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La carte d’évaluation biologique de la Région bruxelloise

Focus - Actualisation : juin 2022

La carte d’évaluation biologique (CEB) est un outil qui permet de suivre et d’objectiver la valeur biologique des zones composant le territoire régional. Il en ressort que les zones de haute et très haute valeur biologique couvrent 19% de la Région et se trouvent majoritairement au-delà de la première couronne (données 2018-2019). Elles incluent des sites semi-naturels (forêt et bois, prairies, zones humides, etc.) mais aussi des friches urbaines et certains grands parcs.

Depuis 2012, le droit bruxellois prévoit la réalisation d’une carte d’évaluation biologique

L’ordonnance du 1er mars 2012 relative à la conservation de la nature prévoit que Bruxelles Environnement « dresse et actualise une carte d'évaluation biologique du territoire de la Région, incluant un inventaire des sites de haute valeur biologique et dignes de protection ». Elle stipule également que le Gouvernement peut désigner comme réserve naturelle ou comme réserve forestière les sites identifiés comme « dignes de protection ». Bien que l’ordonnance ne le précise pas explicitement, rien n’empêche par ailleurs que la CEB puisse contribuer à justifier l’octroi d’une protection active au titre de la protection du patrimoine naturel, ou d’une protection passive par un statut de zone verte ou zone verte de haute valeur biologique au Plan régional d’affectation du sol (PRAS).

La carte d’évaluation biologique (CEB) elle-même n’a cependant qu’un caractère descriptif et indicatif et ne confère aucune protection légale aux sites évalués. La notion de “haute valeur biologique” figurant dans la CEB ne doit donc pas être confondue avec celle, règlementaire quant à elle, de “zone verte de haute valeur biologique” reprise dans le PRAS (voir fiche documentée « Espaces semi-naturels et espaces verts bénéficiant d’un statut de protection »).

Plusieurs cartes d’évaluation biologique du territoire bruxellois depuis 1978

Avant l’instauration de ce cadre légal, plusieurs inventaires de la valeur biologique des espaces  constitutifs du territoire bruxellois avaient déjà été réalisés :

  • 1978 : CEB réalisée pour l’ensemble de la Belgique (version 1, échelle 1/25.000) ;
  • 1996-1998 : CEB réalisée pour la Région bruxelloise et ses alentours sur base d’une collaboration entre l’Instituut voor Natuurbehoud (Région flamande) et Bruxelles Environnement (actualisation de la version 1 pour le périmètre étudié à une échelle 1/10.000) ;
  • 2010 : publication de la version 2 de la CEB de la Région bruxelloise (travail de terrain 1998-2000, échelle 1/10.000).

Ces cartes délimitent les milieux naturels et semi-naturels, en caractérisent la typologie écologique de la couverture du sol et leur valeur biologique. Les critères utilisés pour déterminer la valeur biologique des sites sont surtout basés sur les aspects botaniques, lesquels sont en lien étroit avec le potentiel faunistique. Sur base de ces critères, une valeur a été attribuée à chaque unité cartographique (très haute valeur biologique, haute valeur biologique, valeur biologique moindre, complexes d’éléments de valeur différente, etc.).

Les données de la seconde version de la carte ont alimenté la délimitation de zones protégées en Région bruxelloise, comme les sites Natura 2000. Une actualisation de cette seconde version a été réalisée à la demande de Bruxelles Environnement sur base de photographies aériennes de 2018 et a abouti à une 3ème version publiée fin 2021. Elle comporte deux volets, à savoir une actualisation de la carte originelle (limitée aux sites biologiquement les plus intéressants connus lors des premières éditions) et une analyse des infrastructures vertes à l’échelle de chaque îlot composant le territoire de la Région.

Une actualisation de la CEB qui permet d’évaluer l’évolution de la valeur biologique des biotopes les plus intéressants

Seuls les sites qui avaient été identifiés comme biologiquement intéressants (à des degrés divers) lors de l’inventaire précédent ont fait l’objet d’une actualisation. Ceci concerne environ 25 % du territoire bruxellois et correspond à 1807 « polygones » (surfaces délimitées par une ligne fermée, homogènes en termes de valeur biologique et constituant donc une unité cartographique). Les changements d’habitats éventuels relatifs à ces 1807 polygones ont été évalués par comparaison de photos aériennes (orthophotoplans) prises en 1996 et 2018. Des visites de terrain ont été effectuées lorsque la photo-interprétation ne permettait pas de juger de manière fiable l’évolution des habitats. Un découpage de certains polygones définis en 1996 a été réalisé lorsqu’une portion importante de ceux-ci avait évolué.

Exemple d'un polygone à habitat naturel et/ou usage inchangé entre 1996 et 2018

Source : Biotope Environnement sa et Stratec 2020 

Les changements d’habitats (naturels) et/ou usages au niveau de chaque polygone étudié ont été caractérisés comme suit: 

  • urbanisation totale du polygone ;
  • habitat et/ou usage inchangé ;  
  • succession écologique (par ex. peupleraie en voie de régénération après mise à blanc) ;
  • succession écologique avec risque de perte de la qualité biologique : cette catégorie n’est pas présentée dans la couche finale car, dans ces cas, une visite de terrain a systématiquement été effectuée pour évaluer l’évolution de la qualité ;
  • changement partiel des habitats ou de l’usage ;
  • changement important des habitats ou de l’usage. 

Une valeur correspondant à l’évaluation biologique a été attribuée à chaque polygone de la CEB 1996 et de la CEB 2018. 

Pour en savoir plus   

Les valeurs possibles sont issues de la classification néerlandophone historiquement employée et sont réparties comme suit :  

  • z : biologiquement très précieux (biologisch zeer waardevol)
  • w : biologiquement précieux (biologisch waardevol)
  • m : biologiquement moins précieux (biologisch minder waardevol)
  • wz : mélange des catégories précédentes 
  • mz : mélange des catégories précédentes 
  • mw : mélange des catégories précédentes 
  • mwz : mélange des catégories précédentes 

La comparaison des valeurs attribuées à chaque polygone (données 1996 versus données 2018) permet d’estimer l’évolution de la qualité biologique de l’ensemble des sites « historiques » étudiés. Par exemple, si la valeur attribuée à un polygone est passée de w à m, la dégradation a été considérée comme très importante. Si cette valeur est passée de z à w, la dégradation a été considérée comme faible. 

L’analyse effectuée sur cette base a montré que :

  • 0,2% des superficies étudiées (soit 9 ha) ont vu leur qualité biologique s’améliorer ; 
  • 94% des superficies étudiées (soit 3904 ha) ont vu leur qualité biologique se maintenir ; 
  • 0,1% des superficies étudiées (soit 6 ha) ont vu leur qualité biologique se dégrader faiblement ;
  • 2,5% des superficies étudiées (soit 103 ha) ont vu leur qualité biologique se dégrader fortement ;
  • 3,2% des superficies étudiées (soit 132 ha) ont vu leur qualité biologique se dégrader très fortement. 
94% des superficies identifiées comme sites de grand intérêt en 1996 ont donc vu leur valeur biologique se maintenir entre 1996 et 2018. 
Pour 5,6% d’entre elles, cette valeur s’est par contre dégradée, notamment suite à leur urbanisation partielle ou totale. Une amélioration a été observée pour 0,2% de la surface étudiée.

Une méthodologie permettant d’évaluer la valeur biologique de chaque îlot urbain sur base de données géolocalisées

Pour la première fois, l’évaluation de la qualité biologique de tout le territoire régional a par ailleurs été réalisée. L’unité de base sur laquelle l’évaluation a été réalisée est l’îlot urbain, fort employé en aménagement du territoire. Celui-ci correspond à un ensemble de parcelles, bâties ou non, entièrement séparé des autres par des voiries (sur l’ensemble de son périmètre). Les critères utilisés pour l’évaluation biologique des îlots doivent pouvoir être évalués sur base de données géolocalisées disponibles (pas de travail de terrain).

Deux catégories de critères ont été utilisées pour l’évaluation de la valeur biologique des îlots : des critères dits « internes », associés à la capacité d’accueil des îlots, et des critères dits « externes », associés à l’environnement immédiat des îlots. Il s’agit de critères favorables à la préservation et au développement de la biodiversité, parmi lesquels le degré de végétalisation, la taille de l’îlot, son degré d’ouverture et ses connexions avec d’autres îlots de valeur (propices à la circulation des espèces), l’observation sur le terrain de biotopes particuliers, etc. 

Pour en savoir  plus 

  • Critères dits « internes », associés à la capacité d’accueil des îlots
    • surface végétalisée et degré de végétalisation de l’îlot (carte de végétation, données 2016) ;
    • présence de biotopes de valeur biologique (CEB 1996 actualisée – données 2018, carte des stations Natura 2000, carte des réserves naturelles) ;
    • perméabilité aux déplacements de la faune (sur base du bâti, données urbanistiques).

Les critères « surface végétalisée » (valeur absolue) et « degré de végétalisation » (valeur relative) sont tous les deux considérés afin d’améliorer la discrimination entre les îlots sur base de la végétation en créant un continuum allant de « petite surface végétalisée avec faible proportion de végétation » à « grande surface végétalisée avec forte proportion de végétation ».
Le critère « perméabilité aux déplacements » mesure le degré d’ouverture de l’îlot par rapport aux îlots environnants. Il a été évalué, pour chaque îlot, selon une double règle consistant, d’une part, à évaluer la perméabilité d’un anneau fictif localisé entre 5 et 15 mètres à l’intérieur de l’îlot sur base de la proportion de bâtiments l’occupant et, d’autre part, à évaluer la perméabilité globale de l’îlot sur base de la proportion de bâtiments occupant l’îlot. Le score attribué est ensuite défini sur base du niveau de perméabilité le plus bas.

Perméabilité des îlots 

Source : Biotope Environnement sa et Stratec 2020
Légende : Rouge = fermé, orange = semi-ouvert, vert = ouvert 

  • Critères dits « externes », associés à l’environnement des îlots :
  • score des îlots adjacents en ce qui concerne leurs critères internes ;
  • présence d’éléments favorables aux mouvements d’individus (connectivité) dans un rayon de 100 m de l’îlot (rivières, talus et accotements végétalisés des voiries et voies ferrées) ;
  • présence d’éléments d’intérêt biologique en Flandre (sur base de la CEB de la Région flamande).


L’évaluation globale pour les critères internes et externes correspond à la somme des scores obtenus pour chaque critère. Les scores totaux s’échelonnent potentiellement entre 0 et 9 pour les critères internes, et entre 0 et 6 pour les critères externes, soit un total par îlot pouvant aller de 0 à 15. La carte ainsi obtenue constitue un outil qui permet de suivre et d’objectiver la valeur biologique des zones composant le territoire régional, sur base d’une unité pertinente en termes d’urbanisme et d’aménagement du territoire.

Les voiries n’étant pas des îlots bâtis, elles n’ont pas été intégrées dans le croisement des données. Cependant, la carte des biotopes a pu mettre en lumière les éléments de voiries qui sont jugés importants pour le développement de la biodiversité. Dès lors, ces voiries ont été intégrées dans la carte finale comme éléments linéaires, soit des « voiries avec une connectivité écologique importante ».

Les rapports finaux de cette étude apportent plus de précisions quant à la méthodologie utilisée (voir liens ci-dessous). 

Les zones de haute et très haute valeur biologique couvrent 19% de la Région

La carte d’évaluation biologique dans sa nouvelle mouture 2021 résulte du résultat compilé des deux phases d’élaboration, à savoir l’actualisation de la CEB 1996 et l’analyse régionale des îlots. Dans la production finale, les deux évaluations ont été pondérées de manière équivalente (50% chacune pour l’établissement du score final).

La CEB 2021 offre ainsi une cartographie claire de la valeur biologique de tous les îlots au niveau régional, permettant toujours de distinguer les éléments de plus grande importance, qui avaient été évalués historiquement, qui tendent à se détacher de leur « matrice » environnante. L’intérêt de la démarche permet également de ne pas présupposer l’absence de valeur biologique des sites qui n’avaient pas été étudiés dans les dernières décennies.

Carte d’évaluation biologique de la Région bruxelloise (données 2018)

Source : Bruxelles Environnement – Division Espaces verts 2022 

Lien vers la carte interactive 

La valeur biologique est à présent exprimée en 5 catégories allant de A à E (A représentant les sites les plus intéressants en termes biologiques et E les plus pauvres). Les sites de haute à très haute valeur biologique (soit A et B) sont des sites qui contribuent de manière importante à la protection de la biodiversité régionale (faune, flore et habitats naturels) et qui étaient pour l’essentiel déjà mis en évidence dans les CEB antérieures.

Pour en savoir 

Photos illustrant les 5 catégories de valeur biologique

Source : Biotope Environnement sa et Stratec 2020 

A : Très haute valeur biologique
La catégorie A regroupe les sites d’une très haute valeur biologique. Ces sites forment les espaces majeurs en termes de biodiversité sur la Région bruxelloise. Dans de nombreux cas, elles font partie de zones protégées ou caractérisées par un haut degré de naturalité. Se retrouvent dans cette catégorie des sites comme la forêt de Soignes, le Kinsendael-Kriekenput, ainsi que des étangs comme à Neerpede et au parc de Woluwe. Ces sites sont généralement définis avec un degré de détail plus précis que l’échelle des îlots.
B : Haute valeur biologique
Dans la catégorie B se retrouvent des sites de haute valeur biologique. Ces sites forment également les espaces centraux en termes de biodiversité sur la Région bruxelloise. La différence avec la catégorie A est peu marquée et la distinction se fait principalement au regard du biotope et de la naturalité. Dans beaucoup de cas, l’association de ces deux catégories forme un ensemble continu. On retrouve dans la catégorie B des sites comme le parc de Woluwe, le bois de la Cambre et une série de friches comme sur le site de Schaerbeek formation. Ces sites sont généralement définis avec un degré de détail plus précis que l’échelle des îlots.
C : Valeur biologique importante
La catégorie C regroupe les zones d’une valeur biologique importante. Ces espaces verts sont souvent importants au regard de leur surface continue et apportent donc une grande contribution aux infrastructures vertes de la Région. On retrouve dans cette catégorie des sites comme le parc Josaphat, le parc du Cinquantenaire et le cimetière de Bruxelles. De vastes parties de quartiers résidentiels en marge de la forêt de Soignes peuvent être reprises dans cette catégorie. 
D : Valeur biologique significative
La catégorie D regroupe les zones d’une valeur biologique significative. On y retrouve des ensembles verts de taille moyenne (Porte de Hal), de grands espaces continus peu végétalisés (zones industrielles le long du canal) ou une association de petits espaces bien connectés entre eux (quartiers résidentiels avec habitats ouverts). Ces espaces apportent une contribution importante à la biodiversité et aux infrastructures vertes en milieu urbain.
E : Valeur biologique limitée 
La catégorie E rassemble les zones avec une valeur biologique limitée. Elles se composent principalement d’espaces fermés en milieu urbain dense, où se retrouvent des éléments verts ponctuels, parfois connectés entre eux. Les infrastructures vertes inscrites dans la catégorie E sont, entre autres, des jardins en intérieur d’îlot, des squares ou des petits espaces ouverts. Ces zones sont importantes pour le développement de la faune liée au bâti comme le martinet noir ou le moineau domestique. 

 


 

Notons que le total des superficies associées aux différentes catégories n’équivaut pas à la superficie régionale car certains éléments n’ont pas été évalués (par ex. voiries sans intérêt biologique).

Les sites de valeur biologique importante à très haute (A, B, C) couvrent près de 40% du territoire régional. Ces sites participent le plus à la conservation et au développement de la biodiversité en ville. Ils se trouvent très majoritairement dans la seconde couronne bruxelloise, avec une surreprésentation dans sa partie sud-est (Uccle, Watermael-Boitsfort, Auderghem, Woluwe-Saint-Pierre et Woluwe-Saint-Lambert). Ces terrains témoignent du passé forestier et rural de la périphérie bruxelloise et sont, dans certains cas, relativement bien connectés entre eux.

La plupart des sites de catégories A et B (19% du territoire) sont protégés par différents outils règlementaires, soit via une protection active (sites Natura 2000, réserves naturelles et forestières), soit par une protection passive (zones vertes du PRAS, excepté les zones de sport ou de loisir de plein air) (voir indicateur «Sites semi-naturels et espaces verts protégés »). En effet, 96% de la surface des sites de catégorie A font l’objet d’au moins un statut de protection. Pour les sites de catégorie B, la surface protégée par ces mêmes statuts atteint 67,8%, alors que l’on tombe à 25,2% pour la catégorie C.

Pour les îlots de catégories D et E, on observe des contextes urbains très variables en fonction de leur type d’affectation. On peut par exemple se trouver dans un tissu urbain résidentiel, industriel, commercial ou administratif. Pour ces îlots, les stratégies de développement de la nature dépendront dans une large mesure du type d’affectation.

Au sein de la première couronne, population et bâti se densifient (voir focus sur la couverture végétale de la Région bruxelloise). Les sites de catégories A et B y sont quasi absents et ce sont les grands espaces verts publics – en général des parcs historiques – qui contribuent majoritairement à la qualité biologique. On prendra pour exemples le parc du Cinquantenaire, le parc Léopold, le parc de Forest et le parc Josaphat qui sont repris en catégorie C. Dans cette partie de la ville, les espaces végétalisés sont bien plus morcelés. Les jardins privés et les axes de communication comme les avenues plantées et les talus de chemin de fer assurent parfois la connexion entre les espaces verts sous forme de « pas japonais » ou « stepping stones » (espace d’habitat naturel de petite taille jouant le rôle de relais discontinu), ou même de corridor écologique, les continuités terrestres étant les plus efficaces en termes de déplacement des espèces.

Lorsque l’on pénètre dans le Pentagone, la très grande majorité des îlots bâtis sont en catégorie E, soit la catégorie la plus basse. Quelques zones éparpillées sont reprises en catégorie D, comme le parc d’Egmont, le square de la Putterie et la zone des anciens quais. Les uniques îlots du Pentagone qui atteignent la catégorie C sont le parc de Bruxelles et le Palais royal. 

La CEB, un outil d’analyse et d’aide à la planification territoriale 

La CEB fournit des informations sur la valeur biologique des différentes zones composant le territoire régional. Elle constitue un outil d’analyse et d’aide à la planification territoriale, et peut être croisée avec d’autres cartes thématiques (sols, eau, plans d’affectation, etc.). Elle permet notamment d’identifier les sites importants pour la préservation de la biodiversité, qui mériteraient un statut de protection ou un renforcement de celui-ci.

Cette carte concourt aussi à l’actualisation d’autres documents stratégiques, tels que la représentation cartographique du réseau écologique bruxellois défini par l’ordonnance du 1er mars 2012 relative à la conservation de la nature, ou la révision du Plan régional d’affectation du sol. 
La carte ci-dessous illustre les sites de valeur biologique A ou B qui ne bénéficient actuellement de protection ni au PRAS comme zones d’espaces verts ou agricoles (hormis les zones de sport ou de loisir de plein air), ni en tant que réserves naturelles ou forestières, ni en tant que zones spéciales de conservation Natura 2000, ni comme sites classés au titre du patrimoine naturel.

Carte d’évaluation biologique de la Région bruxelloise : zones A et B qui ne font pas l’objet d’une protection active ou passive (données 2018)

Source : Bruxelles Environnement – Division Espaces verts 2022

La CEB, un outil parmi d’autres

A la suite (ou en anticipation) de sa publication fin 2021, la carte d’évaluation biologique a été avancée comme l’un des outils phares de la politique de conservation de la nature en Région bruxelloise. Il faut néanmoins contextualiser l’outil – qui reste strictement indicatif – et faire part de ses limites méthodologiques et interprétatives. La carte d’évaluation biologique ne prétend pas être la carte totalisant la somme des connaissances sur l’écosystème urbain bruxellois. 

Il convient d’abord de garder à l’esprit que cette carte ne prend en compte que des paramètres liés aux habitats naturels et à la biodiversité. Des éléments tels que la contribution paysagère, l’importance socio-récréative, la valeur patrimoniale, ou encore l’importance au niveau local comme zone d’infiltration ou comme îlot de fraîcheur, ne sont pas intégrés dans l’analyse. Le score obtenu n’est donc pas représentatif de la “valeur environnementale” ou “écosystémique” au sens large de chaque élément évalué. Les espaces verts du centre-ville et des zones de carence en espaces verts accessibles au public, malgré une valeur biologique moindre (espaces peu connectés au réseau écologique, parcs très fréquentés par le public, végétation plus pauvre, etc.), peuvent avoir une « valeur environnementale » plus élevée que ce que traduit leur score sur la CEB.

La CEB, telle que communiquée, ne rend par ailleurs pas compte des évolutions temporelles des habitats, tant par la positive (amélioration qualitative, création d’espaces verts…) que par la négative (dégradation des espaces, minéralisation, urbanisation…) pour tout le territoire régional. Elle doit être considérée comme une photographie à un “instant t”, et les interprétations et analyses tendancielles sont présentées par ailleurs, notamment dans le rapport sur l’état de l’environnement ou le rapport sur l’état de la nature.

Étant en partie établie sur la carte d’évaluation biologique antérieure, qui ne portait que sur certaines entités historiquement déterminées comme d’intérêt biologique, l’évaluation peut rendre imparfaitement compte de la valeur biologique de certains terrains privés (peu ou pas accessibles) ou de petits éléments écologiques non répertoriés à l’époque des premières CEB. De la même manière, si la faune a bien été intégrée aux analyses des sites historiques, les données disponibles pour la répartition des espèces restent pour l’essentiel non systématiques et plus « opportunistes » dans les sites privés. Pour l’évaluation biologique des îlots à l’échelle de l’ensemble du territoire, la prise en compte des données liées à la végétalisation et à la fragmentation – et donc d’une certaine capacité d’accueil de la faune – s’est donc révélée plus pertinente.

L’analyse par îlot urbain, si elle présente l’avantage d’adopter une unité bien connue des urbanistes et planificateurs, peut engendrer quelques biais à petite échelle, notamment sur des sites en cours de développement urbain. C’est le cas pour les très grands îlots qui peuvent être partiellement traversés par des voiries, entièrement traversés par des voies ferrées, et faire l’objet d’une urbanisation plus ou moins forte, mais dont la surface totale, notamment, tire le score vers le haut. Néanmoins, les variables relatives (taux de végétalisation, perméabilité interne/externe) permettent de conserver un résultat pertinent.

Sur ces sites en évolution, la situation peut par ailleurs évoluer très fortement en quelques mois, soit plus vite que le temps nécessaire à l’acquisition des données, à leur traitement, à la constitution de la carte et sa validation (plus de 3 ans pour l’ensemble du processus). Localement, les résultats peuvent donc être moins fiables. La confrontation des données issues de la CEB avec celles des autres cartes d’analyse territoriale (orthophotoplans disponibles sur une base annuelle, cartes historiques, carte du réseau écologique, carte de la végétation, observations de la faune, etc.) permet d’affiner les interprétations en tenant notamment compte de données plus récentes, au fur et à mesure de leur disponibilité.

Les données de la CEB sont donc présentées à titre indicatif et ne justifient pas l’économie d’une analyse au cas par cas, y compris sur site. Cette analyse doit constituer un préalable à tout plan ou projet (notamment, dans le cadre des rapports et études d’incidences environnementales).

Date de mise à jour: 09/09/2022