Face au réchauffement climatique, hêtre ou ne pas hêtre en forêt de Soignes?

09/12/2015

Des pans entiers de la hêtraie cathédrale se rapprochent dangereusement d’un âge critique et devront bientôt être renouvelés. Face au réchauffement climatique, est-il encore pertinent de cultiver le hêtre en futaies pures ? Les résultats d’une étude, qui viennent d’être publiés, amènent de nouvelles réflexions sur la gestion de la hêtraie en forêt de Soignes.

 

 

 

Peuplements existants : vers une gestion plus dynamique

Les peuplements actuels de hêtres sont de plus en plus sensibles au climat : en moyenne, leur croissance a tendance à diminuer lors d’épisodes climatiques stressants. Ceux-ci retrouvent cependant un bon niveau de croissance une fois ces épisodes passés. Ils ne semblent donc pas particu­lièrement menacés dans l’immédiat.

Pour offrir à ces arbres les meil­leures conditions de croissance possible pour qu’ils surmontent au mieux les périodes de stress à venir, l’étude préconise cependant une sylviculture dynamique, faite d’éclaircies fortes et fréquentes.

  • Limiter la concurrence entre les arbres, permet à chacun de disposer de plus grandes ressources en eau, nutriments et lumière pour se développer et mieux résister aux stress de tout genre.
  • Dynamiser la croissance individuelle des arbres, mène à une exploitation plus hâtive d’arbres moins hauts (durée de vie plus courte), et limite ainsi la durée de leur exposition aux risques en général, et en particulier au risque de chute et de déracinement lors des tempêtes.
  • Favoriser les arbres les plus vigoureux ne présen­tant pas de défoliation (perte du feuillage) et possédant probablement des prédispositions génétiques à mieux surmonter les stress, permettrait l’émergence d’une descendance d’arbres plus adaptée aux modifications climatiques annoncées.

Régénération des vieilles hêtraies : en hêtre ou pas ?

Il faut une centaine d’années au hêtre pour devenir adulte ! Et environ 130 ans pour reconstituer une hêtraie cathédrale du type de celles qui existent actuellement dans la forêt de Soignes et en font sa réputation.

Les choix faits aujourd’hui doivent donc tenir compte des prévisions d’évolution du climat à cette échéance ; on connaîtra ainsi plus d’épisodes intenses de sécheresse et de canicule dès la fin du 21ème siècle, des tempêtes plus fréquentes et plus fortes… Le climat deviendra probablement incompatible avec le bon développement du hêtre, surtout s’il est cultivé en « hêtraie cathédrale ».

Les nouvelles plantations doivent donc s’envisager avec des espèces d’arbres plus tolérantes aux conditions climatiques à venir : le chêne sessile et le tilleul à petites feuilles pourraient soit remplacer le hêtre soit lui être mélangé.

Le mélange des espèces est en effet une des recommandations principales de l’adaptation des forêts face au changement climatique : il permet de diluer les risques (chaque espèce réagissant différemment face aux changements extérieurs) mais aussi de profiter des interactions bénéfiques entre essences pour l’accès aux res­sources. Une forêt mélangée est aussi une forêt qui favorise la biodiversité, et qui est plus saine.

Le hêtre serait limité aux zones de la forêt qui lui conviennent le mieux, comme les vallons (plus humides) ou les versants frais.

La hêtraie cathédrale, un patrimoine à maintenir ?

La hêtraie cathédrale est emblématique de la forêt de Soignes. Mais face aux risques qu’elle court avec le réchauffement climatique, faut-il absolument vouloir la maintenir telle quelle ?

S’il est sans doute envisageable de le faire sur des surfaces limitées et dans les zones les plus adéquates, le caractère majestueux de la hêtraie cathédrale peut aussi être obtenu avec d’autres essences, mieux adaptées au climat futur.

Le passé nous a offert un patrimoine exceptionnel, mais aujourd’hui il faut innover et faire des choix de gestion pour le futur d’une forêt à laquelle tiennent tous les Bruxellois.

Date de mise à jour: 09/12/2015