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Quand la nature vous invite à découvrir son programme solaire

Rien de tel que quelques questions pour renforcer l’Acte I et entamer joyeusement l’Acte II. Comment la nature agit-elle sur nous ? Quels mécanismes lui permettent d’améliorer notre état physique et psychologique ? Et est-ce que le moindre élément naturel suffit pour agir sur notre bien-être ?

Promenons-nous dans les bois

Vous le savez ou non, les scientifiques adorent nous observer en train d’effectuer toutes sortes de tâches farfelues afin d’en déduire l’une ou l’autre chose intéressante. Eh bien, dans ce qui suit, vous allez être servis.

Berman & compagnie ont demandé à 38 étudiants d’écouter une liste de chiffres et de la répéter en sens inverse. Les étudiants arrivés au laboratoire en marchant dans un parc étaient plus performants que ceux arrivés en bus1. Parallèlement, Fuller et son équipe ont effectué des recherches concluant que la nature nous rend plus performant intellectuellement, car elle nous permet de faire une pause, de doper la concentration et la mémoire2.

Une autre équipe³ encore s’est amusée à mesurer les performances créatives chez des personnes ayant participé ou non à une randonnée de quatre jours dans un grand parc national. Résultat : les performances créatives avaient augmenté de 50 % chez les randonneurs.

A tout âge ? La nature a des effets positifs à tout âge, mais ces effets ne sont pas les mêmes. Une étude menée par Jo Barton a montré que l’activité physique en plein air améliore l’estime de soi chez les jeunes, mais agit davantage sur l’humeur des personnes âgées.

Inspirez, c’est pour votre plus grand bien ! Samantha Dayawansa et Qing Li ont montré que l’inhalation de certaines substances chimiques émises par les arbres diminue la fréquence cardiaque, amène à respirer plus lentement et plus profondément, réduit la pression artérielle, favorise la relaxation ainsi que l’activité des cellules NK (cellules qui chez l’homme, traquent et tuent les cellules infectées par des virus).

Mais où sont nos ilots de verdure ?

C’est sûr, de nombreux choix politiques éloignent inexorablement la nature de notre quotidien. Mais si vraiment vous n’avez pas l’occasion d’atteindre un coin de verdure, prenez le temps d’observer, d’écouter et de toucher.

Dans les années 1990 déjà, Rachel Kaplan avait montré que des scènes de nature attirent notre attention d’une façon douce et discrète, permettant un apaisement et la restauration des fonctions cognitives. Yoshifumi Miyazaki et son équipe confirment le fait 28 ans plus tard. Après seulement une minute et demie à contempler des photographies de forêt, les participants ont vu leurs sentiments de confort et de relaxation augmenter, contrairement au groupe contrôle.

Jesper Alvarsson et compagnie ont ensuite montré grâce à divers mesures physiologiques que l’on s’apaise plus vite après une tâche stressante lorsque l’on écoute des sons de la nature, notamment des bruits émis par les oiseaux. Ceux-ci s’avèrent particulièrement efficaces pour diminuer le stress et restaurer l’attention.

D’autres études ont démontré que le simple contact avec le tronc des arbres nous fait du bien.

Des chercheurs ont demandé par exemple à des volontaires de toucher des panneaux de bois bruts ou diversement enduits. Résultat : le bois brut entraînait un abaissement bénéfique de la pression sanguine.

Une histoire de cortex, d’interactions, d’ondes alpha et d’amygdale

Quelques mots savants afin de vous permettre d’envoyer poliment votre chéri(e) se balader la prochaine fois qu’il/elle reviendra du boulot en râlant. Quand on broie du noir, une zone du cerveau nommée le cortex préfrontal s’active. Le Pr. Bratmana4 a constaté qu’au bout de 90 minutes de marche, le cortex préfrontal était moins actif chez les marcheurs « nature » que chez les marcheurs « urbains ». Au final, l’étude a conclu que la nature protège de la dépression et des troubles anxieux.

Zheng Chen a invité des participants à s’asseoir 20 minutes dans un environnement soit construit, soit naturel, tandis que leur activité cérébrale était enregistrée. Le constat était simple : les différentes régions cérébrales interagissent davantage quand nous sommes entourés de verdure, ce qui expliquerait pourquoi le cerveau est globalement plus performant.

Structure fractale du chou

Les fractales sont des formes qui font apparaître des motifs similaires à différentes échelles. Certains végétaux comme la fougère ou le chou possèdent de splendides fractales. Paul Stevens a montré que plus la biodiversité d’un site est riche, plus sa dimension fractale est élevée et plus ce site inspire des émotions positives à ceux qui le regardent. Des chercheurs ont aussi constaté que l’exposition à des fractales naturelles entraîne la production d’ondes alpha par le cerveau, caractéristiques d’un état de relaxation.

Entourons nos enfants de verdure

Kristine Engemann qui a eu le courage de diriger une étude sur plus de 900 000 personnes est arrivée à un résultat surprenant : le risque de contracter une pathologie mentale est supérieur de 55 % chez ceux qui ont été les moins exposés à un environnement naturel durant leur enfance, par rapport à ceux qui ont été les plus exposés.

Jordi Sunyer a mené une étude sur 2 900 écoliers âgés de 7 à 10 ans démontrant que les enfants vivant à proximité d’espaces verts et ceux passant le plus grand nombre d’heures dans la nature chaque année rencontrent moins de problèmes de concentration et sont moins sujets au trouble déficitaire de l’attention. Ce lien restait vrai même quand on prenait en compte les variations de niveau socio-économique.

C’est tout simplement plus facile en plein air

Julia Torquati a soumis un groupe d’enfants de 11 ans à une série d’exercices cognitifs, tandis que leur activité cérébrale était mesurée. Une première session avait lieu en laboratoire, la seconde en plein air, dans la verdure. Résultat : les exercices réalisés à l’extérieur ont demandé moins de ressources cérébrales, et donc moins d’effort cognitif, aux jeunes participants. De plus, les résultats se sont révélés significativement meilleurs pour les tâches faisant appel à la mémoire visuo-spatiale.

Eirini Flouri a conforté ces résultats en évaluant les compétences visuo-spatiales de quelque 4 700 petits citadins de 11 ans, en regard de la proportion de végétation dans leur environnement quotidien. Et les enfants les plus exposés à la verdure ont affiché les meilleurs scores.

En résumé

Vous l’aurez compris, les études qui mettent en lumière les bienfaits de la nature s’accumulent. Vivre la nature sous toutes ses formes possibles et imaginables nous fait du bien. La nature permet de moins ruminer, d’être moins anxieux et de diminuer les probabilités de pathologies mentales. Elle stimule la mémoire, renforce la créativité et la concentration et rend plus performant intellectuellement. Elle favorise la relaxation et aide notre système immunitaire. Que nous faut-il de plus pour enfin ouvrir grand les portes des écoles et vivre pleinement l’apprentissage dans la nature ? Une chanson peut-être… Je vous propose de clôturer en écoutant « Donnez-nous des jardins » de Pierre Perret, qui avait déjà tout compris, sans pourtant y mettre des mots savants.

Isabelle Vermeir pour l’équipe « Apprendre dans la nature »

Sources

Afin de permettre une lecture agréable, certains détails des expériences n’ont pas été décrits ici, mais vous trouverez les informations complémentaires dans les sources ci-dessous. Les expériences non numérotées proviennent du dossier synthétique « Comment la nature fait du bien à notre cerveau » de la revue Cerveau & Psycho. Merci à eux pour ces magnifiques travaux.

  1. Berman M.G., Jonides J., Kaplan S. The cognitive benefits of interacting with nature. Psychol. Sci. 2008, 19, 1207–1212.
  2. Fuller R.A., Irvine K.N., Devine-Wright P., Warren P.H., Gaston K.J., Psychological benefits of greenspace increase with biodiversity. Biol. Let. 2007, 3, 390–394.
  3. Pour toutes les expériences non référencées, voir : Cosquer A., Jonveaux T., Mamane B., Comment la nature fait du bien à notre cerveau, Cerveau & Psycho N°111, Mai 2019.
  4. Gregory N., Bratmana J., Paul Hamilton et al. Nature experience reduces rumination and subgenual prefrontal cortex activation. PNAS, 2015, 8567–8572.
Date de mise à jour: 07/09/2020