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Le Frelon asiatique aux portes de Bruxelles

14/06/2019

Le frelon asiatique, une espèce exotique envahissante, a été observé à Bruxelles et devrait s’y installer. Cet insecte prédateur d’abeilles inquiète apiculteurs et amoureux de la nature. Comment le reconnaître et, surtout, comment réagir ?

Le frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax) est un insecte social, cousin de notre frelon européen (Vespa crabro), introduit par accident en Europe en 2004. Il a depuis colonisé la quasi-totalité de la France, le nord de l’Espagne et de l’Italie, et est également présent dans l’ouest de l’Allemagne et en Angleterre. En Belgique, il est présent depuis 2010, en progressant vers l’Est, d’année en année.

Il a été observé pour la première fois à Bruxelles en 2018, à Uccle et Ixelles. Il s’agissait d’individus en vol ou occupés à se nourrir ; aucun nid n’a encore été repéré en mai 2019.  En tout début de printemps, un nouvel individu aurait été observé, à nouveau à Ixelles. Sa nidification dans notre région est donc attendue pour cette année, si ce n’est déjà le cas.

Comment reconnaître le frelon asiatique ?

Le Frelon asiatique est de couleur sombre, notamment au niveau de la tête (avec toutefois un « museau » orangé) [1] du thorax [2] noir brillant. Son abdomen [3] est noir au niveau de la taille, puis brun-orangé vers l’arrière, et ses pattes sont  d’un jaune vif à leur extrémité (il est aussi appelé Frelon à pattes jaunes).

Le Frelon européen est légèrement plus grand et sensiblement plus coloré, son thorax et sa tête sont plus vifs, tirant vers le rouge, avec des yeux bien marqués. Son abdomen est jaune avec des dessins noirs marqués, semblables à ceux des guêpes. Ses pattes robustes sont d’un brun orangé.

Comment reconnaître le nid du frelon asiatique ?

Le nid du Frelon asiatique prend deux formes. La colonie constitue au printemps un premier nid (nid primaire), dans un endroit abrité, proche du sol (ruche vide, cabanon, bord de toit, roncier…) ; celui-ci reste sphérique et relativement petit.

Quand la colonie devient trop grande, généralement vers le mois d’août (où elle peut dépasser 2000 individus), elle constitue un nid secondaire, souvent haut dans les arbres et donc difficilement décelable avant l’automne. Ces nids suspendus sont beaucoup plus grands (jusqu’à 1m*80cm) et peuvent prendre une forme d’œuf.

Les nids sont fabriqués en fibres de bois mâchées, formant une sorte de carton grossier gris-brun. Ils se reconnaissent par une entrée latérale, sur le côté du nid.

Au contraire, le nid du Frelon européen est construit dans le sol, dans des arbres creux et des endroits abrités comme des nichoirs, mais jamais dans la cime des arbres. Le nid dispose d’une large entrée basale (par le bas) et peut atteindre 30 cm de diamètre pour 60 cm de hauteur.

Les guêpes (Vespula spp.) construisent des nids en papier dans des endroits abrités (toitures, faux plafonds, garages…) et, lorsqu’ils sont dans des arbres, plutôt dans des zones ombragées et bien cachées. Les nids de guêpes ont toujours une entrée basale, de petit diamètre. Ils sont plutôt grisâtres allant jusqu’à 1m de diamètre pour la guêpe germanique, ou brunâtre et de plus petit diamètre (30cm ou plus) pour la guêpe commune.

Des confusions sont également possibles avec le nid de la guêpe des buissons, qui construit un petit nid sphérique à bout pointu et entrée basale, dans des buissons n’excédant pas 2 mètres de hauteur. 

Toutes ces espèces ont un cycle de vie annuel : il est donc inutile de lutter contre les nids en période hivernale !

Quels risques pour la sécurité et la santé ?

Le frelon asiatique n’est pas significativement plus dangereux que le frelon européen, il n’est pas agressif et pas importun lorsqu’il est seul, par exemple lorsqu’il se nourrit.

Le risque est plus élevé au niveau des nids, qu’il ne faut pas déranger, au risque de subir des attaques groupées, même s’il est admis qu’on peut sans risque approcher jusqu’à 5 mètres. Peu de piqûres sont répertoriées en France, et elles sont limitées à des tentatives de destructions de nids par des personnes non formées et avec des méthodes non recommandées.

Le venin du frelon asiatique est de même dangerosité que le venin de guêpe : peu dangereux en général, il peut toutefois produire des réactions allergiques chez certaines personnes. Cette prudence est toutefois applicable également aux frelons européens et aux guêpes.

Quels risques pour la biodiversité ?

Des prédations sur des insectes sauvages sont rapportées, mais il n’y a aucun élément qui suggère une incidence manifeste sur leurs populations. Les différents insectes sauvages représenteraient un peu plus du tiers du régime alimentaire du frelon asiatique en milieu urbain (essentiellement des diptères (mouches) et d’autres hyménoptères sociaux, en particulier les guêpes).

Des observations montrent également que le frelon s’attaquerait aux chenilles de la pyrale du buis, un papillon qui pose d’importants dégâts dans nos parcs et jardins.

À ce stade, aucun risque majeur et imminent pour les espèces sauvages n’est donc spécifiquement identifié. Le frelon asiatique est un prédateur opportuniste, qui va focaliser son action sur les ressources alimentaires importantes. Ce comportement explique la prédation importante sur les « buffets à volonté » que sont les colonies de guêpes d’une part et, d’autre part, les ruches d’abeilles domestiques (Apis mellifera).

Quels risques pour l’apiculture ?

Le risque principal occasionné par le frelon asiatique vise donc l’apiculture, en particulier en fin d’été, en août-septembre. L’abeille mellifère représenterait en effet les 2/3 de l’alimentation des frelons asiatiques en ville.

Nos abeilles domestiques sont généralement sans défense face à ces nouveaux agresseurs. En plus de la prédation directe, le stress engendré par les frelons paralyse la colonie et lui nuit indirectement en réduisant les sorties des butineuses et, dès lors, les récoltes de pollen et de nectar nécessaires pour affronter l’hiver.

Face à la nuisance, les apiculteurs sont inquiets. Si cette inquiétude est compréhensible, elle ne doit pas conduire à des pratiques inconsidérées !

Nous précisons donc ici que le piégeage printanier par des pièges à noyade, en plus d’être inefficace, est non sélectif : les reines de guêpes ou de bourdons peuvent être tuées.

Il est possible d’installer les ruches dans des cages grillagées (mailles de 5.5 mm) – attention aux conditions du permis d’environnement liées à ce type de construction en fonction de son gabarit – ou d’installer des « muselières » à frelons, vendues dans le commerce ou fabriquées. Des pièges secs (Red trap, Belgian trap) semblent également efficaces mais nécessitent une vigilance quotidienne pour supprimer les frelons piégés et libérer les éventuelles prises accessoires.

Comment réagir ?

  • Vous apercevez un frelon asiatique en vol ou en train de se nourrir ? Prenez une photo de bonne qualité (en veillant à votre sécurité !) et encodez votre observation sur le site www.observations.be ou via l’application mobile iObs. L’identification pourra être confirmée par des spécialistes, et une alerte sera envoyée à Bruxelles Environnement.
  • Vous apercevez un nid de frelon asiatique ? S’il répond aux critères d’identification, contactez directement les pompiers en composant le 112. Seuls les pompiers sont habilités à neutraliser les nids de frelon asiatique à l’aide d’insecticides et de matériel adapté.
  • Votre rucher fait l’objet d’une attaque ? Encodez votre observation comme décrit ci-dessus afin d’en informer les autorités.

Dans tous les cas, ne procédez pas à du piégeage printanier (piégeage de fondatrices) avec des pièges et appâts « maison » (bière, vin, grenadine…) : ce type de piégeage est inutile, inefficace, voire contreproductif et dangereux pour la faune sauvage (car non sélectif). Présentant le risque de nuire à des espèces protégées, il pourrait même vous valoir une amende !

Date de mise à jour: 14/06/2019