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Récupération et infiltration de l’eau de pluie : une solution économique et durable

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Inondations et restrictions d’eau : deux catastrophes incompatibles ? Pas tant que ça : le manque d’eau et les inondations causent chaque année des millions d’euros de dommages économiques en Région bruxelloise. Ces dégâts concernent tous les secteurs : agriculture, construction, loisirs, stations de lavage…

La solution ? Les citernes, et la gestion intégrée des eaux pluviales. François Mayer, expert en gestion de l’eau pluviale chez Bruxelles Environnement, lui, n’est pas tombé de la dernière pluie. Dans ce podcast, il nous explique tout ce qu’il y a à savoir sur cette technique respectueuse du cycle de l’eau.

La gestion intégrée des eaux pluviales

La gestion intégrée des eaux pluviales consiste à récupérer l’eau de pluie dans les sols à l’aide de réservoirs végétalisés. Cette solution compte de nombreux bénéfices environnementaux : elle évite que l’eau ne sature les égouts (provoquant l’inondation de nos caves et la pollution des eaux propres), elle améliore le cadre de vie en encourageant la pousse des végétaux, et elle réapprovisionne les nappes d’eaux souterraines qui souffrent du réchauffement climatique.

Ici plus que jamais, ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. Si vous êtes professionnelle ou professionnel de la construction ou des espaces verts, de nombreuses possibilités s’offrent à vous pour vous investir en gestion intégrée des eaux pluviales. Il vous suffit de gérer l’eau qui tombe sur votre parcelle à l’aide de techniques basées sur la nature en végétalisant vos toitures ou vos sols.

Bonne nouvelle : le Facilitateur Eau de Bruxelles Environnement vous accompagne gratuitement dans ces démarches et vous propose des formations sur mesure.

 

Lire le texte de transcription

[Judith Verbist, présentatrice, en français] Bonjour et bienvenue à Pro Update, le podcast de Bruxelles Environnement avec toutes les informations pertinentes pour les professionnels à Bruxelles. Je suis Judith Verbist et chaque épisode, je m'entretiens avec un expert sur les problèmes et les solutions de la politique environnementale à Bruxelles. Nous discutons de la législation pertinente, nous donnons des astuces et des conseils et nous espérons vous inspirer avec des projets innovants. Aujourd'hui, nous parlons de la gestion intégrée des eaux pluviales avec François Mayer, expert en gestion de l'eau pluviale chez Bruxelles Environnement. “Bonjour François et bienvenue dans le studio.”

[François Mayer, Expert, en français] “Bonjour à tous.”

[Judith Verbist] “Je suis très contente que tu aies pris le temps aujourd'hui de participer à notre podcast.” La gestion des eaux de pluie est un sujet important. Le manque d'eau et les inondations causent chaque année des millions d'euros de dommages économiques en Région bruxelloise. Ces dégâts se font sentir dans tous les secteurs économiques, de l'agriculture à la construction, en passant par les zones de loisirs et les stations de lavage. Les inondations de plus en plus destructrices semblent en contradiction avec les restrictions d'eau des étés passés. L'une des solutions est la gestion intégrée des eaux pluviales, notre sujet pour cet épisode. Au programme aujourd'hui :

- Qu'est-ce que la gestion intégrée des eaux pluviales et quel est son impact ?

 - Quelle est la situation à Bruxelles ?

 - Que pouvez-vous faire pour améliorer la situation ?

 - Que dit la législation ?

Nous discuterons des meilleures pratiques et nous vous donnerons des outils nécessaires pour commencer à travailler sur ce sujet. Enfin, nous discuterons de quelques projets intéressants et innovants. “Tu es prêt, François ?”

[François Mayer] “Oui, allons-y.”

[Judith Verbist] “Allez. Très bien.”

[Musique]

[Judith Verbist] “Aujourd'hui, on parle de la gestion intégrée des eaux pluviales. Est-ce que tu pourrais nous expliquer brièvement ce que cela signifie ?”

[François Mayer] “Quand on parle de gestion intégrée des eaux pluviales, on parle de gérer plus durablement l'eau de pluie. Il y a deux approches complémentaires possibles. La première consiste à récupérer  le plus d'eau possible dans des citernes et l'utiliser. Cela évite d'utiliser de l'eau potable qui coûte cher et qu'on importe de loin. La deuxième stratégie complémentaire est d'infiltrer dans les sols, dans des dispositifs végétalisés, toute l'eau que l'on n'aura pas pu récupérer dans ces citernes. Ça, c'est l'idée de la gestion intégrée des eaux pluviales. Cela implique toute une série de bénéfices environnementaux. Les premiers, c'est d'éviter que l'eau n'aille à l'égout. Parce que si l'eau va à l'égout, elle va saturer cet égout et dès qu'il y aura une forte pluie, on aura des remontées dans des caves, en espaces publics. Et ça, ça a des conséquences dramatiques. Après, il y a toute une série d'autres enjeux liés à ça, comme la pollution des milieux, parce que l'égout est connecté aux milieux tels que les rivières et donc s'il y a trop d'eau, de l’eau sale est rejetée dans les milieux. Cela améliore aussi le cadre de vie puisque les dispositifs sont végétalisés. Enfin, cela permet aussi de réapprovisionner les nappes d'eau souterraines qui sont mises à mal avec le réchauffement climatique, puisqu'on infiltre l'eau dans le sol. Ce sont deux stratégies complémentaires car toutes les deux font en sorte qu'on ne considère plus cette eau pluviale comme un déchet, mais comme une ressource à valoriser.”

[Judith Verbist] “Très intéressant, François. Cela m'amène à la prochaine question : comment tout cela se manifeste-t-il ?”

[François Mayer] “Pour reconstituer la nappe phréatique, il faut donc de l'eau de pluie. Toutefois, dans les zones urbaines comme à Bruxelles, le problème est qu'une grande partie de la surface est imperméabilisée, de sorte que l'eau de pluie ne peut pas pénétrer dans le sol et que la nappe phréatique n'est pas suffisamment renouvelée. Cette situation devient de plus en plus problématique car on a des périodes de sécheresse qui sont de plus en plus longues et de plus en plus fréquentes en été. En ce qui concerne l'eau de pluie, nous faisons le choix de la collecter là où elle tombe et de la laisser infiltrer dans le sol dans des dispositifs végétalisés. On parle alors de jardins de pluie, de noues, il y a toute une série de noms, mais en fait, le dispositif de base, c'est de créer un dispositif qu'on va un peu surcreuser pour garder l'eau et l'infiltrer. Si les dispositifs en surface végétalisés ne sont pas une option, on opte pour le souterrain. Et là aussi, il y a plusieurs techniques. Les plus simples sont toujours les meilleures, donc fonctionner avec des massifs stockants constitués de grosses pierres qui infiltrent, ça fonctionne très bien.”

[Judith Verbist] “Et quand on parle de tout ça, est ce qu'il y a des secteurs qui sont clés ?”

[François Mayer] “Les secteurs clés, c'est tout le monde. Les principaux, ce sont la construction et tous ceux qui sont responsables des réaménagements, qu’il s’agisse de bâtiments ou d’espaces publics. Mais tous les citoyens peuvent être impliqués, tous les secteurs, les architectes, les bureaux d'études, les professionnels de la construction, mais aussi les entreprises de jardin.”

[Judith Verbist] “C'est une question importante pour tous.”

[François Mayer] “Exactement.”

[Judith Verbist] “Où en sommes-nous actuellement en matière de gestion des eaux de pluie dans la Région bruxelloise, François ?”

[François Mayer] “Alors, pour bien comprendre, il faut partir d'un constat. La Région de Bruxelles-Capitale est extrêmement imperméabilisée. Il faut savoir qu'en 50 ans, on a doublé le taux d'imperméabilisation. Dans les années 50, le taux d'imperméabilisation était de 26%. À l'heure actuelle, il est à 53%. Et tout ça, ça a un effet conséquent sur le cycle de l'eau. Cela amène toute une série de perturbations en termes d'inondations, mais pas seulement. On a aussi tout ce qui est sécheresse, les niveaux de nappes qui diminuent et des îlots de chaleur qui y sont associés puisqu'on n'a plus assez d'eau dans le sol, les végétaux n'en ont plus assez pour évaporer, transpirer. Et tout ça est un cycle qui amène à plus de chaleur en été.”

[Judith Verbist] “On dirait donc qu'il y a beaucoup de pain sur la planche. Est-ce correct, François ?”

[François Mayer] “Ah ça, c'est certain !”

[Musique]

[Judith Verbist] “Nous savons maintenant ce qu'est la gestion intégrée des eaux pluviales et pourquoi c'est important. Mais que peuvent faire les professionnels de la construction ou les gestionnaires des espaces verts ?”

[François Mayer] “Gérer l'eau là où elle tombe, sur sa parcelle. Alors, comment faire ? En utilisant des techniques basées sur la nature, sur la végétalisation, ça peut être des toitures vertes et ça peut être au niveau des abords des bâtiments. Si on ne peut pas végétaliser, il existe des techniques plus cachées, souterraines, comme des massifs stockants infiltrants. Tout ça va donc amener une plus-value en termes de cadre de vie. Ce sont des dispositifs rafraîchissent aussi la ville. Il y aura de plus en plus de demandes au niveau des particuliers. Et  pour les gens qui travaillent en voirie, tous les pouvoirs publics sont en train d'adapter leur cahier des charges pour que ces techniques intègrent les réaménagements de voiries.”

[Judith Verbist] “Et est-ce que toute cette liste s'inscrit aussi dans un cadre législatif, François ?”

[François Mayer] “À l'heure actuelle, la législation doit encore être un peu plus précisée. Néanmoins, ces concepts sont vraiment des concepts de bon sens qu'on retrouve depuis longtemps dans le code civil, qui dit que l'eau doit être gérée à sa parcelle. Cela a été transposé dans les législations régionales, notamment au niveau des permis d'environnement. Ce qui manque aujourd'hui, c'est au niveau de la législation des permis d'urbanisme, ce qu'on appelle le règlement régional d'urbanisme, qui est une législation qui a plus de 20 ans. Elle n'est donc plus tout à fait en phase avec les enjeux actuels, notamment environnementaux.”

[Judith Verbist] “Il y a donc une base, un cadre législatif déjà en place, mais qui devrait encore évoluer ou être modifié ?”

[François Mayer] “Oui, c'est tout à fait ça. En fait, ce qui manque surtout, c'est des balises claires, notamment en termes de mise en œuvre. Qu'est-ce qu'on entend en termes de volumes qu'on va devoir garder à sa parcelle ? On va parler de normes, de volumes qu’il faudra essayer de garder, de taux de végétalisation pour être sûrs qu'on travaille avec des végétaux. C'est tout ce qui manque aujourd'hui.”

[Judith Verbist] “En fait, quand j'entends tout cela, je peux imaginer qu'il est parfois difficile d'y voir clair, que les gens pourraient s'y perdre. Comment Bruxelles Environnement aide-t-elle les entreprises, les professionnels et les gens en général à se préparer pour l'avenir ?”

[François Mayer] “On a mis en place toute une série d'outils pour aider les professionnels, qu'ils soient des architectes, des concepteurs, mais aussi des gens qui sont dans la mise en œuvre plus dans les chantiers. Les bureaux d'études sont aussi un public qu'on touche. Ces outils, c'est avant tout le site de Bruxelles Environnement pour les pros : environnement.brussels/pro. On a aussi une autre plateforme, le Guide Bâtiment Durable, qui est une mine de conseils où l’on retrouve les différents types de dispositifs, des cas d'étude , et surtout notre Facilitateur Eau. C'est un bureau d'experts mis gratuitement à la disponibilité de tous les professionnels et qui peut les aider, de la conception à la mise en œuvre.”

[Judith Verbist] “Donc ce bureau, ce Facilitateur, il offre des cours ou des formations ?”

[François Mayer] “Tout à fait. Cela fait aussi partie de ses missions. Il peut offrir des formations adaptées aux publics qui le sollicitent. Il s’agit entre autres de formations de base pour expliquer ce qu’est la gestion intégrée, mais qui vont aussi de plus en plus dans le détail, jusqu'à des dimensionnements d'ouvrages, des aides aux calculs. Pour le contacter, c'est à l'adresse facilitateur.eau@environnement.brussels”

[Judith Verbist] “Ok, et y a-t-il un endroit sur le site de Bruxelles Environnement où les gens peuvent trouver encore plus d'informations sur ces cours ?”

[François Mayer] “Oui, tout à fait, sur le site pro : environnement.brussels/pro, agenda. On a aussi une newsletter et le site web qui est renseigné quand on s'inscrit sur cette page.”

[Judith Verbist] “Ok, merci François, ça me paraît clair pour nos auditeurs.”

[Musique]

[Judith Verbist] “Nous savons maintenant ce qu'implique la gestion intégrée des eaux pluviales et ce qu'elle signifie pour les professionnels. Mais où peut-on trouver les projets intéressants ou innovateurs qui ont été mis en pratique ?”

[François Mayer] “Il y en a de plus en plus. Ils sont répertoriés sur une carte, qui s'appelle la carte du maillage pluie, qu'on va trouver en ligne sur notre geodata. Une quarantaine de projets y sont illustrés. Cela ne représente pas tous les projets. Il y a une liste encore plus grande à Bruxelles à l'heure actuelle. Néanmoins, on met cette liste à jour le plus souvent possible et on y retrouve également toute une série de détails par projet. Ils sont classés selon les types : espaces verts, voirie, bâtiments.”

[Judith Verbist] “Maintenant, je suis intriguée, tu aurais peut-être des exemples de projets qui pourraient inspirer nos auditeurs ?”

[François Mayer] “Oui, j'en ai deux auxquels je pense, qui sont intéressants à différents niveaux. Un premier sur un bâtiment, c'est un projet à Schaerbeek mené par Sibelga mobilisant toute une série de dispositifs différents qui illustrent cette gestion intégrée des eaux pluviales. D'une part, des toitures vertes ont été installées sur les toits. Elles sont de préférence intensives, pour garder le plus d'eau possible, donc avec une couche de substrat assez importante. Des parkings ont été désimperméabilisés, et tout autour des espaces verts transformés en ce qu'on appelle des jardins de pluie. Donc l'eau va y rester et s'infiltrer. Le deuxième projet auquel je pense a été mené dans l'espace public en collaboration avec la STIB et Bruxelles Mobilité : le réaménagement de la chaussée de Neerstalle. Il est assez intéressant parce qu'il met en œuvre deux techniques différentes dans un milieu assez contraint à la base car en fond de vallée, donc avec une nappe d'eau assez élevée, des impétrants présents un peu partout, un tram qui circule au milieu. Mais malgré ça, on a réussi à mettre en œuvre des ambitions assez fortes de gestion de l'eau pluviale et très peu d'eau va encore à l'égout. Pour ce faire, on a mis en place des dispositifs végétalisés, ces fameux jardins de pluie tout le long, qui sont une bande végétalisée qui garde l'eau. Et sous les espaces de parking, là ça ne se voit pas, mais il y a des massifs stockants : de gros cailloux avec un indice de vide important qui peuvent garder l'eau. Et l'eau est amenée soit par des revêtements perméables, soit par des bouches d'injection qui envoient l'eau directement. Elle va ensuite s'infiltrer en souterrain, à ce niveau-là.”

[Judith Verbist] “Ce sont de beaux projets à ce que j'entends, François. Nous en sommes bientôt arrivés à la fin de cet épisode et je me demandais si tu avais peut-être encore deux ou trois messages clés que tu voudrais partager avec les auditeurs. Qu'est-ce qu'ils doivent retenir de cet épisode aujourd'hui ?”

[François Mayer] “Eh bien, je dirais qu’il faut se mettre à la gestion de l'eau car les enjeux sont vraiment importants. C'est l'affaire de tous et y compris des professionnels. Voilà mes messages clés pour aujourd'hui.”

[Judith Verbist] “Ok, François, je te remercie pour ta présence et ton expertise. Voici l'épisode de Bruxelles Environnement sur la gestion intégrée des eaux pluviales. Si vous avez trouvé ce podcast intéressant, n'hésitez pas à le partager avec vos collègues ou sur les réseaux. Je suis Judith Verbist, porte-parole pour Bruxelles Environnement et présentatrice de ce podcast. Merci pour cette agréable conversation, François. À bientôt.”

[François Mayer] “Avec plaisir.”

[Musique]

[Judith Verbist] Si vous souhaitez en savoir plus sur la gestion intégrée des eaux pluviales, n'hésitez pas à consulter le site web environnement.brussels/pro. Vous pouvez joindre le Facilitateur Eau à l'adresse suivante facilitateur.eau@environnement.brussels et vous pouvez vous inscrire à un cours sur environnement.brussels/facilitateur-eau. À bientôt.

[Musique]

[Fin]

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