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(H)être ou pas (H)être en forêt de Soignes ? C’est une des questions

01/06/2015

Candidate au patrimoine naturel de l’Unesco, la hêtraie cathédrale, si caractéristique de notre forêt périurbaine est un des théâtres du changement climatique annoncé. Le hêtre, fragile aux sècheresses à répétition, pourrait prendre de plein fouet les conséquences du réchauffement.

La forêt de Soignes fascine !

Près de 5.000 ha quadrillés de chemins qu’empruntent plus d’un million de visiteurs par an. Promenade, jogging, observation de la nature, vélo, scoutisme…

Le rôle récréatif des massifs boisés du sud-est de la capitale est incontestable. C’est, en partie, grâce au travail des agents forestiers qui préservent ce patrimoine en coupant et replantant des essences indigènes : du hêtre certes, mais aussi du chêne sessile, du merisier, de l’érable...

Un savant mélange d’essences dont la maturité ne sera atteinte que bien plus tard. Car avec la forêt et les arbres, on entre dans un espace-temps d’une autre dimension : une évolution lente sur deux ou trois siècles où les changements climatiques impriment leurs influences.

Sale temps pour les bâtisseurs de cathédrale

La cathédrale de hêtres de la forêt de Soignes n’a pas été bâtie en un jour. L’âge moyen du hêtre bruxellois est de 135 ans. « Cependant, 27 % de nos hêtraies ont plus de 180 ans et sont en fin de vie » précise Gregory Reinbold, responsable du département forêt de Bruxelles Environnement. « Nos plus vieux hêtres ont été plantés en 1760 sous le régime autrichien ! »

Remplacer progressivement les vieux arbres par de jeunes plants tombe sous le sens. Cependant, les changements climatiques ajoutent leur grain de sel dans la gestion forestière. Le GIEC a modélisé différents scénarios d’évolution du climat d’ici 2100. La Faculté agronomique de Gembloux en a tenu compte pour imaginer la future configuration de notre forêt régionale. « Si les scénarios du réchauffement se confirment, on va assister à une augmentation des périodes chaudes et sèches, couplées à de fortes précipitations hivernales. Les hêtres de plateau devraient souffrir du manque d’eau estival alors que ceux situés en fond de vallons pourraient résister » poursuit Gregory Reinbold.

S’adapter aux nouvelles donnes : une chênaie cathédrale ?

En matière de climat, il n’y a pas de certitudes absolues. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le plan de gestion bruxellois en cours de rédaction ne fixera les choix d’essences à replanter que pour les 12 années à venir.

Cela permettra de corriger le tir si les prévisions climatiques évoluent. « Nous abattons annuellement environ 10 hectares d’arbres arrivés à maturité et nous replantons en moyenne 10.500 arbres. Cette année, nous avons planté 4.000 hêtres, 2.850 chênes sessiles, 4.800 autres feuillus et 900 mélèzes ».

Trouver une alternative au hêtre et commencer à introduire des essences plus souples face aux changements climatiques est plus sage. Le chêne sessile, déjà présent en Forêt de Soignes depuis 300 ans, est un excellent candidat. De très belles chênaies cathédrales existent près de Paris au climat un peu plus chaud. Bruxelles Environnement entrevoit donc ce choix de gestion pour que les petits enfants de nos arrières petits- enfants puissent, eux aussi, profiter de la forêt dans une cathédale de hêtres, de chênes ou de tilleuls...

 

 

Date de mise à jour: 01/06/2015