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Focus: L'adaptation aux changements climatiques

Selon une étude, la Région sera confrontée à des impacts potentiels négatifs suite aux changements climatiques annoncés, principalement environnementaux et sanitaires, liés notamment au risque accru d’évènements extrêmes (vagues de chaleur, inondations, etc.). En tant que ville, la Région présente une vulnérabilité spécifique compte tenu de différents facteurs : fort degré d’urbanisation et d’imperméabilisation des sols, forte concentration de population dont une part importante de ménages précarisés, regroupement d’infrastructures et de biens matériels…

Atténuation et adaptation, complémentaires dans la lutte contre les changements climatiques

Les politiques climatiques comportent deux aspects complémentaires : premièrement, la prévention des changements climatiques - ou politique d’atténuation – qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre et deuxièmement, l’adaptation aux impacts des changements climatiques (tant au niveau de l’environnement qu’au niveau de l’économie et de la société). La plupart des mesures prises initialement en matière de politique climatique aux niveaux international, européen et national étaient axées sur l'atténuation. Aujourd’hui, ces politiques mettent également l’accent sur l’adaptation qui est nécessaire pour faire face aux conséquences négatives des changements climatiques déjà constatés et futurs.

Au niveau international, la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (UNFCCC - United Nations Framework Convention on Climate Change) a instauré un cadre contraignant pour les politiques d’adaptation. Au niveau européen, un processus de réflexion débuté au début des années 2000 a abouti en avril 2013 à l'adoption de la stratégie européenne relative à l'adaptation au changement climatique, qui crée un cadre et des mécanismes censés accroître sensiblement le degré de préparation de l'Union européenne aux changements climatiques actuels et futurs.

Au niveau belge, une stratégie nationale d’adaptation a été adoptée en 2010. A la suite de l’adoption de cette stratégie, un plan national d’adaptation 2016-2020 a été adopté le 19 avril 2017 par la Commission Nationale Climat. Il contient une dizaine de mesures à portée nationale (élaboration de nouveaux scénarios climatiques communs, développement d’une plateforme nationale sur l’adaptation, …) qui complètent les mesures contenues dans les plans d’adaptation élaborés par les Régions et le Fédéral régionaux dans leurs champs de compétences respectifs. L’élaboration du plan national a été coordonnée au sein du groupe de travail “Adaptation” de la Commission Nationale Climat. Le plan a été soumis, pour avis, aux organes consultatifs compétents. Il est téléchargeable sur le site de la CNC et ici, en versions française, néerlandaise et anglaise.

Bruxelles Environnement a commandité en 2012 une étude relative à l’adaptation de la Région aux changements climatiques en vue d’élaborer son plan air-climat-énergie qui a été adopté le 2 juin 2016. Ce focus en présente les principaux résultats pour l’environnement et pour la société.

L’objectif final de l’étude était d’identifier les principales vulnérabilités régionales face aux changements climatiques pour, dans un deuxième temps, dégager des pistes d’actions pour la stratégie régionale. La vulnérabilité s’entend ici comme le degré d’exposition de la Région aux effets néfastes potentiels des changements climatiques. L’étude a aussi mis en lumière certaines opportunités liées aux changements climatiques mais celles-ci sont limitées et de courte durée.

Schéma de l’évaluation des risques liés aux changements climatiques pour les systèmes humains et naturels
Source : Bruxelles Environnement, 2015

Schéma de l’évaluation des risques liés aux changements climatiques pour les systèmes humains et naturels

La caractérisation du risque s’est basée sur trois critères (cf. figure ci-dessus) :

  1. Le niveau d’exposition à l’aléa climatique, basé sur les constats d’évolution du climat passé de la Région (IRM, rapport Vigilance climatique, 2008 & voir la fiche documentée climat n°2) et sur les perspectives d’évolution future (projections climatiques aux horizons 2030, 2050 et 2080). Il va sans dire qu’un degré d’incertitude accompagne généralement ces projections.
  2. La sensibilité de la Région : évaluation de l’impact pour les ressources en eau, la biodiversité et les forêts, l’énergie, la santé, l’aménagement du territoire et les infrastructures, le tourisme (secteur non repris dans ce focus). Il est également tenu compte de l’urgence de la prise en charge au regard de l’impact attendu.
  3. La capacité d’adaptation de la Région, actuelle ou potentielle, est examinée par rapport au degré de prise de conscience de la société, du niveau de prise en charge dans les documents de planification existants et de la compétence régionale sur la thématique.

L’évaluation du risque et la mise en évidence des vulnérabilités de la Région se sont appuyées sur une série d’indicateurs dont la hiérarchie et la pondération ont été établies à dires d’experts : il en résulte une part de subjectivité dans l’analyse des vulnérabilités.

Evolution future et probable du climat en Région bruxelloise

A terme, l’évolution future et probable du climat en Région de Bruxelles-Capitale peut être succinctement caractérisée comme suit (IRM, rapport Vigilance climatique, 2015 & voir la fiche documentée climat n°2) :
- Un climat plus chaud ;
- Un caractère saisonnier plus marqué des précipitations : diminution en été et augmentation en hiver ;
- Une augmentation de la fréquence ou de l’intensité d’événements extrêmes (fortes pluies en hiver, gros orages en été, vagues de chaleur en été).

Principales vulnérabilités de la Région bruxelloise

L’amplification du phénomène d’îlot de chaleur urbain (voir le focus dédié à ce sujet) entraîne des risques sanitaires pour la population. Ce phénomène renforce en effet la pollution de l'air en aggravant la formation d’ozone, ce qui peut être particulièrement dangereux pour les personnes les plus fragiles et les enfants. C’est potentiellement dans le centre-ville urbanisé de la Région que ce phénomène s’exprime le plus alors que les zones refuges (espaces verts) y sont les plus rares, que l’habitat y est mal adapté et que les populations précarisées y sont concentrées. Si de nouvelles études de l’IRM (Hamdi et al., 2013) confirment la hausse des températures à l’avenir, elles nuancent en revanche l’évolution future du phénomène d’îlot de chaleur urbain : il se maintiendrait la nuit mais aurait plutôt tendance à diminuer en journée (en raison d’une augmentation des températures rurales) (voir le focus dédié à ce sujet).

L’augmentation des épisodes de canicules et des températures devraient également avoir des répercussions sanitaires sur l’ensemble de la Région bruxelloise : tout d’abord via la dégradation de la qualité de l’air (occurrence accrue des pics d’ozone) et ensuite via le risque croissant d’allergies et de maladies infectieuses ou transmises par des vecteurs.

Le ressenti de la chaleur en ville risque d’accroître le recours à la climatisation des bâtiments : or compte tenu de l’impact de la climatisation sur l’effet de serre, cette réaction contrecarrerait les politiques d’atténuation menées dans le même temps.

Au niveau du transport et des infrastructures, un risque permanent de perturbation des transports lors d’épisodes météorologiques extrêmes est identifié, ainsi qu’une vulnérabilité accrue et une mauvaise adaptation des infrastructures de transport et du bâti aux canicules et aux sécheresses avec un renforcement attendu de l’effet d’îlot de chaleur urbain.

Une des autres vulnérabilités de la Région est son exposition grandissante au risque d’inondation (voir le focus dédié aux inondations) liée à une urbanisation et une imperméabilisation croissantes. Selon les modèles climatologiques, les précipitations hivernales devraient augmenter, entrainant un risque accru d’inondations à cette saison. Si les précipitations estivales tendraient a contrario à diminuer, les températures plus élevées pourraient occasionner une instabilité des masses d’air et déclencher plus d’orages : même si ce scénario est entaché d’incertitudes, le principe de précaution conduit à tenir compte d’un risque d’inondation également plus élevé en saison estivale.

Un autre impact notable des changements climatiques concerne le débit des cours d’eau, la recharge des nappes et la qualité des eaux de surface et souterraines. La baisse des précipitations printanières et estivales alliée à la hausse des températures devraient accentuer l’évapotranspiration. La conséquence pour les eaux de surface serait des étiages plus sévères (c’est-à-dire une baisse du débit minimum des cours d’eau), entrainant ensuite une moindre dilution des polluants dans les cours d’eau et par conséquent, une détérioration de la qualité des eaux de surface. Pour les étangs, l’eutrophisation risquerait également de s’amplifier. En ce qui concerne les eaux souterraines, la recharge des nappes pourrait être compromise dans le cas où le déficit d’approvisionnement au printemps ne compenserait pas la hausse de celui-ci en hiver. L’enjeu est notamment ici la préservation de la masse d’eau du Bruxellien, qui est utilisée pour la production d’eau potable.

La dernière atteinte majeure identifiée est l’impact sur la biodiversité et la forêt de Soignes. Tout d’abord, les peuplements forestiers pourraient souffrir d’un moins bon ancrage racinaire (consécutif du stress hydrique, de la baisse du nombre de jours de gel…) et être moins aptes à résister à des vents forts. Mais surtout, les changements climatiques pourraient modifier l’adaptation des espèces à leur environnement et leur aire de répartition. Dans le cas de la forêt de Soignes, cet impact affecterait aussi bien les essences forestières que les espèces animales ou végétales qui y sont liées (par exemple, lors des processus de pollinisation ou en lien avec des transmissions de maladies) (voir « Forêt de Soignes et risques associés au changement climatique » de l’état de l’environnement 2007-2008 & « Etat de santé de la forêt de Soignes bruxelloise » de l’état de l’environnement 2011-2014). Le manque de connectivité entre les habitats accentue la vulnérabilité des espèces rencontrées en Région bruxelloise (voir « Fragmentation et isolement des espaces verts » de l’état de l’environnement 2011-2012). Enfin, les espèces envahissantes pourraient être plus nombreuses et davantage se propager (voir « Espèces exotiques invasives » de l’état de l’environnement 2011-2014).

Le tableau ci-dessous illustre les différentes vulnérabilités de la Région.

Principales vulnérabilités et opportunités de la Région bruxelloise suite à l’évolution attendue du climat
Source : Extrait du résumé exécutif de l’étude sur l’adaptation au changement climatique en Région de Bruxelles-Capitale (à l’exclusion des impacts sur le tourisme), 2012

Principales vulnérabilités et opportunités de la Région bruxelloise suite à l’évolution attendue du climat

Quelques opportunités

L’identification des aspects positifs des changements climatiques est aussi prise en compte dans les travaux sur l’adaptation, quel que soit le niveau spatial ou institutionnel, du GIEC aux exercices régionaux.

Les opportunités identifiées dans l’étude découlent essentiellement de la baisse attendue des vagues de froid et du nombre de jours de gel :

  • Tout d’abord, la baisse des besoins de chauffage des bâtiments entrainerait une diminution de la consommation énergétique et des émissions de polluants atmosphériques associés lors de la saison froide ;
  • Ensuite, l’amélioration de la qualité de l’air (évoquée ci-dessus) ainsi que la diminution des vagues de froid devraient diminuer les problèmes sanitaires pendant la saison froide ;
  • Enfin, les dégâts liés au gel devraient régresser tant sur les peuplements forestiers que sur les infrastructures de transport routier, ferroviaire ou de réseau électrique.

Une autre opportunité a été mise en lumière, en lien cette fois-ci avec l’élévation supposée de la température : l’augmentation de la croissance végétale, et en particulier, de la croissance forestière.

Cependant les travaux insistent sur leur caractère transitoire et leur portée limitée : avec le niveau attendu des changements climatiques à venir, des seuils seront franchis qui les annihileront (Factor-X, Ecores, TEC, 2012).

Quelle politique d’adaptation en Région bruxelloise ?

La politique d’adaptation régionale est multidisciplinaire. Elle ne se limite pas à des mesures environnementales. En effet, des mesures sociales et socio-économiques permettent également de réduire l’exposition des populations, espèces et infrastructures aux effets néfastes des changements climatiques et donc leur vulnérabilité face à ces changements.

Les grands axes de la politique régionale d’adaptation sont définis dans le plan intégré Air-Climat-Énergie. Certaines mesures d’adaptation figurent également dans les projets de plan de gestion de l’eau (y inclus le plan de gestion des risques d’inondation) et le plan nature. Parmi les mesures d’adaptation phares figurent la réduction de l’exposition de la population au risque d’inondation, la lutte contre les effets dommageables de l’imperméabilisation des sols sur l’environnement, le développement des maillages vert, bleu (réseau hydrographique de surface) et gris (réseau d’égouttage) ou encore la rénovation énergétique du bâti. Bien souvent, l’accent est mis sur les populations les plus vulnérables. En outre, le futur plan de gestion de la forêt de Soignes inclura des mesures permettant d’augmenter la résilience de la forêt aux changements climatiques (diversification des essences, etc.).

Les mesures d’adaptation sont des mesures dites « sans regret », c’est-à-dire des mesures aux bénéfices environnementaux et sociaux plus larges que l’adaptation aux changements climatiques seule. Elles sont assurément favorables au développement des écosystèmes naturels, à la cohésion sociale et à la qualité de vie, indépendamment des changements climatiques.

Date de mise à jour: 06/12/2017
Documents: 

Fiche(s) documentée(s)

Fiche(s) de l’Etat de l’Environnement

Autres publications de Bruxelles Environnement

Etude(s) et rapport(s)

Plan(s) et programme(s)