence pour ce qui est du bruit ambiant dans les écoles. On considère généralement (voir la figure ci-dessus) que le niveau de bruit d’une conversation dans une assemblée est de l’ordre de 60 à 65 dB(A) et que pour qu’un discours soit distinctement perçu, le niveau d’élocution d’un orateur doit au minimum dépasser le bruit de fond de      10 dB(A). Partant de ces constats, le niveau de bruit de fond dans une classe devrait idéalement rester inférieur à 50 dB(A) afin que le professeur puisse s’exprimer sans hausser la voix.

On considère également que pour garantir une bonne compréhension du professeur et maintenir l’attention des écoliers, le bruit ambiant (toutes sources de bruit confondues : élèves, professeur, bruits extérieurs…) dans une salle de classe devrait idéalement rester inférieur à 65 dB(A) durant les périodes de cours. De même, le bruit ambiant dans un réfectoire devrait rester inférieur à 75 dB(A), durant les repas, de manière à ce que les élèves puissent converser entre eux sans élever excessivement la voix.
Le graphe ci-dessous représente les expositions au bruit des élèves durant une journée type à l’école. Il s’agit de niveaux moyens, calculés sur base des mesures faites dans plusieurs écoles primaires bruxelloises.

Mesures des niveaux de bruit auxquels les élèves sont soumis au cours d’une journée à l’école primaire
Source : Bruxelles Environnement, Département Bruit, niveaux calculés sur base des mesures réalisées par Bruxelles Environnement dans 6 écoles primaires en 2011
Remarques : la récréation se déroulait dans un préau fermé, configuration propice à des niveaux de bruit élevés.
La ligne rouge représente le niveau équivalent (= niveau sonore « moyen ») pour chaque période.

Mesures des niveaux de bruit auxquels les élèves sont soumis au cours d’une journée à l’école primaire
Si les niveaux de bruit ambiant relevés dans les salles de classe restent inférieurs ou égaux aux valeurs optimales estimées par Bruxelles Environnement ci-dessus, les niveaux de bruit ambiant sont particulièrement élevés dans les réfectoires et préaux fermés des écoles.

Des solutions existent, pour les rénovations comme pour les constructions neuves.

Dans deux écoles, des mesures ont été réalisées avant et après des travaux visant à améliorer l’acoustique d’un réfectoire d’une part et d’une salle de sport d’autre part. Ces études comparatives ont montré que lorsqu’une étude acoustique préalable est réalisée et que les travaux sont menés avec soin, la mise en œuvre de solutions permet d’obtenir de très nettes améliorations. Dans les deux cas, représentés ci-dessous, les temps de réverbérations mesurés après travaux étaient conformes à la norme.

Mesures des temps de réverbérations avant et après pose de panneaux absorbants
Source : Bruxelles Environnement, Département Bruit
Mesures des temps de réverbérations avant et après pose de panneaux absorbants

Pour améliorer la situation en matière de bruit, il n’est pas toujours nécessaire de faire des travaux coûteux. D’autres solutions existent telles que l’aménagement des espaces, l’organisation de plusieurs services afin de réduire le nombre d’élèves présents dans un réfectoire, agir sur le mobilier (tampons de caoutchouc sous les chaises, disposition des tables, nappes amortissant le choc de la vaisselle…), choix d’équipements peu bruyants et entretien de ceux-ci ou encore la sensibilisation des occupants, élèves et enseignants.
Dans le cas de nouveaux bâtiments, une attention particulière doit être accordée à l’acoustique des locaux, et ce dès la conception. Pour garantir un résultat optimal, les performances de confort acoustique tant à l’égard des bruits intérieurs que des bruits extérieurs doivent être intégrées dans le cahier des charges. Et dans la mesure du possible, les nouvelles écoles devraient être construites dans des environnements calmes.
Les solutions sont à adapter au cas par cas, sachant que les objectifs à atteindre en rénovation ne sont pas les mêmes que ceux pour les constructions neuves et que ceux-ci dépendent du type d’enseignement (ateliers techniques, classes maternelles…), du budget, de la localisation et de l’environnement. Mais il est important de rappeler que la prise en compte préventive des enjeux acoustiques occasionne moins de 5% de surcoût. Par contre, lorsqu’il faut intervenir pour corriger des situations mal pensées, cela engendre, en général, un surcoût de 15 à 30% par rapport au budget affecté aux travaux réalisés.

Date de mise à jour: 07/12/2017