À la découverte de nos espaces verts : des collaboratrices passionnées témoignent
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Véronique est gardienne de parc, et Camille et Myriam sont jardinières. Elles ont accepté de nous parler de leur quotidien, leurs motivations et les défis rencontrés dans le cadre de leur profession.
À Bruxelles, derrière la beauté de nos espaces verts et réserves naturelles se cachent des professionnelles et professionnels passionnés qui s’investissent chaque jour à leur entretien. Nous avons rencontré trois d’entre elles, afin qu’elles nous partagent leur passion pour la nature et ce que signifie être une femme dans un métier traditionnellement dominé par les hommes.
1. À quoi ressemble une journée type ?
Véronique, gardienne de parc : En période estivale, les gardiens et gardiennes de parc se répartissent en deux équipes : l'une commence tôt, de 8h00 à 15h30, et l'autre prend la relève de 13h30 à 21h00. La première équipe effectue un tour de nettoyage du parc, puis fait des rondes de surveillance. L'équipe de l'après-midi assure également ces rondes tout en étant à la disposition des visiteurs pour fournir des informations, signaler des problèmes ou encore remplacer les poubelles pleines.
Camille, jardinière : Chez nous, la journée débute par la concertation sur le planning. Ensuite, nous préparons le matériel, les outils et les machines nécessaires pour les tâches prévues.
Myriam, jardinière : Nous nous organisons également en équipe et ajustons nos tâches selon la météo ou les imprévus. Nous nous rendons sur la zone de travail, que ce soit à pied ou en véhicule de service, et nous en profitons parfois pour nous occuper de la gestion des déchets ou récupérer une machine.
Les tâches les plus fréquentes incluent l'entretien général des parcs : ramasser les feuilles, nettoyer les chemins et les filets d'eau (à la binette ou débrousailleuse), entretenir les massifs (désherbage, taille des arbustes, coupes des fleurs fanées), tondre les pelouses, nettoyer les avaloirs, ou encore débroussailler les ronces et les orties. Selon la saison ou les imprévus, d'autres tâches peuvent s'ajouter au programme, comme la fauche des prairies, l'élagage d'arbres, la réparation des chemins ou la pose de clôtures ou de tuteurs. Si la météo ne permet pas de travailler à l'extérieur, nous assurons l’entretien des outils et des machines, nous occupons du rangement des locaux, ou nous révisons nos connaissances sur la flore de Bruxelles. La journée se termine par le nettoyage et le rangement du matériel, suivi de l’établissement d'une fiche de travail récapitulative.
2. Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre travail, et pourquoi ?
Véronique : Travailler en plein air et pouvoir échanger avec le public, profiter de la nature et des animaux présents dans le parc, tout cela me passionne.
Camille : Moi aussi, et j’adore apprendre chaque jour quelque chose de nouveau sur la nature. J’aime aussi sensibiliser le public et partager mes connaissances avec lui. J'apprécie tester et chercher des outils adaptés pour optimiser mon travail en tant que femme. J'ai une prédilection pour les outils manuels fabriqués par des artisans, car j'aime valoriser leur savoir-faire.
Myriam : Ma passion pour la nature et les plantes me pousse à vouloir toujours travailler à l'extérieur ; je ne pourrais pas rester dans un bureau. J'aime particulièrement les tâches minutieuses comme l'entretien des massifs, l'élagage d'arbustes ou la coupe des fleurs fanées, car elles permettent d'observer les plantes de près, d’étudier leur évolution et d’apprendre à les reconnaître à chaque étape de leur croissance. Enrichir mes connaissances, que ce soit de manière autodidacte ou en échangeant avec mes collègues, est une autre source de plaisir pour moi. Découvrir des plantes comestibles ou médicinales, même parmi les plantes ornementales, est toujours fascinant. J’apprécie également les travaux de finition, qui embellissent une zone, tout autant que les plus gros chantiers où l'on voit clairement la différence "avant-après". Cela me procure une grande satisfaction, quel que soit l’effort ou le temps nécessaire, et la reconnaissance de la hiérarchie ou du public rend ce travail encore plus gratifiant.
3. Selon vous, quelles compétences sont essentielles pour être une bonne jardinière/gardienne de parc ?
Véronique : Être bilingue est un atout, même si ce n'est pas indispensable. Il faut surtout aimer la nature, savoir faire preuve de patience et de bienveillance, savoir interagir avec des personnes de tous âges, et rester aimable, même dans les situations difficiles. Il faut également savoir travailler en équipe et posséder quelques connaissances de base en faune et flore.
Camille : Chez nous, il est essentiel d'avoir un intérêt pour l'environnement et l'écologie, ainsi que des connaissances solides sur les végétaux. Chaque plante a des besoins spécifiques, et il est important d'agir en conséquence tout en sachant s'adapter aux différentes situations. Il faut avoir un intérêt pour les métiers manuels, une bonne capacité d'écoute et des compétences relationnelles. Une bonne forme physique est aussi primordiale, ainsi qu’une connaissance de ses propres limites pour éviter les blessures. Enfin, il est important de maîtriser l'utilisation des outils et de comprendre leur fonctionnement.
Myriam : Je pense qu'avant tout, il faut être passionné par la nature, les plantes, et respecter profondément cet environnement. Cette passion aide à mieux vivre des tâches parfois répétitives. Il est aussi crucial d'avoir une bonne connaissance des plantes et de leurs noms, non seulement pour comprendre les directives, mais aussi pour identifier les plantes à préserver ou à éliminer. Cela permet de faire des choix réfléchis, comme laisser des semis naturels ou des rejets d'arbres se développer. Connaître l'évolution des plantes aide également à mieux organiser leur entretien en fonction des saisons.
Les connaissances en techniques de jardinage, en utilisation et entretien des machines, ainsi que le respect des règles de sécurité, sont essentielles pour travailler efficacement sans risquer de se blesser. Avec l'expérience, on apprend à connaître ses propres limites physiques, ce qui permet de travailler sans forcer inutilement. Finalement, toutes ces compétences s'acquièrent avec le temps, la motivation à évoluer, que ce soit en autodidacte, par des formations ou en échangeant des conseils avec les collègues.
4. Quels sont les plus grands défis que vous rencontrez dans votre métier au quotidien ?
Véronique : L’un des plus grands défis est de maintenir la propreté du parc, surtout en été, lorsqu’il est parfois très sale. Une autre difficulté est de parvenir à faire respecter les règles concernant les chiens tenus en laisse, qu’il faut parfois rappeler à leurs propriétaires.
Myriam : Pour moi, le principal défi est plutôt la météo, qui est particulièrement imprévisible en Belgique. Cela nécessite parfois de réorganiser le planning, par exemple lorsqu'il pleut trop pour tondre, car cela risquerait d’abîmer la pelouse. Il peut donc arriver que l’on doive rattraper en urgence le retard causé par le mauvais temps, surtout s’il y a une échéance à respecter (comme un événement ou une période spécifique pour la taille avant le gel ou la nidification). De plus, il est parfois frustrant de voir des plantes dépérir en raison des conditions météorologiques ou de nuisibles sans pouvoir intervenir car l’utilisation de certains traitements est interdite. Cela peut rendre certaines zones moins esthétiques et nécessiter de recommencer des plantations.
5. Pouvez-vous partager un moment mémorable ou une anecdote de votre expérience sur le terrain ?
Véronique : Un souvenir marquant remonte à un jour d’hiver, lorsque notre mascotte Chloe, une oie qui a vécu plus de 20 ans et aimée de toute l’équipe, s’est retrouvée coincée entre deux branches sur une île au milieu de l’étang. Sans hésiter, j’ai retiré mes chaussures et ma veste, puis je suis entrée dans l’eau glacée pour la sauver. Mes collègues n’en revenaient pas, mais je l’ai fait !
Camille : Je garde surtout de très bons souvenirs de moments de solidarités entre collègues, où il nous arrive de pousser la chansonnette pour se motiver ou de chercher ensemble des solutions créatives lorsque nous nous trouvons face à un casse-tête.
Myriam : Je n’ai pas vraiment d’anecdote, mais plutôt des découvertes insolites. Un jour, en ramassant de la fauche, nous avons trouvé une grande sauterelle verte, d’environ 5 cm, ce qui est très rare par ici. Nous avons aussi rencontré deux fois un Lucane cerf-volant - un coléoptère protégé - que nous avons déplacé en sous-bois pour éviter qu’il ne soit écrasé. Il nous arrive également de croiser des oiseaux peu communs comme la sittelle ou le troglodyte, et des écureuils, qu’ils soient roux ou de Corée. Parfois, nous secourons des animaux en détresse : je me souviens d’un jeune écureuil blessé que nous avons envoyé en revalidation et qui a survécu. Malheureusement, tous les sauvetages ne se terminent pas aussi bien. Nous avons trouvé un oisillon sittelle perdu en plein milieu du chemin, un peu en état de choc. Après l’avoir observé et relâché, il a regagné sa mère, mais malheureusement, un geai l’a attrapé peu après. C’était un moment difficile à voir. Enfin, nous découvrons parfois des champignons rares ou des plantes que nous n’avions jamais rencontrées auparavant, ce qui nous émerveille toujours.
6. Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui souhaite devenir jardinière ou gardienne de parc à Bruxelles ?
Véronique et Camille : Comme nous le disions, il est essentiel d’entretenir un intérêt pour l’environnement et l’écologie, mais il faut aussi savoir travailler en équipe et avoir une bonne aisance relationnelle pour bien communiquer avec ses collègues et le public.
Myriam : Il est aussi important d’avoir la motivation de progresser en permanence. Il ne faut pas craindre de remettre ses connaissances en question et d’accepter que l’apprentissage se fasse progressivement. Il est utile d’expérimenter de nouvelles méthodes, de continuer à apprendre de manière autodidacte ou grâce aux collègues et formations. Cela permet d’être plus efficace, de faciliter son travail, et de travailler en toute sécurité, tant pour soi-même que pour les autres.
La communication est clé, tant avec le public qu’avec sa hiérarchie ou ses collègues. Il est important de donner des retours, de suggérer des méthodes adaptées à ce que l’on a observé, de poser des questions pour éviter des erreurs irréversibles, et d’exprimer clairement ses difficultés (par exemple, signaler immédiatement une blessure ou un problème avec une machine).
Mais, selon moi, le plus important reste la motivation et la passion pour le métier, la nature et les plantes, qui permet de ne jamais se décourager malgré les difficultés.
7. En tant que femme dans un métier traditionnellement perçu comme “masculin”, avez-vous rencontré des défis spécifiques ? Comment cela a-t-il influencé votre parcours professionnel ?
Véronique : Au début de ma carrière, ce n'était pas facile. En tant que femme néerlandophone avec un faible niveau de français, nommée pour travailler dans les parcs bruxellois alors que je vivais en dehors de la ville, j'avais l'impression que je ne tiendrais jamais en tant que gardienne de parc. Cependant, avec beaucoup de patience et grâce aux formidables collègues que j'ai rencontrés au fil des années, je travaille maintenant depuis 21 ans chez Bruxelles Environnement.
Camille : J'ai rencontré des personnes parfois surprises de voir une femme dans ce métier, mais j'ai eu la chance d'avoir des collègues qui ne considéraient pas cela comme un obstacle. J'ai également adapté certains de mes outils à ma force et ma morphologie, comme en choisissant un taille-haie à batterie plutôt qu'un modèle thermique.
Myriam : L'un de nos défis principaux est de lutter contre les stéréotypes qui voient le jardinage comme un métier réservé aux hommes. Même si les choses évoluent (notamment chez Bruxelles Environnement), il faut souvent prouver ses compétences avec encore plus de détermination pour montrer que nous sommes tout aussi efficaces et apportons d’autres qualités intéressantes.
Sur le terrain, nous devons parfois adapter nos méthodes de travail ou de renforcer encore plus notre condition physique pour atteindre une performance équivalente à celle des hommes. Parfois, certains collègues peuvent penser que nous sommes moins capables de soulever des charges lourdes, d’utiliser des machines plus complexes ou de conduire convenablement un véhicule plus difficile à manœuvrer, et nous proposer leur aide. Même si cela part souvent d'une bonne intention, cela peut être frustrant, car cela sous-estime notre force et notre endurance. Je préfère qu’on me laisse essayer d’abord par moi-même et, si nécessaire, demander de l’aide. Mais de toute façon, j’estime que cette logique devrait s’appliquer à tout le monde, homme comme femme, car chacun a sa propre expérience et condition physique.
Il arrive aussi de se faire appeler « monsieur » par le public, en raison de son habitude de voir des hommes jardiner. D’autres personnes, en revanche, sont admiratives de nous voir accomplir des tâches difficiles, et cela est gratifiant.
J'ai également dirigé une équipe pendant quatre ans, ce qui n'a pas été évident dans un environnement majoritairement masculin, mais je suis fière d'avoir réussi cette expérience. Ces défis ont certainement influencé mon parcours en renforçant ma motivation à prouver ce dont je suis capable en tant que jardinière. Je suis heureuse que cette profession soit de plus en plus ouverte aux femmes, et j'espère que cela encouragera davantage de femmes à s’y lancer, car je suis convaincue que beaucoup d'entre elles ont les capacités nécessaires pour exceller dans ce métier.
8. Qu'aimeriez-vous que le public bruxellois comprenne mieux sur le métier de jardinière/gardienne de parc ?
Véronique : Il est important que le public sache que les gardiens et gardiennes de parc sont là pour informer et aider les visiteurs, être à leur écoute, mais aussi, parfois, pour faire respecter les règles du parc.
Camille : Et aussi que nous n'avons pas de solution miracle pour tout, et que certains problèmes sont plus longs et difficiles à gérer, comme pour la gestion des limaces ou des mauvaises herbes, mais nous faisons toujours de notre mieux.
Myriam : Oui, il est important de sensibiliser le public au respect de notre travail, qui est parfois très complexe. Nous dépendons des conditions météorologiques, du nombre de jardinières et jardiniers disponibles et d’autres facteurs encore. Il est parfois impossible de maintenir un parc parfaitement entretenu partout en même temps. Nous priorisons la sécurité avant l’esthétique, et faisons de notre mieux avec les ressources dont nous disposons.
Enfin, bien que certaines personnes critiquent l’utilisation de machines, même si nous avons de plus en plus d'équipements électriques moins bruyants, il faut comprendre que ces machines sont essentielles pour un travail efficace. Nous ne pouvons pas toujours privilégier les méthodes manuelles quand le temps nous manque. Cependant, de manière générale, le public est compréhensif et reconnaissant, ce qui rend notre métier gratifiant, car nous recevons plus de remerciements que de plaintes.