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Focus: Le coût sociétal du bruit des transports

Actualisation : février 2020

Chaque Bruxellois a perdu en moyenne 8 mois de vie en bonne santé à cause du bruit des transports en 2016. A l’échelle de la Région de Bruxelles-Capitale, le bruit des transports a induit une perte de plus de 10.000 années de vie en bonne santé du fait de gêne et de perturbations du sommeil. Dont 85% sont attribuables au bruit routier. Financièrement, cela représente un coût de l’inaction chiffré à plus de 500 millions d’euros pour l’année 2016. Et ce coût serait largement sous-estimé.

Le bruit lié aux transports a des effets sanitaires importants

Le bruit influe sur notre état de santé : non seulement sur l’audition mais aussi sur le bien-être, le sommeil, l’apprentissage, la tension, etc. (voir la fiche documentée n°3  et OMS, 2011). Le bruit, en particulier celui lié aux transports, est une source d’inquiétude au niveau européen et mondial compte tenu du nombre de personnes exposées. Il représenterait la deuxième plus grande menace environnementale après la pollution de l’air, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). 
Et la Région de Bruxelles-Capitale n’échappe pas à ce constat : près des trois quarts des habitants pourraient ressentir en 2016 une gêne importante en raison du bruit lié aux trafics routier, aérien et dans une moindre mesure, ferroviaire. Et le sommeil de 4 Bruxellois sur 5 est susceptible d’être perturbé (voir focus multi-exposition ).
Mais comment convertir cet impact sanitaire (qui est une externalité du bruit des transports) en valeur économique pour la société ? L’enjeu est de chiffrer le poids économique de l’inaction et de le mettre en balance avec le coût de mesures de réduction des nuisances sonores. 

Le DALY, qu’est-ce que c’est ?

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a développé une méthode de calcul pour déterminer l’incidence du bruit des transports sur la santé de la population. L’indicateur choisi est le DALY (Disability Adjusted Life Years), qui correspond au nombre d’années de vie en bonne santé perdues par la population du fait d’un facteur extérieur tel que la pollution sonore. Il inclut les années de vie en mauvaise santé ainsi que celles perdues en raison d’une mort prématurée. Il s’agit d’un indicateur proxy (i.e. indirect) classiquement utilisé pour caractériser le coût sociétal d’une pollution environnementale (Science for Environment Policy, 2018). 
Plusieurs effets sanitaires sont pris en considération dans cette méthode : la gêne (sensation de malaise qui nuit au bien-être général), les troubles du sommeil, les acouphènes, les troubles cardio-vasculaires (hypertension, risque d’infarctus…), les troubles de l’apprentissage chez les enfants ou encore le diabète. 
Concrètement, la formule utilisée est la suivante :

DALY = population exposée x coefficient OMS x facteur d’incapacité DW

  • La population exposée correspond au nombre d’habitants exposés à chacune des trois sources de bruit (routier, aérien et ferroviaire). 
  • Les coefficients OMS pondèrent l’impact sanitaire selon la source de bruit et la tranche de niveau sonore. Plus le niveau sonore est élevé, plus le coefficient est important. 
  • Le facteur d’incapacité (ou DW – Disability Weight) traduit la dégradation de l’état de santé.

Les DALY sont d’abord calculés séparément pour chaque mode de transport et pour chaque effet sanitaire, avant d’être additionnés.

10.000 années de vie en bonne santé perdues en 2016

Bruxelles Environnement a calculé les années de vies en bonne santé (DALY) perdues par les Bruxellois en 2016 à cause du bruit routier, aérien et ferroviaire. Deux effets sanitaires ont été étudiés : la gêne et les troubles du sommeil. L’OMS en identifie d’autres mais la Région de Bruxelles-Capitale ne dispose pas de données suffisamment rigoureuses par rapport à ceux-ci. La gêne et les troubles du sommeil sont cependant les principaux effets recensés par l’OMS en termes d’impacts. 
Les chiffres d’exposition de la population  ont été extraits de la cartographie stratégique du bruit de chaque transport de 2016 de la Région (élaborée dans le cadre de la Directive 2002/49/CE).

Années de vie en bonne santé perdues (DALY) à cause du bruit des transports en RBC (2016)

Source : Bruxelles Environnement, 2019


   
Pour l’année 2016, le bruit des transports routier, aérien et ferroviaire ont engendré la perte de plus de 10.000 années de vie en bonne santé pour les Bruxellois (dont 6.000 pour les troubles du sommeil et 4.000 pour la gêne). Cela correspond en moyenne à la perte de 8 mois de vie en bonne santé pour chaque Bruxellois. 

Le bruit routier, premier coupable

L’analyse de la répartition des coûts sociaux par mode de transport nous montre que c’est le bruit routier qui impacte le plus la qualité de vie des Bruxellois, tant en termes de gêne (75%) que de troubles du sommeil (90%). Le bruit du trafic aérien arrive loin derrière, avec respectivement 8% et 19%. Quant au bruit ferroviaire, son impact est limité.
Cependant, une évaluation des DALY réalisée en 2011 a montré que la contribution du bruit du trafic aérien était significativement plus élevée en Région de Bruxelles-Capitale comparée à l’agglomération parisienne, alors que celle-ci dispose de 2 aéroports internationaux et de 25 autres aérodromes (voir fiche documentée n°57 ).

Un coût de l’inaction évalué à 500 millions d’euros

Pour convertir les DALY en euros, ils sont multipliées par la « valeur statistique économique d’une année de vie » (Value of Statistical Life Year ou VSLY). En 2013, l’OMS l’a estimée pour l’Union européenne, en se basant sur les travaux publiés par la Commission dans le cadre du programme REACH. Elle suggère de retenir 50.000 € comme valeur de VSLY. Le coût de l’inaction s’élèverait ainsi à plus de 500 millions d’euros pour la Région bruxelloise, juste pour l’année 2016.
Un impact sociétal encore largement sous-estimé
En 2018, l’OMS a établi de nouvelles lignes directrices relatives au bruit dans l’environnement dans la Région Européenne (OMS, 2018). Celles-ci ont été retranscrites dans l’annexe III de la directive 2002/49/CE. Elles ont modifié à la hausse le coefficient OMS utilisé dans la formule de calcul des DALY. A méthodologie équivalente, cette révision provoque une augmentation d’environ 40% des DALY, et donc du coût économique.
Comme signalé précédemment, le travail réalisé par Bruxelles Environnement s’est concentré sur les effets sanitaires « gêne » et « troubles du sommeil », mais d’autres effets sanitaires liés au bruit environnemental sont clairement identifiés par l’OMS. La prise en compte de ces effets sanitaires pour la société ferait encore gonfler la facture du « coût de l’inaction ».

Date de mise à jour: 07/07/2020
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