Assemblée citoyenne pour le climat : l’organisation et une participante témoignent
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Après un an de travail, l’Assemblée citoyenne vient de clôturer son premier cycle. Merlijn De Rijcke, coordinateur du projet, et Sophie Collette, membre du Comité de suivi, nous livrent leurs impressions sur les défis relevés et les leçons tirées de cette initiative innovante.
Qu’est-ce que l’Assemblée citoyenne pour le climat ?
Merlijn De Rijcke, coordinateur de projet : Pour parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050, la Région a instauré une Assemblée citoyenne permanente pour le climat afin d'impliquer les citoyens et citoyennes dans les décisions climatiques. Le premier cycle a porté sur l’habitat, et le second sur l'alimentation. Son rôle est de proposer des recommandations sur les politiques climatiques de Bruxelles. Elle traite chaque année un nouveau sujet lié au climat, et se renouvelle chaque année pour garantir une représentativité durable de la population bruxelloise.
L'Assemblée est soutenue par un comité d’accompagnement, qui veille à ce que le processus soit neutre, qualitatif et démocratique. Outre ce comité d’accompagnement, un comité de suivi composé de dix citoyennes et citoyens s’assure pendant une année que le travail fourni bénéficie d’un suivi effectif.
Quel bilan tirez-vous de ce premier cycle ?
Merlijn De Rijcke, coordinateur de projet : Pour l'organisation de l'événement, le bilan général est plutôt positif. C'était un grand défi pour nous, car c'était la première fois que nous lancions un nouveau projet de ce type. Nous nous sommes inspirés de certains projets existants, mais il n'y avait aucun modèle exact sur lequel s'appuyer. En outre, les gens ne connaissaient pas encore bien le projet, il n’a donc pas été simple de rassembler un groupe représentatif.
Mais malgré tout, le résultat est selon moi très qualitatif, en grande partie grâce à nos prestataires externes, experts dans ce domaine. Nous avons déjà amélioré le processus pour le deuxième cycle, avec un groupe plus diversifié, et nous continuerons à travailler sur cet aspect chaque année.
Sophie Collette, membre du Comité de suivi : Pour moi aussi en tant que participante, le bilan est positif. Bien que complexe, le processus était très intéressant. En fait, le document final contenant plus de 80 propositions était satisfaisant, mais s'est révélé trop compliqué. Cela rendait presque impossible le suivi sur une année entière, l'engagement de l'administration et l'établissement d'un comité de suivi efficace.
Le Comité de suivi m'a ainsi permis de revisiter notre exercice et de comprendre comment nous avions récolté ce grand nombre de propositions. J’ai eu l’occasion observer les coulisses et de comprendre comment les difficultés passent souvent d'une partie à l'autre sans qu'on s'en aperçoive. J'ai appris à gérer le travail en petit groupe, à écouter chaque intervention et à reconnaître que même avec des attentes différentes, nous partagions un objectif commun. Ce processus m'a offert une perspective enrichissante sur le fonctionnement des relations humaines et administratives.
Quel a été le plus grand défi à surmonter ?
Merlijn De Rijcke : Pour moi, le grand défi de ce projet reste le suivi. C'est la première fois que nous mettons en place un tel projet, et nous ne savions pas exactement de quel contenu nous aurions besoin de la part des citoyens et citoyennes pour en assurer un suivi efficace. Certaines propositions formulées étaient déjà mises en place, ce qui nous apprend deux choses. Premièrement, que nos décideurs politiques appréhendent plutôt bien les diverses préoccupations citoyennes. Deuxièmement, que notre communication auprès de la population bruxelloise sur les actions déjà mises en place peut encore être améliorée.
Sophie Collette : Un aspect particulièrement complexe de mon rôle dans le comité de suivi était de m'assurer que nous restions fidèles aux intentions originales des propositions, sans imposer d’opinion personnelle. C’est un exercice de neutralité difficile mais très stimulant.
De plus, suivre et de discuter 80 propositions avec l'administration, ce qui nous a empêchés d'être aussi créatifs que nous l'aurions souhaité. La communication avec l'administration était souvent un obstacle en raison de leur langage administratif complexe. Je pensais que nous pourrions explorer certains projets de l'administration, mais cela s'est avéré irréaliste en raison du temps et de l'engagement nécessaires.
Qu'est-ce qui vous a le plus marqué dans ce premier cycle ?
Merlijn De Rijcke : Rencontrer les Bruxelloises et Bruxellois en personne a été une expérience très positive pour nous. Nous avons pris le temps de bien préparer le projet et, une fois lancé, il est devenu concret dès notre première rencontre avec le public. Bien sûr, il reste beaucoup de défis à relever et d’améliorations à implémenter, mais c'est ce qui m'a donné le plus d'énergie : entendre les différentes voix, leurs motivations et leurs discussions respectueuses. Cela a mis en avant le côté humain du processus, montrant que même avec des avis divergents, on peut discuter dans le plus grand respect.
Sophie Collette : Plusieurs choses. Tout d’abord, j'ai ressenti une véritable solidarité dans le partage des informations, garantissant un bel équilibre entre les différentes opinions. Ce partage des connaissances mais aussi des expériences diverses a grandement enrichi nos discussions et nos réflexions. Nous étions tout de même une soixantaine de personnes à participer régulièrement, et nous nous sentions tous légitimes de faire partie de ce processus, quelle que soit notre origine professionnelle ou personnelle.
Une deuxième chose a été de découvrir à quel point la Région Bruxelles-Capitale est active dans la lutte contre le changement climatiqueDésigne de lentes variations des caractéristiques climatiques en un endroit donné, au cours du temps : réchauffement ou refroidissement. Certaines formes de pollution de l'air, résultant d'activités humaines, menacent de modifier sensiblement les climats, dans le sens d'un réchauffement global. Ce phénomène peut entraîner des dommages importants : élévation du niveau des mers, accentuation des événements climatiques extrêmes (sécheresses, inondations, cyclones, etc.), déstabilisation des forêts, menaces sur les ressources d'eau douce, difficultés agricoles, désertification, réduction de la biodiversité, extension des maladies tropicales, etc.. J'ai également compris que la Région anticipe bien les besoins des Bruxelloises et Bruxellois, car bon nombre de nos recommandations rejoignaient des processus déjà initiés.
Qu'attendez-vous pour la suite ?
Sophie Collette : Surtout que le travail réalisé ne soit pas laissé à l’abandon sur une étagère. Il était évident, dans les réponses que nous avons reçues, qu’il y avait déjà beaucoup de choses mises en place. Donc je doute que notre travail prenne la poussière.
Il serait également intéressant, dans la mesure du possible, de recevoir une mise à jour de la part du gouvernement montrant les actions mises en œuvre et les résultats atteints grâce à l’Assemblée.
Enfin, j’espère bien sûr que cette initiative se poursuivra, car elle est extrêmement instructive. Il serait très bénéfique que d’autres personnes puissent participer à ce type de débat et se sentent investies dans leur rôle citoyen. C’est essentiel pour orienter les décisions politiques en fonction de leurs besoins quotidiens.
Merlijn De Rijcke : Et pour l'organisation, il nous tient à cœur d’examiner tout le travail effectué par les citoyens et citoyennes avec un esprit ouvert, pour voir ce que nous pouvons apprendre et comment cela peut nous aider pour les prochains cycles. Nous devons valoriser leur travail et en tirer parti pour avancer dans la bonne direction.
Que pensez-vous de ce processus démocratique innovant ?
Sophie Collette : Ce type de processus démocratique m'intéressait énormément, et c’est surtout pour comprendre son fonctionnement que j'ai voulu y participer. J'ai beaucoup apprécié le processus et trouvé les dynamiques humaines et sociales très intéressantes.
Cependant, autant je pense que ce processus est utile pour alimenter la réflexion d'une administration, autant je ne le verrais pas comme une solution pour gérer un pays. Cet outil a donc aussi ses limites. Cela dit, il oblige à réapprendre à discuter avec des gens ayant des opinions différentes, à absorber ces opinions, et à y réfléchir. Le dialogue en dehors de sa propre sphère de pensée demande beaucoup d'énergie, de tolérance et d'ouverture. Ce processus, à petite échelle, réapprend ce qu'est la vie dans une société diverse.
Pourquoi pensez-vous que d'autres citoyens et citoyennes devraient également participer à ce processus ?
Sophie Collette : Même si les élections ont eu lieu et que nous ne savons pas ce qui changera au niveau gouvernemental, je crois fermement que ce type de processus devrait rester en place. C’est une véritable éducation à la démocratie, destinée à un public varié, notamment des adultes qui, n’étant plus à l’école, ont moins d’opportunités de participer à de telles initiatives.
On parle tous de politique avec notre entourage, mais souvent avec des personnes qui partagent les mêmes opinions que nous. Ces échanges ne nous poussent pas particulièrement à réfléchir à ce qu’est la démocratie et ne nous apprennent pas non plus à écouter l’autre, surtout s’il n’a pas la même opinion que nous.
Pour moi, ce processus est une excellente école pour rappeler que nous vivons en démocratie. La démocratie ne se résume pas à avoir des transports publics bon marché ou des services essentiels comme l’eau et l’électricité, mais aussi à être des citoyennes et citoyens actifs, respectueux des autres. Je trouve que dans une société très centrée sur l'entre-soi, ce processus est une véritable ouverture à l’autre, aussi riche que réelle.
Envie d'en savoir plus ?
Pour plus d’informations, consultez le site officiel de l’Assemblée citoyenne pour le climat.