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Focus: Musique amplifiée: un enjeu de santé publique, encadré par un nouvel arrêté

Une enquête auprès d’amateurs de musique amplifiée a montré que ceux-ci écoutent de la musique partout, longtemps, et souvent à volume (trop ?) élevé. Ces pratiques ne sont pas sans danger puisque 4 personnes sur 10 ont déjà été gênées ou ont déjà ressenti des douleurs auditives suite à une exposition prolongée. L’exposition des jeunes en particulier est inquiétante : amateurs de musique forte, ils n’ont pas toujours conscience des risques encourus pour leur santé. Depuis février 2018, une nouvelle législation est d’application afin de répondre tant aux enjeux sanitaires qu’à la demande des professionnels et du public amateur de musique amplifiée.

Quelles sont les pratiques d’écoute et de diffusion de musique amplifiée ?

Une enquête de perception du son amplifié a été commanditée par Bruxelles Environnement en 2017. Par « son amplifié » est entendu tout son dont la puissance est amplifiée par un dispositif électronique. L’enquête a été réalisée auprès d’un public a priori amateur de musique amplifiée : des personnes fréquentant régulièrement des lieux où de la musique (amplifiée) était diffusée. Elle visait à caractériser les comportements d’écoute de ce public et à identifier la perception des risques qui y sont liés.

L’enquête a permis de mettre en évidence l’ampleur de la problématique. 96% des répondants écoutent de la musique chez eux, dont 87% tous les jours, et ce durant plus d’une heure. En outre, plus de la moitié des répondants (52%) déclare aimer écouter de la musique à volume élevé. Ce chiffre est encore plus important chez les jeunes âgés de 16 à 24 ans  : plus de 70%.

Quels effets sur la santé ?

86% des sondés pensent que la musique amplifiée peut avoir des effets sur la santé. Par contre, un quart des 20-24 ans pensent que ce n’est pas le cas et un tiers des 16-19 ans se disent non informés sur les risques encourus. La sensibilisation des jeunes doit donc continuer et s’intensifier afin de conscientiser tout le monde.

Les résultats relatifs aux troubles de l’audition sont inquiétants. 4 personnes sur 10 (1 personne sur 2 dans la tranche 35-54 ans) avouent avoir déjà été gênés ou avoir eu des douleurs auditives suite à une exposition au son amplifié lors d’un événement. Pour la moitié d’entre eux, les symptômes étaient des bourdonnements ; pour un tiers d’entre eux, des acouphènes.

Pourcentage de répondants ayant déjà été gênés ou ayant déjà ressenti des douleurs auditives suite à la diffusion de musique amplifiée au cours d’évènements / dans des établissements

Source : Enquête relative à la musique amplifiée, 2017
N = 414 répondants

 

Ces résultats sont à mettre en regard avec les chiffres d’une autre étude : 90% des 18-25 ans déclarent avoir éprouvé au moins une fois un acouphène passager après une exposition sonore intempestive et dans certains cas (15%), ces effets sur la santé se sont révélés permanents et irréversibles (University Hospital Antwerp & University of Antwerp, 2012).

Un volume sonore parfois si élevé qu’il contraint les clients à quitter l’établissement

Enfin, l’exposition à un son abusivement amplifié n’est pas uniquement nocive pour la santé mais peut également être à l’origine d’un manque à gagner pour les exploitants. 29% des sondés ont en effet déclaré avoir déjà quitté un événement car le volume de la musique y était trop important (1 fois sur 2 il s’agissait d’un café/bar).

Des actions sollicitées par les « consommateurs » de musique amplifiée

60% des répondants ont proposé des actions qu’ils aimeraient que les pouvoirs publics mettent en œuvre contre les niveaux sonores excessifs de la musique à Bruxelles. Leurs suggestions ont été classées en 8 catégories.

En tête du classement figure la mise à disposition gratuite de protections auditives par les organisateurs d’événements musicaux (39%). La réglementation et le contrôle du volume sonore maximal occupe la 2ème place (33%), sachant par ailleurs que 58% des sondés s’expriment en faveur d’une réglementation des niveaux sonores dans les établissements. L’information et la sensibilisation du public arrive en 3ème position avec 16% (cf. fiche documentée n°1 & rapport d’enquête).

Une nouvelle législation spécifique au secteur du « son amplifié »

Jusqu’à présent, un arrêté royal datant de 1977 réglementait la diffusion de musique amplifiée et interdisait la diffusion de volumes sonores instantanés excédant les 90 dB(A). Cette restriction n’était que peu respectée dans la pratique : difficilement applicable, elle était aussi devenue obsolète par rapport aux pratiques modernes de diffusion musicale.

Fort de ces constats, Bruxelles Environnement s’est concerté avec les différents acteurs concernés par le sujet (ingénieurs du son, acousticiens, professionnels de la santé, représentants d’activités culturelles, etc.). D’autres administrations belges et européennes en charge de la thématique ont également été consultées, dans un souci d’harmonisation. II en est ressorti une volonté commune de faire évoluer la législation pour :

  • sensibiliser la population aux risques liés à la musique amplifiée sur l’audition,
  • donner les moyens aux organisateurs de prévenir un problème de santé publique,
  • disposer d’un cadre simplifié pour le contrôle,
  • et surtout, faciliter la coexistence entre le cœur festif de la Région de Bruxelles Capitale et un cadre de vie sain et agréable.

Un nouvel arrêté « Son amplifié » a ainsi été adopté le 26 janvier 2017 par le Gouvernement et est entré en vigueur le 21 février 2018. 

Trois catégories de mesures selon les niveaux sonores atteints

Concrètement, l’arrêté prévoit que les organisateurs mesurent les niveaux sonores qu’ils diffusent. Les basses fréquences, de plus en plus courantes dans la musique actuelle et nuisibles pour le voisinage, sont également prises en compte grâce à une pondération et sont exprimées en dB(C).

Selon les niveaux sonores atteints, l’établissement ou l’évènement est classé dans une des trois catégories définies dans la législation (cf. figure ci-dessous). Ces catégories se basent notamment sur des recommandations de l’OMS.
A chaque catégorie est assortie une série de mesures que doivent prendre les organisateurs afin de prévenir les risques liés à la diffusion de son amplifié. Ces mesures consistent par exemple à afficher des pictogrammes indiquant l’intensité sonore maximale de l’évènement, à afficher les niveaux sonores auxquels le public est soumis en temps réel, à mettre à disposition des protections auditives gratuites et des zones de repos, etc.

Synthèse des mesures liées aux trois catégories de diffusion de son amplifié

Source : Guide pour les organisateurs d’évènements et gestionnaires d’établissements, 2017

En outre, les organisateurs auront la possibilité de publier leurs niveaux sonores en direct sur une plateforme régionale en ligne.

Afin de faire respecter cette nouvelle réglementation, les organisateurs seront soumis à des contrôles, et des sanctions sont prévues en cas de non-respect des normes. Enfin, des moyens techniques (comparateur de produits ; etc.), financiers (subsides ; etc.) et humains (formations; etc.) ont également été prévus afin d’accompagner au mieux les organisateurs dans leurs démarches de mise aux normes et ainsi préserver la santé auditive de la population (cf. guide son amplifié & site web  de Bruxelles Environnement).

Date de mise à jour: 07/01/2019
Documents: 

Fiche(s) documentée(s)

Autres publications de Bruxelles Environnement

Etude(s) et rapport(s)

  • MARKET ANALYSIS & SYNTHESIS (MAS), septembre 2017. « Enquête de la perception du bruit lié à la musique amplifiée auprès des visiteurs des espaces publics dans la Région de Bruxelles-Capitale », Rapport final. Etude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement. 55 pp. Diffusion restreinte.
  • GILLES A., DE RIDDER D., VAN HAL G. WOUTERS K., KLEINE PUNTE A. & VAN DE HEYNING P. (University Hospital Antwerp & University of Antwerp), 2012. « Prevalence of Leisure Noise-Induced Tinnitus and the Attitude Toward Noise in University Students », © 2012, Otology & Neurotology, Inc. 33(6):899-906. 8 pp. Disponible sur :