Fiche thématique 19 - Communiquer sur la gestion écologique

1. Pourquoi ?

Il peut y avoir plusieurs raisons de vouloir communiquer sur la gestion écologique. La principale pour les gestionnaires est certainement la nécessité d’expliquer les changements à venir lorsqu’on entame des aménagements ou modifications visuelles dans un site afin de prévenir les inéluctables réactions négatives.

Une autre raison, également importante, est de profiter du support qu’offre un site en gestion écologique afin de sensibiliser ses visiteurs sur les valeurs écologiques de manière globale et inciter les gens à changer leurs habitudes dans leur jardin.

1.1. Communiquer sur des changements de gestion

La mise en place d’une gestion écologique peut entrainer des changements visibles, d’autant plus si l’objectif est d’obtenir des milieux à l’aspect plus « sauvage » (friches, fauches tardives, haies vives). Pour les usagers qui ont l’habitude de voir ces espaces, les changements peuvent surprendre, voire choquer. Les réactions négatives vis-à-vis d’un mode de gestion d’un espace vert sont souvent la conséquence d’une méconnaissance des enjeux et contraintes sous-jacents. Communiquer en amont des changements en utilisant un maximum d’outils afin de toucher l’ensemble des usagers permettra de faire mieux accepter ceux-ci, voire d’obtenir un soutien de la part du public.

1.2. Sensibiliser sur les enjeux de la gestion écologique

Le second aspect de la communication peut sembler moins important à première vue, et pourtant il revêt un caractère multiplicateur au potentiel environnemental important. De nombreux exemples ont en effet démontré le rôle d’exemplarité que jouent les communes et l’influence sur le comportement et les mentalités des citoyens. Une initiative de gestion écologique qui peut sembler dérisoire à l’échelle d’un site communal est susceptible d’influencer les pratiques des citoyens dans leurs jardins, voire des professionnels de la gestion, jardiniers, horticulteurs et aboutir à des changements substantiels à des échelles plus vastes, qu’elles soient géographiques (région, pays…) ou sectorielles.

1.3. Les publics cibles

Les principaux acteurs qui gravitent autour d’une gestion écologique sont les citoyens (riverains et usagers de l’espace), les élus locaux et le personnel des différents services de gestion tant au sein des administratifs que du personnel de terrain. Il est important de ne négliger aucun de ces publics afin qu’aucun groupe ne se sente lésé et n’ait la volonté – consciente ou non – de faire échouer le projet. Il ne faut donc pas négliger l’importance de communiquer en interne, et à tous les niveaux. Une seule personne ne comprenant pas l’intérêt de la gestion écologique suffit parfois à faire échouer un projet. Etablir une communication claire, permettant à chacun d’exprimer ses doutes et ses contraintes permettra généralement d’identifier les blocages et de les lever. En ce qui concerne le personnel de terrain, la communication peut s’accompagner ou se faire sous forme de formation, obligatoire si nécessaire.

Outre les citoyens, le personnel de l’administration et les élus, un projet de gestion écologique pourra être amené à adresser un message spécifique aux associations locales (comités de quartier, maisons de jeunes, écoles des devoirs, etc.), aux écoles de tous niveaux, aux institutions sociales (restaurants sociaux, maisons de repos, etc.), aux prestataires de services, aux communes voisines ou autres administrations de la région, aux entreprises de la zone.

Le contenu de la communication quant à lui peut porter sur les règles d’usage de l’espace (horaires, comportements interdits ou autorisés…), la richesse écologique (présences d’espèces protégées…),  la préservation du patrimoine (bâti ou naturel), les techniques de gestion, les travaux et opérations effectués, ainsi que les efforts réalisés par les ouvriers (par exemple le retour à des pratiques manuelles et traditionnelles).

2. Comment ?

2.1. Etablir un plan de communication

Un plan de communication permet d’articuler les objectifs de communication avec les publics cibles afin de les traduire en messages clefs et en un plan d’actions de communication agencées dans le temps. Ce plan permet d’assurer la cohérence dans le temps entre le message et les actions ainsi que la coordination des intervenants. C’est un outil essentiel pour anticiper efficacement la communication tout en veillant à ne pas brûler les étapes. En effet, le message ne doit pas aller plus vite que les actions qui sont en cours.

S’il est important de commencer à communiquer bien en amont du projet, le contenu du message doit quant à lui évoluer en parallèle de la mise en œuvre. On installera par exemple un petit panneau temporaire précisant les aménagements à venir plutôt que d’installer immédiatement un panneau permanent « prairie fleurie » avant que l’aménagement n’ait commencé. De la même manière il ne faut pas annoncer qu’une commune a abandonné les pesticides alors que le collège vient simplement d’approuver un projet de passage au « zéro pesticide » qui mettra encore des mois à se concrétiser sur le terrain. Ce genre de décalage temporel entre communication et actions peut décrédibiliser fortement tout le projet et nuire aux efforts accomplis. Veillez à bien planifier votre message en cohérence avec les actions et à nuancer le contenu du message selon la réalité de celle-ci tel que « Ma commune, en voie vers la gestion écologique ».

Lors de la conception écologique de votre espace vert, il vous est vivement recommandé de réunir l’ensemble des acteurs concernés et de travailler à l’élaboration d’un programme de conception qui couvrira toutes les étapes depuis l’état des lieux jusqu’à la formulation du plan de gestion. Les aspects liés à la communication doivent idéalement être directement intégrés comme l’un des volets de ce programme de conception (et par la suite l’un des volets du plan de gestion) ou faire l’objet d’un document séparé. Il faudra dans tous les cas veiller à assurer une grande cohérence temporelle entre ces outils.

=> Voir fiche thématique 01 « Conception écologique d’un espace vert »

=> Voir fiche thématique 02 « Plan de gestion »

Les grandes étapes à prendre en compte dans le plan de communication

  1. Analyser le contexte du projet, identifier les parties prenantes, établir les moyens disponibles et les contraintes éventuelles.
  2. Définir à qui on veut communiquer : il s’agit d’identifier les publics cibles que l’on souhaite atteindre avec la communication. S’il y a plusieurs publics cibles, il faudra éventuellement adapter la communication pour chaque groupe. Il est important d’également identifier les valeurs de chacun des publics car c’est ce qui aidera à déterminer comment communiquer pour atteindre l’objectif visé (voir aussi le point 2.2.).
  3. Ensuite, en fonction de l’analyse du contexte et du projet de gestion écologique, on définit les objectifs de communication. L’objectif est le résultat que l’on veut atteindre : par exemple simplement informer le personnel communal, inciter des citoyens à passer à l’action (changement de comportement), ou encore prévenir des réactions négatives…  Il est important d’associer des indicateurs de réussite aux objectifs définis. Ils permettront d’évaluer le succès de l’opération de communication et le cas échéant d’ajuster le tir en cas de répétition.
  4. L’étape suivante est de définir les messages : ils doivent être simples (1 message = 1 idée = 1 action de communication) pour être facilement et rapidement compris. Il faut aussi choisir les supports de communication : il existe de nombreux supports possibles nécessitant des moyens humains et budgétaires très variables.
  5. Ces étapes réalisées, vient l’élaboration du plan de communication. Il a pour but de placer chaque action, avec ses moyens humains et budgétaires, sur une ligne du temps aboutissant au(x) moment(s) défini(s) pour lancer la communication.
  6. Les actions de communication terminées ou placées (par exemple pour des panneaux destinés à rester sur le long terme), il faut analyser les résultats (sur base des indicateurs définis) et si nécessaire, réajuster la communication.
  7. Vient ensuite l’évaluation finale du projet : la question principale est de déterminer si les objectifs définis ont été atteints ou pas et de déterminer les raisons de la réussite ou de l’échec à prendre en compte pour des actions futures.

=> Plus de détails sur le plan de communication, les différentes étapes et les documents pratiques sur le site du SPF Stratégie et Appui

2.2. Écouter pour connaitre son public

Les gestionnaires d’espaces verts mettant en place une gestion écologique devront s’adresser à un public varié ; publics externes (les usagers de l’espace vert, les voisins, commerces locaux, écoles, associations, services jardiniers externes …) et internes (les différents services de l’administration, les élus…).

Afin de toucher chaque personne il faudra adapter son message, tant dans la forme que dans son contenu. Pour cela il est primordial de prendre le temps de se renseigner et de définir ses publics cibles en veillant à subdiviser autant que possible les groupes. Le public « usager » par exemple peut encore très bien se diviser en public familial, joggeurs, naturalistes, touristes, etc.

Les questions que l’on peut se poser sur chacun de ces publics sont par exemple :

  • Quelles sont les caractéristiques du public concerné (âge, niveau socio-économique…) ?
  • Quelles sont les attentes vis-à-vis du site et l’usage qui en est fait ?
  • Quelles sont les valeurs importantes pour ce public ?
  • Quels sont les horaires d’accès au site et les zones fréquentées ?
  • Quel est leur niveau de connaissance et de sensibilité écologique ?

Il faut pour cela être bien à l’écoute de ce public, réaliser une petite enquête ou profiter de la réalisation d’enquêtes plus larges sur la perception de l’environnement pour y intégrer des questions relatives à la gestion ou à l’usage des espaces verts. Pour les publics externes tels que les usagers, on peut se reposer sur la présence et l’expérience du personnel de terrain (gardiens, jardiniers, agents de prévention).

Une fois les publics définis, le but n’est pas d’avoir un message différent pour chacun, mais de garder en tête les spécificités, de chaque groupe pour qu’aucun ne soit exclu de la communication. Il est recommandé de ne pas essayer de se focaliser sur les personnes les plus réfractaires, mais de travailler au contraire avec les personnes enthousiastes face au changement afin d’obtenir des résultats positifs plus rapidement. Peu à peu, les autres personnes suivront ; c’est le principe des influenceurs.

Travailler avec des personnes à forte visibilité (par exemple sur les réseaux sociaux ou les média grand public comme la télévision) permet en outre de faire passer des messages directement ou indirectement vers leurs réseaux. À une échelle locale, comme celle d’un espace vert, il peut donc être pertinent de travailler avec les « personnalités » du quartier qui peuvent être des commerçants, restaurateurs, etc.

2.3. Contenu du message - Généralités

2.3.1. Sensibiliser : les concepts de base

Il faut partir du principe que le grand public ne maîtrise pas le jargon des gestionnaires et éviter tout terme technique dans sa communication.

Les enjeux environnementaux en général

La gestion écologique des espaces verts répond avant tout à des enjeux environnementaux mais contient aussi des enjeux sociétaux et économiques. Or l’environnement est une notion souvent assez floue dans l’esprit des gens et perçue à travers le prisme des sujets les plus médiatisés.

Messages de fond essentiels auxquels il faudra sensibiliser le public :

  • l’environnement nous concerne tous car c’est le milieu dans lequel nous vivons et tout ce qui lui nuit, nous nuit également ;
  • sa qualité est menacée par la destruction des habitats naturels, les pollutions chimiques, sonores, visuelles, etc. ;
  • toutes les activités humaines ont un impact plus ou moins important et plus ou moins direct sur l’environnement ;
  • la gestion écologique est un moyen de réduire l’impact de l’activité d’entretien des espaces verts et d’améliorer la qualité de l’espace.
La notion de biodiversité plus particulièrement

Le terme « biodiversité » est probablement assez flou également pour le grand public. On peut l’aborder sous d’autres angles ; pour toucher émotionnellement les gens on parlera par exemple plus de « nature » que de biodiversité.

Messages de fond essentiels auxquels il faudra sensibiliser le public :

  • la biodiversité est la diversité des espèces, des gènes et des écosystèmes ; cette notion étant complexe, on peut aussi en parler comme de la fraction vivante de la nature, dans toute sa diversité ;
  • une bonne diversité biologique est nécessaire pour augmenter la résilience d’un site (faculté d’adaptation aux contraintes externes) ;
  • une grande biodiversité indique que l’espace vert est en bonne santé (la qualité de l’air, de l’eau, du sol affectent en effet directement la biodiversité d’un site) ;
  • la biodiversité ou la nature en général nous rendent de nombreux services (pollinisation, fourniture d’oxygène, d’aliments, purification de l’air, de l’eau…) gratuitement ; nous en dépondons pour nous nourrir, nous soigner, nous instruire, nous divertir et pour réguler le climat ;
  • toutes les espèces sont utiles car elles font partie d’un vaste réseau d’interactions entre organismes vivants ; la disparition de n’importe quelle espèce peut créer un effet domino ;
  • la biodiversité a une valeur éthique intrinsèque ; toutes les espèces ont le même droit d’exister ;
  • une majorité d’espèces est menacée par la réduction et la fragmentation des habitats (espaces qui leur sont nécessaires pour vivre); les ruptures de connexions provoquées par des routes, l’effet de bordure (frontière brutale entre un milieu naturel et une zone aménagée) ou d’autres obstacles difficiles à franchir, peuvent entrainer l’isolation d’individus qui se reproduiront entre eux, ce qui pourrait mener à un affaiblissement de la diversité génétique des espèces et diminuer leurs chances de survie ;
  •  il est important de lutter contre les espèces exotiques envahissantes car elles constituent la seconde cause principale de perte de biodiversité après la perte d’habitats (fragmentation et réduction).

=> Voir fiche thématique « Espèces exotiques envahissantes »

Le fonctionnement de l’administration et les gestionnaires  en charge des espaces verts

Les citoyens ne sont pas souvent conscients de la manière dont fonctionnent les services de gestion des espaces verts ni des contraintes auxquelles ils font face. Mettre en avant le personnel de terrain et son rôle, d’une manière positive et sympathique sera un atout ; en contact direct avec le public, il est intéressant que celui-ci soit perçu comme pouvant donner des informations. Il deviendra ainsi un relai sur le terrain des messages de l’administration.

2.3.2. Convaincre : les arguments et sensibilités

Un gestionnaire d’espace vert peut vouloir « convaincre » des personnes autour de la gestion écologique pour diverses raisons :

  • un aménagement ou l’instauration d’un nouveau règlement est prévu et on veut anticiper des réactions négatives (ex : passer d’une gestion de pelouse à une prairie que certains usagers considèreront comme « négligée ») ;
  • un changement de comportement du public est souhaitable afin d’améliorer le statut écologique de l’espace vert (ex : que les usagers ne nourrissent pas les oiseaux d’eau) ;
  • un investissement important (infrastructure, équipement écologique…) doit être approuvé par un élu ;

Pour convaincre, il faut non pas exposer nos propres motivations vis-à-vis du changement, mais se mettre à la place de son public pour mettre en avant ce qui est positif dans ce changement à la lumière de ses propres valeurs, motivations et vision des choses. Voici les arguments qui prévalent pour différents publics selon l’expérience du Pôle Wallon de Gestion Différenciée :

  • élus : valeur d’exemplarité, efficacité de l’administration, santé publique ;
  • gestionnaires : santé publique, économies, efficacité et conditions de travail ;
  • citoyens (riverains et usagers) : qualité du cadre de vie, santé publique, environnement.

Lorsque cette mise en perspective vous aura permis de dégager une série d’arguments en faveur du changement, choisissez-en seulement trois. L’ordre de ceux-ci a également son importance : nous retenons mieux le début et la fin des discours. Il est donc suggéré d’ouvrir avec un argument fort, suivi d’un argument plus faible, et clôturer avec l’argument clé.

Choisissez ensuite le ton le plus positif possible. Pour avoir un maximum d’impact, votre message doit être valorisant, simple et créatif. Si le sujet le permet, veillez à ce que ce message permette d’impliquer le public en proposant des actions concrètes qu’il peut mettre en œuvre.

  • Evitez absolument les messages alarmistes, autoritaires, culpabilisants, moralisateurs, agressifs, abstraits ou compliqués (par exemple : des panneaux commençant par « Ne pas …. », « les pesticides on en veut pas »…).
  • L’argumentation raisonnée et logique n’est pas non plus toujours la plus efficace. Si elle est nécessaire pour convaincre les décideurs et les gestionnaires (notamment lorsqu’elle se centre sur des arguments économiques, techniques, etc.), elle parlera beaucoup moins au grand public. L’être humain n’est pas rationnel et un message trop rationnel ne sera pas forcément porteur.
  • L’humour peut parfois être un moyen intéressant pour créer une première accroche, une ouverture d’esprit ou surmonter un obstacle conflictuel. Toutefois l’humour peut distraire et faire oublier au public le contenu principal du message. Il doit donc être utilisé avec précaution.
  • Les messages les plus efficaces sont souvent les messages simples s’adressant à notre côté émotionnel. C’est la stratégie utilisée par les plus grandes marques (« branding »), qui dans leurs publicités diffusent des messages symboliques, émotionnels et porteurs de valeurs spécifiques (amitiés, famille…), générant du rêve (porteur d’espoir et d’idéal)... La technique des nudges (« coup de coude ») joue par exemple sur les effets visuels et ludiques (des traces de pas qui mènent à une poubelle pour inciter les gens à y déposer leurs déchets, une poubelle à mégots de cigarettes à deux entrées où on vote pour son joueur de football préféré…).

Les changements que vous souhaitez mettre en place, outre les aspects positifs contribuant à l’objectif que vous visez, peuvent amener certains inconvénients. Ne cherchez pas à cacher ceux-ci. Les présenter de manière objective, neutre, et souligner ce que vous mettez en œuvre pour les atténuer donnera plus de crédit à votre communication et l’adhésion du public sera d’autant plus fort qu’il se sentira informé. Il est donc fondamental, avant tout projet, d’analyser ses forces et faiblesses (p.ex. par une analyse AFOM ou SWOT en anglais) et d’anticiper toutes ses incidences, positives ou négatives.

2.3.3. Gérer les plaintes

Quoi que vous fassiez, il y aura toujours des mécontents. Ils seront minoritaires en réalité mais il faut savoir que ce sont majoritairement les mécontents qui contactent l’administration pour se plaindre ; les messages de félicitation sont plutôt rares. Les retours positifs sont par contre beaucoup plus fréquents sur le terrain.  Il est donc important d’avoir l’écho du personnel de terrain sur le ressenti des usagers, et ne pas se limiter à la seule interprétation de quelques courriers contestataires.

Il est très important de clairement identifier la ou les personnes chargées de répondre à ces plaintes de manière univoque et cohérente. Il n’est pas rare en effet que les plaintes soient gérées au cas par cas par différents services ou intervenants, au gré des canaux par lesquelles les réclamations ont été introduites. Centraliser la gestion des plaintes auprès d’une personne ressource permet aussi d’avoir une image globale des problèmes rencontrés sur le site et de l’ensemble des réactions du public.

Souvent, les plaintes sont dues à une incompréhension ou à des idées reçues, à cause d’une mauvaise communication ou de l’absence de communication.

2.4. Contenus spécifiques aux modes de gestion

2.4.1. Plantes vivaces et indigènes

Les plantes vivaces indigènes sont une alternative écologique au fleurissement par des plantes annuelles horticoles, voire exotiques. Il conviendra d’abord de préciser les inconvénients de ces dernières qui, pour leur seul intérêt ornemental, demandent beaucoup de temps et de ressources budgétaires et écologiques (plantation, désherbage, arrosage, engrais). Ces plantes n’ont par ailleurs pas ou peu d’intérêt pour la biodiversité. Certaines sont même des plantes envahissantes, véritables menaces pour la biodiversité indigène.

On pourra alors mettre en contraste les atouts des plantes vivaces indigènes qui :

  • présentent un gros avantage en termes de coût à l’achat car même si elles sont un peu plus chères, on ne doit pas les remplacer chaque année ;
  • nécessitent généralement moins d’arrosage ;
  • sont mieux adaptées à notre climat et aux ravageurs locaux et sont donc généralement moins dépendantes des engrais et pesticides pour survivre (si la bonne plante est placée au bon endroit) ;
  • outre les éléments ci-dessus qui diminuent déjà le travail d’entretien, les plantes vivaces sont souvent de bonnes couvre-sols et diminuent donc les besoins de désherbage autour d’elles.

=>  Voir fiche thématique « Couverture du sol »

=> Voir fiche thématique « Abeilles sauvages et plantes nectarifères »

2.4.2. Les pelouses/prairies fleuries et le fauchage tardif

Les pelouses rases présentent des espaces verts très « propres » et offrent des espaces de détente et de jeux faciles d’accès. Elles ont toutefois le désavantage de devoir être entretenues très régulièrement, de produire une grande quantité de déchets verts et présentent moins d’intérêt pour la biodiversité. La haute valeur du fauchage tardif et des prairies fleuries en termes de biodiversité, notamment pour les pollinisateurs, est donc l’argument principal à mettre en valeur dans la communication vers le grand public. Vis-à-vis des gestionnaires et des élus, les arguments d’économies de budget, de ressources humaines et de ressources écologiques ne manqueront pas de convaincre. Ces milieux ne permettent toutefois pas le même usage récréatif et la conception écologique du site devra donc veiller à balancer de manière optimale les milieux afin de ne pas contrarier les usages, voire de mieux en dessiner les contours. La communication pourra alors souligner la présence des zones de pelouses encore disponibles pour répondre aux attentes d’usage (jeux de balle, pique-nique, etc.).

Un élément clef de la communication au sujet de ces milieux alternatifs est de bien présenter, photos à l’appui, l’aspect qu’ils auront au fil des saisons et des années. Sans quoi ils généreront régulièrement des incompréhensions, seront pris pour des tapis de « mauvaises herbes », pour un abandon total de la gestion. Certains, charmés par les couleurs des annuelles pourront ensuite être déçus du résultat lorsque des vivaces auront pris le relais.

La communication peut également s’intégrer aux actions de gestion même. Le fait de laisser une bande tondue le long des chemins bordant une prairie fleurie permet de montrer de facto au public qu’il y a une gestion et que le site n’est pas « abandonné ».

Bande tondue en bordure de zone de fauche

 

Il arrive également que la première tentative de prairie fleurie échoue à cause de la météo, d’un mauvais mélange de graines ou d’un emplacement moins adéquat. Une communication interne est alors importante pour ne pas se décourager, apprendre de ses erreurs et, comme dans la plupart des expériences, rencontrer le succès au deuxième ou troisième essai.

=> Voir fiche thématique « Prairie fleurie »

=> Voir fiche thématique « Pelouse fleurie »

2.4.3. Le désherbage alternatif et la tolérance aux « mauvaises herbes »

L’utilisation d’herbicides, dangereux pour la santé humaine (irritations cutanées, maux de têtes, stérilité, cancers) et l’environnement, est interdite dans les espaces publics, les zones naturelles protégées, les zones de captage d’eaux souterraines et zones tampons, ainsi que tous les espaces qui s’alignent sur le présent référentiel. S’il est important de communiquer sur l’aspect légal (le cas échéant), celui-ci ne devra pas être le seul argument à destination du grand public. Il s’agit en effet d’un point sur lequel il est crucial de convaincre le citoyen du bien-fondé des pratiques écologiques pour qu’il fasse le pas de les appliquer également chez lui.

Le désherbage alternatif présente l’inconvénient majeur d’être moins efficace que les pesticides chimiques. Il faudra désherber plus souvent (3 à 4 fois plus) ou accepter la présence de plus d’enherbement. Il est toutefois crucial de ne pas cacher cet inconvénient. De l’expliciter au contraire clairement tout en soulignant les raisons pour lesquelles les traitements chimiques sont plus efficaces : la destruction du système racinaire, directement corrélé à leur nocivité pour la santé humaine.

Le second élément clef de la communication sur ces techniques doit porter sur l’acceptation des « mauvaises herbes », terme qu’on évitera dans les communications. Il faut parvenir à déconstruire le préjugé négatif à leur encontre. Cela implique de sensibiliser au fait qu’il n’existe objectivement pas de « mauvaise » herbe et que tout est question de point de vue, généralement fondé sur l’esthétique. Que par ailleurs ces végétaux remplissent des fonctions écologiques, voire alimentaires et médicinales, importantes. Il est à noter que des études réalisées en 2011 par Plante & Cité (Acceptaflore) et en 2013 en Wallonie sur la perception des citoyens vis-à-vis de la végétation spontanée a montré que le simple fait de demander aux gens leur avis à ce sujet amenait des questions intéressées et une plus grande acceptation. Cet obstacle à la gestion écologique n’en est donc pas forcément un, ou peut être réglé par une communication simple. Celle-ci fonctionne généralement d’autant mieux qu’elle implique un dialogue direct entre les usagers et les ouvriers de terrain.

2.4.4. Autres techniques de gestion écologique

Les techniques présentées ci-dessous ne présentent généralement pas beaucoup de résistance parmi les citoyens, les élus ou les gestionnaires. Elles sont toutefois l’opportunité d’axer la communication sur l’aspect sensibilisation et dissémination des bonnes pratiques.

Les haies libres indigènes, qui visent à remplacer les haies monospécifiques régulièrement taillées et éventuellement constituées d’espèces exotiques. Elles présentent une excellente opportunité de communiquer sur la biodiversité en ce que la diversité et le mélange d’espèces aide à faire face aux maladies et ravageurs. La plantation d’une haie est également une très belle opportunité de mobiliser la participation citoyenne.

=> Voir fiche thématique « Impliquer les associations et citoyens dans la gestion / planification »
 

L’éco-pâturage extensif, nécessite une communication vis-à-vis du grand public concernant des règles minimales de sécurité mais aussi comportementales (ne pas nourrir les animaux par exemple) afin de ne pas impacter négativement les bêtes. Au-delà de ces aspects pratiques, l’éco-pâturage est un formidable support didactique, surtout pour un public jeune ou familial. Le gestionnaire saisira l’opportunité d’une communication pour informer sur l’hétérogénéité de végétation générée par le pâturage, l’intérêt pour l’ensemble de la biodiversité, les modes d’organisation voire d’économie circulaire autour du pâturage.

=> Voir fiche thématique sur l’éco-pâturage

La valorisation des déchets verts est également une opportunité de collaboration ou de participation avec des citoyens. La communication autour de ce sujet devra s’axer principalement sur l’importance et les moyens de réduire la production de déchets verts, et de les gérer localement pour éviter les transports.

=>Voir fiche thématique « Valorisation et réduction des déchets verts »

Lors d’opérations ponctuelles et de gestion de « crises », telles que l’abattage d’arbres, les pulvérisations/dératisations (dérogations), nécessitant la fermeture d’accès et une image a priori peu écologique des techniques appliquées, il est important d’assurer une communication orale pendant la durée de l’opération. On pourra par exemple s’assurer de la présence d’un gardien ayant été informé des raisons et impacts de la gestion et qui pourra répondre aux questions du public tout en s’assurant que les distances de sécurité sont respectées. En fonction des situations et de l’impact potentiel de la mesure, il pourra s’avérer judicieux d’installer des panneaux temporaires avant et/ou après l’opération, informant du bien-fondé de la démarche et des résultats attendus.

2.5. Support de communication

Le support visuel de votre message est très important, d’autant plus si les changements que vous souhaitez mettre en place visent à donner un aspect plus « sauvage » au site, lequel pourrait être assimilé à un abandon, une négligence de gestion. Investissez donc suffisamment de temps et de budget. Soignez les couleurs, les illustrations, la mise en page et les caractères utilisés. Si vous ne pouvez pas vous faire accompagner par un professionnel, identifiez au maximum les capacités cachées de vos ressources internes, voire de votre entourage ou encore du public lui-même. Respectez, lorsqu’elle existe, la charte graphique de votre institution. Par ailleurs, les éléments de signalétique (panneaux, fléchage, etc.) doivent s’intégrer au paysage (tout en restant visibles et lisibles) et être cohérents avec le plan de gestion paysagère du site.

Faites également appel aux organismes et partenaires extérieurs à votre projet qui seraient d’accord de le soutenir et de devenir vos alliés. Vous devez viser les organismes auxquels votre public se sent rattaché. Voir leur identité visuelle sur votre communication créera d’emblée une attitude ouverte vis-à-vis de votre message.

Pour choisir les supports/outils les mieux adaptés à votre communication, il faut se poser 4 questions principales :

  • Qui est le public-cible ?
  • Quel est l’objectif de la communication ?
  • Quel est le message à diffuser ?
  • Quelles sont les ressources disponibles ?

1. Public-cible

Si l’on souhaite toucher un public spécifique et réduit en nombre (soit localisé géographiquement comme les riverains d’un site, soit spécialisé), le moyen le plus efficace est de faire passer le message oralement, en organisant une réunion, une séance d’information, une conférence-débat ou même une action plus récréative au sein de l’espace vert.

D’une manière générale, quand une communication vise un maximum de personnes parmi un public large, les journaux, la télévision, l’affichage public, le bulletin communal, les réseaux sociaux ou les toutes-boîtes seront plus appropriés. Même si vous vous adressez à un très grand nombre, il est dans certains cas un peu sensibles important de donner l’occasion à ceux qui le souhaitent de s’exprimer lors d’une réunion publique, ou au minimum en fournissant un contact téléphonique ou un email.

Voici quelques suggestions de publics-cibles et de supports adaptés pour commAnimations sur place, outils pédagogiques, ou en construisant avec les enseignants des animations en classe.uniquer avec eux :

Public-cible Support
Usagers de l’espace vert Affiches, panneaux, QR-codes, cheminements, communication orale avec le personnel de terrain, activités ludiques sur place.
Associations locales, comme relais vers les citoyens Courrier, mail ou contact direct pour suggérer de participer au projet et aux réunions.
Ecoles, comme relais via les enfants Animations sur place, outils pédagogiques, ou en construisant avec les enseignants des animations en classe.
Services d’entretien et sous-traitants Services d’entretien et sous-traitants
Architectes et paysagistes Réunions et séminaires autour de la gestion écologique.
Communes voisines Contacts informels, journées techniques/formations ou courriers officiels.

2. Objectif de communication

Pour convaincre et faire changer son public d’avis ou démontrer l’intérêt de la gestion écologique il est souvent indispensable de rencontrer le public-cible et de répéter régulièrement le message au travers de diverses actions.

Pour informer le public, des affiches, panneaux ou publications (flyers, dépliants…) disponibles sur le site ou via les gardiens/jardiniers, sont les plus adéquats. Pour une bonne perception de celui-ci, le massage devra être court, clair et simple (pas de messages multiples par exemple). Ceci est d’autant plus vrai dans un contexte multilingue lorsque le message doit être adressé en plusieurs langues et toucher des personnes dont il ne s’agit pas de la langue maternelle.

Pour éviter de devoir en conséquence simplifier le message à l’excès, il est utile d’élaborer une communication à plusieurs niveaux :

  • un premier niveau, simple, court et le plus visuel possible qui diffuse le message de base sur le terrain ;
  • un second niveau plus explicatif mais sans technicité de type page web, fiche d’information, dépliant ou flyer, accessible via une URL communiquée sur le support de premier niveau ou distribué sur le terrain ;
  • le cas échéant, un troisième niveau de type « expert » : donner par exemple accès via une URL à un rapport d’étude ou un programme de gestion...

Pour enseigner, transmettre un savoir ou un savoir-faire pour que le public puisse le comprendre, l’utiliser et l’appliquer chez lui, il n’y a rien de plus efficace que des ateliers pratiques. Ceux-ci peuvent s’inscrire dans une démarche plus globale de gestion participative d’un espace vert avec les citoyens où on veillera à créer des moments d’échanges entre ceux-ci et les ouvriers de terrain.

=> Voir fiche thématique « Impliquer les associations et citoyens dans la gestion / planification

3. Support du message

Que voulez-vous dire au sujet de la gestion écologique ? Que la commune est en train de mettre en place une telle gestion sur un site particulier, que les prairies fleuries sont une bonne façon de fleurir un jardin privé, que l’environnement nous concerne tous et mérite que chacun agisse en sa faveur...? Réfléchir à toutes les questions que nous avons abordées dans les chapitres précédents sur les aspects de contenu vous aidera ainsi à choisir le support. Si le sujet et le message sont complexes, le moyen de communication devra permettre d’exprimer cette complexité. Optez alors plutôt pour une brochure, une formation, une visite guidée ou autres. Si votre message est simple ou facile à résumer, optez plutôt pour un support qui permet d’assimiler l’information en un coup d’œil : un panneau signalétique, un flyer, une courte page internet, des messages sur les réseaux sociaux.

4. Ressources disponibles

C’est bien souvent le critère déterminant pour choisir un support de communication. Veillez toutefois à ne pas négliger les ressources autres que financières telles que les compétences de vos employés ou même des citoyens participant au projet. Au moment de la diffusion de votre message, reposez-vous sur toutes les personnes relais dont vous disposez.

Sans budget ou peu de budget (tout dépend des ressources internes disponibles pour la traduction, le graphisme…) : de 0 à quelques centaines d’euros.

  • écrire un article pour le site web (et le relayer via neswletter électronique) ;
  • écrire un article dans le journal communal ;
  • écrire des messages pour les réseaux sociaux (une campagne Facebook payante peut aussi être envisagée pour quelques dizaines ou centaines d’euros) ;
  • écrire et envoyer un communiqué de presse ;
  • créer des QR-codes à placer sur le terrain sur des plaquettes plastifiées ou à coller sur des panneaux existants (les QR-codes se créent gratuitement en ligne) ;
  • créer un flyer (feuille A5 recto-verso par exemple) et l’imprimer via les ressources internes ;
  • créer une affiche au format A2 et l’imprimer via les ressources internes ;
  • écrire une fiche d’information, une fiche technique… à publier sur le site web ;
  • organiser des visites guidées ou des animations sur le site avec le/la gestionnaire, des jardinier.e.s, des gardien.ne.s du parc… ;
  • organiser une réunion d’information.

Avec un budget moyen : de quelques centaines à quelques milliers d’euros.

  • publier des bannières publicitaires sur internet ;
  • affichage via réseau payant de petit format ;
  • créer et placer des panneaux didactiques ;
  • distribuer une lettre d’information toute-boîte aux riverains ;
  • faire une vidéo de qualité professionnelle.

Avec un gros budget : plusieurs dizaines de milliers d’euros.

  • spot radio (souvent 20 ou 30 secondes) ;
  • spot télé (souvent 20 ou 30 secondes) ;
  • campagne d’affichage grand format (A0) sur les réseaux de type JCDecaux ;
  • insertions presse.

Pour réaliser le plan de communication, il faudra vérifier les délais de mise en œuvre pour chaque poste de communication prévu : s’ils sont assez courts pour des publications web, il sera peut-être nécessaire d’envoyer son texte 2 ou 3 mois à l’avance pour le journal communal. En cas de grande campagne média, les espaces doivent également être réservés des semaines à l’avance. Dans le cas qui nous intéresse ici, c’est-à-dire communiquer sur la gestion écologique, les moyens à gros budgets nous semblent peu pertinents ; il sera plus efficace et plus porteur de privilégier une communication de terrain, directe, en contact avec le public.

Pour aller plus loin

Retours d’expérience

Commune de Gerpinnes : Parcours didactique « Gestion Différenciée »

Parcours didactique expliquant les différentes facettes de cette gestion différenciée au public. Le parc couvre 1 ha et rassemble des milieux naturels variés. Des modes de gestion variés sont mis en œuvre et expliqués par des panneaux. Des inventaires notamment citoyens sont menés pour orienter la gestion. La commune a la particularité d'avoir sa cellule environnement intégrée au service travaux.

Contact : Loïc Deraeve : 071/27.65.70

Enfin, de nombreuses associations ont pour mission d’appuyer les pouvoirs publics et peuvent accompagner dans une campagne de communication, offrir des formations en communication ou fournir des supports standards. Citons notamment : Apis Bruoc Sella, Adalia 2.0, Institut Eco-Conseil, Les Centres Régionaux d’Initiation à l’Environnement (réseau des CRIE), Natagora, Espace Environnement, Empreintes, Les Amis de la Terre et Faune et Biotopes.

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