Vous êtes ici

Focus : Good food : Agriculture professionnelle en Région bruxelloise

Actualisation : février 2020

En 2017, près de 240 ha de terres bruxelloises étaient cultivées dans le cadre d’une agriculture conventionnelle, essentiellement tournée vers l’extérieur de la ville. A côté de celle-ci, une agriculture urbaine professionnelle, davantage intégrée au système économique, social et écologique local, créatrice d’emplois et dont les produits sont majoritairement destinés aux Bruxellois, se développe.  Mais elle reste encore très marginale puisqu’elle couvre seulement de l’ordre de 11 ha et moins de 0,1% de la consommation en fruits et légumes des Bruxellois. Son expansion se heurte en outre à la faible disponibilité en terres agricoles et à la compétition avec d’autres enjeux territoriaux. 

Une stratégie régionale pour augmenter la production alimentaire locale 

La stratégie Good Food vise à assurer une transition de la Région bruxelloise vers un système d’alimentation plus durable. Elle s’attache à répondre à des enjeux de santé, qualité et impacts environnementaux liés à l’alimentation tout en contribuant au développement de l’économie locale et de l’emploi. Cette stratégie s’organise autour de 7 axes dont le premier vise à augmenter la production alimentaire locale et durable en stimulant la production agricole par les ménages (potagers, poulaillers, etc.) mais aussi par des professionnels.
L’un des objectifs, ambitieux, de la stratégie est que 30% de la consommation des Bruxellois en fruits et légumes non transformés soient produits en Région bruxelloise et dans sa périphérie proche d’ici 2035 (5% d’ici 2020). Le maraîchage est une forme d’agriculture particulièrement intéressante en milieu urbain : cycles de production courts, production de produits périssables nutritionnellement intéressants qui peuvent être commercialisés en filières courtes, diversité des produits et pratiques agricoles, support à la biodiversité, fonction sociale et pédagogique forte, absence ou faible mécanisation agricole, intensité en main d’œuvre supérieure à l’agriculture traditionnelle avec en corollaire la création d’emplois…
Pour atteindre ces objectifs, la Région encourage et soutient le développement de projets d’agriculture urbaine dans ses différentes formes : agriculture professionnelle de pleine terre et hors sol, potagers et poulaillers collectifs, productions individuelles, etc.  
L’agriculture urbaine peut être définie comme une agriculture située dans la ville ou sa périphérie dont les produits sont majoritairement destinés à la ville et pour laquelle il existe une alternative entre usage agricole et non agricole des ressources (…) (Moustier P. et Mbaye A. 1999 cité par Boutsen R. et al. 2018). Elle se caractérise aussi par son intégration au sein du système économique et écologique urbain (Mougeot 2000). 
Ce focus fait un état des lieux de la production agricole professionnelle c’est-à-dire à vocation au moins partiellement économique. Il s’appuie sur plusieurs études récentes concernant le développement de l’agriculture urbaine en Région bruxelloise (voir ci-dessous,  partie « documents »). La question de la production à des fins de consommation privée (autoproduction ou agriculture urbaine non marchande) est abordée dans un autre focus consacré aux potagers urbains .

Des actions pour soutenir l’agriculture professionnelle bruxelloise

Parmi les actions menées par la Région pour soutenir et développer l’agriculture professionnelle, on peut notamment citer: 

  • Le projet BoerenBruxselPaysans

BoerenBruxselPaysans est un projet pilote financé majoritairement par le Fonds européen de développement régional (FEDER). Il est mis en œuvre par 4 associations et 2 administrations (dont Bruxelles Environnement).  Implanté à la limite du territoire péri-urbain, principalement à Anderlecht (Neerpede et Vogelzang), ce projet vise notamment à faciliter et augmenter la production et la transformation alimentaire locale selon des modes de production écologiques. Il permet à de nouveaux agriculteurs ayant répondu à un appel à candidature de lancer leur projet grâce à un accompagnement individuel (formations, soutiens méthodologiques et techniques) et à une mise à disposition de terrains (Espace Test Agricole), d’infrastructures et d’outils pendant 2 saisons. Il contribue également au développement de circuits courts de transformation et de vente, ou encore, d’actions de sensibilisation et de mise en réseau.

  • Le service d’accompagnement en agriculture urbaine 

Ce service « facilitateur » stimule la création ou le développement de projets en agriculture urbaine en mettant à disposition une plateforme Web d’informations et un service d’experts pluridisciplinaires. Il s’adresse notamment à des projets de création ou de développement d’entreprises, à des propriétaires et promoteurs immobiliers ou encore, des organismes publics et des collectivités. 

  • L’élaboration et la diffusion de guides et de contrats de bail types pour la location des terres agricoles
  • Les appels à projets d’agriculture professionnelle (en 2016 et 2017, respectivement 16 et 17 projets d’agriculture urbaine ont été subsidiés)
  • Les formations professionnelles en agriculture urbaine.

Agriculture urbaine versus agriculture traditionnelle

Deux profils de professionnels agricoles coexistent en Région bruxelloise : 

  • D’une part, des agriculteurs dits « traditionnels », enregistrés au niveau de la Politique Agricole Commune (PAC), généralement issus du monde agricole et relativement âgés (la majeure partie d’entre eux a plus de 55 ans). 
  • D’autre part, des agriculteurs non issus du milieu agricole (« NIMAculteurs ») qui ont travaillé dans un secteur différent avant de se lancer dans l’agriculture urbaine. Ils ont majoritairement moins de 35 ans. 

Entre 2015 et 2018, le nombre de projets d’agriculture urbaine a doublé

Mi 2018, la Région bruxelloise compte 32 projets d’agriculture urbaine portés par un ou plusieurs NIMAculteurs. C’est deux fois plus qu’au lancement de la Stratégie Good food en 2015.

Répartition des projets d’agriculture urbaine selon leur typologie

Source : Laboratoire d’agroécologie – ULB, 2018

 


Une proportion importante de ces projets constitue dans les faits des projets hybrides dont l’activité de production est également un moyen d’atteindre d’autres finalités relevant davantage de préoccupations sociétales (formation, sensibilisation, intégration sociale, santé, bien-être, etc.).
Ce chiffre encourageant concernant le développement de l’agriculture urbaine dans la Région doit néanmoins être nuancé. D’une part, parce que 9 des 32 initiatives concernées font partie du projet BoerenBruxselPaysans (voir ci-dessus) et qu’à l’issue de la période de test, les porteurs de projets devront trouver des terres cultivables, de préférence en Région bruxelloise. Du fait d’un accès très difficile à des terres arables, la poursuite de ces projets à moyen ou long terme n’est pas assurée. D’autre part, selon l’étude réalisée par Boutsen et al. en 2018 (Laboratoire d’Agroécologie de l’ULB) sur l’évaluation de la production agricole primaire professionnelle en Région de Bruxelles-Capitale (voir références ci-dessous), les projets récemment établis ne sont généralement pas autonomes financièrement.

Un peu plus de 250 ha cultivés par des agriculteurs professionnels dont environ 11 ha par des NIMAculteurs

En 2017, 248 ha de terres agricoles (soit 1,5% du territoire bruxellois), prairies y compris, sont déclarés à la Politique Agricole Commune (PAC) en Région bruxelloise par 32 agriculteurs traditionnels et 2 NIMAculteurs. Parmi ceux-ci, seuls 8 ont leur siège social en Région bruxelloise. 


  
L’agriculture conventionnelle représente l’écrasante majorité des surfaces déclarées, avec un peu plus de 239 ha (96%). Les parcelles concernées sont fortement morcelées mais se concentrent essentiellement au nord ouest de la Région et, en particulier, à Neerpede.
A ces 248 ha se rajoutent de l’ordre de 5,4 ha (4,6 ha + 0,2 ha + 0,6 ha) de terres cultivées par des NIMAculteurs qui ne sont pas déclarées à la PAC (une taille minimale de 2 ha est en effet requise pour qu’elles soient éligibles).  Les surfaces cultivées par les NIMAculteurs ont été estimées à partir d’enquêtes de terrain complétées par d’autres sources. Sur cette base, la superficie (pleine terre et hors sol) exploitée par les NIMAculteurs a été estimée à environ 11 ha (dont environ la moitié déclarée à la PAC). 

Occupant près de 58% des terres agricoles bruxelloises, les prairies sont largement majoritaires. Les cultures fourragères, céréales et pommes de terre sont également bien représentées avec de l’ordre de 37% des surfaces cultivées. 
A l’opposé, les surfaces de maraîchage (culture de petits fruits y compris) déclarées auprès de la PAC ne couvrent que 5,6 ha soit 2,5% de la surface cultivée totale en Région bruxelloise. Si on prend en compte l’ensemble des surfaces maraîchères de pleine terre en y intégrant les superficies cultivées par des NIMAculteurs non déclarées à la PAC ce pourcentage s’élève à environ 4%.
Contrairement aux projets d’agriculture urbaine, l’agriculture traditionnelle présente en Région bruxelloise n’est pas ou très peu destinée à nourrir les Bruxellois. 
La superficie cultivée au niveau de la périphérie bruxelloise (soit 19 communes attenantes ou très proches de la limite régionale) est de 12 257 ha.  Le maraîchage n’y occupe que 5%, le reste des cultures étant largement dominé par les céréales, prairies, maïs fourrager et pommes de terre.

La production maraîchère des NIMAculteurs ne couvre que 0,1% de la consommation des Bruxellois 

L’étude de Boutsen et al. (2018) portant sur l’évaluation de la production agricole primaire professionnelle s’est attachée à estimer la production maraîchère des agriculteurs urbains bruxellois. La récolte de données s’est avérée compliquée pour diverses raisons : beaucoup de petites surfaces non déclarées à la PAC, succession de cultures de légumes et petits fruits s’enchaînant au cours des saisons sur une même planche de culture, rendements très variables selon les pratiques culturales et les producteurs ou encore, difficulté pour les projets récents d’établir une comptabilité agricole.  
Cette production a dès lors été évaluée de manière indirecte en se basant sur les chiffres d’affaire liés à la production maraîchère (enquêtes auprès des NIMAculteurs visités) et sur le prix moyen des différents produits. Il en ressort que, quelles que soient les hypothèses retenues, la production de légumes et de fruits frais par les NIMAculteurs bruxellois représente de l’ordre du dixième de pourcent de la consommation totale bruxelloise de ces mêmes produits. 
Les auteurs de l’étude ont également estimé, en première approche, le rendement moyen du maraîchage urbain bruxellois de pleine terre à environ 20 t/ha/an (production diversifiée et plusieurs produits se succédant sur une même parcelle au cours d’une même année). Sur base de cette hypothèse, la surface nécessaire pour atteindre l’objectif de 30% en 2035 de la Stratégie Good Food s’élèverait à environ 1 600 ha soit de l’ordre de 10% du territoire régional. Compte tenu du potentiel agricole limité de la Région et des pressions foncières s’exerçant sur les terres disponibles, l’atteinte de cet objectif nécessitera un accroissement significatif des surfaces maraîchères en périphérie bruxelloise avec une production orientée notamment vers l’approvisionnement des Bruxellois.

Un potentiel agricole d’environ 160 hectares

Selon une étude réalisée par Terre-en-vue en 2016-2017 et basée à la fois sur une approche cartographique et sur une enquête auprès des communes afin de tenir compte de la réalité du terrain, le potentiel de terres agricoles non encore cultivées serait d’environ 161 ha. Vu le contexte urbain et la croissance démographique forte que connaît la Région, ce potentiel se trouve cependant en compétition avec d’autres enjeux territoriaux.  
Rappelons qu’il existe aussi un potentiel de développement de l’agriculture urbaine au niveau des toitures plates (voir fiche documentée consacrée aux potagers urbains ).

Une agriculture urbaine créatrice d’emplois

Sur 16 NIMAculteurs enquêtés, on comptabilise l’équivalent de 61 équivalents temps plein occupés sur moins de 10 ha (y inclus les productions hors sols). Ceci contraste fortement avec les 32 agriculteurs traditionnels qui mobilisent quant à eux près de 240 hectares en Région bruxelloise (ce chiffre de 32 constitue néanmoins une sous-estimation car ne tient pas compte des travailleurs familiaux, ouvriers agricoles ou autre). Ce constat met en évidence le potentiel d’emploi que représente l’agriculture urbaine professionnelle. En effet, si les 250 ha cultivés en Région bruxelloise étaient convertis en petites surfaces maraîchères de pleine terre, l’agriculture urbaine pourrait générer de l’ordre de 830 emplois directs en Région bruxelloise. 

Date de mise à jour: 18/08/2020
Documents: 

Fiche documentée

Fiche de l’Etat de l’Environnement

Autres publications de Bruxelles Environnement

Etudes et rapports

Plan et programme