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Focus : Le maillage jeux

Selon une étude réalisée par Bruxelles Environnement, la Région bruxelloise comptait, en 2011, de l’ordre de 299 plaines de jeux et de 142 infrastructures de type terrains multisport ou skateparks. Ces aires de jeux sont inégalement réparties dans le tissu urbain et très hétérogènes notamment en terme de taille, de qualité et de classes d’âge visées. En s’appuyant notamment sur un état des lieux - tant quantitatif que qualitatif - des aires de jeux ludiques et sportives ainsi que sur des données prospectives, une stratégie « Maillage jeux » a récemment été élaborée par Bruxelles Environnement. Elle vise à offrir à tous les Bruxellois des espaces ludiques en quantité suffisante, répartis sur l’ensemble du territoire et de qualité élevée. Cette stratégie a été explicitée et diffusée dans deux publications destinées à servir d’outil de référence pour l’aménagement d’aires de jeux et d’espaces dédiés à la « glisse urbaine » en Région bruxelloise. Depuis 2009, une dizaine d’aires de jeux ont été rénovées ou créées par Bruxelles environnement en s’inspirant des principes et recommandations guidant cette stratégie. Des projets visant à développer des offres ludiques alternatives dans les quartiers denses ont par ailleurs également été réalisés.

L’enjeu du jeu dans la ville

La disponibilité en espaces verts et espaces récréatifs de qualité constitue un ingrédient essentiel de la qualité de vie en ville. Les espaces de jeux, en particulier, participent au développement psychomoteur, physique et social des enfants et des adolescents voire des adultes.
Au cours des dernières décennies, de nombreuses friches et terrains vagues – offrant des terrains d’aventure et de jeux informels - ont été progressivement bâties sous la pression de l’urbanisation (environ 20 à 25% des friches ont été bâties entre 1998 et 2008). Par ailleurs, la forte demande de logements liée à la croissance de la population et à la réduction de la taille des ménages s’est traduite par une augmentation conséquente du nombre de bâtiments de type « immeubles à appartements » (+ 55% entre 1992 et 2012) et par une division de nombreuses maisons unifamiliales réduisant ainsi la part de la population ayant accès à un jardin privé.  Dans un contexte général de croissance démographique (avec rajeunissement de la population) et de densification du tissu urbain, assurer une offre ludique adéquate en terme quantitatif et qualitatif au niveau des espaces publics devient dès lors un enjeu essentiel en terme de planification et d’aménagement urbains.
Bruxelles Environnement gère par ailleurs de nombreuses aires de jeux et de sport intégrées dans ses espaces verts dont certaines, amorties, doivent être rénovées. C’est dans ce contexte qu’une réflexion plus globale sur le contour à donner aux aires ludiques et sportives de demain a été initiée.

Offre et demande en matière d’aires ludiques et sportives

En 2009, alors que de nombreuses plaines de jeux arrivaient à amortissement, Bruxelles Environnement a mené une première évaluation des aires de jeux et de sport de la Région bruxelloise. Un inventaire des aires ludiques et sportives formelles (y compris celles gérées par les communes) a été réalisé sur base d’un questionnaire portant notamment sur la localisation et les équipements présents.
Ces informations ont été encodées dans une base de données géoréférencée ce qui a permis d’analyser la répartition spatiale des aires ludiques dans le tissu urbain mais aussi de les croiser, à l’échelle des quartiers, avec des variables démographiques et socio-économiques (taille et densité de la population, répartition par âge, revenus, superficie moyenne des logements par habitant, etc.). 
Cette étude a permis de recenser 321 aires ludiques et sportives (y compris 21 terrains de pétanques et tables de ping-pong) dont 41 gérées par Bruxelles Environnement. Ces aires de jeux sont néanmoins très hétérogènes tant en terme de taille, que de qualité et de classes d’âge visées ce qui rend indispensable le recours à une analyse qualitative complémentaire. Elles sont également inégalement réparties dans le tissu urbain avec, tant au centre qu’en périphérie, de fortes concentrations locales ou, au contraire, des zones non équipées. Globalement, les aires ludiques en seconde couronne proposent surtout des jeux destinés aux enfants alors que dans les parties plus centrales de la ville,  les aires sont plutôt orientée vers un public d’enfants et d’adolescents en offrant sur un même site des jeux et du sport.
De nombreux autres constats ont été mis en avant dont, notamment, une prise en compte insuffisante de certains publics (pré-adolescents et adolescents dont en particulier les jeunes filles, enfants porteurs d’un handicap moteur, familles avec enfants de différentes tranches d’âges, très jeunes enfants), les possibilités d’utilisation souvent trop univoques des jeux et la faible inventivité dans la conception des espaces, l’importance des espaces de jeux informels, le manque d’entretien, de surveillance et d’équipements auxiliaires (WC, eau potable, tables de pique-nique, etc.). Plus généralement, l’étude a montré qu’il n’existait pas de véritable politique régionale en matière de développement d’aires ludiques et sportives.
Dans l’optique d’élaborer une stratégie de maillage jeux et d’identifier les zones d’intervention prioritaire, cet état des lieux a été complété par une approche qualitative détaillée réalisée en 2011-2012. L’approche qualitative s’est appuyée sur la visite de l’ensemble des aires de jeux et de sport répertoriées lors de la première phase et leur caractérisation sur base d’une grille d’analyse portant sur 6 thématiques : généralités (rayonnement théorique de l’aire, heures d’ouvertures, proximité d’écoles ou de musées, etc.), accessibilité, jeux et activités sportives à disposition, ludicité et attrait, confort des accompagnants, propreté, entretien et sécurité). Sur base de différents critères de qualité une cotation globale a été établie pour chaque aire étudiée.  La qualité des plaines de jeux a été considérée comme bonne, moyenne ou mauvaise selon que sa cote était  > 7/10, comprise entre 5 et 7/10 ou < 5/10.
Cette seconde phase de l’étude a notamment mis en évidence les constats suivants :

  • La cote moyenne pour la qualité de l’ensemble de l’offre ludo-sportive au niveau régional est de 6,5/10 pour les aires de jeux et de 6/10 pour les terrains de sport ou skateparks ;
  • Il existe 299 plaines de jeux (soit en moyenne environ une plaine de jeux pour 435 enfants en âge de fréquenter l’enseignement maternel et primaire) et 142 infrastructures de type terrains multisport ou skateparks (soit en moyenne environ un espace de jeux pour adolescent pour 528 jeunes en âge de fréquenter l’enseignement secondaire) ;
  • 65% des plaines de jeux ont un rayonnement à l’échelle locale (rue ou quartier), 33% à l’échelle communale et moins de 2% à l’échelle supra communale.

Répartition spatiale (2009) et qualité (2011) des aires de jeux
Source : Bruxelles Environnement, BRAT et L’Escaut 2015

Répartition spatiale (2009) et qualité (2011) des aires de jeux
Chaque plaine de jeux est représentée par un cercle correspondant à un rayon de 300 mètres à partir du centre de l’aire ou de l’entrée du parc. Cette distance de 300 mètres à vol d’oiseau correspond à environ 10 minutes de marche avec des enfants soit à une zone d’accessibilité théorique. Ces zones ont été tronquées lorsqu’elles coupent des barrières urbaines infranchissables (autoroutes, canal, plan d’eau, zones impénétrables, lignes de métro aérien et de chemin de fer). Si un point de passage permet de traverser cet obstacle, une zone au-delà de ce point a été recalculée afin d’atteindre les 300 mètres de distance à vol d’oiseau. Dans le cas d’une aire de jeux située dans un parc compris entre 1,5 et 4 hectares, la zone d’accessibilité a été calculée à partir des limites du parc. 
Cette carte met en évidence les parties du territoire situées dans une zone d’accessibilité théorique d’une plaine de jeux et permet donc, en première approche, d’identifier des zones de carence concernant l’accès des enfants à une plaine de jeux de proximité.  Elle fournit également des informations sur la qualité des plaines de jeux ainsi que sur la densité d’enfants par quartier (IBSA).

Répartition spatiale (2009) et qualité (2011) des terrains multisport ou skateparks
Source : Bruxelles Environnement, BRAT et L’Escaut 2015

Répartition spatiale (2009) et qualité (2011) des terrains multisport ou skateparks
Une approche similaire a été menée pour les infrastructures destinées aux adolescents en considérant une zone d’accessibilité théorique de 500 mètres à vol d’oiseau.

Vers un maillage jeux à Bruxelles

Suite à ces travaux et réflexions, une stratégie de mise en place d’un véritable « maillage jeux » a été élaborée par Bruxelles Environnement.  Celle-ci, ainsi que ses modalités pratiques de mise en œuvre, ont fait l’objet de deux publications : « Le jeu dans la ville – Pour un maillage jeux à Bruxelles » et « SK8BXL – Le skate dans la ville », cette dernière étant consacrée spécifiquement au développement de lieux dédiés au skate et autres disciplines de glisse urbaine. Ces publications visent à servir d’outil de référence pour les maîtres d’ouvrage, concepteurs, administrations et tout autre acteur impliqué dans l’aménagement de l’espace public.
Le maillage jeux y est défini comme « une stratégie visant à offrir des espaces ouverts ludiques en quantité suffisante, répartis sur l’ensemble du territoire et de qualité élevée à tous les habitants de la Région ».  Cette stratégie a été traduite en objectifs quantitatifs et qualitatifs à atteindre à l’horizon 2020 à savoir :

  • assurer, au niveau de tous les quartiers bruxellois, la présence d’une plaine de jeux pour 500 enfants et d’une infrastructure adaptée aux adolescents pour 500 adolescents ;
  • assurer la présence d’une plaine de jeux et d’un espace ludo-sportif pour adolescent respectivement à moins de 300 mètres et 500 mètres à vol d’oiseau de toutes les zones habitées ;
  • atteindre une cote moyenne de 8/10 en ce qui concerne la qualité de l’ensemble de l’offre ludo-sportive en Région bruxelloise.

Au-delà de ces objectifs cette stratégie s’appuie sur une série de grands principes et lignes directrices tels que par exemple :

  • agir prioritairement sur les zones de carence en infrastructures ludiques (en tenant compte de l’offre tant quantitative que qualitative, des projections démographiques par quartier, de la présence d’infrastructures telles qu’écoles, bibliothèques et ludothèques, musées venant renforcer la demande, etc.) ;
  • articuler le maillage jeux autour de 4 niveaux de rayonnement (rue, quartier, commune et région) en développant les collaborations et synergies nécessaires entre les divers acteurs (BE, communes, contrats de quartier, institutions communautaires, etc.) ;
  • créer des pôles récréatifs d’ampleur régionale (prévus dans le projet de plan régional de développement ou PRDD) ;
  • diversifier l’offre et les types d’aires de jeux (en prenant en compte les besoins des catégories d’usagers pour lesquelles l’offre est faible) et augmenter leur inventivité et originalité ;
  • stimuler la création d’espaces de jeux informels et intégrer la dimension ludique dans la conception des espaces publics ;
  • privilégier la participation des enfants et futurs usagers lors de l’aménagement d’aires de jeux et plus largement d’espaces publics ;
  • intégrer les objectifs du maillage jeux au cœur des nouveaux projets de logements.

Le projet de PRDD identifie les équipements sportifs et récréatifs parmi les besoins prioritaires en terme de services et équipements dont il convient d’améliorer l’offre. Le maillage jeux y est par ailleurs explicitement mentionné et présenté, avec les maillages socio-récréatif, bleu et écologique, comme l’un des maillages stratégiques du maillage vert (voir focus sur le sujet).
Plusieurs mesures concrètes ont déjà été prises pour la mise en application de la politique de développement d’un maillage jeux. Depuis 2009, de nombreuses aires de jeux ont été rénovées ou créées par Bruxelles Environnement en intégrant les recommandations issues de la réflexion sur le maillage jeux. Elles sont localisées au niveau des sites suivants :  parc Georges-Henri, parc Bonnevie, Porte de Hal, parc Roi Baudouin (phases 1, 2 et 3), Rouge-Cloître, pavillon chinois, promenade du chemin de fer (station et Willame), bois du Wilder (parcours santé), parc Seny, ligne 28-Dubrucq, Scheutbos (partie basse). De nouveaux projets sont également en cours ou planifiés.
En 2015, Bruxelles Environnement gérait 38 aires de jeux, 14 aires de sport, 3 pistes de skate ainsi que 7 zones fitness.
Des projets visant à développer des offres ludiques alternatives - notamment au niveau des quartiers denses - ont également été menés et se sont concrétisés par la réalisation d’une structure mobile suscitant l’imaginaire (la grotte du Yéti) et de luges sur roulettes pour animations de rues ou de parcs (le Mur infernal).

Date de mise à jour: 18/12/2017
Documents: 

Fiche(s) documentée(s)

Thème « L’occupation des sols et les paysages bruxellois »

Fiche(s) de l’Etat de l’Environnement

Autres publications de Bruxelles Environnement

BRUXELLES ENVIRONNEMENT, BRAT et L’ESCAUT 2015. « Le jeu dans la ville – Pour un maillage jeux à Bruxelles », étude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement, 122 pp. (.pdf)

BRUXELLES ENVIRONNEMENT, BRAT et BRUSK 2015. « SK8BXL – Le skate dans la ville », étude réalisée pour le compte de Bruxelles Environnement, 63 pp. (.pdf)

Etude(s) et rapport(s)

Plan(s) et programme(s)